‹ Le mendiant ingrat:Chapitre 36 sur 109 · Au même · texte numérisé non relu

Au même

« J'ai bien peu de temps pour vous écrire, ce matin, mon ami. Je me sens poussé à le faire, cependant. Je vous dis ce que je vous disais hier. Il faut me suivre, parce que j'ai besoin de vous et que vous avez besoin de moi. Il faut me suivre dès maintenant, parce que je vais toujours et que vous resteriez, à la fin, trop en arrière.

» Dieu sait ce qu'il fait et ce n*est pas pour rien qu'il nous a si particulièrement rapprochés. L*un des plus énormes deuils de ma vie serait de vous perdre.

» J'ai senti, ces jours derniers, que vous n'étiez pas où vous deviez être, et il fallait bien vous le dire, sous peine d'être un faux ami. Mais, en même temps, je voyais, le plus lumineusement du monde, votre vraie voie.

» Si vous avez confiance en moi, soyez donc trèsdocile, très-fidèle à votre résolution généreuse. Lisez, ce soir, quelques lignes du Livre et vous ne tarderez pas à savoir ce que valait mon conseil.

» Encore une fois, vous vous égariez du côté de la guerre et du côté des supplices, alors que vous êtes si clairement, à mes yeux, un homme fait pour la paix et pour la joie.

» La Joie! Laissez-vous précipiter dans ce fleuve, mon très-cher ami, vous qui me restâtes fidèle, aux jours de l'effroyable tribulation. Ne doutez pas de ce que je vous ai dit et persuadez-vous que Técrivain n'est que l'accident de ma substance, que j*ai quelque chose de plus...

» Quelque chose déplus, en vérité, et que je peux recevoir d'étranges lumières pour vous conduire.

» Votre LÉON Blot. »

28. — Oh l'ennuyeuse lettre de Wagner qui sert de préface à la traduction de ses poèmes d*opéra! Cette lecture m*assassine. Le prétendu frénétique, est un assommant et vil professeur allemand. Son christianisme, certifié par Villiers, est une monstrueuse blague, et je sens le besoin de conspuer cette gloire qui pue déjà le cadavre.

30. — Vexations parfaites au Gil Blas. Les cochons triomphent. Mon Dieu ! quand donc seraije délivré de ce gagne-pain de vomissement ?

JUILLET

2. — Attendrissement extrême, à l'église. Le psaume 41* me semble exprimer, plus qu'un autre, ma détresse, et j'invoque mon Père des Lys, dans l'esprit divin de cette prière.

Ce sentiment de la haine universelle dont je suis l'objet, quoi que je fasse \ Il y a des gens qui croient m' aimer et qui me haïssent.

5. — Antiquités judaïques de Josèphe. Pour la centième fois, je remarque, en cet historien, la préoccupation peu sublime dç ne mécontenter personne. «Je laisse à chacun d'en penser ce qu'il lui plaira ». Tel est son mot ordinaire. On dirait du Coppée.

Quel personnage singulier, pourtant, que ce Josèphe qui parait avoir été une sorte de prophète^

et quel effrayant tourbillon que ce peuple Juif roulant aux gouffres de son châtiment !

6. — J'apprends la mort hideuse deMaupassant. Quelques jours de bruit dans les gazettes, puis Toubli éternel. C'est un des hommes qui m'ont fait le plus de mal.

9. — L'Idolâtrie, c'est de préférer le Visible à l'Invisible.

Adultère. 11 se dit encore, quelquefois, que l'amant d'une femme mariée souffre du partage. Quelle hypocrisie ! C'est le contraire qui est vrai. C'est précisément ce partage qui est le grand ragoût. L'homme assis dans la viande est un indicible cochon.

14. — Commencé la série des Histoires désobligeantes, au Gil Blas.

Je souffre terriblement de cette corvée littéraire et je voudrais bien que Dieu ne me l'infligeât pas plus longtemps. C'est effrayant de penser que l'existence de plusieurs dépend de moi seul et que je n'ai d'autre ressource que mon imagination !

Après la série militaire, qui m'a fait honneur, je ne sais plus où je vais.

22. — Les dernières feuilles de Sueur de Sang s'impriment. Je me suis demandé quel pouvait bien être, parmi les vivants ou parmi les morts,

rhomme assez universellement, assez injustement et assez lâchement décrié, pour que je lui dédiasse mon livre. Je n'ai pas trouvé mieux que Bazaine.

Dédicace de Sueur de Sang (1870-1871)

A la mémoire dlflamée

de

François-Achille Bazaine

Maréchal de l'Empire

Qui porta les péchés de toute la France

Et fut condamné

Par une injustice épouvantable

Sur le témoignage de tous les lâches

Et de tous les désobéissants

Qu'il avait eu la faiblesse ou Théroïque générosité

De ne pas flétrir.

L'éditeur ne veut pas aller au delà du mot France. Evidemment, cela peut marcher encore. Peut-être même, estrce mieux ainsi. En tout cas, on ne dira pas que je néglige les moyens d'assurer rinsuccès complet de mes livres.

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