A Madame Séverine
•« Madame,... Vous aimez les opprimés, je le sais bien, mais vous ne les aimez peut-être pas de ma sorte. Il vous les faut surtout fragiles et pâles. Votre sensibilité, d'ailleurs charmante, et l'enthousiasme facilement audacieux de votre pitié sont à ce prix, j'en ai grand'peur.
n Ai- je tort de supposer que les plaintes de la Fofxe, par exemple, n'atteindraient pas votre cœur et qu'un rude mâle accablé par la multitude vous toucherait infiniment peu?
»» Si les expressions bibliques vous plaisent, je suis, ne le savez-vous pas ? un de ces hommes du soir » dont la main est levée contre tous et contre qui la main de tous est levée. >tJ*ai vécu, sans vergogne, dans ime extrême solitude peuplée des ressentiments et des
et qui a tous les genres de courage, a été promu Chevalier, à roccasion du 14 juiUet 1895. Chevalier!!! L'Académie guette cette proie.
désirs fauves que mon exécration dos contemporains enfantait, écrivant ou vociférant ce qui me paraissait juste, Êdlût-il crever, et ne réclamant pour mes agressions ou pour ma défense, le secours d'aucune autre plume séculière.
» Je ne vous ferai donc pas Tinjure de commencer, aujourd'hui, par vous, Madame, dont la prose alerte est, sans doute, implorée d*un très-grand nombre d'écrivains besogneux et de vanités mendicitaires.
» Je voulais seulement vous dire que j'ai lu votre bel article sur le Pape et qu'en ma qualité de catholique, apostolique, romain, connu pour l'intransigeance ombrageuse de sa pensée, je vous félicite et vous remercie profondément, m'instituant, dès aujourd'hui, votre débiteur.
» Il se peut que ce suffrage vous soit agréable, venant d'un homme, qui ne ressemble pas à tous les autres, qui ne sollicite rien, qui ne blague pas, et qui ne fut jamais un traînard quand il s'agissait de gifler tel ou tel puissant.
» Quelque habitant que je sois des plus solitaires lazarets, je ne pouvais pas ignorer votre plaidoirie généreuse, étant moi-môme à la veille de publier, sur la question juive, un bien étrange opuscule où il y a des claques pour tout le monde, excepté pour ceux qui pensent et agissent comme il vous a plu de le faire.
» En somme, je défends les circoncis pour des raisons que le Vicaire de Jésus-Christ n'a pas cru devoir vous dire et qui sont, croyez-le, un peu plus hautes et
plus profondes que les bavardages de Thypocrisie ou de la cupidité pusillanime.
f9 J*ai été payéy d'ailleurs^ à la même caisse que vous, mais beaucoup plus cher, à cause de ma notoriété supérieure de spadassin catholique, laquelle m'a valu déjà de si abondantes richesses, comme chacun sait.
» «Tespère, Madame, que vous voudrez bien agréer, en toute simplicité de cœur, ITiommagc d'une sympathie fraternelle dont j'ai rarement l'occasion de me servir. Léon Bloy *».
Aujourd'hui, X" dimanche après Pentecôte, vu ceci : Le Pharisien représente Jésus et le Publicain le Saint-Esprit. Remarqué que le premier dit ce qu'il n'est pas, non sum, tandis que le second affirme, en demandant grâce, qu'il est un pécheur.
Une étrange lumière sur cet évangile est donnée par le rapprochement de ces deux textes : Omnis qui se exaltât, humiliabitur. (Luc. 18,44). Oportet EXALTARi Filium hominis. (Joan. 12,34).
15. — Combien de fois ai-je été frappé de cette idée que les premières messes, dites à l'aube ou au lever du soleil, qui prennent le cœur si suavement, sont dites surtout pour les domestiques f Les maîtres ne se lèvent pas si tôt.
Il y aurait quelque chose à écrire sur cette monstrueuse déréliction de la Sainte Enfance du Jour. Quel sujet! La Messe des Domestiques.
LE MODUNT INGRAT 89
Lu quelques chapitres du Salut par les Juifs à d'Esparbès. Expérience curieuse. Cet ignorant garçon, aussi peu préparé que possible à de telles pensées, jouit néanmoins de leur expression et il en jouit à crier... Ce serait inouï de faire avaler, à force d'art, une œuvre aussi spéciale, aussi profondément religieuse.
<« Quand on parle amoiu*euseineut de Dieu, tous les mots humains ressemblent à des lions devenus aveugles, qui chercheraient une source dans le désert » • (Salut par les Juifs).
22. — Lettre de Zurich, insuffisamment affranchie, qu'on me fait payer cinquante centimes. Je les avais, par miracle. Réponse négative de Montesquiou à mon cri de désespoir du 15 juillet. Mais combien négative, qui le pourrait dire ? L'écriture même est inexistante, indéchiffrable comme le néant qui est l'habitacle de cette âme.
Esurivi, et non dedistis mihi manducare :
sitivi, et non dedistis mihi potum... « Ces mots sont simples, ditHello, mais les Colonnes du Ciel tremblent».