‹ Le mendiant ingrat:Chapitre 7 sur 109 · Il n'y a pas à dire, je suis admirablement malheureux · texte numérisé non relu

Il n'y a pas à dire, je suis admirablement malheureux

Le Talent, aimé de tout le monde, appartieslau Père et au Fils. Le Génie, haï de tout le monde, est exclusivement du Saint-Esprit.

H. — Article de Charles Buet sur le Christ aux OutrageSy en première page du Figaro. Combien il est digne de ce journal d'avoir refusé mon travail sur le même sujet pour héberger une telle prose! Charles Buet! Celui-là, du moins, ne calcinera pas Fabonné.

14. — « Vieille Amérique reconstituée » à la porte Maillot, pour préluder aux fêtes du Centenaire de la Découverte. Rencontré un ami qui m'affirme qu'il n'y aura pas de profanations. Pauvre bonhomme qui ne conçoit pas la profanation par le ridicule ! Ce délire de reconstitutions m'exaspère. Il montre si bien le néant d'un temps qui ne peut se regarder lui-même.

Ennui et dégoût à la vue de ce public de putains et de saltimbanques. Mascarade immense dans le monde entier. Le Centenaire tant annoncé pourrait-il être autre chose? Le Pape qui, seul, aurait le pouvoir de changer le caractère de ces manifestations, ne fera rien, c'est trop évident. Le Christophore est trop l'image de l'Esprifc-Saint, et je sais combien l'Eglise moderne est diligente pour écarter la Troisième Personne divine.

Je suis le seul français, après le comte Roselly de Lorgues, ayant parlé honorablement pour .Christophe Colomb de qui tous les journaux vont parler. Naturellement, je ne serai pas cité.

Après une heure d'attente, je prends la fuite sans avoir entendu la Cantate. D'ailleurs, un plus long séjour me devient impossible quand j'aperçois le «Chat Noir», Salis et ses lieutenants, grimpés sur la caravelle où, tout à l'heure, un autre cabot singera le Messager du Salut découvrant la Terre Nouvelle !

15. — Ce matin, conversation assez longue avec de Groux. Texte : « La Vieille Amérique » et l'inertie de Léon XIIL — Si le Pape, lui ai-je dit, avait l'esprit d'un grand Pape qui serait en même temps un grand saint, — s'étant informé préalablement de toutes choses et considérant qu'il est la Bouche de Dieu, — il se demanderait, sans doute, quel est celui de ses fils qui est le plus dans les*voies du Feu... Qui sait s'il ne se répondrait pas que Léon Bloy est peut-être un peu trop abandonné par son Père ?

Lettre enragée de Buet. S'il en avait le pouvoir, à quels supplices raffinés ne me condamnerait-il pas, ce polygraphe épais dont j'ai paru dédaigner le 117* rossignol ?

20. — Anniversaire de la mort de Saint Christophe Colomb. Les protestants qui ne veulent pas des saints, ne congratulent leurs amis que le jour anniversaire de leur naissance. Or, l'Eglise a nommé le jour de la mort des saints : Dies natalis. Etonnante confusion d'idées chez les protestants qui prennent ainsi la mort pour la vie et la vie pour la mort. L'Eglise ne célèbre que trois Nativités ; celle de Jésus, celle de Marie et celle de saint Jean-Baptiste. Ne serait-ce pas un avertissement liturgique et mystérieux que le Précurseur pourrait bien avoir part au privilège surhumain de Marie, conçue sans péché? VImmaculée Conception de Jean. Quelle pensée !

21. — Exégèse traditionnelle des 46 années de la Construction du Temple (Joan. II, 20) signifiées par l'addition des lettres grecques formant le nom d'Adam. Les lettres hébraïques correspondantes donnent le même résultat.

En outre, les quatres lettres grecques de ce Nom mystérieux sont les initiales des quatre points cardinaux : dvatoXij, orient ; doacc, couchant ; fipxtoc, septentrion ; }iC9)9|jL6pea, midi.

Analogue à l'ésotérisme du célèbre mot ijfibç.

22. — Parole diflicile de saint Jacques : « Estote factores verbi et non auditores tantum, fallentes

uosmetipsos. Quia si quis auditor est uerbi et non factor : hic comparabitur viro consideranti vultum natiuitatis suœ in speculo ».

Considérer le visage de sa naissance dans un miroir, ne serait-ce pas se voir mort ? Est-ce là ce que vous avez voulu dire, ô doux et terrible Apôtre?

24. — Les amertumes les plus douloureuses de mon épouvantable passé renaissent. Lâché par tant d'amis anciens ou nouveaux, déçu par tant de gens pour qui je n'eusse point hésité à me sacrifier, abandonné, semble-t-il, par Dieu lui-même, et de quelle effrayante manière! emprisonné, cadenassé dans les lieux obscurs et ne recevant jamais de salaire, enfin, tourmenté sans relâche par la misère la plus invincible et menacé de toutes parts. Quel destin!

Je fais offrir à Pion, la Chevalière de la Mort pour une revue qu'il vient de fonder. Refus de cet éditeur, alléguant un choix exclusif des écrivains « les plus distingués ».

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