‹ Le mendiant de Saint-RochChapitre 9 sur 17 · LE VIEUX SERVITEUR · texte numérisé non relu

LE VIEUX SERVITEUR

La muse du romancier ressemble à ce démon de Le Sage, qui transporte successivement son protégé d'une demeure à Fautre et ouvre à son regard les réduits les plus secrets. Il n'est pour elle ni distance ni mystère. D'un bond, elle franchit l'espace, elle sait ouvrir toutes les portes, comprendre tous les langages, traduire tous les gestes, deviner toutes les pensées, et on pourrait lui appliquer ce qu'un poëte anglais dit de la muse épique : « Le monde est son champ et les sentiments humains sa moisson. »

Nous profiterons des ressources que nous offre cette ubiquité pour nous échapper avec elle de l'hôtel

de monsieur Moreau et pénétrer dans la chambre la plus reculée d'une maison située à l'extrémité du faubourg Saint-Jacques.

Il pouvait être neuf heures du matin : un rayon de soleil, glissant à travers les petites vitres verdàtres d'une haute croisée, semblait éteindre la lumière d'une bougie qui achevait de se consumer sur une table de Boule, devant laquelle Henriette était assise. Sa tête, rejetée en arrière, s'appuyait au dossier du fauteuil, ses yeux étaient fermés, et l'égalité de sa respiration prouvait que le sommeil venait enfin de la surprendre.

Une porte sous tenture s'ouvrit tout à coup à l'autre extrémité de la chambre, et Michel y parut, conduit par madame Armand. A la vue de la jeune fille endormie, tous deux s'arrêtèrent.

— Voyez ! dit la tante qui montra la bougie près d'enflammer la bobèche de papier ; elle a encore passé la nuit sans se coucher.

— Et ce n'est pas la première fois? demanda le vétéran.

— Hélas ! cher monsieur Marc, depuis que nous avons quitté Versailles, sommeil, appétit, gaieté, tout a disparu ! sa tristesse augmente chaque jour. Rien

ne fait pour la distraire ; elle reste des heures entières assise à la même place, une tapisserie à la main, sans lever la tête, sans rien dire ; on croirait qu'elle travaille; mais si Ton s'approche on voit son aiguille immobile et de grosses larmes qui roulent de ses joues sur le canevas.

Michel fit un geste de tristesse découragée.

— Ah ! je la reconnais, murmura-t-il ; c'est le cœur de son père, aimant tout bas, mais pour jamais. Les autres oublient ou se consolent ; elle, vous verrez qu'elle ne saura que mourir !

— Jésus ! ne dites point ca ! interrompit madame Armand ; c'est une crise à passer. A la longue, il faudra bien que le souvenir de ce prétendu maître de dessin (que Dieu confonde !) finisse par s'user, d'autant que le hasard nous favorise. Ce fils de Satan, qui semble né pour notre perdition à nous autres pauvres femmes, a décidément rejoint l'armée.

— Oui ! répliqua Michel ; car je viens d'entendre les crieurs de nouvelles annoncer la part qu'il avait prise à l'attaque de je ne sais quel fort. Mais si nous sommes à l'abri de ses poursuites, madame Armand, nous ne sommes pas à l'abri de son souvenir.

— Seigneur, mon Dieu! je le sais bien, dit la vieille

dame qui avait fait un pas vers la table; regardez ! la malheureuse fille aura encore passé la nuit à écrire.

— C'est donc une habitude?

— Depuis que nous sommes ici, je la vois toujours, dès qu'elle est seule, une plume à la main.

— Correspondrait-elle avec le dehors?

— Impossible! elle n'est point sortie et je suis sûre de Françoise. Vous voyez, d'ailleurs, sur le parquet ces papiers en morceaux; elle-même déchire ainsi tout ce qu'elle écrit.

— Je comprends, murmura Michel qui semblait se parler, elle fait ses confidences au papier, faute de quelqu'un à qui elle puisse tout dire... Il faut pourtant que je l'amène à s'expliquer; cela ne peut continuer ainsi.

Et se retournant vers la tante.

— Pardon, madame Armand, ajouta-t-il; j'ai pensé que des fleurs égayeraient mademoiselle Henriette, et je suis passé chez le jardinier du grand clos pour en choisir. On va les apporter dans un instant; ayez la bonté de les recevoir et de les faire ranger sur le petit belvédère.

— C'est ça, dit la vieille dame ; et quand elle s'éveillera, vous la conduirez pour les voir.

Ah ! sainle Vierge Marie ! que de tourments vous avez pris avec cette enfant, cher monsieur Marc !

Le vétéran lui imposa silence de la main; elle poussa un soupir, leva les yeux au ciel et sortit.

Dès qu'elle eut disparu, Michel s'approcha doucement de la jeune fille et se mit à la regarder.

