LES .SEPT DÉMONS DE MARIA LA MAGDALEENNE
L'Evangile en effet est une fable faite pour le monde, et le monde, c'est tout ce qui n'est pas le peuple élu, ce sont les goym, c'est nous. L'auteur de cette fable, un arrière-neveu de Jehoudda, a fait au Rabbi Bar- Jehoudda l'honneur d'incarner en lui le Verbe-Jésus. A partir de ce moment, et quoiqu'il demeure le fils de Joseph et de Maria, le jésus devient par transfiguration l'Epoux de celle qu'on lui donne pour mère et le Père tout à la fois de celle qu'on lui donne pour mère, de celui qu'on lui donne pour père, et de ceux qu'on lui donne pour frères et pour sœurs. Dans cette étrange composition les hommes n'ont plus qu'un père, Jésus, les femmes n'ont plus qu'un Époux, Jésus : devant le Générateur suprême, il n'y a plus que des frères et des sœurs.
C'est Jésus qui a extrait des flancs de Maria les sept puissances mâles qui composent l'apostolat primitif et qui ont propagé la doctrine de Jehoudda. Et quelle doctrine ? Celle-là même dont le fils aine de Joseph est la preuve dans la fable, à savoir que tout Juif est fils de
(1) Marc, XIV, 13 et suiv. Reproduit par Luc.
Dieu. Voilà l'économie, la clé du mythe évangélique, grâce auquel Jésus, le père spirituel et le créateur originel de tout ce monde, finit par avoir Tair d'être le fils de Maria. Il n'y a là qu'une pure apparence, un faux semblant, un travail de compères, une mystification dont rÉglise a fait une religion par la ruse, tant qu'elle a été faible, par la force, dès qu'elle a été puissante. Le grand principe de Jehoudda, son axiome fondamental, était celui-ci : à VAleph des choses le Verbe- Créateur est le Père de tous les Juifs et TEpoux de toutes les Juives. Au Thav des choses, il sera le Verbe- Jésus et il viendra sauver ses enfants et ses femmes. C'est pourquoi Jehoudda dit à ses disciples par la bouche de Jésus : « N'appelez personne en ce monde votre père, car vous n'avez qu'un Père, qui est au ciel. » D'où cette conséquence inéluctable : « Vous êtes tous frères. » La formule nous a été conservée par Mathias. C'est en vertu de cette formule que Marc et Luc ont dit : « Jésus avait extrait sept démons du corps de Maria la Magdaléenne (1). » Jamais Marc et Luc n'ont voulu dire que Maria eût été possédée de sept démons qu'un être humain nommé Jésus aurait chassé d'elle par exorcisme. Ses sept démons sont ses sept fils. Daimon qui signifie avant tout puissance est employé ici dans le sens le plus honorable, et pour l'entendre autrement, pour accuser la mère du jésus d'avoir recelé dans ses flancs toute une troupe de diables, — n'a-t-on pas nommé les sept péchés capitaux et tous les attributs de l'hystérie? — il faut être possédé soi-même du démon de la bêtise et de la diffamation. S'il n'est pas de
(1) Marc, XV, 40 ; Luc, viii, '^.
folles adulations dont Salomé ne soit entourée aujourd'hui sous le nom de Maria, il n'y a pas d'insultes et de soupçons injurieux dont elle n ait été assaillie sous le nom de Magdaléenne. Les « sept esprits malins de Maria Magdaléenne » sont une calomnie introduite par l'Église dans Luc pour dissimuler le sens original du mot daimones, Le^ premiers évangélistes avaient laissé percer le plus de vérité possible en disant que Jésus avait extrait sept puissances du corps de Maria Magdaléenne. L'Eglise, en traduisant daimones par démons, n'a eu d'autre but que d'éterniser ses mensonges. Il y a démons et démons. Ceux que Jésus avait mis dans le corps de Maria étaient de bons, d'excellents démons et d'un surjudaïsme éprouvé.
