‹ Le mendiant ingrat:Chapitre 31 sur 109 · Au Directeur de V Université Catholique^ à Lyon · texte numérisé non relu

Au Directeur de V Université Catholique^ à Lyon

«* Monsieur le Directeur, Je n'ai pu lire que longtemps après sa publication, l'article signé Calamtis, sur le Salut par les Juifs, dans la partie bibliographique de votre numéro du 15 février.

» J'aurais, certes I mauvaise grâce à contester aux autres un droit de critique ou de blâme, dont j'ai si largement usé moi-même, que beaucoup de gens, plus ou moins sincères, plus ou moins informés, me croient exclusivement un pamphlétaire.

» U serait donc, â mes yeux, très-naturel que votre collaborateur n'aimât pas mon livre, et je trouveraia parfiEiitement légitime qu'il le condamnât littérairement, fût-ce avec une extrême dureté. Dieu me préserve de supposer que le personnage qui se cache sous le pseudonyme de Calamus soit dépourvu de l'autorité nécessaire pour juger un écrivain aussi peu considérable que moi.

LE MEUDIANT ingrat 141

» Mais ne vous semUe^t^il pas, Monsieur le Directeur, que le droit de critique est, en cette occasion, singulièrement outrepassé ? Si M. Calamus, ou tout autre individu ms^ué, avait écrit, à propos de mon livre, que je suis un faussaire, par exemple, ou que j'ai des mœurs infâmes, il est probable que vous n'eussiez pas inséré d'aussi dangereuses calomnies, dont les lois françaises autorisent la victime à demander un compte sévère.

» Dois-je croire, que, profitant de l'athéisme de ces mêmes lois, vous avez accepté, sciens et prudens, qu'un de vos rédacteurs m'accusât sans preuves, du crime le plus énorme que puisse commettre un chrétien?

» Je parle du crime d'hérésie, infiniment plus grave, aux yeux de l'Eglise, que toutes les autres prévarications ou ii^ustices.Depuis le 15 février,tous les lecteurs de votre revue peuvent croire que je suis un rénovateur de l'hérésie de Yintras et que j'annonce, dans les termes les plus explicites, une prochaine <« incarnation du Paraclet »».

» Cette vieille hérésie, bien antérieure au misérable Vintras, m'a toujoura fait horreur, et mon livre n'en dit pas un mot. Je ne puis donc expliquer l'exorbitante accusation dont je suis l'objet que par ce que les typographes appellent, je crois, un mastic. Certaines lignes et certains mots, destinés à figurer dans un autre article, se seront indûment glissés dans celui de M. Caîamus. Comment concevoir, sans cela, Tefiroyable légèreté d'un homme qui s'exprime avec

une certaine gravité apparente et qui ne doit pas, sans doute, se dispenser de lire avec attention les ouvrages qu'il daigne juger?

f Quoi qu'il en soit, le préjudice est énorme, et je vous prie de vouloir bien insérer cette lettre dans votre numéro le plus prochain. J'ose espérer. Monsieur le Directeur, que vous ne refuserez pas cette réparation nécessaire, à un écrivain catholique dont personne, jusqu'à ce jour, n'a contesté l'orthodoxie.

w Agréez, etc.

«LéonBloy. »

Publié par le Gil Blas :

« Une lettre solennelle, en patois franco-germain, adressée de Dresde à l'administration du Gil BUxs, m'apprend que MM. les officiers prussiens ou saxons, patriotiquement indignés de mes récits militaires, en veulent à ma peau.

» — Lorsque nous croirons l'instant venu, disentils, on verra ce que pèse votre homme de plume en présence d'un sabre prussien.

» Il y aurait, peut-être, — même en Allemagne — une certaine pudeur à ne pas rappeler ce sabre prussien que j'ai vu, dans la Sarthe et dans le Loiret, beaucoup plus héroïque en présence des femmes et des blessés qu'à l'apparition des marins ou des francstireurs.

» Néanmoins, voici ma réponse, très-simple :

f J'habite Antony (Seine), 53, route d'Orléans. Ma maison a une porte et plusieurs fenêtres qui s'ouvrent très-facilement...

» Je verrai venir ces guerriers avec une satisfaction que je me sens incapable d'exprimer. Je vais d'ailleurs, dès aujourd'hui, faire une commande considérable de désinfectants.

•» Cependant, comme je veux les supposer plus bêtes que méchants, je leur conseille charitablement — avant de m'apporter la pointure de leurs museaux, — de s'informer, avec soin, d'un certain Marchenoir qui se cache dans la peau de Léon Bloy et qui, en 1870, eut la douceur de crever plusieurs Prussiens, parmi lesquels se trouvèrent, je crois, quelques Saxons.

>» LÉON Bloy. »

AVRIL

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