On me raconte ceci
Le corps de ma mère bien-aimée, exhumé plusieurs années après la mort, arrivée en 4877, a été vu par un de mes frères, parfaitement conservé. Le cadavre de notre père, enterré la même année, était au dernier état de putréfaction. Cette double circonstance me suggère des pensées que
je n'ose écrire, que je ne comprends pas moimême. Mais la fibre la plus profonde est atteinte et je pleure des larmes telles que j'espère la pitié de Dieu.
Vu un marchand de reconnaissances du Montde-Piété. Personnage si crapuleux que je le quitte avec violence. Un second est aussi voleur, mais moins ignoble. Il prête 35 fr. sur une valeur de 230, au taux de cent vingt pour cent, et il entreprend affablement de me persuader qu'il y perd. Quel monde hideux !
Projet de dédicace pour une édition nouvelle du Brelan d Excommuniés :
« A la désolante mémoire d'un ami de ma jeunesse très-profondément décédé, qui ne connut pas la gloire de Dieu et qui n'aimait pas le Signe de la Rédemption sur les tombeaux. »
42. — N'est-il pas évident que je suis le seul homme capable d'écrire les choses définitives sur la question juive, si bassement agitée par Drumont?
Dire mon mépris pour les horribles trafiquants d'argent, pour les youtres sordides et vénéneux dont l'univers est empoisonné, mais dire, en même temps, ma vénération profonde pour la Race d'où la Rédemption est sortie (Salus ex Judseis), qui
porte visiblement, comme Jésus lui-même, les péchés du Monde, qui a raison détendre son MessiCy et qui ne fut conservée dans la plus parfaite ignominie que parce qu'elle est invinciblement la race d'Israëly c'est-à-dire du Saint-Esprit, dont l'exode sera le prodige de l'Abjection. Quel sujet !
d3. — Crise prochaine , vraisemblablement .
Depuis quelques jours, j'ai le cœur dans un étau, dans ces diaboliques ongles de fer qui me torturèrent dès l'enfance.
Rappelez-vous, Seigneur, que j'ai eu pitié de Vous... Pourquoi ces abominables peines sans issue? Pourquoi, surtout,ces déceptions infernales et le dérisoire privilège de la Parole à un homme de bonne volonté qui n'a pas le moyen de se faire entendre? C'est la même lamentation depuis dix ans et la même surdité divine. Mais mon courage s'épuise...
Dieu n'est pas absurde, pourtant, et je suis bien forcé de me supposer l'objet d'un passe-droit du malheur, en vue d'une exceptionnelle dilatation de ma patience, pour me préparer à quelque mission inconnue. Mais alors, mon Dieu, jusqu'où faudra-t-il descendre?
d4. — Commencé le Salut par les Juifs.
15. — Souffrance énorme pour ma femme et pour moi. Sans autre cause que le train monotone
de nos angoisses quotidiennes, une mélancolie effroyable tombe sur nous.
J'explique tristement à ma pauvre compagne que telle a été toute ma we, qu'elle peut juger ainsi du miracle continuel qu'il a fallu pour que je ne mourusse pas. Je pense, d'ailleurs, que, m'ayant épousé, il y a trois ans, d'une manière si visiblement providentielle, il ne suffisait pas qu'elle connût la misère matérielle, mais cette agonie de l'âme qui est la misère des misères et le plus par^ fait de tous les tourments.
J'écris à peine quelques lignes, en luttant con* tre le plus sombre découragement.
17. — Une pauvre somme tombe du ciel. Voilà bien notre vie ! Le secours arrivant infailliblement lorsqu'on est sur le point de périr, mais seulement alors^ pour qu'on ait le temps de se soûler de douleur.
Je continue ma brochure juive en me déchirant les entrailles. (Œuvre honorable, je l'espère, maîa combien difficile !
19. — Alcide G., homme de quarante ans, noua dit qu'il n* a jamais vu Vauhe qu'une seule fois, en chemin de fer. Ce triste aveu nous donne un certain mépris, mêlé d'un peu d'épouvante.