‹ Le mendiant ingrat:Chapitre 78 sur 109 · On cherche le moyen de ne pas mourir · texte numérisé non relu

On cherche le moyen de ne pas mourir

15. — Saint Matthieu, chap. VllI, v. 16 et 17. Jésus guérissait toutes les maladies. De quelle manière? En les prenant sur LuU mystérieusement et invisiblement ; de façon à devenir, en vérité, le lépreux annoncé par Isaïe, l'infirme absolu, in quo omnia constant.

Le mal physique n'étant qu'une suite du péché.

Jésus commence toujours par remettre ses péchés au malade qu*on lui présente, et il prend ce fardeau sur lui. Le malade, alors, est subitement guéri. Mais son mal n*est que déplacé. Il est maintenant sur la Personne du Christ, avec les péchés que Celui-ci vient d'assumer.

C'est effrayant de se dire qu'il en est toujours aitisi et que l'Evangile continue...

J'imagine de transformer en prières, à mon usage, le récit évangélique de quelques miracles : Saint Matthieu, chap. IX.

Domine, tange oculos meos, et secundum fldem meam flat mihi, et aperiantur oculi mei.

Saint Marc, chap. VII.

Domine, appréhende me de turba seorsum : mitte digitos tuos in auriculas meas; et exspuens, tange linguam meam; et suspidens in cœium, et ingemens, die mihi : Ephpheta, quod est, adaperire. Et statim aperiantur aures meae, et solvatur vinculum lingu» meae, et recte loquar.

Saint Luc, chap. V.

Domine, ego sum jaceus paralyticus. Dimitte peccata mea, ut surgens et ambulans coram omnibus, et toUens grabatum meum, vadam in domum meam, magniflcans Deum.

Saint Jean, chap. XI.

. Domine Jesu, ego sum amicus tuus, et dormio de

doraiitione mortis. Jesu, Resurrectio ot Vita, mortuus sum et fœteo. Bone Jesu, veni ad monumentum meum, et vide, et infreme spiritu, et turba teipsum, et lacrymare. Nonne poteras tu, qui aperuisti oculos caeci nati, fecere ut amicus tuus non moreretur ? Die ut toUant lapidem, et voce magna clamans, jubé me venire foras.

18. — L'Evangile! Quel délice pour moi que cette lecture, même dans Tangoisse la plus poignante! Combien de fois n'ai-je pas senti et efxprimé que la plus dure partie de ma pénitence était de ne pouvoir donner à cette étude mes journées entières! Dieu sait ce qu'il fait et il est seul à le savoir.

Le Paradis terrestre était nécessairement toute la terre. Autrement la terre n'aurait pu être maudite, puisqu'en supposant le Jardin de Volupté un lieu déterminé, tout^ au-delà des limites de ce lieu, eût été ce que nous voyons, et, par conséquent, n'aurait pas eu besoin de malédiction.

Adam, avant sa chute, était dans un état inimaginable, analogue, semble-t-il, à celui de Notre Seigneur dans son Humanité glorieuse, après la Résurrection : luminosité, agilité, subtilité^ ubiquité, etc., la matière ne pouvant lui faire obstacle.

Adam, avant sa chute, était comme un charbon

à l'état d'incandescence. Brusquement éteint, il a perdu sa lumière et sa chaleur, et il est devenu froid et noir.

25. — A mon mariage, il y avait autour de notre table dix amis absolument sûrs. Tous nous ont lâchés odieusement, à l'exception d'un seul qui est sur le point de disparsutre. Et combien d'autres encore qui n'étaient pas à ce repas de mariage ! Qui pense à venir voir un homme malheureux? J'ai toujours été, d'ailleurs, celui avec qui personne ne se gène. Ceux même qui disent m'aimer, et qui me le prouvent jusqu'à un certain point, ont-ils jamais été tentés de se déranger?

29. — C'est quelque chose d'apercevoir l'ombre de la Main de Dieu.

34. — Fin mélancolique de cette année si importante pour nous, si chargée de peines, si remplie de suggestions divines et marquée, pour nous, de si grands progrès.

Terram tenebrosam et oper-

tam mortis caligine :

Terram miser!» et tenebrarum, ubi umbra mortis, et nullus ordo, sed sempiternus horror inhabitat, /o*. X, il, i2.

JANVIER

!•'. — Mes livres à dédicaces nombreuses, tels que Sueur de Sang et les Histoires désobligeantesy pourraient presque être consultés comme des répertoires de mes lâcheurs.

Sur un exemplaire de Léon Bloy devant les Cochons : « Le plus délicat de ces pourceaux ne serait-il pas Laurent Tailhade lui-même, pour qui j'ai sacrifié six mille francs de rente, lorsque toute la presse l'arrosait d'outrages et qui, résolument, cessa de me voir, aussitôt après la publication de cette brochure? »

On parlait des Juifs. — 11 n'y a que deux peuples aimés de Dieu, ai-je dit, le peuple Juif et le peuple Gaulois, le Lion et le Coq. Le Juif y le Lion de Juda, redeviendra pasteur et pleurera quand le Coq aura chanté.

3. — Assurément, je serai heureux, je serai même un bienheureux^ le jour où j'aurai, définitivement^ résolument, échangé tout plaisir contre la Joie.

6. — Ce matin, fête des Trois Rois, à H h. 1/2, il reste un sou dans la maison. Froid atroce. Impossibilité de se réchauffer.

7. — Etude sédative des Proverbes de Salomon. Toutes ces Sentences ou Paraboles, dont une exégèse transcendante réaliserait l'Unité, m'apparaissent comme un poème ininterrompu^ comme la Robe sans couture.

Quel miracle de pouvoir goûter ainsi la Parole Sainte, au milieu des menaces qui nous environnent, plus que suffisantes, croirait-on, pour déterminer le désespoir I

8. — En général, je suis surtout exposé à me dégoûter de mes propres efforts, tant je ^uis sûr que Dieu lui-même fait tout en moi. Cette remarque s'applique surtout à mes recherches herméneutiques.

Mon insuccès, depuis quelque temps, est quelque chose de confondant. Tout ce que j'entreprends avorte.

Ce matin, à l'église, idée singulière venue, je ne sais d'où : « Tu cherches de l'argent, pauvre

homme. Rien n'est plus simple. Va trouver tel ou tel riche et parle avec autorité : — Il me faut cela, diras-tu, et cela te sera donné. Il ne s'agit plus d'implorer, exige. Tout n* est-il pas à toi ? »

9. — Les Proverbes ! Certains versets passent devant moi comme des éclairs.

15. — Course chez Dentu. Je demande pourquoi on édite mes livres, si on ne fait rien pour les vendre. Pas une ligne de réclame n'a mentionné l'apparition des Histoires désobligeantes^ dont mes clients habituels ignorent l'existence et qu'on ne découvre à l'étalage d'aucun libraire.

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