Ad'Esparbès
<« Mon cher ami,... Je souffrais un peu, hier soir. J'ai été, pour vous, plus dur que Je n'aurais voulu l'être, et Je vous en demande pardon. C'est tout ce que peut faire un homme de bonne volonté.
n Cependant Je ne peux, sans injustice et sans &us« seté, modifier le Jugement qui vous afflige.
n Je suis sûr que vous vous trompez.
rf Mon admiration pour vous est grande, et Je crois vous l'avoir exprimée, avec force, plusieurs fois. Me suis-je montré avare de louanges, quand il s'agissait de glorifier en vous ce que j'estime le plus, humainement : le sens militaire et le sens français ? Je ne me marchanderais pas davantage, croyez-le, si J'avais à parler pubUquement de votre œuvre.
» Pourquoi donc, en retour, ne m'accorderiez-vous pas un peu de confiance ? Je vous dis avec simplicité, avec amour, que vous vous trompez. Je vous le dis avec ma raison et mon expérience, froidement, sans exaltation ni préjugé. Pourquoi refuseriez-vous de croire un homme qui vous aime, qui est seul, peutêtre, à vous aimer dans l'horrible monde Uttéraire, et qui en sait plus que vous ? Pourquoi voudriez-vous flétrir, altérer profondément notre amitié, en me oon-
damnant à constater chez vous une tare d'orgueil en démence ou d'écriturière vanité que j'étais infiniment loin de soupçonner ?
f Allons, d'Esparbès, ignorant et merveilleusement doué d'Esparbès, souvenez-vous que vous êtes un « homme »», et répondez-moi noblement.
Votre ami, Léon Blot. »
31. — Fin malpropre de cette année. Il s'en est a peine fallu d'un petit cheveu que je giflasse éperdument l'administrateur Albiot, litigieux et fantasque politicien, dont le goujatisme congénital claironne, parfois, avec un peu trop de magnificence.
J'ai terriblement besoin de me rappeler que je ne suis pas seul au monde.
Nonne qui oderunt te, Domine, oderam? et super inimicos tuos tabescebam ?
Perfecto odio oderam illos, et inimici facti 8unt mihi.
Psalm. CXXXVIII, V, «•
JANVIER
1". — Jour de Tan sinistre.
2. — Les adorateurs du Père me semblent dévolus aux péchés d'Orgueil, d'Envie, de Colère et de Paresse. Ceux du Fils, aux péchés d'Avarice et de Gourmandise. Ceux du Saint-Esprit, au seul péché de Luxure.
C'est parmi les luxurieux que le Paraclet ramassera son troupeau.
Le souvenir pieux des trépassés, seul remède contre la Luxure. L'empire des Morts appartient au Saint-Esprit que symbolisa le Pluton mythologique.
Un reporter joyeux me dit son projet de m'interviewer et de m'enquétery en supposant ma candidature à l'Académie. Que d'esprit dans le monde !