A Gustave Guiches, dit le Tapeur de lAr^ kansas
« Mon cher Guiches, Je me console, comme je peux, de la perte de votre amitié, en me persuadant que c'est un signe non douteux de votre prospérité et qu'il vous était profitable, pour conjurer la maie heure, de me jeter par-dessus bord.
»» Quelques-uns, avant vous, et, particulièrement, Taimable Fleury, avaient déjà su réfréner leurs cœurs au point d'accomplir ce sacrifice douloureux, avec une dextérité sans égale.
» Je suis, d'ailleurs, tellement sûr de vous retrouver tous, les uns et les autres, fidèles et mains tendues, et non moins fermes que des rocs, le soir même du bienheureux jour où le succès m'aura visité !
» En attendant, les vignes du Lot exubèrent, ce diton, et l'argent pleut dans vos tiroirs. Je tiens cet avis consolant de M..., dont vous vécûtes quelque
temps, à l'époque noire, et qui n'est pas moins crucifié que moi-même de votre abandon.
f> Or, ne vous semble-t-il pas, mon généreux ami, qu'après m'avoir privé de votre affection, il est un peu dur de me ravir, par surcroît, les faibles sommes dont je me suis dépouillé pour vous, quand nous étions miséreux ensemble, et dont le total peut s'élever tout au plus à une centaine de francs.
» Mon infériorité commerciale n'a pas permis que je consignasse exactement les divers emprunts dont vous m'honorâtes, mais vous savez que c'est à peu près cela, et vous avez trop d'aristocratie pour contester un si méprisable chiffre.
« Vous me pardonnerez, j'en suis certain, ce rappel financier de nos bons jours d'autrefois, en considération de ceci que je n'ai pas encore obtenu les faveurs de la capricieuse Fortune, et que je serais, à coup sûr, moins nécessiteux, si j'avais été moins énergiquement soutiré par quelques âmes d'élite qui m'accusent, aujourd'hui, d'avoir été leur bourreau.
» Dans l'espoir d'une réponse cordiale qui ne peut tarder, je vous serre confratemellement la main.
» LÉON Bloy.
» P.-S. Il serait évidemment excessif de vous rappeler les quelques livres coûteux que vous m*empruntâtes aussi et que vous avez, sans doute, annexés, depuis longtemps, â vos échalas. » (1)
(1) Il va sans dire qu'aucune réponse n'est jamais venue. Gustave Guiches, qui est un de nos bons écrivains à tout faire
13. D'Ësparbès m'apprend la prochaine apparition du Journal et me conseille d'écrire à Séverine, capable, pense-t-il, de m'y faire admettre.
Remy de Gourmont me reproche de n'avoir pas utilisé encore le mot de Villiers sur Huysmans : « Huysmans ! des mains d'évèque ! des mains d'infante ! Allons donc ! Bloy : des mains de bossu ! »
De Gourmont flaire volontiers Huysmans, comme une cantharide flaire un excrément.