LES FILLES ET LES GENDRES, LES PETITS-FILS ET LES PETITES-FILLES
Outre ces sept garçons, Jehoudda et sa femme eurent encore deux filles, dont Tainée prit le nom de la mère (1) comme l'aîné avait pris celui du père. Elle suit sa mère dans le pseudonyme de Maria, mais pour la distinguer de la Magdaléenne les évangélistes lui donnent le nom de son mari, Cléopas, lequel était son oncle. Quelques-uns disent qu'elle s'appelait Esther (2) L'autre est Thamar, dont les évangélistes ont retourné le nom pour faire Martha.
(1) Epiphane (Contra haereses, 78) dit qu'elle était fille de Joseph seulement, lequel, en ce cas, l'aurait eue d'un précédent mariage, ainsi que plusieurs de ses autres enfants. C'est par de telles manœuvres qu'on a confectionné la virginité de Maria. On est arrivé à ne lui laisser que son fils aîné lequel, étant de Dieu et Joseph n'y étant pour rien. Ta purifiée en l'habitant.
(2) Hippolyte, cité par Nicéphore, livre II, ch. ii.
Il Mig
La plupart de ces fils et de ces filles ont laissé des enfants, ce qui compose une postérité respectable, même en tenant compte des retranchements que les guerres civiles y ont opérés. Shehimon a eu des fils (1), Philippe a eu des fils et des filles (2), quatre filles, disent les Actes des Apôtres (3) et mariées (4). Thomas a eu au moins un fils. Absalom, qui fut supplicié avec Ménahem, était soit un fils de celui-ci, soit un neveu. Maria, femme de Gléopas, a eu au moins deux fils, nommés Jacob et José dans TÉvangile. Thamar non plus n'est pas morte sans postérité ; son mariage avec Eléazar, fils de Jaïr (Jarrhaï), le ressuscité de TÉvangile et Tun des christiens les plus redoutables de la Bathanée, ne fut point infécond. Ce Jaïr était lui-même un chef de synagogue riche et puissant. Et il n'avait pas qu'un fils, il avait une fille que le Christ Jésus a jugée digne de résurrection, d*où il appert qu'elle fut mariée à l'un des frères de Bar-Jehoudda et tuée dans une révolte (5). Gomment d'ailleurs ne pas se perdre dans les surnoms qu'on donne à tout ce monde ? Un des frères de Bar-Jehoudda est dit Sidonios par Hippolyte de Thèbes (6). C'est qu'il habitait Sidon où Bar-Jehoudda rira voir en 788 pour concerter avec lui la révolté où il périt. C'était, je pense, Ménahem.
(1) Clément d'Alexandrie, Stromata, 1. III, ch. i.
(2) Clément d'Alexandrie, Séroinata, 1. III, ch. i.
(3) ActeSj XXI, 8.
(4) Clément d'Alexandrie, in eodem loco.
(5) Josèphe est formel. Eléazar, fils de Jaïr et lieutenant de Ménahem pendant la guerre de 819, était « de la race » du grand Jehoudda, peutêtre par ïhamar, femme d'Eléazar 1", ou par la femme de Jaïr, si elle était sœur de Jehoudda.
(6^ Cité par Josephus recclésiastique (Patrologie grecque de l'abbé Migne, t. CVI, p. 142).
Aggaï (Aggée), le frère de Jehoudda, qui figure dans rÉvangile sous le nom d'Alphée, n'eut pas moins d*un enfant que le même Évangile appelle Jacob (1), et Jehoudda avait peut-être d'autres frères. Voilà toute une tribu, tout un clan dont chaque membre a coopéré de la tête et des bras à l'œuvre du Rabbi.
L'habitude juive des surnoms, le principe des pseudonymes évangéliques et le travail de TEglise ont rendu certaines identifications impossibles dans les cadres inférieurs de l'apostolat, mais sur les sept fils de Salomé, sur ses deux filles et sur ses deux gendres, nous sommes sûrs de n'errer point.
