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L'ARCHICONFRÉRIE DE LA BONNE MORT

In momenfo, in iciu ocult, in novissima tuba.

On va croire, sans doute, que je suis sur le point de vociférer ime homélie. Qu'on se tranquillise. Je voudrais simplement, après tant de monde, rassurer un peu le public frappé d'inquiétude, en lui conférant, à mon tour, d'inestimables avis.

Mais, avant tout. Je tiens à faire observer, comme une chose annùsante^ qu'à la minute précise où la Dynamite pastichait, une fois de plus, la Vraie Ciolère, on n'avait pas encore tout à fait fini de paraphraser, çà et là, dans les églises tendues de noir, les quelques mots canoniques dont j'estampille audacieusement ce bavardage et qui sont la rubrique très-essentielle du mélancolique et redoutable Novembre des Trépassés.

« Au moment même, en \m clin d'oeil «* , et même dans le cinquantième de l'interminable durée d'un clin d'oeil, on est réduit en bouillie, ostensiblement et irréparablement dessoudé par le souffle crapuleux, mais incontestablement décisif de l'Anarchie.

Pourquoi donc, alors, me serait-il interdit de désigner exactement les compagnons anonymes de la PrO' pagandCj en décernant à leur troupe sympathique

la dénomination méritée (I'Archiconfrérie de la Bonne Mort?

Ahl je sais bien quelle a déjà trop servi, cette appellation. Je serais inexcusable dlgnorer qu'une masse de chrétiens Ta, depiiis longtemps, usurpée.

On ne m'apprendra pas que beaucoup de gens dévots, plus ou moins promis à Téventrement et à la calcination, se coalisèrent maintes fois, en vue d'échapper, par de réciproques suflTrages, à l'inconvénient de parraitre inopinément devant Dieu, avec une conscience malpropre. Mais les anarchistes, informés de l'inexistence de ce Dieu, ont heureusement trouvé l'expédient sortable qu'il fallait pour envisager, à notre époque, avec moins d'eflTroi, la nécessité de mourir.

En 1871, Louis Veuillot qui ne &rdait pas plus sa pensée que son visage, et qui plastronnait volontiers ses adversaires, fut, un beau jour, averti de l'inclémence du populo. On lui fit savoir qu'il se pourrait bien qu'on allât le massacrer à domicile.

Il répondit aussitôt, dans un article fameux, que l'accomplissement de cette menace comblerait ses vœux, en le dérobant de façon certaine à la dégoûtante agonie que, sans doute, il prévoyait amèrement et que l'inaction déloyale des assassins ne lui permit pas d'éviter.

Imitons ce grand homme qui mourut gâteux et dont l'âme forte se liquéfiait, dix ans à l'avance, â la

pensée du lit mécanique et des « vases ridicules présentés par de larmoyantes affections »>.

Ce rude mâle nous eût envié les foudroyantes consolations de la dynamite. Etre dissipé en une seconde, connue par le tonnerre, en consternant les multitudes, et terminer — à la façon de Romulus — une existence ordinairement remplie de cochonneries et de troubles ; obtenir même, à Tinstar des plus illustres citoyens, des funérailles aux frais de l'Etat et le panégyrique d'un Président du Cîonseil, déclarant que « vous avez trouvé la mort au moment où vous remplissiez votre devoir, comme le soldat tombe sur le champ de bataille, en défendant le drapeau » ; recevoir le « suprême adieu » du Conseil municipal et de la Préfecture de police, et laisser au monde cette impression qu'on fut l'holocauste sacrifié pour quelque chose d'infiniment grand I... Ahl la Bonne Mort et l'enviable destin!

Car il n'y a pas à dire, c'est pour de sacrées et nobles choses que nous sommes tous invités aux expressives contredanses de l'Anarchie : la Propriété, l'Argent, le droit de jouir, celui d'être des poltrons ou des imbéciles, et surtout le privilège facultatif de n'avoir aucune pitié des pauvres, — depuis Christophe Colomb qui découvrit soixante peuples et fit la Terre une fois plus grande, sans avoir obtenu jamais l'ombre d'un salaire, jusqu'au dernier de nos claquedents vagabonds, qui ne sait pas même où trouver un morceau de pain et qui ferait, de si bon cœur, la charité de ses inutiles yeux aux poissons du fleuve.