Ce n'était plus ce riant et lumineux visage que nous avons entrevu dans le petit salon de Y Impasse Verte; la fraîcheur rosée qui semblait transluire à travers l'albâtre de son teint avait fait place à une lividité maladive; les joues s'étaient creusées, un cercle brun estompait ses yeux profondément enchâssés : le nez, devenu plus fin, semblait crispé par une souffrance contenue, et les lèvres pâlies étaient agitées d'un léger tremblement.

Le désordre du sommeil avait encore ajouté à l'expression de cet ensemble douloureux. La blonde chevelure de la jeune fille s'était échappée du réseau de soie qui la retenait et avait roulé jusqu'à ses épaules. Quelques boucles dorées voilaient à demi son visage comme pour en cacher la tristesse, et, sous ses longs cils humides, une dernière larme se tenait suspendue.

Michel, debout et immobile, regarda longtemps ce

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visage sitôt ravagé par les orages du cœur. Une expression de pitié désolée se mêlait sur ses traits à une sorte d'indignation. Enfin, il prit son front à deux mains, comme s'il eût voulu fixer ses idées et se forcer lui-même à réfléchir. Mais sa méditation 'fut courte. Il sembla tout à coup se décider, laissa échapper un geste de résolution irrévocable et fit un pas vers Henriette.

Il allait la réveiller, lorsque ses yeux rencontrèrent une feuille froissée sur laquelle la jeune fille avait tracé quelques mots ; après un peu d'hésitation il la saisit et s'approcha de la fenêtre pour la lire.

A ce moment, une voix lointaine se fit entendre dans une des rues qui aboutissaient au faubourg. D'abord confuse, elle ne tarda pas à devenir plus distincte, et Michel reconnut le crieur de nouvelles qui répétait :

— Demandez, demandez tous, voilà ce qui vient d'arriver!

Il se retourna vers la jeune fille; elle avait fait un mouvement.

Il y eut une pause, puis la voix reprit plus élevée :

— Bulletin de l'armée du roi !

Henriette rouvrit les yeux et prêta l'oreille comme

si elle eût reçu, à travers l'engourdissement du sommeil, une perception incertaine.

La voix reprit :

— Victoire remportée par les troupes françaises. La jeune fille se redressa.

— Part prise à l'action par monsieur le duc de Fronsac!

Elle se souleva en tressaillant.

— Sa bravoure et sa blessure !

Henriette poussa un grand cri.

— Blessé ! dit-elle en se levant pour courir à la fenêtre.

Mais elle s'arrêta à la vue de Michel et ne put que répéter :

— Blessé !

— Seulement au bras et légèrement, acheva le vieux soldat; rien que ce qu'il faut pour avoir les honneurs de la journée; je viens d'entendre lire la dépêche affichée aux portes de toutes les églises : elle annonce que monsieur de Richelieu doit rapporter lui-même dans quelques jours les drapeaux pris sur l'ennemi ! — Plût à Dieu que mademoiselle Henriette pût guérir aussi facilement.

La jeune fille tressaillit.

— Moi, guérir, reprit-elle; et... de quel mal?

— De celui qui vous fait regarder la vie comme un fardeau trop lourd à porter, répliqua Michel tristement.

Henriette voulut protester.

— Oh ! ne le niez pas, continua-t-il ; c'est écrit ! écrit de votre main ; voyez plutôt !

Il lui montrait la page trouvée sur la table un instant auparavant. La jeune fille rougit en la reconnaissant, fit un geste pour la reprendre, puis devint plus pâle.

— Et... comment... ce papier est-il tombé entre vos mains? demanda- t-elle d'une voix tremblante.

— Je l'ai pris là encore mouillé de vos pleurs ! répondit Michel avec un accent de reproche tendre.

Henriette tressaillit; une contraction de dépit irrité crispa ses traits.

— Ainsi, dit-elle d'un ton amer, le secret que je n'avais confié à personne, monsieur Marc a cru pouvoir le surprendre ? Je n'ai plus la liberté de ma douleur? On entre de force dans mon âme; on y lit malgré moi, sans que je puisse même savoir dans quel but et de quel droit ?

Michel fit un mouvement.

— De quel droit ! répéta-t-il ; oh ! c'est juste ! Mademoiselle Henriette ignore celui que je puis avoir sur ce qui l'intéresse ; elle ne sait rien de notre passé à tous deux. Je ne suis pour elle qu'un étranger.

— Pardon ! interrompit la jeune fille qui regrettait déjà sa vivacité ; je n'aurais pas dû oblier votre titre de tuteur!...

— Et si ce titre ne m'appartenait pas ! reprit Michel en la regardant.*

— A vous ! s'écria Henriette ; mais ne vous est-il pas donné par ma tante elle-même?

— Et si elle avait également usurpé celui qu'elle porte !