Dans V Apocalypse^ le messager — c'est Jehoudda — qui ordonne au Joannès de prêcher le Verbe-Jésus laisse après lui sept initiés, sept disciples, qui, pour le bruit qu'ils font, sont comparés à sept tonnerres. Ce sont les sept « démons de Maria. »
Dans V Assomption du Nouveau Moïse, nommé dans d'autres écrits Panthora, c'est-à-dire Toute la Loi, le père — c'est Jehoudda — qui se consacre au Christ avec sa postérité mâle a sept fils, sept nazirs. Ce sont les sept démons de Maria.
Papias, évêque millénariste d'Hiérapolis, commentateur des Paroles de Jehoudda sous Antonin, ne lui connaît que .sept disciples, les sept démons de Maria.
Valentin, correcteur des dogmes de Jehoudda sous Septime Sévère, ne lui connaît que sept disciples (1), les sept démons.
(1) Dans la première Sagesse^ celle de Valentin, où Bar- Jehoudda est
L'auteur de la seconde Sagesse valentinienne ne connaît que sept disciples (1), les sept démons de Maria.
Enfin avant que par le caractère mathématique de leur fable les évangélistes n'aient été amenés à entourer la christophanie de Jésus des douze apôtres triés sur le volet de l'histoire zélote, « le ministère du Verbe (2) » en Judée ne se composait après la mort de Jehoudda que des sept démons de Maria. Et c'est en ce sens que l'un d'eux, Philippe, celui qui a transmis à la postérité les Ecritures de la famille est dit « l'Évangéliste et l'un des Sept » dans les Actes des Apôtres (3).
Tels sont les sept fils de Jehoudda, les sept démons de Maria, les sept fils du Zibdeos, les sept fils du Charpentier, dont l'aîné est dit lui-même le Charpentier (4) pour avoir mené la barque du baptême après la mort du
désigné par son pseudonyme de Joannès, il est presque toujours dit le Vierge. Maria baise le plus souvent les pieds de Jésus et l'adore. Après le Joannès les disciples se présentent dans cet ordre : Pierre, Jacques, Thomas, Mathieu, André et Philippe. Mathieu remplace Ménahem qu'encore une fois on ne nomme jamais.
(1) Dans la seconde Sagesse (Extrait des Livres du jésus)^ les sept disciples sont Thomas, André, Jacques, Simon le Cananéen (le Kannaïte, c'est Pierre), Philippe et Barthélémy (Bar-Toàniin, fils de Thomas) ; un seul Joannès, qui est le crucifié de Pilate, une seule Maria qui est Maria Magdaléenne, parfois désignée par son vrai nom de Saloiné. Point de Ménahem, bien entendu. Point de Mathias ici, mais Bar Toâniin. C'est la preuve de leur identité. Mathias était fils de Jehoudda dit Toâmin, le jutneau, autrement dit Thomas didumos, il était donc neveu du crucifié de Pilate et petit-fils de Jehoudda.
(2) C'est le terme employé dans l'Avertissement de l'Évangile dit de Luc pour définir la mission de celte famille.
(3) Actes^ XXI, 8. C'est de ce chiîi're sabbatique que l'Église a tiré les sept prétendus diacres qu'elle fait élire à Jérusalem parles prétendus douze apôtres. Nous tirerons au clair cette grossière imposture lorsque nous en viendrons aux prétendus Actes des Apôtres, et si toute source de gaieté n'est pas tarie en vous, vous ne vous ennuierez pas un seul instant.
(4) Dans Marc.
constructeur. On le dit aussi avec son frère Jacob junior le « fils du Zibdeos ou Faiseur de Poissons », et Ton peut se demander pourquoi il semble ici qu'au lieu d'être sept comme dans la réalité, les fils du Zibdeos n'aient été que deux, Jacob junior et le Joannès (pseudonyme de Bar-Jehoudda dans V Apocalypse). C'est que pendant la phase historique embrassée par les Evangiles — phase qui ne dépasse pas quatre ans dans le plus étendu (1) — il n*y eut que deux martyrs du Christ Jésus parmi les fils du Zibdeos : Jacob junior lapidé, comme nous le verrons, en 787 et Bar-Jehoudda crucifié par Pilatus le 14 nisan 788 (2).
