LE TROU D'UNE BALLE
« Nous partîmes un soir du Cap avec tout le de'tachement, continua le mendiant noir.
<c Les nègres s'étaient montres en
nombre du côté de la Grande-Rivière.
« Nous devions être plusieurs jours en campagne.
« Bon maître, ce soir-là, e'tait plus joyeux que de coutume; il allait d'un pas rapide et le'ger, en chantonnant quelque gai refrain de France.
« Comme toujours, je marchais à ses côtés.
« Il me tendit . sa gourde d'eaude-vie, et me dit de boiie.
« — Ncptime, dit-il ensuite, si
j'avais une femme et un enfant, les
aimerais-tu bien ?
• « Je ne sus point re'pondre à une
question pareille, et je mis seulement ma main sur mon cœur.
« — Tu les aimerais, reprit-il,
comme tu m'aimes, n'est-ce pas,
Neptune?.. Quand elle t'appellerait,
tu épierais son geste pour obe'ir plus vite.
«Tu l'admirerais... elle est si belle!.. Quand il sourirait, tu le prendrais dans tes bras forts, tu le
bercerais... Il est si frais et si joli!....
« Je bondissais de plaisir à ce tableau.
» — J^ai une femme et un enfant, Neptune, continua-t-il ; à notre retour tu les connaîtras.
« Nous passâmes la nuit dans un camp de noirs abandonné,
« Le lendemain, au moment où nous allions nous remettre en marche, un courrier arriva de la ville.
« Il était porteur d'une lettre adresse'e au capitaine Lefebvre.
« Bon maître reconnut sans doute une e'criture aime'e, car sa main tremblait d'émotion tandis qu'il rompait le cachet.
« Il lut : tout-a-coup son front pâlit. Il relut une seconde fois,
« La lettre s'e'chappa de ses mains et tomba à terre.
« Il ne la ramassa point, et rentra dans case en chancelant comme un homme ivre.
« — Je savais lire, car bon maître m'avait appris une partie de ne qu'on enseigne aux blancs, mais je refermai la lettre sans même y jeter un coup-d'œil, et je la mis dans mon sein.
« Je serais mort plutôt que de lui voler son secret.
« Quand j'entrai dans la case il avait sa tête entre ses deux mains, et sanglotait en ge'missant.
« Je m'assis dans un coin.
« J'avais un poignard dans le cœur.
LE MENDIANT NOIR. 1î8
« — Neptune, me dit-il tout-àcoup, —je veux mourir.
« Deux larmes jaillirent de mes yeux et me brûlèrent la joue, mais je répondis :
« — C'est bien, maître.
(( — Je n'ai plus de femme, repritil : j'ai perdu mon bonheur et mon espoir... Je suis seul.,, elle ne m'aimait pas.
« Il fouilla ses poches pour retrouver la lettre. Je la lui pre'sentai silencieusement.
« Il la saisit avec avidité', comme
s'il eût espéré y . lire d'autres caractères.
« Qnand il l'eut parcourue de nouveau, sa tête retomba pesamment sur sa poitrine.
« — Donne-moi mes pistolets, me dit-il d'une voix basse et brisée.
« Mes jambes étaient de plomb.
a Je me levai pourtant et lui tendis ses armes en détournant la tête.
« J'entendis jouer la batterie.
« En ce moment le ciel m'inspira.
« ' — Bon maître a-t-il aussi perdu son enfant ? demandai-je.
« Ce seul mot le rendit à lui-même.
Il jeta ses pistolets et se leva. »
— Excellent père ! dit Xavier ^ comme il m'aurait aimé ! . . . Mais que contenait donc cette lettre fatale?
— Je l'ai lue, répondit le mendiant, mais je ne l'ai pas entièrement comprise.
— Il se releva, ouvrit son cofFre, et choisissant une lettre dans le portefeuille, dont la plaque portait le nom de Lefebvre, il la pre'senta à Xavier.
C'était la lettre écrite par Florence- Angèle à son mari au moment où elle quittait Saint-Domingue.
iS6 LE MENDIANT NOIR.