— Comment ?

— Si vous étiez une orpheline qui ignore jusqu'à son nom !

— Ciel ! que voulez-vous dire ?

— Ce que j'ai cru devoir taire longtemps par prudence ; ce que vous ne sauriez point encore aujourd'hui, si je n'avais^ besoin de me justifier, de gagner votre confiance par la mienne, de relever votre courage en vous disant ce que vous êtes et ce qu'on doit attendre de vous.

— Ah, parlez! parlez ! dit la jeune fille dont le vi-

sage avait repris ses couleurs et qui, à demi soulevée de son siège, fixait sur le vétéran des yeux qu'une flamme subite avait ranimés.

Ce dernier l'invita à se rasseoir par un geste respectueusement impératif; lui-même prit *une chaise et se plaça de l'autre côté du pupitre. Son émotion était visible. Il passa plusieurs fois la main sur son front et parut hésiter; mais enfin il fit un effort.

— Avant de parler à mademoiselle de ce qui la regarde, je suis forcé de lui parler de moi-même, dit-il, vu qu'il faut prendre les choses au commencement. Je lui dirai donc que je suis né dans une pauvre cabane du Gévaudan, et que je n'ai jamais connu que ma grand'mère, une chrétienne dont les catholiques auraient fait une sainte si elle avait été de leur église, mais qui lisait la Bible et priait debout. Mon père et ma mère étaient morts presque dès ma naissance ; ils m'avaient laissé à la digne femme qui m'éleva en grande misère, mais avec les consolations de l'Évangile. A chaque épreuve, elle savait trouver un passage du livre saint qui donnait patience.

Cependant la charge serait devenue trop forte sans la charité d'un généreux gentilhomme qui était, comme nous, de la religion et demeurait dans le voi-

sinage. Monsieur le chevalier de Barmont nous prit chez lui, et ma grand'mère mourut sous son toit en me recommandant de rester fidèle à Dieu et à mon maître.

Pour ce dernier, la recommandation était inutile, car mon cœur m'y portait d'inclination. Aussi, quand monsieur le chevalier partit pour l'armée du roi, je demandai à le suivre et à servir dans sa compagnie.

J'ai fait avec lui les grandes campagnes de monsieur de Turenne, et assez bien rempli mon devoir pour qu'on m'ait cru digne d'un sabre d'honneur. Je l'ai dû aux sollicitations de monsieur de Barmont ; jamais meilleur maître n'eut (j'ose le dire) plus fidèle serviteur. Dans la bataille, je combattais à ses côtés, au bivouac, je dormais à ses pieds; je le respectais comme mon chef et je l'aimais comme mon père !

Il le savait bien, et me rendait en confiance ce que je lui donnais en dévouement. Ce fut la cause de ma perte. Les officiers inférieurs me jalousaient et cherchaient toutes les occasions de me pousser à bout. J'étais trop accoutumé à la bonté de monsieur le chevalier pour ne pas supporter avec impatience leur brutalité. Un jour (c'était après une accusation qu'ils n'avaient pu justifier), l'un d'eux s'emporta plus fort

que d'habitude et leva la main pour me frapper. J'étais à bout de patience; le sang me monta au cerveau et je prévins le coup en frappant moimême!

Henriette, qui avait écouté jusqu'alors avec une attention avide, ne put réprimer un geste et une exclamation.

— Vous devinez la gravité d'une pareille faute, continua Michel ; la discipline n'admettait aucune excuse ; j'allais être condamné à mort ! Il ne restait qu'un seul moyen de salut : monsieur le chevalier gagna des médecins qui me déclarèrent fou, et il me fit envoyer à Bicêtre!

Il avait promis de ne point m'y abandonner. Quelques mois devaient suffire pour que je fusse oublié, et alors il devait obtenir mon élargissement ou faciliter ma fuite. Mais, hélas! il ne songeait pas que luimême avait tout à craindre.

La persécution contre les huguenots s'était réveillée. Revenu au pays, monsieur de Barmont se trouva naturellement le recours de tous les persécutés. C'était à lui qu'on demandait protection ou conseil. Son manoir était devenu le rendez-vous commun ; on y allait pour chercher les consolations des pasteurs

proscrits et cachés. Le gouverneur en fut averti. Un détachement de dragons arriva au moment du prêche, et, comme quelques jeunes gens voulaient résister, l'officier ordonna de faire feu! Monsieur et madame de Barmont, qui s'étaient jetés en avant pour protéger leurs hôtes, tombèrent frappés à mort; le reste prit la fuite. Quelques vieillards et quelques enfants furent seuls faits prisonniers.

— Et pendant ce temps vous restiez retenu à Bicêtre? demanda Henriette dont les regards impatients semblaient vouloir hâter le récit de Michel.