Un individu rappelait, dans le Gil Bios, il y a quelques jours, la curieuse histoire des caisses de dynamite volées à la petite gare de la Chapelle, à Paris, au mois de juillet dernier, et que la police ne put retrouver.

D'après cet informateur, la précieuse matière ainsi détournée peut s'évaluer à 150 kilos, et la charge de la bombe de la rue des Bons Enfants était, au dire d'expert, de 7 à 8 kilos, seulement.

n y aurait donc, en supposant que les anarchistes fussent aidés par la Providence, une bonne petite explosion par semaine, pendant tout Thiver, Délicieuse pensée I Ne trouvez-vous pas que cette archiconfrérie de dynamitards est sur le point de devenir singulièrement intéressante, et que nous allons être mis par elle en assez glorieuse posture pour mépriser, par exemple, le retour éventuel de cet ignoble choléra qui n'avait à nous oflTrir qu'une sale et puante mort ?

Mon Dieu! il suffira de s'y habituer, comme on s'habitue aux punaises ou à la gale, et si on ne parvient pas à s'y habituer, il faudra, nécessairement, crever de peur.

On pourra contempler alors, si on a le temps de s'élever un peu plus haut que les idées basses, la merveilleuse fructification des semailles de l'hypocrisie bourgeoise et de l'athéisme philosophique, depuis une demi-douzaine de lustres.

Les jouisseurs, à peu près sans nombre, qui ne se

croyaient pas des canailles, avaient rêvé de s'accommoder avec r Absolu divin et d'instituer, pour toute la durée des siècles, une mitoyenne morale. Mais l'Absolu a refusé de souscrire, et Téchéanoe des blagues étant venue, c'est la Panique tout en sueur qu'on entend cogner à la porte...

Veut-on savoir ce qu'écrivait, il y a quelques ans, un prophète gueniUeux et famélique dont je n'ai pas le droit, on le comprendra, de faire connaître le nom, d'ailleurs fort obscur. Cette page atroce, mais non pas sans éloquence, est assez curieuse à lire, en ce moment:

« Ah I vous enseignez qu'on est sur la terre pour s'amuser. Eh! bien, nous allons nous amuser, nous autres, les crevant de faim et les porte-loques. Vous ne regardez jamais ceux qui pleurent et ne songez qu'à vous divertir. Mais ceux qui pleurent, en vous regardant, depuis des milliers d'années, vont enfin se divertir, à leur tour, et, — puisque la Justice est décidément absente, — ils vont, du moins, en inaugurer le simulacre, en vous faisant servir à leurs divertissements.

»> Puisque nous sommes des criminels et des damnés, nous allons nous promouvoir nous-mêmes à la dignité de parfaits démons, pour vous exterminer inefiablement.

r» Désormais, il n'y aura plus de prières marmon-

nées, au coin des rues, par des grelotteux affamés, sur votre passage. Il n'y aura plus de revendications, ni de récriminations amères. C'est fini, tout cela. Nous allons devenir silencieux...

f» Vous garderez l'argent, le pain, le vin, les arbres et les fleurs. Vous garderez toutes les joies de la vie, et l'inaltérable sérénité de vos consciences. Nous ne réclamons plus rien, nous ne désirons plus rien de toutes ces choses que nous avons désirées et réclamées en vain, depuis tant de siècles. Notre désespoir complet promulgue, dès maintenant, contre notts-mêmes, la définitive prescription qui vous les adjuge 1

n Seulement, défiez- vous ! . . . Nous gardons le FEU, en vous suppliant de n'être pas trop surpris d'une fricassée prochaine. Vos palais et vos hôtels flamberont très-bien, quand il nous plaira, car nous avons attentivement écouté les leçons de vos professeurs de chimie et nous avons inventé de petits engins qui vous émerveilleront !

» Quant à vos personnes, elles s'arrangeront poui* acclimater leur dernier soupir sous la semelle sans talon de nos savates éculées, à quelques centaines de pas de vos intestins fumants ; et nous trouverons, peutêtre, un assez grand nombre de cochons ou de chiens errants, pour consoler d'un peu d'amour vos chastes compagnes et les vierges très-innocentes que vous avez engendrées de vos reins précieux...

'• Après cela, si l'existence de Dieu n'est pas la parfaite blague que l'exemple de vos vertus nous prédispose à conjecturer, qu'il nous extermine, à son

tour, qu'il nous damne sans remède, et que tout finisse I L'enfer ne sera pas, sans doute, plus atroce que la vie que vous nous avez faite.

