LES SEPT FILS DE JEHOUDDA
Pendant les vingt-deux ans qu*a duré leur mariage (1), Jehoudda et Salomé n'eurent pas moins de neuf enfants, sept fils et deux filles, ce qui n*a rien d'excessif dans leur race et pour le temps. Sur ces sept fils deux prirent le nom de leur père, deux celui de leur grand-père Jacob.
Le premier, nous Pavons vu, c'est Bar-Jehoudda. Outre la disposition légale qui concerne son nom, nous avons par l'Evangile lui-même la preuve qu'il s'appelait bien comme son père. Un de ses frères, appelé Jehoudda, fut surnommé Toâmin le jumeau, — dont les Juifs hellènes ont fait Thomas didumos^ — uniquement pour qu'à distance on ne les confondit pas, car ils étaient jumeaux de nom. Dans le Quatrième Évangile (2), un Jehoudda, qui n'est ni Thomas, présent à la scène, ni Jehoudda Is-Kérioth, reçoit l'assurance, devant Philippe et Thomas, les scribes qui ont transmis les Pa^ rôles du Rabbij que Jésus et son Père viendront habiter chez lui lors du Renouvellement des choses. Cet homme privilégié, c'est Bar-Jehoudda lui-même, c'est le Jésus et il est cité le dernier par ordre d'ancienneté. C'est Jehoudda le bon, par opposition à Jehoudda Is- Kérioth le mauvais, chez qui Jésus ne viendra pas.
(1) Jehoudda fut tué pendant la révolte qui succéda au Recensement de 760, comme on le verra au chapitre Apothéose de Jehoudda, p. 237.
(2) XIV, 22 et suiv.
Le second, c'est Shehimon, surnommé dans TEvangile Képhas ou la Pierre, crucifié à Jérusalem par Tibère Alexandre, sous Claude, en 802. C'est celui que l'Église appelle saint Pierre et dont elle a fait le premier pape, ce qui lui aurait été impossible, si jamais il avait mis les pieds à Rome.
Le troisième, c'est Jacob senior, surnommé Oblias ou Force du peuple, crucifié sous Claude, par Tibère Alexandre, dans le même temps que Shehimon. C'est le saint Jacques de TEglise.
Un quatrième fils est implicitement avoué par rÉvangile, où il est dit frère de Shehimon : c'est Jacob junior, dit Andréas, lapidé par Saul en 787 (1). C'est le saint André et en même temps le saint Etienne de FEglise (1), car il cumule deux béatifications.
Le cinquième s'appelait Philippe (2).
Le sixième s'appelait Jehoudda comme son frère aîné. Sous ce nom il n'est cité ni de Papias, ni de Valentin (3), ni de Tauteur de la Seconde Sagesse valentinienney mais il leur est connu sous le nom de Thomas que le Quatrième Evangile lui donne également. Toute la tradition syrienne tient que Thomas s'appelait Jehoudda, comme son aîné.
(1) Sous le nom de Stéphanos, la Couronne {du martyre), Saûl est celui dont on a fait l'apôtre Paul.
(2) Les Actes des Apôtres l'ont mis au nombre des sept diacres de leur invention. Toutefois ce chitlre répond indiscutablement à l'apostolat formé par les sept fils de Jehoudda. Parmi ces diacres on retrouve encore un autre fils de Jelioudda, Jacob-Andréas. Si on ajoute ce Jacob et Piiilippe aux quatre frères que l'Évangile reconnaît àBar-Jehoudda, c'est-à-dire Shehimon, Jacob senior, Jehoudda junior et Joseph {Ménahem), on reconstitue complètement la postérité mâle de Salomé.
(3' L'un, Juif millénariste, évoque d'iliérapolis de Phrygie au second siècle et commentateur des Paroles du Rahbi ; l'autre, Juif d'Alexandrie, à ce qu'il semble, anti-millénariste avéré.