— Pendant ce temps, j'avais moi-même réussi à gagner un des gardiens et à m'échapper, reprit le vieux soldat. Je savais que le plus sûr moyen de me dérober aux recherches était de me cacher dans la foule de la grande ville ; j'allai, en conséquence, m'établir au faubourg Saint-Marceau parmi les ouvriers pour huis et serrures, dont le métier m'avait toujours fait envie. M. le chevalier, qui battait lui-même le fer avec une rare adresse, s'était bien souvent servi de moi à la forge du manoir; aussi me fis-je recevoir sans peine compagnon serrurier. Au bout de quelques mois, le goût et la bonne volonté aidant, j'éiais recherché par les plus habiles maîtres. On me confiait la

fabrication des fermetures à secret pour les petits meubles des grandes 'dames et les coffres des financiers; mon salaire n'était plus proportionné au travail, mais au besoin qu'on avait de mon adresse, et je relevais presque à volonté.

J'avais plusieurs fois essayé d'obtenir quelques nouvelles de monsieur de Barmont et de lui en donner, mais sans réussir. Je n'osais point écrire, de peur de compromettre mon ancien maître ou de faire deviner ma retraite, et je ne connaissais personne qui pût me servir d'intermédiaire. Enfin, le hasard me fit rencontrer un compagnon qui arrivait de Javoulx et qui me raconta la triste aventure du manoir de Barmont.

Depuis la mort de ma grand' mère, je n'avais point reçu de coup si rude. Mon procès et le cabanon de Bicêtre n'étaient rien en comparaison de ce malheur» Pendant dix-huit ans que j'avais vécu près du chevalier, je m'étais habitué à le chérir comme mon protecteur et à le respecter comme mon maître. Dans ce long service, il n'y avait pas eu une heure de dépit ou de refroidissement. On aurait pu, à chaque instant, me demander ma vie pour monsieur de Barmont et je me serais trouvé content, de la donner. A la nouvelle de son malheur, je restai d'abord terrassé. Mais un

souvenir traversa tout à coup ma peine. Monsieur et madame de Barmont avaient une fille! tous deux morts, qu'était-elle devenue? Le compagnon qui m'avait raconté leur triste sort ne put me rien dire, sinon que les enfants faits prisonniers au manoir avaient été conduits d'abord à la prison de Marvejols, puis dirigés sur Paris. Il ne m'en fallait pas davantage pour me mettre en quête. Après beaucoup de démarches, j'appris qu'on avait conduit les orphelins huguenots à Saint-Lazare, pour être convertis. Je pris des informations. Parmi eux se trouvait bien une petite fille de cinq à six ans qui arrivait du Midi ; on me permit de la voir, et (jugez de ma joie! ) c'était la fille du chevalier ! c'était vous !

Henriette se redressa.

— Moi ! s'écria-t-elle saisie: ai-je bien entendu, grand Dieu !... êtes-vous sûr?... moi, fille de monsieur de Barmont?

— Et j'en ai les preuves, ajouta vivement Michel; car en vous arrachant aux mains de vos geôliers, je voulais être certain que je sauvais l'enfant de mon maître.

— Mais comment pûtes-vous réussir?

— Je me rappelais avoir entendu dire à monsieur

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le chevalier, qui le savait par expérience, que l'intendant de Saint-Lazare vendait à prix d'argent les orphelins confiés à sa garde ; j'avais des épargnes que je fis offrir et qui furent acceptées.

— Ainsi, interrompit la jeune fille, c'est à vous que je dois ma délivrance !

— Oui, reprit le vétéran qui sembla remué par ce souvenir; oh ! je vivrais mille années que je n'oublierais jamais ce moment! C'était un soir d'hiver; le gardien m'avait donné rendez-vous à l'une des petites portes du jardin. Dix heures sonnaient quand je l'entendis venir, Il vous portait dans ses bras tout endormie et vous remit dans les miens qui alors étaient robustes et entiers. Je ne lui dis pas un seul mot, mais je lui donnai la somme convenue qu'il compta ; puis je vous enveloppai dans mon tablier de travail pour vous garantir du froid et vous cacher. J'étais si joyeux que mes jambes tremblaient sous moi. Je pris par les rues les plus désertes et j'arrivai au nouveau logement que j'avais loué. — Ah! je me souviens encore de tout comme si c'était hier! — Je vous couchai sur le petit lit préparé pour vous près de la miniature de votre père, qu'il m'avait remise au moment de le quitter, et sous le sabre d'honneur gagné

en Allemagne. J'avais ainsi, dans le même coin de ma mansarde, toutes mes richesses et tous mes bonheurs ! Je sentis alors mon cœur se gonfler..., les larmes me vinrent aux yeux; je me mis à deux genoux devant le petit lit et je restai là, bien longtemps, à regarder dormir l'enfant de celui dont j'avais été le serviteur et le soldat !