1 Mais, dans ce cas, il sera forcé de confesser devant tous ses Anges, que nous aurons été ses instruments pour vous consumer...

» Tel est le cantique des modernes pauvres, à qui les heureux de la terre — non satisfaits de tout posséder — ont imprudemment arraché la croyance en Dieu. C'est le Stabat des désespérés I

» Ils se sont tenus debout, au pied de la Croix, depuis la sanglante Messe du Grand Vendredi, — au milieu des ténèbres, des puanteurs, des dérélictions, des épines, des clous, des larmes et des agonies. Pendant des générations, ils ont chuchoté d'éperdues prières à l'oreille de l'Hostie divine et — tout-à-coup — on leur dévoile, d'un jet de science électrique, ce gibet poudreux où la dent des bètes a mangé leur Rédempteur... ZutI alors, ils vont s'amuser! » (1)

J'ai promis, en commençant, quelques conseils et je les crois si excellents... et si parfaitement inutiles que Je les ai gardés pour la fin. Les voici donc :

P Solennelle translation de la pourriture de Renan, par une équipe de vidangeurs, dans le dépotoir national le plus lointain ;

(1) Le Désespéré, édition Soirat, chap. LXVIII.

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2^ Erection au sommet de la tour EiflFel, d'une colossale Croix en or massif, du poids de plusieurs dizaines de millions de francs^ aux frais de la Ville do Paris ;

S^ Obligation, pour tous les Français, d'entendre la Messe tous les dimanches et de communier au moins quatre fois par an, sous peine de mort ;

4° Abolition du suffrage universel, etc.

Je m'arrête, car je sens trop combien tout cela est à prendre ou à laisser, et combien, aussi, sont prématurés de tels avis, qui ne manqueront pas de paraître d'autant plus cocasses que la minute est infiniment prochaine où les enfants même du peuple écriront sur les murs croulants de Sodome, ces simples mots : Le CathouciSMB ou le Pétard I

Choisissez donc, une bonne fois, si vous n'êtes pas des morts.

LÉON Bloy.

13. — Consulté V Année liturgique de dom Guéranger, pour le temps de Noël. Peu de profit. Les rares aperçus ou documents liturgiques sont noyés sous un fatras mortel de phrases dévotes. Il faut vraiment avoir faim et soif pour y trouver de la saveur.

17. — Enfin ! on me fait grâce de l'ignominieux examen de ma copie. Livré, aujourd'hui, le septième de mes contes militaires. 11 faut croire qu'un certain public m'avale, et qu'un peu de confiance

naît, puisque rhumiliation d'une lecture d'essai, aux fétides et caligineux administrateurs du GiL m'est décidément épai^née.

18. — Je croyais connaître l'ignorance de d'Esparbès. Comme j'en étais loin . Du point de vue religieux, c'est ahurissant. Ce soir, à 6 heures 35, il ne savait pas encore que l'Eglise croit à la Virginité de Marie III Et son inintelligence est plus étonnante encore que son ânerie. Obturation invincible et sentimentalité diabolique.

Quelque chose de très-amer entre en moi, lorsque, essayant de lui expliquer qu'il a le devoir de faire baptiser son enfant, — un garçonnet de quelques semaines, silencieux et triste comme les 'tout petits qui vont mourir, — je rencontre l'obstacle insurmontable de son refus.

— Mon fils est à moi ! m'a-t-il dit, avec la netteté sans réplique d'un marchand d'esclaves. La paternité antique, alors ! la férocité des écrivains sentimentaux !...

19. — Encore d'Esparbès. Lu la longue, l'interminable faridondaine impériale : Un Régimenty publiée, aujourd'hui, en supplément du Journal. Il a voulu faire un prêtre catholique, un curé de village sur un champ de bataille, en 1814. Hélas! Quel prêtre! Un horrible bavard, genre

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puritain ou covenantaire, qui vomit, du haut d'un fourgon, des passages bibliques traduits en français par Osterwald et inconcevablement ajustés à Napoléon, cependant qu'on se massacre autour de lui, — au lieu de secourir les agonisants!...

Le pauvre d'Esparbès croit qu'un bon prêtre catholique doit être comme ça. Je me rappelle avoir lu une scène tout à fait analogue dans les Puritains de Walter Scott, qu'il ignore certainement. Je vais l'avertir.

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