Mû par toutes sortes de scrupules, habitué à ne conclure qu'après avoir parcouru toutes les hypothèses, incapable pour grossir sa maternité de donner à Salomé des fils qui ne seraient point à elle, je me suis demandé si les scribes n'auraient pas fait à Maria Cléopas et à Thamar l'honneur inespéré de les mettre au nombre des sept démons et s'il ne faudrait pas réduire à cinq les puissances mâles émises par Jésus. En effet, les Évangiles ne citent que quatre des frères de Bar-Jehouddà : Shehimon, un Jacob, Jehoudda junior et Joseph. Nous ne comptons pas Thomas, puisque Thomas est le surnom de Jehoudda junior. Mais nous sommes obligés de compter Andréas, indiqué à diverses reprises comme étant frère de Shehimon, partant de tous les autres. Cela nous mène à six. Comme nous ne pouvons éliminer ni Ménahem qui nous est donné par Flavius Josèphe, ni Sidonios qui nous est fourni par Hippolyte
(1) Mathieu, x, 3; Actes des apôtres, i, 13. Alphée, comme son nom rindique, fut, avec Jehoudda, c Thomme du commencement».
de Thèbes, ni Philippe qui fut le secrétaire intime du Jésus et le scribe officiel de toute la famille (1), nous trouvons deux démons màlôs de plus que Jésus n'en a émis. Nous apprenons par cette épreuve que Sidonios et Andréas font double emploi avec deux des sept démons. Si nous ajoutions Maria Cléopas et Thamar à ces neuf démons, nous en trouverions onze. Contre quoi protesterait Salomé. De quelque côté que nous nous tournions, nous sommes ramenés au chiffre de neuf enfants, parmi lesquels sept démons, ainsi nommés de ce qu'ils appartiennent au sexe fort.
l'église contre l\ lettre et contre l'esprit, contre l\ nature et contre dieu
On comprend parfaitement les détours des Juifs pour rendre hommage, sans se faire prendre, aux martyrs de leur indépendance et aux révélateurs de leur prédestination divine. Ce n'est point un abus de confiance. G*est une fourberie au contraire, et misérable, que le travail de l'Eglise pour rompre le lien, essentiellement ombilical, qui rattache le jésus à Pierre, à Jacques, à André, à Thomas, à Philippe et à Ménahem, à Maria Cléopas et à Thamar.
En ce qui touche notamment Shehimon, plus tard présenté sous le nom de Pierre comme le principal témoin de la résurrection de son frère, — il n'en a été
(1) Sagesses valenliniennes (la l""®).
qu'un des auteurs — il n'y a pas de ruses de renard par lesquelles l'Eglise n'ait essayé de tourner la vérité. Dans tous les Evangiles primitifs Shehimon était donné comme un des frères de Bar-Jehoudda, et cett&qualité lui est conservée par tous les Evangiles actuels^ nommément Mathieu (1). Dans ce même Mathieu son père est appelé Jonas, et dans le Quatrième Évangilepar trois fois, Joannès. L'imposteur Hégésippe ayant dit, on devine pourquoi, que Shehimon était fils de Gléopas, l'Eglise moderne ne craint pas, pour soutenir cet Hégésippe, d'aller contre Mathieu dans lequel Shehimon est donné comme étant le frère du jésus et contre les quatre mentions dans lesquelles il est donné comme étant le fils de Jonas ou Joannès, aliks Joseph, aliàs-' Jehoudda.
Salomé mit tout son orgueil dans sa postérité màle^ dans ce sabbat de fils qui faisait d'elle une Semaine- Pascale en marche. On l'eût scandalisée, humiliée profondément si on eût insinué qu'elle n'était pas au degréconvenable la mère de ces sept apôtreg du Verbe, de ces sept Zélateurs de la Loi. D'ailleurs, aucune prétention à la virginité n'était possible chez cette robustematrone que par neuf fois les sages-femmes avaient délivrée en la forme ordinaire et chez qui les circonciseurs se succédaient à des intervalles rapprochés. Cen'est pas seulement son fanatisme qui la fait grande, c'est sa promptitude à concevoir, son exactitude à produire. A la patriote juive ce nom de Maria la Magda-
(1) Mathieu, xiii, 55 : « N'est-ce pas là le fils du Charpentier? Sa mère ne s'appelle-t-elle point Maria? Et ses frères, Jacob, Joseph^ Shehimon et Jehoudda (junior, surnommé Thomas)? »
léenne qui n'a pas été porté depuis Moïse ; à la femme ce nom de (c mère des fils de Zibdeos » qu'on lui donne pour marquer sa fécondité d'un trait significatif. L'Évangile ne la dit pas a femme du Zibdeos », non, mais « la mère de ses fils » (1). « Si ces frères, dit la sainte Eglise, avaient été ses véritables frères selon la chair, il serait très singulier que jamais Maria n'eût été appelée leur mère (2) ? » Certes ce serait singulier. Aussi n'y manque-t-on jamais dans Marc, dans Mathieu et dans Luc, soit qu'elle y figure anonymement, soit qu'elle porte le nom de mère des fils du Zibdeos, et nous venons de citer le verset 55 du chapitre xiii de Mathieu dans lequel elle est proclamée mère de Jacob, de Joseph, de Shehimon et de Jehoudda junior. Or, l'identité de Joseph et du Zibdeos est certaine, et si PEglise se rebelle contre cette évidence, au moins convient-elle que la femme du Zibdeos s'appelait de son vrai nom Salomé... comme la femme de Jehoudda-Joseph. « Maria, mère du Jésus et ses frères », disent les Actes des Apôtres (3). L'existence de ses six frères et de ses deux sœurs est un fait si patent que, dans la fable faite pour le monde, Jésus est obligé de les endosser comme il endosse le père et la mère. « Vos frères et vos sœurs vous demandent », disent Marc et Mathieu. <c Les frères du Rabbi, dit la Lettre de Paul aux Galantes. Il était Tainé de plusieurs frères^ dit la Lettre aux Romains. » Avec une impudence qui lui ferme à jamais les
(1) C'est aussi parce qu'au moment où l'action se passe, c'est-à-dire 788, Salomé est veuve depuis vingt-sept ans, comme on le verra bientôt.