— Cher monsieur Marc! dit Henriette en tendant la main au vétéran ; et jusqu'ici vous m'avez laissée ignorer ce que je vous devais !

— Vous ne me devez rien, reprit Michel, je ne faisais que payer une dette, mais il fallait la payer tout entière; car je ne voulais point laisser déchoir la dernière descendante des Barmont ; il fallait qu'elle fût élevée comme une fille de gentilhomme. C'était mon devoir, mon honneur! puisque j'étais là, elle ne devait plus paraître orpheline.

— C'est alors que vous m'avez confiée à madame Armand?

— Afin de vous faire retrouver des soins de mère. J'avais toujours peur qu'on ne vous reconnût pour une des orphelines de Saint-Lazare; qu'on ne vous arrachât d'entre mes mains pour vous emprisonner au fond de quelque couvent. Je cachai votre nom à

madame Armand elle-même, qui consentit à vous élever comme sa nièce. Moi j'étais robuste et habile ouvrier; en redoublant de travail, je pouvais fournir à tous vos besoins. J'étais fier de vous voir grandir, belle, contente, et ne manquant de rien.

Henriette l'interrompit par une exclamation d'attendrissement et de reconnaissance,

— De sorte que cette aisance qui m'a entourée dès mon enfance, dit-elle, je la devais à votre travail.

— Hélas! reprit Michel dont le visage s'était assombri, mes forces ne répondirent pas longtemps à ma volonté. Depuis quatre années je travaillais sans relâche; pendant tout ce temps, le soleil ne s'était guère couché [pour moi; je sentis subitement qu'il allait disparaître. Une blessure que j'avais autrefois reçue au front se rouvrit, ma vue s'affaiblit; je devenais aveugle !

La jeune fille joignit les mains.

— Aveugle ! répéta le vétéran ; comprenez-vous tout ce qu'il y avait de désespoir dans ce mot? Aveugle! quand mon travail de toutes les heures pouvait à peine suffire. Aveugle ! c'est-à-dire prisonnier dans une nuit sans fin; inutile, impuissant ! L'épreuve était trop forte; je ne voulais point l'accepter ! je me

raidis contre le mal ; je me dis que j'arriverais à le vaincre à force de courage. Je continuai mon travail acharné. Au lieu de reconnaître comme Salomon dans l'Ecclésiaste : « Qu'on ne saurait rien ajouter ni rien diminuer de ce que Dieu a voulu} » je luttai contre lui en me confiant à mes seules forces. La punition ne se fit pas attendre. Un jour que l'éclat de la forge avait accru mon aveuglement, j'avançai la main vers l'enclume, sans voir le marteau levé d'un de mes compagnons; la main fut broyée du coup ! On me porta à la plus prochaine infirmerie, d'où je sortis deux mois après... tel que vous me voyez.

Michel avait retiré le gant qui déguisait habituellement sa blessure et montrait son bras mutilé. Henriette joignit les mains avec un cri de surprise et de douleur; le vétéran continua :

— Ma dernière espérance était perdue; non-seulement le jour s'éteignait pour moi, mais Dieu venait de briser l'instrument dans lequel je m'étais jusqu'alors confié. Si j'avais été seul, j'aurais pu me résigner; mais cette tâche que j'avais entreprise, il faudrait donc y renoncer? La fille de mon maître allait retomber aux mains de ses ennemis ou subir tous les tourments du besoin ! Je cherchais en vain quelque

expédient; les jours se succédaient sans rien apporter. Madame Armand m'avait écrit deux fois pour me dire que ses dernières ressources étaient épuisées : je reçus une troisième lettre qui m'avertissait que vous étiez au lit, atteinte de la contagion qui ravageait alors Paris, sans médecin, sans remèdes et sans argent.

À cette nouvelle, je sentis mon courage faiblir et ma raison se troubler. Privé de secours et d'espoir, je fus près de laisser là ma vie inutile comme un fardeau devenu trop lourd. Pendant quelques instants, je ne songeai qu'à m'échapper d'ici-bas et à me réfugier avec Job dans le sépulcre « pour y dormir mon sommeil! » Mais au milieu de mon désespoir, le souvenir des enseignements de ma vieille grand'mère me revint : je me rappelai la parole de saint Paul aux Corinthiens : «Béni soit Dieu qui nous console pour que nous partagions ensuite cette consolation à ceux qui souffrent! » et je me dis ; puisque ton Père céleste t'a laissé la vie , c'est qu'il veut se servir de toi, mais c'est à lui seul de choisir la manière dont il désire t'employer. Tant que tu as eu des forces, tu as demandé tes ressources au travail ; maintenant que tu les a perdues, demande-les à la générosité de tes frères.