Le septième et dernier est celui que les Synoptisés (1) appellent « Joseph » Il n'est cité ni du Quatrième- Evangile, ni de Papias, ni de Valentin, ni de Fauteur de la Seconde Sagesse valentinienne, — d'où il ne faut pas inférer qu'ils ne l'aient point connu. Au contraire, plus ils savent moins ils disent. Le petit Joseph, étant donné que le grand « Joseph » n'est autre que Je-^ houdda, c'est Ménahem, roi des Juifs en 819, et qui périt de la main même de ses partisans révoltés contre sa tyrannie. Aucun scribe christien, évangéliste ou non,, ne cite Ménaliem, parce qu'historiquement Ménahem est le plus célèbre des sept et que si on l'eût nommé il eût été inutile d'avoir caché Jehoudda sous Joseph, Salomé sous Maria la Magdaléenne, Bar-Jehoudda sous le Joannés ou le jésus, Shehimon sous la Pierre et ainsi de suite. De Ménahem on remontait à Jehoudda le Gaulonite et toute la mystification évangélique tombait à plat (2).
Papias, évéque millénariste d'Hiérapolis de Phrygie nommait certainement Ménahem. Papias mourut sous Marc-Aurèle, sans avoir connu les douze apôtres : on était en train de les faire. Mais il résulte d'un prologue de lui (3), cité par Eusèbe avec toutes les falsifications préalables, qu'il reconnaissait les sept fils de Jehoudda. comme constituant le ministère primitif du Christ en Judée, et qu'il les citait par leurs noms ou leurs surnoms : « André, Pierre, Philippe, Thomas Jacques, le J cannés... et Mathias » (4). On a la preuve par là que son
(1; Mathieu, Marc, Luc.
(2) En effet, l'histoire de Ménahem est dans Josèphe.
(3) Le prologue des Paroles du Rabbî (Jehoudda et ses fils) expliquées par ledit Papias.
(4) Mathias était fils de Jehoudda dit Toamin. 11 était Bar-Toamin d où Ton a fait Barthélemi.
texte a été remanié, et Ménahem remplacé dans la liste par Mathias, son neveu (1). En effet, à cette liste il manque celui des frères du jésus que l'Évangile appelle Joseph. Ce Joseph manque également dans les listes valentiniennes corrigées par l'Église, mais on est d'autant plus sûr qu*il se confond avec Ménahem que, s'il en était autrement, il y aurait huit fils de Jehoudda au lieu de sept.
LE CHARPENTIER, ZIBDEOS OU BEEL-ZIB-BEEL
Réunissant en lui l'autorité morale de l'autel et du trône, Jehoudda ne quitta point les rives du lac de Génésareth, les bourgs de Gamala et de Bethsaïda. Bethsaïda veut dire « maison de pêche ». C'est là qu'il construisit et lança la barque du baptême (2).
(1) Si les Paroles du Rabbi eussent nommé douze apôtres, Papias n'aurait pas manqué de les nommer à son tour, car personne n'admettra qu'il se serait permis d'en disqualifier cinq. Il est parfaitement clair que Papias n'a rien soupçonné des douze, qu'il ne savait pas un mot de la Constituante apostolique, de la conversion de Saùl à Bar- Jehoudda, des beaux discours de Pierre et de Jacques aux Conciles de Jérusalem et en général de toutes les jolies choses consignées dans les Actes des Apôtres.
(2) Ce qui fait croire qu'il habita Bethsaïda, c'est que, selon TÉglise, le Quatrième Evangile serait d'un certain Johanan, lequel est de Bethsaïda, dont sont également le baptiste Joannès, Shehimondit Képhas, (Pierre) et Philippe, apôtres. Crie pseudo- Johanan ne fait qu'un avec le Joannès baptiste, lequel ne fait qu'un avec le jésus lequel ne fait qu'un avec Bar-Jehoudda dont Shehimon et Philippe sont les frères. Les scribes disent de Bethsaïda que c'était un bourg de la Galilée; l'expression n'est exacte qu'à la condition d'ajouter : « transjordanique ». Bethsaïda était l'ancien nom de Julias et la capitale de la Gaulanitide dont Gamala est une des villes principales. Le scribe le
Aucun nom peut-être, si ce n'est celui de Zibdeos, ne convenait mieux à Jehoudda que celui de Charpentier.
