‹ Le mendiant ingrat:Chapitre 100 sur 109 · Journée lourde, obscure, désolée · texte numérisé non relu

Journée lourde, obscure, désolée

Pourquoi, à de certaines heures, sommes-nous

assaillis d'une tristesse noire et mauvaise, toute semblable à celle que déterminerait en nous le remords de quelque crime ?

Ne serait-ce pas qu'un être humain ou angélique, parfaitement inconnu de nous et, cependant, mystérieusement lié à nous des liens spirituels les plus étroits, vient de se rendre coupable de ce crime, qui devient nôtre par la solidarité du remords ?

28. — Introduction aux Lettres de Barbey d Aurevilly à Uon Blog (4872-78), devant être publiées à une époque très-incertaine :

« Les Dieux ont soif! » disait Montezuma. — Les morts ont soif I dit TEsprit dolent chargé de paitre les générations trépassées, dans les vallons noirs. Mais qui pense à la soif des morts f

Dans la Parabole &meuse du Mendiant, le mauvais riche qui implore en vain, du milieu des flammes, une goutte d'eau pour le rafraîchissement de sa langue, voudrait, du moins, que ses frères encore vivants, fussent informés de son effroyable soif...

— Aie pitié de moi I Lazare, me crie le grand Mort, du fond de son gouffre, aie pitié de moil Je brûle dans la fournaise du Désir de la Vérité. Une goutte, rien qu'une goutte, je t'en conjure par les entrailles de Dieu !

Je n'ai pas été pour toi sans miséricorde, tu dois t'en souvenir. Bien que je ne fusse pas l'homme riche.

vêtu de pourpre et de lin an, dont il est parlé dans rEvangile, et que mes repas de chaque jour manquassent de magniâcence, je t'ai donné, souvent, beaucoup mieux que les miettes qui auraient pu tomber de ma table. Je ne t'ai pas toigours laissé gisant à ma porte, et tu ne peux pas dire que les chiens seuls ont eu compassion de tes plaies.

Désaltère-moi. Nous autres, les morts, nous avons besoin que la Vérité pleuve sur nous, et ce besoin, que ne connaissent pas les vivants, est absolument terrible, absolument inexprimable...

Si tu m'as aimé, Lazare, toi qui m'as si bien connu, délivre-moi de l'admiration crucifiante et de la louange barbare. La sainte Vérité, la Vérité seule, je t'en supplie 1

Puisque la vanité homicide de quelques-uns ou de quelques-unes qui ne prieraient pas pour moi, veut, à toute force, que mon pauvre nom brille de tewr gloire, n'hésite pas à divulguer ma misère profonde, ma misère certaine, ma misère trop inconnue.

C'est de cela seulement que j'ai soif, — mais d'une soif à en mourir éternellement.

Jamais tu ne pourras assez dire ma frivolité, mon inconstance, mon enfantillage, et l'infernale déraison de quelques-unes de mes attitudes littéraires.

Il faudrait l'intelligence dilatée des Anges pour savoir combien les morts se jugent eux-mêmes rigoureusement, et combien leur pawût céleste et rafraîchissant un juste blâme, quand ils se démènent dans l'insomnie des tombeaux I . . .

424 LE MENDUNT INGRAT

Voici donc, intégralement, les lettres que j'ai reçues de Barbey d'Aurevilly, dans l'espace de quelques années. Qu'il soit entendu que cette publication dont chacun jugera comme il lui plaira, est une sorte de préliminaire au dessein que J'ai formé, de TOUT dire, — un peu plus tard.

LÉON Blot. «

29. — « Faire de l'Art pour de l'argent ! m'écrit de Groux. Travailler pour vivre! Quelle horreur!., alors qu'il ne peut être question que d'avoir de l'argent pour faire de l'Art et de vivre pour travailler ! »

Elle est très-dure, en effet, la vie du pauvre de Groux ! La souffrance lui est nécessaire, sans doute. Mais quelle âme ! L'humilité et la magnifificence, voilà ce que je trouve en lui.

31. — Il y a, dans le déparlement du Tarn-et- Garonne« une commune qui se nomme Notre- Dame des Misères...

NOVEMBRE

2. — Lu, dans le Journal, une interview, par correspondance, de plusieurs personnages importants à qui on demande ce qu'ils pensent de la mort (!!!)

Je ne me souviens pas d'avoir lu rien de plus médiocre, de plus abject. La seule bonne réponse, je crois, est celle de Gérôme disant que la mort a, du moins, ceci d'agréable qu'elle délivre de toutes les crapules avec qui on est forcé de prendre contact.

Jeanne me dit : — La nature humaine est telle qu'on ne peut pas ne pas craindre la mort. Mais quand ce moment redoutable sera passé, on se dira : Combien c'était simple ! et comment avons-nous pu ne pas voir combien c'était simple ?

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