Et comme l'orgueil humain se révoltait en moi, le souvenir du chevalier sembla se réveiller et prendre la parole pour me dire : — À tout prix, il faut que lu sauves l'orpheline de ton maître du froid et de la faim. Quand tu étais soldat, tu n'as jamais reculé devant la fatigue ni le danger ; maintenant, rappelletoi que tu es chrétien pour ne pas reculer devant l'humiliation.

Je me parlai ainsi tout le jour. Enfin, le soir venu, mon cœur fit violence à mon orgueil, je descendis mon haut escalier à tâtons, j'arrivai dans la rue, et là, sans rien dire, la rougeur au front, des pleurs de îionte à chaque paupière..., je tendis la main.

La jeune fille l'interrompit par une exclamation si poignante qu'il releva les yeux ; elle avait la tête rejetée en arrière, les mains jointes, et le visage couvert de larmes.

— Vous ! murmura-t-elle d'une voix balbutiante ; et c'était... pour moi!

— Dieu voulut me récompenser, reprit Michel; favais fermé les yeux afin de ne rien voir; mais, au bout d'un instant, j'entendis quelqu'un s'arrêter avec une interjection de pitié ; mon uniforme (seul habit qui me restât et que j'avais dû prendre) venait de le

frapper, et je sentis qu'il me glissait dans la main une pièce d'or. En toute autre occasion, j'aurais rougi de cette première aumône ; eh bien ! je ne pus retenir un cri de joie en pensant que c'était pour vous.

— Ah! c'est trop! s'écria Henriette qui saisit la main du vétéran et la pressa sur son cœur ; comment pourrai-je jamais reconnaître?... Et vous m'aviez laissée ignorer jusqu'ici tant de dévouement !

— Parce que j'en étais assez récompensé par votre bonheur, reprit Michel; Dieu m'avait pris sous sa protection ; il avait changé ma misère presque en richesse, et j'avais pu vous faire une existence selon mes souhaits. En vous voyant près de madame Armand, joyeuse et ne manquant de rien, je me disais orgueilleusement, comme David après sa victoire sur les Philistins : « Dieu m'a donné selon mes mérites! » votre joie était le luxe de ma pauvreté. Mais depuis, tout est changé ; un moment a détruit l'ouvrage de quinze années. A la place de ce sourire qui. me coulait dans le cœur, comme un rayon de soleil, je ne trouve plus qu'un visage pâli par les veilles.

La jeune fille tendit les mains.

— Non, balbulia-t-elle ; monsieur Marc... Si vous saviez..., mon Dieu ! mon Dieu!

Les larmes qui la gagnèrent lui coupèrent la voix et elle se cacha le visage.

Le vétéran soupira en secouant la tête avec tristesse.

— Vous voyez, dit- il : je vous fais encore pleurer ; il eût mieux valu ne point parler!... mais mon cœur s'est ouvert malgré moi. Je me suis dit : — Quand elle saura ce que j'ai fait, elle comprendra que son repos m'appartient, que j'y ai droit ; elle ne voudra pas que tous mes efforts aient été inutiles; qu'il ne me reste rien de tant d'espérances ! elle tâchera de guérir pour que j'aie encore une raison de vivre; elle aura pitié d'un vieux serviteur qui n'a jamais attendu d'autre récompense que le bonheur de la fille de son maître, et qui le lui demande... à genoux.

En parlant ainsi, Michel s'était levé, les yeux humides, les lèvres tremblantes, et s'était agenouillé près du fauteuil d'Henriette. Celle-ci, qui éclatait en sanglots, le força à se relever et se jeta sur sa poitrine. Elle eût voulu le remercier, le rassurer; l'émotion était trop forte. Pendant un moment, tous deux ne purent que confondre leurs larmes. Enfin, le vétéran se dégagea avec une sorte de modestie respectueuse, et essuyant ses yeux :

— Si seulement, dit-il, mademoiselle me promettait de prendre courage !...

— Ah! je vous le promets..., s'écria Henriette; oui..., oui..., je veux reconnaître tant de générosité... ; ne craignez rien; j'oublierai..., j'oublierai...

Les larmes lui coupèrent la parole; Marc fit un geste désolé.

— Non, reprit-elle plus vivement en essuyant ses yeux... ; je ne pleure pas..., cher monsieur Marc, — c'est nerveux. — ■ Désormais je veux être tout entière à la reconnaissance, au bonheur que je vous dois.

— Alors, reprit le vétéran d'un ton de prière, pourquoi refuser les moindres distractions?

— Je ne les refuserai plus, interrompit la jeune fille précipitamment et comme quelqu'un qui cherche à s'étourdir; je serai gaie, monsieur Marc; je vous le jure.

— Eh bien! prouvez-le-moi, dit le vieux serviteur, en vous occupant des fleurs que j'ai fait porter pour vous sur la petite terrasse.