Le premier Charpentier dans le sens où l'entend rÉvangile, c'avait été Noé à qui lahvé commanda de bâtir une arche contre l'eau. « La terre était corrom-» pue devant lahvé et remplie d'iniquité. Voyant donc cette corruption de la terre (car la vie que les hommes y menaiejit était toute corrompue), lahvé dit à Noé : « J'ai résolu de faire périr tous les hommes. Ils ont rempli toute la terre d'iniquité et je les exterminerai avec la terre. Faites-vous une arche de pièces de bois aplanies... J'établirai mon alliance avec vous; et vous entrerez dans l'arche, vous et vos fils, votre femme et les femmes de vos lils avec vous (1). » Jésus fit le même commandement à Jehoudda en lui révélant le mystère du Renouvellement du monde. Aussi habile Charpentier que Noé, Jehoudda se construisit une arche, mais à la différence de celle de Noé, il construisit la sienne contre le feu. Ceux-là seraient sauvés qui y monteraient, après avoirreçule baptême ignifuge. Le Charpentier fabriqua, charpenta, et quand il fut mort ses enfants n'eurent plus qu'à jeter leurs filets pour pêcher les Juifs. Dans la christophanie évangélique, lorsque Jésus passe sur les bords du lac de Génésareth il trouve la barque toute prête : elle est là depuis Auguste. Mais le pauvre Charpentier, le constructeur de la barque qui sert à porter les poissons baptismaux, — d'où ce surnom de Zibdeos qui
sait mieux que personne, mais il ne lui plait point de serrer autour de rÉvangile le nœud géographique qui rattache tout ce monde à Jehoudda de Gamala.
Rien ne prouve que les premiers enfants de Jehoudda ne soient pas nés à Gamala même.
(1) Genèse, vi, H-14 et 18.
lui est donné dans certains Evangiles et que nous examinons plus loin — rillustre Jehoudda, pour lui rendre enfin son nom de circoncision, est mort depuis le Recensement de Quirinius « avec ceux qui travaillaient pour lui », dit mélancoliquement rÉvangéliste. On l'appelle Joseph quand on le montre tirant l'horoscope de son fils aîné dans la Nativité, le Charpentier quand on salue en lui le constructeur de l'arche contre le feu, le Zibdeos quand on montre ses fils utilisant sa barque, mais l'homme ne change pas, c'est toujours Jehoudda le <îaulonite.
Alors que dans tous les Evangiles Jehoudda est dit le Charpentier par une allusion évidente à la barque .baptismale, TEglise a tout fait pour donner le change sur cette signification. Ceux-ci le font Charron (1), encore entre-t-il du bois dans ce métier. Mais d'autres le disent Serrurier (2). D'autres encore le disent For* geron, travaillant avec le vent et le feu (3), et il se peut bien qu'il ait été désigné ainsi dans certaines versions allégoriques. Pas une de ces images qui ne convint à celui qui avait été le père du miilénarisme, l'initiateur des apôtres et le rude ouvrier de la première heure christienne.
Maintenant que vous savez pourquoi Jehoudda est dit le Charpentier, le Zachûri, vous ne vous étonnerez plus qu'inspirés par le Verbe Créateur des mots et des choses, les évangélistes l'aient également surnommé Zibdeos, le Donneur ou le Faiseur de poissons (4), ni
(1) Le Dialogue avec Tnjphon et VAnticelse,
(2) Hilaire et Pierre Chrysologue.
1,3; Ambroise de Milan.
(4) Mot formé de Zib, le signe des Poissons dans le Zodiaque chai-
qu'ils aient donné à ses fils le très joli nom de Zibdéens ou pêcheurs d'hommes. « Ce Zibdeos était, dit la grave exégèse, un pêcheur aisé du lac de Génézareth. » Il faut que la grave exégèse en fasse son deuil : Zibdeos n'a jamais pris un seulpoisson à nageoires et à écailles ; et les <( pêcheurs d'hommes » n'ont jamais eu d'autre filet que celui de leur langue.
