Que nous apportera Demain? Quelle vie
Nous nous traînons ainsi, chancelants, ivres de désir et fous d'angoisse, d'un jour à l'autre, d'une semaine à l'autre, d'une saison à l'autre, d'une année désespérante à une année homicide, attendant le Seigneur et son Cantique nouveau...
La misère ne ralentit pas son étreinte, mais nos âmes, chaque jour, deviennent plus fortes pour la supporter. Notre espérance immortelle ressuscite, à chaque instant, sous le couteau, et nous sentons une si valide bénédiction dans nos deux enfants si beaux, si forts, si manifestement dévolus à la Lumière!
26. — Visite d'un jeune bellâtre millionnaire et toqué de littérature, venu pour me rafler mon dernier exemplaire du Salut par les Juifsy avec l'intention déclarée de m'être utile en me l'ache-
tant à moi-même. Aimable procédé. Après le départ de ce bienfaiteur, je constate la disparition d'un livre rare, que je n'avais pas encore eu le courage de vendre, et dont le format très-particulier semblait invoquer la poche de tout amateur aux mains agiles. (1)
27. — Il faut être des mendiants à la porte des cimetières ! Des mendiants habillés de feu !
29. — En exécution de ma promesse du 22 septembre, je ferai décidément un copieux article sur Ernest Hello, à propos du livre misérable de son historien prétendu. Je veux montrer surtout le Hello dont on ne parle pas et qui est si peu connu : le pauvre grand homme opprimé, rapetissé, ridiculisé par sa femme.
Celle-ci, un bas-bleu terrible, a publié autrefois, sous le pseudonyme de Jean Lander, beaucoup de contes, malheureusement édifiants, dont quelques-uns, — il y a quinze ans, — me parurent empreints d'une certaine beauté. Je dirai cette singulière transposition de la femme, faisant passer sa niaiserie et son étroitesse bourgeoise à un mari dont elle soutirait la grandeur.
(1) J*écrirai8 volontiers le nom de ce jeune héros, connu dans les nouvelles couches littéraires. Malheureusement, je n'ai pas It^ preuve du IsTcin. Juillet 4897,
Je possède heureusement quelques lettres importantes d'Hello... En les relisant, je retrouve la trace d'impressions anciennes qui ont décidé de ma vie. 1880! C'était l'aurore des tribulations épouvantables.