‹ Le ménage du pasteur NaudiéChapitre 92 sur 126 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

— Faites ce que vous voudrez, dit-elle. Chacun agit selon son cœur !

La réponse se fit attendre toute la journée. Jane, qu'inquiétait Tagitation de son mari, n'osa pas quitter la maison ; mais elle fit tenir un billet à M"*' Defos pour l'informer de ce qui se passait. Vers 1^ fin de l'après-midi, Henri vint aux nouvelles. Pendant sa visite, le télégramme attendu arriva : deux mots vagues, qui laissaient le champ ouvert aux pires craintes : État stationnaire ,

— Vous allez partir, je pense? demanda Henri à M. Naudié.

M. Naudié prit cette question pour un vœu. Dans l'éclair de colère et de haine qu'elle allumait au fond de lui, il répondit brusquement :

— Non. Pas ce soir. Demain, nous verrons !

— Du moins, suggéra Jane, vous télégraphierez encore ?

— Peut-être, tout à l'heure.

11 ne sortit qu'après Henri, pour porter à la poste une nouvelle dépêche :

« Impossible de partir tout de suite. Envoie-moi détails. >

Une lettre arriva le lendemain sans apporter de nouvelles précises. Angélique y décrivait les symptômes du mal : toux fréquente, fièvre, sueurs froides, affaiblissement graduel. Elle transcrivait le dernier verdict des médecins : « Sans doute, son état est des plus graves ; mais, en raison de son

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admirable santé, Ton peut espérer encore. » Après avoir épilogue sur ces paroles, aussi incohérentes que la science humaine, elle finissait en ces termes : (( Guillaume est ici, depuis ce matin. Paul annonce son arrivée. Les autres n'ont pas encore répondu. C'est toi surtout que j'attends, mon cher frère. Tu sais combien notre père t'a aimé; il a souvent parlé de toi, ces derniers temps, pour se réjouir de ton bonheur. Dans son délire, il prononce souvent ton nom, et celui de ta chère femme. De mon côté, il me tarde de t'avoir auprès de moi, car aucun ne comprendra mieux ma peine. Viens donc aussitôt que tu le pourras. Il faut que je te l'avoue, je ne crois guère à l'espoir que les médecins tachent de nous laisser. Quelque chose me dit que c'est la fin, que notre pauvre père approche du terme, et je le pleure déjà. Pourtant, il peut bien s'en aller. Comme le bon serviteur, il a fait toute son œuvre : le xMaître n'aura rien à lui reprocher. Mais quelle perte pour l'Église, pour la famille — hélas ! et pour moi, qui ai vécu dans son ombre comme une humble plante a» pied d'un grand arbre ! Quel vide je pressens, dans cette vie qu'il remplissait! Que deviendrai-je, quand je n'entendrai plus sa voix et sa pensée? Ah ! que la résignation me sera dure, comme j'aurai besoin de voire a[)pui pour pouvoir dire : « L'Éternel nous l'avait donné ; rKlcrnel nous Ta repris : que le nom de rKternel soit loué! ?> Hélas! plus magnifiques sont

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