Personne parmi les Juifs, ni dans la primitive Eglise, ni chez les talmudistes de Tibériade, personne, vous entendez bien, n'a pu être dupe de ces jeux de mots sur le Sac/iû, l'Homme- Verseau qui annonce et précède les Poissons, Ce sont les Juifs du Temple qui ont contribué les premiers à la formation du nom de Zibdeos, le Faiseur de Zib. Comme Jehoudda montrait Jésus sous Temblème des Poissons, ils lui reprochèrent de tomber dans l'idolâtrie spéciale des Philistins qui, notamment à Ekron, avaient adoré les divinités de l'eau, Dagon et Dercéto, couple de dieux-poissons, que les évangiles appellent de ce mot composé : le Beel-Zib- Beel. On voyait encore dans les villes de Philistie des temples où les habitants faisaient leurs lustrations et demandaient des oracles à ce couple puissant, car ce n'est pas de leurs notions archéologiques que les Pharisiens et les Saducéens tirèrent ce qualificatif « Beel- Zib-Beel » à l'adresse de Jehoudda.
déen (v. Bouché-Leclercq, Astrologie grecque) et deos ou daos^ par heliénisation de da ou dos qui répond en araméen à une idée de relativité difficile à rendre avec précision. Zibda ou Zebda, dans la plaine d'Abilène s'appelle ainsi de ce qu'il y avait eu jadis un lac : Es-Zebedani, dit-on encore aujourd'hui. Nous voyons également Zabdi employé dans le sens de famille, et il est certain qu'il y a dans le mot Zibdeos un jeu de mots où Zib est entré avec son sens à la fois astrologique et baptismal. Famille de Joannôs et de Zibdeoi.
C'est ce Beel-Zib-Beel dont l'Église a fait, sous le nom de Beelzebuth, une divinité infernale et comme la figure du Diable lui-même, alors qu'au contraire il remonte au principe même de la Révélation christienne.
Je sais bien ce que dit le Saint-Siège à propos de ce Beel-Zib-Beel, je connais l'arrêt de l'exégèse catholique, j'en suis touché plus que personne, et je me demande s'il est bon qu'on se permette sinon un jugement opposé, du moins un avis différent, car « l'Écriture sainte est la parole même de Dieu, son divin Testament, le dépôt de ses secrets et de ses divines volontés, et elle ne saurait être profitable qu'autant qu'on la lira avec une foi vive, une humilité profonde, une soumission parfaite et une entière pureté d'intention » (1). Or le Saint-Siège dit par l'organe de ses exégètes : « Les Juifs donnaient ce nom au démon, parce que les faux dieux sont des démons. Beelzebub veut dire Dieu des mouches. Voyez le IV' Livre des Rois^ I, 2, 3, 16. » Je me suis reporté au IV® livre des Rois, I, 2, 3, 16, comme le Saint-Siège m'y invite, et là j'ai trouvé que le roi Ochozias étant tombé d'une plate-forme et en ayant été fort malade, avait envoyé des gens à Ekron pour consulter Beel-Zib-Beel que je m'obstine à orthographier ainsi en dépit de la sacrée Congrégation de l'Index, car à moins qu'Ochozias ne soit tombé de sa plate-forme en attrapant des mouches, — le passe-temps favori de Domitien — je ne vois pas pourquoi il aurait demandé un remède à leur dieu. Je préfère croire qu'en sa qualité de démon guérisseur, le
(1) M. l'abbé Glaire, Avertissement de la seconde édition du A'owveaa Testament,
