un pharmacien de Montrouge
«« Cher Monsieur, Vous me pressez de vous fixer une date pour le règlement de votre compte. Je fixe donc le 15 du mois prochain et c'est, en vérité, tout ce que je peux faire. — Si coniuderis me in pilUt quasi ptisanasj feriente desuperpilo, non au ferres a me amplius.
n Oela dit, non sans déplorer que vous soyiez, à ce point, la victime du démon de l'impatience, je vous prie instamment de ne plus m'envoyer vos employés.
»» Il m'affligerait de contrister le moindre cloporte, étant — comme le sait toute la racaille littéraire, — mitissimus vir super omnes prophetas, et monstra placans in verbis.
n Mais j'endure mal qu'on irgurie ma femme, en mon absence surtout, et qu'un domestique, enhardi par l'apparence de notre pauvreté, exalte son goujatisme jusqu'à douter ostensiblement de ce qu'on lui lait l'honneur de lui répondre.
(1) Tout le monde sait que les deux « vases i* de llieure actuelle, les deux apdtres de la gentilitô contemporaine, sont J.-K. Huysmans et François Coppée. — 1898.
» Considérez, monsieur, je vous en prie, que je pourrais, un jour, me trouver chez moi, juste à la minute où se présenterait le caballero, et qu'il est satanique de tenter les pauvres humains.
« Hélas I on m'a. trop fait la réputation d'accabler de travail les apothicaires, en détériorant les carcasses contemporaines, et le surnom de Caïn m'en est resté.
» Je vous en prie donc, comptez bonnement sur moi et, encore une fois, ne m'expédiez plus vos matassins.
M Agréez, cher monsieur, l'assurance de ma rage, de ma bonne volonté et de ma parfaite considération.
» LÉON Bloy. ^
21. — Pourquoi est-il si difficile d'échapper aux pensées graves, ou, du moins, — si on est une brute, — à une sorte d'oppression, dans le voisinage d'un mort ? C'est que ce mort, eût-il été le plus banal des vivants, vient de tomber sous la domination de Quelqu'un qui est absolument inconnu et dont on sent la Présence... Cette présence est surtout sensible dans le phénomène, peu expliqué, qu'on est convenu d'appeler le froid de la mort. Idée de Jeanne, à propos de notre fils André dont nous parlions ce soir.
De la même :
— Qu'on ait de l'argent ou qu'on n'en ait pas, c'est la même chose, en ce sens qu'on est toujours dans la Main de Dieu. Dans le premier cas, l'argent
est détenu par quelqu'un de visible, et, alors, il est visible. Dans le second cas, il est détenu par quelqu'un d'invisible, et, alors, il est invisible.