‹ Le mendiant ingrat:Chapitre 30 sur 109 · Lettre circulaire · texte numérisé non relu

Lettre circulaire

« Antony^ 6 mars 1893.

« Monsieur le Rédacteur en chef, Vivant loin de Paris, dans une solitude profonde, je sollicite la publicité de votre journal pour une protestation tardive, sans doute, mais nécessaire et do nature à intéresser tous mes confrères, quels que puissent être, à mon égard, leurs sentiments personnels.

» J'apprends qu'une édition d'un de mes livres, le Désespéré, vient de paraître, à mon insu et contre ma volonté formelle, dans la maison Tresse et Stock.

Cette édition, antérieure à la seule que connaisse le public, avait dû être mise au pilon en 1886, — M. Stock n'ayant pas osé la publier à cette époque et la seule pensée d'en exhiber un exemplaire, le faisant expirer d'eflfroi.

» Certaines menaces qui paraissent, maintenant, ne plus agir sur son âme, l'y avaient fait renoncer au dernier moment.

n Aticun contrat ne rautorisait, d'ailleurs, à réaliser une publication jugée par lui-même si dangereuse et qui dut rester, en conséquence, à l'état de projet complètement défunt.

«t On me révèle, aujourd'hui, que cet éditeur surprenant s'est déterminé, depuis trois semaines environ, à déballer son papier, actuellement en vente à peu i»^ partout. Cette opération industrielle, je le répète, a été faite à mon insu, au mépris de toute équité et dans un superbe dédain de ce qui constitue les droits les plus élémentaires d'un écrivain.

f» J'ajoute que l'édition, aussi clandestine que carottée^ de M. Stodu.n' étant ptzs conforme à Védù tion véritable^ expurgée avec soin et lancée par moi-même, en 1887 (chez Alphonse Soirat, Paris), — j'ai cru devoir, avant toute autre démarche, désavouer publiquement cette spéculatioh de librairie, qu'une loi, maternelle aux individus malins, m'interdit, malheureusement, de quaUâer.

» J'espère, Monsieur le Rédacteur en chef, que vous ne me refuserez pas l'insertion de ces quelques lignes, et vous prie d'agréer l'assurance de ma parfaite considération.

f» LÉON Blot. » (1)

7. — Je vais essayer de mettre en scène Todieux Bismarck. Retour de la tristesse qui me martyrise habituellement, surtout lorsqu'il me faut écrire

(1) Publiée par VEvénement et VEclair.

pour le Gil Blas^ dont je suis si peu sûr et auquel je suis si honteux d'appartenir. Quelle dure et abjecte captivité! Ma femme vient me consoler, en me parlant de sa très-prochaine profession de tertiaire de saint François.

8. — Une grosse revue lyonnaise, V Université Catholique j parlant du Salut par les JuifSy m'accuse de renouveler « l'hérésie de Vintras» et « d'aboutir à une conclusion franchement hétérodoxe ».

10. — Autre tartine sur le Salut par les Juifs. Cette fois, on ne me dit pas hérétique, mais le texte « Salus ex Judseis », mal traduit ou mal interprété par moi, n'est pas aussi mystérieux que je me plais à le supposer. D'ailleurs, je ne parais pas connaître moi-même le sens de mon livre.

Salus A JudœiSj quia Salus EX Judceis, pourraisje répondre à un tout autre docteur. Mais je connais trop celui-là. C'est un tout petit avocaillon hollandais, récemment naturalisé belge!!! ^ur faire plaisir à son papa. Il m'honora de quelque amitié, à l'âge de vingt ans^ quand il n'était pas encore devenu l'ornement de cette patrie. (Voir 26 mai 92.)

14. — J'espère être bientôt délivré de cette infamante collaboration au Gil Blas.

19. — Le Saint-Esprit recrute continuellement, pour la délivrance de Jésus en croix, une armée

innombrable qui doit être le genre humain. Les Croisades, formées de chevaliers et de goujats, préfigurèrent mystérieusement cette universelle et définitive coalition.

24. — Je ne puis ouvrir le Saint Livre sans que m'arrive une douceur infinie, une suavité merveilleuse, une ivresse qui me cogne contre les étoiles!... Je suis, alors, à combien de milliards de lieues du Gil Blas?

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