Nous l'avons déjà mise sous les yeux du lecteur.
— Quel cynisme ! murmura Xavier, et quelle se'cheresse de cœur!
Oh ! mon pauvre père dut bien souffrir !.. et cette femme est ma mère ! . .
— Bon maître souffrit en effet, reprit le nègre.
«Les derniers jours de sa vie furent remplis d'amers et cruels regrets.
« Ce n était plus le même homme.
«Moi qui l'avais vu si ardent, si fougueux soldat, je ne le reconnaissais plus.
«Son jeune front s'était penché versla terre.
« Jour et nuit il pensait à elle.
« Enfin, le ciel eut pitié de lui.
« C'était sur les bords de la Grande- Rivière.
« Les noirs insurgés vinrent au devant de nous.
« Les blancs étaient cinq cents j les noirs étaient dix mille.
« Bon maître, à ce coup, sembla retrouver une sombre énergie.
« Il fit battre la charge et se précipita le premier.
« Ce fut un affreux combat, et un combat héroïque, car mes frères sont braves eux aussi ! . . . Depuis le matin jusqu'au coucher du soleil ils restèrent sur le champ de bataille, se ruant sur les soldats, arrachant les fusils de leurs mains, ou étouffant leurs adversaires entre leurs bras nerveux. Souvent ils re'ussirent à culbuter les lignes régulières et serre'es des Français, mais alors bon maître s'élançait.
« Chaque fois qu'il s'élançait, les
noirs épouvantes fuyaient : on l'eût pris pour cette divinité de la guerre que nos pères représentent combattant avec une gigantesque massue, et portant partout devant soi la mort et la terreur. . .
« Mes frères furent vaincus.
« Leurs cadavres jonchaient la rive du fleuve.
« Ils se jetèrent à la nage ou disparurent parmi les lianes qui s'attachent aux troncs sveltes des hauts lataniers.
« Bon maître ne voulut point qu'on
les poursuivît ; mais, au moment où le feu cessait, au moment où il ordonnait la cle'mence , un dernier coup de fusil retentit derrière la lisière d'une plantation de caféiers, et bon maître , frappé d'une balle en pleine poitrine, tomba à la renverse. »
Le mendiant s'arrêta, brisé par ce cruel souvenir. Xavier, la tête penchée, les mains jointes, attendait et gardait le silence.
« — J'arrachai le sabre d'un soldat, reprit le noir, et je me précipitai.
« Je n'avais jamais frappé jusquelà, mais il fallait venger bon maître.
« Quand je revins près de lui, le sabre de'gouttait de sang.
« C était le sang d*un de mes ^ frères.
< En me voyant, bon maître fit signe à ceux qui l'entouraient de s'éloigner.
« Comme ils hésitaient, il dit :
« — Ma blessure est mortelle, je le sens... je le sais. Laissez-moi seul avec Neptune.
« Je m'approchai aussitôt.
« Neptune, me dit-il d'une voix affaiblie déjà, je te lègue mon fils ; tu seras son père. . . Tu chercheras cette femme qui est sa^mère. . . entends-tu ?
tu la chercheras jusqu'à ce que tu la trouves... Il faut que mon fils, à défaut de parents , ait la fortune , et cette femme est riche.
«M' obéiras-tu;?...
« — Oui, maître, répondis-je.
« — Tu donneras ta vie à l'enfant ?
n — Oui, maître.
« — Et tu chercheras sa mère ?. . .
« — Je la trouverai, maître.,...
Son nom?...
« Il voulut parler ; ses forces l'abandomièrent. Pourtant il put me dire encore l'endroit où vous étiez.
« Quant au nom de votre mère, il me fit signe que je le trouverais sur un papier qu'il sortit de son sein.
<f Puis il mourut. »
Le nègre se leva et ouvrit de nouveau le coffre, d'où il tira un second
papier.
— Ce papier qu'il me donna, poursuivit-il, le voici. C'e'tait votre acte de naissance, petit maître.