Jamais il n'a existé d'autres démons que ceux-là dans le corps de Maria la Magdaléenne, qui joue un rôle égal, souvent supérieur à celui des hommes de la secte: le rôle d'une Zélote ardente qui dressa ses fils à la xénophobie aiguë, d'une éducatrice exaltée, assidue et prépondérante dans les conseils de la communauté. Dans la Sagesse de Yalentin elle porte avec le Joannès tout le poids du débat sur le dogme et les mystères, au point que son second fils Shehimon en est jaloux et la menace secrètement, « car, dit-elle, il déteste notre sexe ». Jalousie pieuse, jalousie de fils qui cherche un moyen
(1) Le Quatrième Évangile,
(2) En ce qui concerne Joannès et Jacob junior, fils du Zibdeos, Papias n'a pas connu deux Joannès, dont, selon l'Eglise, l'un aurait été fils d'un certain Zacharie et l'autre fils d'un certain Zibdeos, mais un seul Joannès lequel est Bar-Jehoudda. Il n'a pas connu deux Jacob junior dont l'un aurait été fils de Joseph et l'autre fils du Zibdeos. Valentin non plus n'a point connu deux Joannès, l'un fils de Zacharie et l'autre fils du Zibdeos; mais un seul Joannès, le plus grand des disciples de Jehoudda. Gomme Papias il n'a connu ni Zacharie ni Zibdeos, mais un seul fondateur de secte, celui que Maria appelle € mon homme de lumière » dans les Sagesses et qui est tour à tour Joseph, le Charpentier^ le Zibdeos et Zacharie.
•de rendre hommage à son père sans le nommer, puisque le nommer, c'est trahir. Mais Maria va au-devant de ce désir, et jamais elle ne répond sans consulter intérieurement l'homme qui fut avec elle, qui reste en elle, qui rinspire, — mon Homme de Lum^ière^ dit-elle, son .hom,m,e^ dit Mathieu — et qui l'a précédée au ciel (1).
Jamais, étant donné l'esprit tout zélote de TÉvangile primitif, jamais à l'admirable Juive dont les flancs généreux et toujours tendus avaient donné sept fils à Jehoudda et sept défenseurs à la Judée, Jésus n'eût préféré une vague Maria dont personne ne sait rien, sinon qu'elle aurait été peuples d'esprits impurs. L'Église a poussé la précaution contre la vérité jusqu'à supprimer 4e l'Évangile cette phrase qui est l'irréfutable preuve morale de l'identité des deux Maries et qu'on retrouve dans Valentin : « Maria Magdaléenne et Joannès seront supérieurs à tous les disciples. »
Après quelques controverses dont la dispute entre les grands fils de Zibdeos, les trois crucifiés, porte la marque, (2) les évangélistes s'accordent à reconnaître que le plus habitable, sinon le plus glorieux de tous, fut l'aîné, à cause de la virginité qu'il garda jusqu'à la fin. Comment Jésus s'y est-il pris pour s'introduire dans Maria et en extraire non seulement le Joannès-jésus, mais les six autres puissances qu'elle a portées dans ses flancs? Il s'est rappelé simplement qu'il était le Verbe dans la doctrine de Jehoudda comme dans celle d'Isaïe, dans celle d'Isaïe comme dans la Genèse. Le Verbe Jésus fécondant Maria et en tirant le jésus
(1) Jehoudda, ainsi qu'on le verra par la suite, p. 252 et suiv., est mort plus de vingt-sept ans avant elle.
(2j Mathieu, xx, 20; Marc, x, 35.
d'abord, puis ses six frères, voilà le plus ancien dispositif, celui que les premiers christiens avaient accepté de la main de leurs scribes et qui dispense Marc, comme le Quatrième Évangile, de toute espèce de Nativité. C'est ce dispositif que Valentin a critiqué, censuré, corrigé comme une spéculation outrecuidante et dangereuse. Jésus y figurait déjà, mais c'était une simple christophanie, et si peu déguisée, que dans les Sagesses valentiniennes il nous dira tout à l'heure comment et pour quelles fins il a fécondé sa « mère selon le monde ».