— Des fleurs! répéta Henriette; ah! je veux les soigner moi-même..., vous verrez...: je les aimerai comme celles d'autrefois!...

Ici, sa voix s'éteignit au souvenir du parterre cul-

tivé à Versailles et qui lui rappelait tant de douces images ; mais en voyant le nuage qui passa sur le front du vétéran, elle reprit aussitôt d'une voix entrecoupée.

— Pardon..., monsieur Marc..., ce n'est rien..., absolument rien...; —je vous assure que c'est nerveux!... Tenez, voilà mes larmes essuyées...; —je veux aller voir vos fleurs. — Ah ! il ne faut pas m'en vouloir..., il faut être indulgent...; vous verrez que j'aurai du courage..., que je serai digne de vous.

Elle serra encore la main de Michel et courut à la terrasse, autant pour laisser un libre cours à son émotion que pour visiter le présent de son protecteur.

Celui-ci la suivit un instant du regard. Il la vit s'approcher des caisses de fleurs, aller lentement de l'une à l'autre, essuyant une larme à chaque station, et s'accouder enfin sur la balustrade, les yeux perdus dans le long faubourg où tourbillonnait une foule agitée.

Le vétéran secoua la tête et tomba lui-même dans une sombre méditation. Il cherchait les moyens d'arracher la jeune fille à sa préoccupation, de détourner son cœur en occupant son esprit, de profiter de la

soumission attendrie que sa révélation venait de lui inspirer, pour obtenir d'elle quelque résolution énergique. Il flottait encore entre plusieurs projets, lorsque madame Armand parut à la porte du salon.

La vieille dame portait sur tout son visage l'expression d'une surprise effrayée; ses pas étouffés ei mains étendues annonçaient la crainte d'être découverte. À l'exclamation quelaissa échapper Michel en l'apercevant, elle lui imposa silence par un geste répété*

— Qu'y a-t-il donc? demanda le vétéran à voix basse et en Rapprochant.

Madame Armand lui prit la main, l'entraîna vers une petite porte vitrée par le haut, écarta un rideau de toile de Bergame et lui montra un homme en veste occupé dans le corridor à détacher de son crochet u caisse de fleurs.

— Voyez! murmura-t-elle à son oreille.

— Eh bien? dit Michel qui ne pouvait comprendre ce mystère ; c'est sans doute un des garçons jardin: du voisin.

— Vous ne le reconnaissez donc pas ?

— Mais... non.

Elle le ât reculer de quelques pas, dans la crainte d'être entendue.

— Vous vous rappelez, n'est-ce pas, ce prétendu valet de place, qui s'était introduit chez nous à Versailles et qui n'était qu'un agent déguisé de monsieur de Fronsac?

— Sans doute; mais quel rapport peut avoir ce garçon jardinier?

— C'est lui!

— Que dites-vous?

— Je m'en suis assurée, ce sont les mêmes traits, la même voix... Je l'ai aperçu écoutant aux portes, regardant autour de lui pour se mettre au fait du logis... — et, tenez, tenez... il s'approche de la terrasse...; voyez son geste de joie..., il a aperçu Henriette... N'en doutez pas, c'est monsieur de Fronsac qui l'envoie...

— Monsieur de Fronsac?... répéta Michel étonné; comment le croire, quand il est absent?

Un cri poussé par Henriette l'interrompit; la jeune fille s'élança dans le salon, pâle et haletante, en appelant : — Madame Armand, monsieur Marc?

— Qu'est-ce donc? demandèrent-ils en même temps.

— Elle les prit par la main, et les entraînant vers la terrasse :

— Là, regardez! s'écria-t-eile, à la portière de ce carrosse arrêté devant la maison du notaire, ces deux hommes !

— Il me semble, reprit Michel, que le plus vieux est monsieur Moreau.

— Mais l'autre, l'autre!..

Madame Armand avança la tête :

— Que Dieu nous fasse miséricorde ! interrompitelle; c'est le prétendu monsieur Hubert.

— Oui, reprit vivement Henriette; monsieur Hubert ici, quand nous savons que le duc de Fronsac est à l'armée, qu'une blessure l'y retient.

— Mais alors, fit observer le vétéran, nous avons été trompés; celui que vous receviez à Versailles n'était point le duc.

— C'est ce que ce vaurien pourrait nous dire, interrompit madame Armand en montrant Coquillard qui venait d'avancer la tête à la porte vitrée.

Michel courut à lui, le saisit au collet et le força k entrer.

Le valet de place fut d'abord déconcerté, et répondit en balbutiant aux premières questions du vétéran; mais après l'avoir examiné, il parut se rappeler tout à coup un souvenir, et comme Michel, qui continuait

à le secouer, lui répétait de déclarer le véritable nom de l'homme par qui il était envoyé, il s'écria à son tour :

— Un moment ! Commencez par me laisser, sans quoi j'en dirai peut-être plus que vous ne voulez.