Beel-Zib-Beel avait révélé à ses prêtres quelques secrets relatifs à la cure des maladies ou au traitement des fractures et qu'il importait à Ochozias de les connaître. On ne peut donc traduire Beel-Zib-Beel par Dieu des mouches qu'à la condition d'écrire « Beel-Zeboub » (1). Encore faudrait-il que les Philistins, piqués d'on ne sait quelle mouche amie de la versatilité, eussent tout à coup délaissé Beel-Zib-Beel pour Beel-Zeboub, le culte des Poissons pour celui des mouches. Sans doute on remarque de ces volte-face subites dans l'histoire des peuples, surtout ceux qui sont exposés aux sautes de vent par le voisinage de la mer. Mais que penserait le Zibdeos, oui, que penserait le Faiseur de Zib si nous adoptions, fût-ce par soumission et humilité, l'interprétation du Saint-Siège en disant à ces Poissons : « Je vous baptise mouches » ? Dame 1 le Faiseur de Zib ne serait pas content. Encore moins son fils aîné qui eut à repousser, non seulement pour lui mais pour toute sa famille, cette épithète malsonnante de Beel-Zib-Beel, comme il appert de la déclaration suivante (2) a : En vérité, je vous le dis : vous n'aurez pas fini d'éz?angéliser toutes les villes d'Israël jusqu'à ce que vienne le Fils de Thomme. Le disciple n'est point au-dessus du maître, ni l'esclave au-dessus de son seigneur. Il suffît au disciple qu'il soit comme son maître, et à l'esclave comme son seigneur. S'ils ont appelé le père de famille Beel-Zib'BeeU combien plus ceux de sa maison! Ne les craignez donc point : car il n'y a rien de caché qui ne sera révélé, et rien de secret qui ne sera su. »
(1) Mais il y a Beel-Zeboul dans le texte le plus ancien, et Ton sent bien que le mot a été corrompu par les copistes.
(2) Mathieu, x, 23-26.
Est-ce le Dieu-mouche ou le Dieu-poisson, Beel- Zeboub ou Beel-Zib-Beel que les Philistins adorent dans Gaza, lorsque Samson renverse sur eux leur temple ? En appelant ce dieu Dagon l'Écriture ne ditelle pas expressément que c'est le dieu-poisson (1) ? Est-ce Beel-Zeboub ou Beel-Zib-Beel que les Philistins vénèrent dans Azot, lorsque vainqueurs des Juifs, ils déposent l'Arche de Dieu, trophée de la batçiille, dans le temple de Dagon, à côté de Dagon, que le lendemain on trouve le visage tourné contre terre, et un jour après, la tète et les mains coupées, le tronc seul étant resté en place (2) ? Est-ce dans l'ancien sanctuaire du dieu-poisson ou dans un nouveau temple élevé au dieumouche que les gens de cette même Azot s'étaient réfugiés, lorsque Jonathas emporte la ville et brûle le temple de Dagon avec tous ceux qui étaient dedans (3) ?
Est-ce du Beel-Zeboub ou du Beel-Zib-Beel que parle l'auteur inconnu de la Déesse de Syrie lorsqu'il dit avoir trouvé le dieu-poisson dans tous les temples de la Phénicie (4) ?
Évidemment c'est un témoignage méprisable que celui de cet auteur, puisqu'il est païen, mais vu la concordance des Écritures de Dieu, alors que tous sont en faveur du poisson et pas un seul en faveur de la mouche, je demande au Saint-Siège un induit spécial afin d'être autorisé dorénavant à lire Beel-Zib-Beel là où il y a Beel-Zib-Beel qui aide à comprendre les sur-
(1) Juges, XVI, 23. Dag veut dire poisson en hébreu.
(2) Rois, I, V. 1-8, L'idole était sans doute en bois.
(3) MackabéeSy L. I, x, 83, 84 et xi, 3, 4 .
(4) Le traité de la Déesse de Syrie est faussement attribué à Lucien.
noms de « Faiseur de Zib, mère des fils du Faiseur de Zib, fils du Faiseur de Zib » que l'Évangile donne tour à tour à Jehoudda, à sa veuve et à ses sept enfants mâles, comme il éclaircit Tépithète de Beel-Zib- Beel dont les Juifs raisonnables ont chargé l'initiateur de tout ce monde (1). Car « la barque des fils du Zibdeos » c'est celle que Joseph avait construite en tant que Charpentier. Dans Marc « Jésus dit à ses disciples qu'ils lui tinssent là une barque, afin qu'elle lui servît à ne pas être accablé par la foule du peuple (2) » . Dans Mathieu on supprime comme trop transparent le détail de Zibdeos « laissé dans sa barque avec ceux qui travaillaient pour lui » — ils sont dans celle de Caron, les pauvres ! — mais qu'importe ? vous voilà fixés sur le Faiseur de Zib.