Xavier, sous le coup de ce triste re'cit, fat quelque temps avant de prendre la parole ; mais il avait ignoré
sa naissance pendant vingt années.
La curiosité fut plus forte que la douleur.
— Mon acte de naissance ! répe'ta-
t-il en avançant la main. — Vous
disiez pourtant que vous ne saviez
point le nom de ma mère.
— Je disais vrai, re'pondit le mendiant.
il déploya le papier, au milieu duquel se trouvait un trou rond de la largeur d'une pièce de vingt francs.
— Bon maître portait cet acte sur sa poitrine, reprit-il en montrant le
trou... c'est par là qu'est passée la balle qui l'a tue'. En passant, elle a enlevé le nom de votre mère. . .
Xavier saisit vivement le papier.
Le trou de la balle suivait, en effet, immédiatement ces mots : Florence-Angèle...
Il n'y avait plus de nom de famille.
Xavier tourna et retourna Tacte de naissance dans tous les sens.
— Rien!... dit-il enfin : pas un seul indice ! . . . mais qu'importe, après
tout ? Je renonce de bon cœur à la fortune de cette femme !
— Et la volonté de votre père !
s'écria le mendiant.
— Cette volonté était une sorte de dernier bienfait, j'y puis renoncer.
— Y renoncer, petit maître î dit le nègre avec effroi. Mettre en oubli sa volonté! mépriser son dernier commandement ! . . . Oh ! ne l'espérez pas ! tant qu'il y aura dans mes veines une goutte de sang, j'obéirai, moi, entendez-vous?., Il a parlé, j'agis — comme
autrefois, comme toujours ! . . Ses ordres sont des lois, des lois suprêmes, qu'il ne faut ni enfreindre, ni discuter. . . Ne vous l'ai- je pas dit ? je suis esclave encore, esclave d'un souvenir!
Tandis qu'il parlait ainsi, sa haute taille s'e'tait redresse'e ; son œil brillait ^ tous ses traits exprimaient une vigoureuse et indomptable de'termination.
Xavier mesurait avec admiration ce de'vouement sans bornes.
Il ne voulut point froisser cet homme qui était son bienfaiteur.
— Nous la cherclierons , puisque vous la voulez, dit-il; — mais vous avez dû chercher déjà, et depuis vingt-deux ans, s'il eût e'te' possible de de'couvrir cette femme, vous l'auriez trouve'e.
— J'ai fait ce que j'ai pu, répondit le noir ; cela ne me dispense pas de travailler encore.
« Je lui ai dit : Je la trouverai ! il faut la trouver ou mourir à la tâche ! . . .
« Après là mort de bon maître, je
commençai sur le champ l'œuvre qu'il m'avait confie'e.
«Les blancs avaient partout le dessous, et l'embarquement ge'ne'ral fut ordonné. ^:
« Ce fut un grand malheur; car, à Saint-Domingue, j'aurais pu m'informer, chercher, de'couvrir peut-être...
Au lieu de cela, je n'eus que le temps d'aller vous prendre au lieu oîi vous avait de'posé votre père.
« Nous nous embarquâmes ensemble, et nous touchâmes quelques mois après la terre de France.
« J'avais lieu de croire que votre mère nous y avait pre'céde's.
vi Nous vécûmes pendant deux ans, d'une petite somme que j'avais prise avant de partir, au logis de votre père.
« Pendant ces deux ans je cherchai sans relâche.
« Il n'est pas un hôtel que je n'aie visité.
« A défaut de nom de famille, j'avais le nom de femme de votre mère ^ je demandais madame Lefebvre ; il y en a beaucoup à Paris j j'en vis plusieurs : ce n'était point ce que je cherchais.
« Le soir, je revenais à notre pauvre logis, je vous berçais, petit maître, je vous endormais en chantant vme chanson d'Afrique ou des Antilles.
(c Un homme sage, auquel je m'adressai, écrivit pour moi à Saint-Domingue ; mais les noirs étaient là maintenant maîtres suprêmes.
« Ils avaient détruit tous les registres et papiers de la colonie.
