‹ Le mendiant ingrat:Chapitre 102 sur 109 · Après une interruption de trois jours · texte numérisé non relu

Après une interruption de trois jours

(En hâte).

« ... Impossible de continuer cette lettre que je me réjouissais tant de vous écrire. Depuis mercredi, mes jours et mes nuits se sont passés entièrement à soigner ma chère femme, tombée soudaiaement malade et dont l'état, aujourd'hui, wHépouvaniey à m'occuper des deux petits enfants, biberon, toilette, etc., besognes dont je n'ai aucune expérience, enfin à vaquer à tout un ménage. Sans ressources, d'ailleurs, privé de tout repos, malade moi-même, troublé jusqu'au fond de l'âme par Tinquiétude et le chagrin, privé surtout de ma communion quotidienne sans laquelle je suis

habitué à regarder la vie comme impossible, enâu abandonné de tout le monde, je crains de me détraquer complètement. Ayez pitié de moi I

— Vous êtes l'homme que j'aime le plus, m'écrit un pauvre enfant, parce que j'ai remarqué que, chaque fois que ma pensée allait à vous, elle se métamorphosait en prière.

Hanté de pensées funèbres, voici ce qui m'est venu, hier et aujourd'hui :

— Notre infirmité est si grande que nous ne pouvons rien réaliser, et la mort d'un être cher moins que tout autre chose. La douleur énorme de la mort d'André, par exemple, il m'est impossible de la réaliser dans sa plénitude. Il faut, pourtant, qu'à la fin, tout se réalise. Plus tard, sans doute, quand nos corps seront en poussière, nous aurons la substance de cette peine dont nous n'avons pu conn^tre et sentir que V accident.

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