‹ Le ménage du pasteur NaudiéChapitre 96 sur 126 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

— Eh bien, dit M. Naudié, c'est avec moi que vous achèverez votre promenade. Venez !

II parlait avec une telle autorité, que Jane lâcha docilement le bras de Henri pour prendre le sien. Pour la première fois elle avait peur de lui : une peur physique d'être faible devant la force, de coupable devant un juge : et sa main tremblait sur le bras robuste qui la serrait. Ils rentrèrent ainsi, sans rien dire, Henri les suivant. M. Naudié les faisait marcher vite : en pressant le pas, il songeait à ce qu'il dirait tout à l'heure, seul à seule, dans la maison déjà pleine de deuil, à celle qu'il emmenait ainsi, l'emportant presque. Plus de supplications, cette fois! des paroles dures, des paroles de maître ! Elles grondaient dans son silence. Oh ! comme elles allaient jaillir, irritées, tumultueuses, dès qu'ils auraient passé le seuil de la maison ! Ils arrivèrent devant la grille, qui s'ouvrit. M. Naudié poussa Jane devant lui ; elle put à peine lancer un regard de détresse à Henri, qui demeurait immobile devant la porte refermée, désespéré et impuissant. Mais, au bruit de la grille violemment poussée, Esther apparut au haut du perron. Elle tenait un télégramme à la main.

— Père! dit-elle, les nouvelles sont plus mauvaises !

Pauvre épave qu'une vague plus forte vient arracher à la vague qui déjà le roule, M. Naudié sentit ses forces défaillir et fléchir sa colère.

— Mort?... demanda-t-il dans un cri d'inexprimable effroi.

— Non. Écoutez : a Plus d'espoir. Père t'appelle. Viens ! »

— Nous avons encore le temps de prendre l'express de nuit, dit-il. Partons !

Il ne s'occupait plus de Jane, qui s'éclipsa. Il n'avait plus qu'une pensée : son père qui l'appelait, qui mourait sans l'avoir à son chevet, son père abandonné par lui à l'heure du déchirement suprême, son père envers qui il venait de commettre la seule faute irréparable, puisque la victime ne peut plus la pardonner.

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