« Je fus obligé de payer l'homme sage pour ses conseils, et je n'en retirai rien.
(( La misère vint.
« J'essayai de travailler.
142 LE MENDIANT NOIB.
« Le travail d'Europe ne ressemble pas à celui des colonies.
« On me prit en apprentissage.
« Avant que je fusse devenu assez habile pour gagner de l'argent, vous eûtes faim, petit maître, et je me fis mendiant...»
Xavier serra silencieusement la main du noir.
V La première fois que je tendis la main, reprit celui-ci, mon cœur se souleva et mes yeux se fermèrent.
« Je fus tenté de fuir pour cacher
ce que j'appelais ma honte, mais je pensai à vous qui pleuriez dans ma pauvre demeure.
« Je pensai à mon maître qui e'tait mort sans maudire Dieu, parce qu'il espérait en moi.
« L'orgueil remplaça le dégoût 5 je me sentis fort.
« J'eus honte encore , mais ce fut d'avoir hésité...
« On me donna peu d'abord, puis davantage, puis beaucoup : les mendiants ont leur clientelle.
Bientôt j'obtins une faveur marque'e j j étais beau noir, on me regardait, on s'e'tonnait de ne point m' entendre solliciter verbalement l'aumône.
« Ce qu'on refusait aux cris plaintifs des autres malheureux, on l'accordait à mon silence.
« Graduellement, mes concurrents s'éloignèrent; je restai seul maître du perron de Saint-Germain-des- Prës.
Vous grandissiez.
« A l'âge de cinq ans je vous con-
fiai à des mains étrangères : j'avais mon plan j je savais que vous auriez le cœur lier de votre père \ il ne fallait point plus tard que vous connussiez la source mise'rable qui alimentait votre existence.
f< A douze ans je vous mis au col-
lège.
<r Vous souvenez-vous, petit maître, de cet homme qui venait le soir chez la femme que vous appeliez votre mère?...
« Cet homme, quand il faisait nuit, s'approchait de votre berceau , et
VOUS mettait un baiser au front.
— C'était vous, interrompit Xavier avec e'motion.
« — C'était moi... Plus tard, au colle'ge, je suivais de loin vos promenades ; cache' derrière quelque buisson, je contemplais vos jeux...
J'ai toujours été' près de vous, petit maître ! . . .
« Plus tard encore, quand vous sortîtes du collège, une ruse innocente et dont le succès me rendit bien heureux, vous fit choisir pour demeure l'hôtel où vous habitez.
« Alors je ne vous quittai plus.
« Je vous vis chaque jour, à chaque heure, pour ainsi dire.
« Je devinai votre vie, vos petits chagrins , vos espoirs passionne's. . . «
— Quoi ! s'e'cria Xavier, vous sauriez?...
— Elle est bien belle ! répondit en
souriant le noir. Il y a longtemps que
je l'aime, la douce enfant, car j'ai vu
son grand œil bleu se relever vers vous avec amour. . . Puisse Dieu vous
faire heureux, petit maître, de tout
le bonheur que méritait votre père !
— Elle est bien belle ! re'pe'ta Xa- j vier en secouant la tête, mais elle est riche. . . elle est noble. , .
Puis , voulant de'tourner l'entretien , il ajouta :
— Mais pourquoi m' avoir si longtemps privé du nom de mon père ?
— Votre mère vous avait abandonné, répondit le noir.
u 11 faut un sentiment bien fort pour porter une mère à fuir son enfant.
(c Je pensai que si elle découvrait votre existence à Paris , elle
redoublerait de précautions et se cacherait davantage . . .
« Or , il faut que je la trouve, puisque mon maître Ta ordonné...
« Sans r événement fortuit qui nous a rapprochés et dont je n'ai pas la force de me plaindre , car il me procure les seuls instants de joie que j'aie connus depuis bien des années ,' sans cet événement je n'aurais rien dit.
« Je ne sais même si , la semaine dernière , j'aurais parlé pour vous sauver , petit maître !