— Et que diras-tu? demanda le vétéran.

— Je dirai, reprit le valet de place en clignant de l'œil, ce que m'a appris madame Rossignol.

Michel tressaillit.

— Madame Rossignol? répéta-t-il en baissant la voix et prenant le valet à part; tu la connais donc?

— Comme un neveu connaît sa tante.

— Quoi! tu serais...

— Nicolas Coquillard, candidat à la place de sourd et muet..., et je sais l'histoire du vétéran qui est établi au petit portail de Saint-Roch...

Michel lui mit la main sur les lèvres.

— Tais-toi, malheureux, dit-il.

— A la bonne heure, reprit Coquillard ; mais le syndic voit, comme dit cet autre, « qu'on est gardé à carreau ! »

— Soit! reprit le vétéran, qui venait de rencontrer les regards d'Henriette et de madame Armand, surprises de cet étrange aparté ; mais réponds à ce que

je te demande. Tu connais celui que madame Armand recevait à Versailles sous le nom d'Hubert.

— Possible! répliqua Coquillard; seulement j'ai promis le secret, et une pro messe c'est sacré ; aussi c'est inutile de m'interroger ; je serai muet comme un poisson.

Le vétéran lui saisit le bras :

— Écoute, dit-il ; tu sollicites une place dans notre corporation?

— Oui.

—Tu sais qu'il dépend de moi de te faire agréer?

— Et je sais aussi que vous me refusez votre protection.

— Eh bien ! je te l'accorde.

— Est-ce possible?

— Je te fais recevoir, si tu veux répondre franchement à mes questions.

Le valet de place fit un saut en arrière.

— Vrai ! s'écria-t-il joyeusement; je n'ai qu'à parler pour passer sourd et muet ! Eh bien tant pis ! je dis la vérité.

— Ah! enfin, interrompit madame Armand qui s'était approchée et avait entendu l'exclamation de Coquillard; voyons; vite, alors!... Ce monsieur Hubert?...

— Se nomme Gaston de Vignolles, répliqua le valet de place.

— Et c'est lui qui a tenté l'enlèvement d'Henriette?

— Du tout, c'est son ancien tuteur, monsieur Moreau.

— L'économe de Saint-Lazare? s'écria le vétéran.

— Juste! reprit Coquillard; il a tout conduit à l'insu du jeune homme.

— Mais dans quel intérêt? demanda Henriette.

— Dans quel intérêt ! répéta le neveu de madame Rossignol; au fait, la demoiselle ne sait pas... L'intendant a une fille qui était promise à monsieur Gaston ; quand le père a vu que son futur gendre cherchait une femme ailleurs, il a voulu faire place nette.

— Ainsi, monsieur Hubert n'y était pour rien?

— Du tout ! à preuve que depuis la disparition de la demoiselle, il l'a cherchée partout.

— Moi?

— Que depuis qu'il a perdu l'espoir de la retrouver, il dépérit de tristesse.

— Se peut-il?

— Et que monsieur Moreau va lui faire quitter la France, sous prétexte de le distraire.

— Ah ! ne le permettez pas, monsieur Marc ! s'écria

Henriette qui avait repris ses couleurs et dont les yeux brillaient; au nom du Ciel! détrompez-le ; retenez-le! que je ne le revoie plus s'il le faut; qu'il en épouse... une autre; mais qu'il reste ici... qu'il soit heureux. Oh ! maintenant que je sais qu'il ne m'a point trompée, j'aurai du courage..., je puis me résigner à tout; son bonheur me consolera du reste. Monsieur Marc! oh ! je vous en prie à mains jointes, ne le laissez point partir.

— Non, dit le vétéran, qui semblait réfléchir; que mademoiselle soit sans inquiétude; je saurai bien empêcher ce départ, et peut-être même...; oui, j'en ai l'espérance..., peut-être pourrai-je faire davantage.

Henriette le regarda sans oser l'interroger; il parut hésiter un instant, puis, lui prenant la main :

— Mademoiselle veut-elle faire ce que je lui demanderai? ajouta-t-il brusquement; aura-t-elle le courage de m'aider à défendre son bonheur ?

— Je l'aurai ! répliqua la jeune fille. Michel fit un geste de résolution.

— Eh bien! s'écria-t-il, c'est chose dite; tout à l'heure notre sort sera décidé. Que mademoiselle se prépare à me suivre; madame Armand, donnez vite

la mantille et faites demander un carrosse de louage.

— Jésus! que voulez-vous faire ?^demanda la vieille dame, qui obéit toute saisie.

— Vous le saurez, interrompit le vétéran en cherchant son chapeau ; ceci va être, comme dit l'apôtre, « un jugement de Dieu! » Priez, madame Armand, priez pour la réussite, tandis que moi je vais y travailler.

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