‹ Le mendiant ingrat:Chapitre 19 sur 109 · LÉON BLOY · texte numérisé non relu

LÉON BLOY

20. — VEunuque^ ma chronique sur Bourget, parait ce matin. L'épigraphe est très-remarquée :

•* Paul Bourget : — Enfin, Bloy, vous me détestez donc bien ? Léon Bloy : — Non, mon ami, je vous méprise. Chez Barbey (T Aurevilly, en 1882. »

J'y suis encore, et Bourget doit s'en souvenir, quoi qu'il y ait dix ans. Etait-il assez furieux !

Tout le monde me conseille de tomber, maintenant, sur Maurice Barrés. Pourquoi pas? La fille Renan !!!

22. — Lisons ce chameau, puisque notre profession l'exige. Impossible de dénicher autre chose que la petite mécanique du Moi. Putasserie narcisséenne pour fomenter le muflisme des potaches. Imagination curieuse, si on y tient absolument ;

âme ignoble, certes, mais combien ignoble ! qui pourrait le dire?

23. — Eruption de crotte. «Le Mauvais Pauvre» article contre moi dans le Gil Blas même. Il est dit que je suis « hystérique, ordurier, lanceur de boules puantes dans les salons, triste sire intermittent et falot, mais invariablement abject ; un Diogène de lupanar et un fantoche cynique, résumant à lui seul tous les vices, toutes les compromissions, toutes les bassesses ; enfin, un cagot lubrique et parasitaire ».

OEuvre d'un pauvre diable issu, par les domestiques, d'une vieille famille du Périgord, et actuellement en service chez Bourget qui me le décoche. Signature : un nom de femme. Précaution bien inutile, je serais vraiment désolé de lui faire la moindre peine.

26. — Réponse. Je fais observer, avec modération, que tout cela est bien ennuyeux, parce que les gens simples croiront bonnement que j'ai refusé de coucher avec cette dame. Je termine en annonçant au public que je l'entretiendrai, la prochaine fois, de Maurice Barrés.

27. — Huysmans raconte qu'il m'a dicté tous mes livres. Gustave Guiches lui-même, le silencieux tapeur, m'aurait secouru de quelques conseils.

31 . — Démarche de Richepin, envoyé par Barrés à radministration du Gil Blas, pour obtenir que ma nouvelle chronique soit refusée. Insuccès de rambassadeur qui s*en console, en songeant à l'irréprochable volée que son excellent ami va trèsprobablement recevoir.

NOVEMBRE

!•'. — Cloches de la nuit des morts. Cloches qui sonnent si longtemps, à cause de leur parenté avec TEsprit qui doit ressusciter tous les morts. Ne pourrait-on pas définir ainsi le Paradis : Un lieu où les cloches sonnent toujours ?

8. — Lu la Terre promise de Bourget. Ennui sans pardon. La médiocrité de l'auteur est si infaillible que je ne rencontre pas même les sottises remarquables que j'avais espérées.

Si c'était seulement de l'eau de vaisselle dont on put nourrir des porcs ! Mais c'est de l'eau de toilette, de la relavure de bidet !

il. — Publication de V Abyssinien, premier de mes contes militaires. Essai concluant. Je lâcherai donc mes contemporains littéraires — provisoirement — pour manger un peu de Prussien. Ça me

changera et je deviendrai peut-être durable au Gil.

Une écurie oii on aurait des repas réguliers. Paradis d'une rosse dédaignée par l'équarrisseur. Tel est mon partage.

14. — Nouvelle tentative de lecture de la Terre promise. Il est clair que Bourget a donné là son plus grand effort d'esprit indigent. Mais que son âme vile transparait bien ! Le pauvre drôle est hypnotisé par les lieux communs tels que celui-ci: «Les enfants ne demandent pas à venir au monde».

18. — J'invente l'histoire d'un vieux gendarme qui, ne voulant rien savoir que sa fonction, laquelle est d'arrêter tous les malfaiteurs, entreprend l'arrestation de cinquante mille Allemands.

20. — Vu, dans les journaux, l'horrible affaire de Bismarck, avouant au monde entier ses iniquités. Cet épouvantable vieillard assumant ainsi l'extermination d'un million d'hommes !

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