‹ Le mendiant ingrat:Chapitre 5 sur 109 · Dure journée · texte numérisé non relu

Dure journée

22. — Ce matin, De Groux lancé sur Léon Deschamps (Plume) qui me doit sept ou huit cents francs, dépense une heure à lui expliquer que j'ai besoin d'argent. Ce soir, lettre de cinq lignes du dit Deschamps me demandant « à quoi il peut me servir. »

23. — J'en ai tout-à-fait assez de ce camelot. Je lui écris :

« Mon Dieu ! cher ami, c'est très-simple. Je suis livré en ce moment, à de religieuses méditations sur le néant de la vie et j'aurais besoin do votre sentiment personnel sur les amis en chemin de prospérer, qui lâchent de très-pauvres bougres amplement et gratuitement utilisés dans les jours néfastes.

» L'uniformité de cotte avanie dont je fus victime, chez Rodolphe Salis, par exemple, qui me doit en partie son scandaleux succès, et chez quelques autres encore, me surprend un peu. Gela tient, sans doute, à ce que j'ai l'esprit « chimérique »», ainsi que votre bon sens me Ta notifié.

» En retour de vos réflexions sur cette matière, celui que vous avez bien voulu nommer « le premier prosateur de France » et qui se décarcassa volontiers pour vous, s'engage à déposer dans la corbeille de votre fiancée une quittance formelle des 800 francs que vous lui devez pour valeurs livrées en marchandises littéraires, aux termes d'un verbal contrat venu entre

nous, vers la date du 15 avril 1890, si ma mémoire est Adèle.

« Cordialement. Léon Bloy.

« P. S. — A publier dans le prochain numéro de la Plume : Notre éminent collaborateur Léon Bloy, renonce à nous donner la suite du Secret de M, Pérégrin Germinal. Il nous informe que sa conscience lui reproche de livrer au public un secret de cette importance. »»

24. — Je nantis leMont-de-Piété de notre argenterie. Déjeuné, rue Copernic, chez une Anglaise cossue qui me présente à ses deux filles. On me parle naturellement de Bourget et de Daudet.

Je déclare avec simplicité que ce sont des lectures de domestiques. Me voilà brûlé dans cette maison.

Lu, ce matin, dans VEcho de Paris^ un long article de SchoU sur le « dîner » de la Plume. Le vieux ruffian protège les jeunes.

26. — Lettre du prince Ourousof qui me croit incapable de faire du roman, parce que la vie est plate et pâle, et que ma forme lui parait éclatante et mamelonnée. Opinion flaubertiste.

27. — Huysmans aurait fait proposer à l^ Plume de finir Pérégrin Germinal à ma place!!!

29. — Malgré ma tristesse horrible, médité sur les prodigieuses paroles de TEcclésiaste, devant

LE MENDIANT INGRAT Zl

servir d'épigraphe à mon livre sur Napoléon : Quid est quod fait? ipsam quod futurum est.

Quid est quodfactum est, ipsum quod faciendum est. Et celles-ci : Vidi cuncta quae fiant sab sole, et ecce aniversa vanitas et afflictio spiritus.

Quand on pense que ce mot Vanitas est la traduction précise du nom d'AbeH...

30. — Cimetière Montparnasse. Toujours pas de croix sur la tombe de d'Aurevilly !

AVRIL

!•'. — Cimetière Montparnasse. Toujours pas de croix. Mais, rencontre surprenante. Deux ouvriers arrivent, un plan à la main, cherchant la tombe. Décidément la croix et une grille vont être posées^ après trente-cinq mois ! Effet de ma question liminaire du « Saint-Graal ».

3. — Refus du Christ aux Outrages par le jury du Champs de Mars. Mot du Président Stevens jadis comblé par le père de de Groux dont il fut élève : « Une femme respirant une fleur est autrement difficile à peindre que tous vos ecce homo ».

Autre mot d'un juge quelconque parlant au refusé : « Vous seriez le Ravachol du Champ de Mars».

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