Plus on avancera dans la lecture de ce livre, plus l'on verra les raisons de politique et de conservation personnelle pour lesquelles les évangélistes ont été forcés de produire leurs personnages, tout au moins le père, la mère, le fils aîné et plusieurs autres, sous des masques imperméables. Aux hommes ils ne pouvaient pas laisser leurs noms de circoncision, il y avait une révolte sous
(1) € Pour ce qui est de Beel-Zeboub, dit M. Germain Lévy [La Famille dans Vantiquité israélite, in-8», 1905), Zeboub dans l'espèce ne signifie pas « mouche », c'est le nom d'une localité comme dans Baal-Hermon, Baal-Peor, etc. » M. G. Lévy renvoie aux tablettes d'El- Amarna, à J. Ilalévy, Revue Sémitique^ 1893, p. 23, à lienziger, Zeitschr. d, deuischen Palaest. Vereins, 1894, p. 161. « D'autres, au lieu de Zeboub, lisent Sapouna. (Gheyne, Encyclop, biblica^ i, p. 407.) D'après lui, le dieu se serait appelé Baal-Zeboul, dieu de la haute maison, et les Israélites par mépris auraient déformé le nom. » Evidemment le mot nous est arrivé déformé, mais s'il ne veut pas dire mouche, il ne signifie pas davantage la haute maison.
(2) Marc, m, 9.
chacun d'eux : une sous Auguste au Recensement, signée Jehoudda (1); une sous Tibère, signée Bar- Jehoudda (2) ; une sous Claude, signée Jacob et Shehimon (3) ; une sous Néron, signée Ménahem (4), la dernière avant la prise de Jérusalem par Titus. C'était comme une chaîne de rébellions dont chaque anneau était formé par un membre de la même famille. C'est pourquoi, de son côté, l'évangéliste primitif n'a pas signé son œuvre, non plus que ses successeurs, et pourquoi rÉvangile est resté pendant si longtemps — trois siècles — un livre secret dont les seuls christiens juifs avaient la clef et qu'on se glissait de main en main sous le manteau avec toutes sortes de mystères. Ceux qui le colportaient étaient les premiers à le considérer comme dangereux pour leur sécurité.
Mais il faut immédiatement vous faire à cette idée que c'est Jehoudda qui domine tout TÉvangile. Il s'en faut de peu qu'il n'y soit le Père avec la grande lettre. Si on ne le voit pas, s'il ne parle pas, il est dans le Jésus. Personne ne bouge qu'il n'inspire et ne règle tous les gestes. Même mort, et Salomé lui a survécu pendant vingt-sept ans au moins, il est le mari, le Maître. Quoique son fils aîné eût cinquante ans lors de sa crucifixion, si Tombre du père se dresse devant lui, c'est un mineur et qui plie. Lorsque Jésus commande au Joannès et à Pierre, morts depuis un siècle, d'aller préparer l'Agneau dans Jérusalem détruite, c'est à la
(1) Josèphe, Antiquités judaïques^ 1. XVIII, ch. i, 1, et Guerre des Juifs ^ ch. vni, 1.
(2) Josèphe, Antiquités, en dépit des falsifications que nous montrerons le moment venu.
(3) Josèplie, Antiquités, 1. XX, ch. v, 1.
(4) Josèphe, Guerre des Juifs, ii, 17, 8 et 17, 9. Vie de Josèphe, 5.
coûdition qu'ils se mettront derrière l'Homme à la cruche (1), le Verseau sans lequel il n'est pas de Poissons sur la sphère et de Pêcheurs d'hommes dans la fable !