Xavier fit un geste d'étonnement.
— Je suis toujours à lui ^ dit le
LE MENDIAM NOIU. T. Il, 10
mendiant , répondant à ce geste ; ' — je mets sa volonté avant la vôtre , avant tout!... Mais, depuis avant-hier , il est arr ivé un changement.
« J'ai découvert...
— Qu'avez-Yous découvert ? demanda vivement le jeune homme.
— Je suis sur la piste, petit maître !
Le noir tira de son sein un fin mouchoir brodé qu'il mit sous les yeux de Xavier.
— F. A. ! s'ëcria-t-il en lui montrant le chiffre avec un naïf triomphe.
— F. A?... répéta Xavier sans comprendre.
Florence-Angèle... dit le mendiant.
— Hélas ' mon brave Neptune , il y a peut-être dans Paris dix mille chiffres pareils ! . . .
— Oui , mais il n'y a qu'un visage qui puisse ressembler au vôtre autant que celui de cette femme.
— Elle me ressemble ! . . . La connaissez-vous ? . . . Où demeure-t-elle ?
Ces pressantes questions firent tomber tout-à-coup la joie du nègre.
— Je ne la connais pas , murmura-t-il, — je ne sais où elle demeure.
Alors , mon pauvre ami. . . commença Xavier.
— Mais je Fai vue , interrompit le noir retrouvant son enthousiasme.
*— ' Je la reconnaîtrais entre
mille... je reconnaîtrais sa taille par derrière... sa voiture à perte de vue. . . Je la retrouvei>ai , petit maître , je la retrouverai !
Pendant que cette scène se passait dans la pauvre mansarde de Neptune , Carrai était debout devant un sopha où s'asseyait la marquise de Rumbrye, dans un petit salon de l'hôtel de Rumbrye.
C'e'tait un ravissant boudoir.
Une seule fenêtre à glace laissait pe'ne'trer le jour à travers de soyeux rideaux d'un bleu obscur que dou-
blaient de fines et blanches drape-
ries.
Des tableaux de maîtres tapissaient les lambris , où couraient autour des panneaux et des larges cadres des glaces montées à l'antique, de le'gères guirlandes de lis.
La fenêtre donnait sur un vaste jardin.
Un entier silence re'gnait dans cette suave retraite , où le bruit des pas lui-même se perdait , e'touffé par le moelleux pelage des tapis.
Madame de Rumbrye e'taite'ten-
LE MENDIANT NOIK. fôH
due sur le sopha , dans un ëtat d'immobilité parfaite.
Malgré le demi-jour favorable qui éclairait le boudoir , une fatigue inaccoutumée se montrait sur son
visage.
Le cercle qui entourait son œil s'était creusé.
Elle paraissait presque son âge.
De ce malheur il fallait accuser en partie le bal de la veille , en partie l'affreuse humeur oii était ce jour-là madame la marquise.
— Tu l'as VU ? dit-elle tout-àcoup 5 en levant son regard sur Carrai.
— De mes yeux vu , répondit le mulâtre.
« Il faut que le diable s'en soit mêlé ! . . .
« Tout allait bien jusque-là.
« J'avais exécuté vos ordres.
(( Le commissaire avait fait son office.
« Pour comble de bonheur, un incident dont je n'ai point le secret avait aggravé son affaire , puisque seul de tous les joueurs surpris au
tripot, on l'avait conduit sur-le-champ au parquet.
(( Je croyais la chose enlevée , et je rôdais autour du Palais pour connaître plus vite le de'nouement et venir vous l'apprendre , lorsque je l'ai vu sortir avec un maudit nègre qui stationne d'ordinaire sous mes fenêtres...
~ Un mendiant ?. . . demanda la marquise.
— Un mendiant.
— Que peut-il exister entre eux de commun ?
— L'enfer le sait!... Je l'ai vu sortir , libre... Il nous e'chappe !
— Tu es un traître ou un maladroit , Jonquille ! dit madame de Rumbrye avec colère.
Le mulâtre se mordit la lèvre et ne répondit pas.