(2) Le Nouveau Testament selon la sacrée Congrégation de l'Index, p. 785.
(3) Actes des Apôtres, i, 14.
portes du ciel, l'Eglise soutient que ces frères et ces sœurs ne sauraient avoir été les frères et les sœurs du Juif con substantiel au Père. « Ses frères, ses sœurs, c'est-à-dire des cousins, des cousines, des proches. On Tentendait quelquefois ainsi dans les Écritures hébraïques : on y trouve appelés frères des personnes qui ne sont que neveux, oncles ou cousins. » Hé I sans doute. On y trouve même des gens qui sans être parents sont dits frères par rapport à la race tout entière. <c Vous êtes tous frères », dit Jésus aux Juifs par application de ce principe. Mais dans le cas de Bar- Jehoudda, il s'agit si apertement de frères et de sœurs utérins que le doute n'estpas permis. C'est ainsi que le prend Jésus lui-même. Par opposition avec le lien de chair qui rattache ces personnages à la même mère, il étend la main vers le cercle des Juifs et des Juives formé autour de lui, en disant : « Voici ma mère, mes frères et mes sœurs. » En d'autres termes : « Maria, ses fils et ses filles sont la mère, les frères et les sœurs de rhomme dans lequel les évangélistes m'ont incarné, mais ma famille à moi, c'est la race juive sans distinction de nom. » Si l'Evangile avait considéré que ces frères et ces sœurs fussent des cousins et des cousines, il ne dirait pas des sept qu'ils sont sortis du corps de Maria sous la pression de Jésus, il n*en citerait pas quatre à ^plusieurs reprises, Shehimon,Jehoudda junior, Jacob et Joseph (Ménahem), comme étant les frères du christ, et Flavius Josèphe n'en citerait pas trois, Shehimon, Jacob et Ménahem, comme étant fils de Jehoudda. Enfin si les évangélistes avaient voulu dire que ce fussent des cousins, des ben dôd, les Juifs hellènes n'auraient pas rendu cousin par adelphoSj frère.
mais bien par le mot grec qui correspond à cousin, suggenès ou mieux anepsios.
« Nous avons pour nous, dit TEglise, toute l'antiquité chrétienne, qui a toujours cru que Marie avait conservé sa virginité après avoir enfanté Jésus-Christ. Or, un pareil témoignage, si on consulte la vraie critique, doit l'emporter sur toutes les hypothèses, même les plus séduisantes (1). » Je suis tout disposé à croire qu'une femme, à la condition d'être Juive, peut conserver sa virginité après son premier accouchement, voire après son neuvième, et la foi m'éclaire assez sur cette matière pour que je me dispense de consulter la vraie critique. Malheureusement l'antiquité christienne a toujours soutenu la proposition contraire. Je suppose que les Evangiles font partie de l'antiquité christienne et même qu'ils la dominent, ayant été révélés par Dieu lui-même.
Or, nous trouvons dans ces révélations que Jésus a extrait sept puissances du corps de Maria, et nous savons que ces puissances étaient masculines. A ces sept puissances Maria eu a ajouté deux qu'à raison de leur caractère féminin, donc diabolique, Jésus ne reconnaît pas, mais qui n'en comptent pas moins. De ces neuf puissances une seule fut considérée comme vierge par l'antiquité christienne, c'est Bar-Jehoudda, c'est le Joannès-jésus. Ni Marc, ni Mathieu, ni Luc, ni l'auteur du Quatrième Évangile n'ont dit ou prétendu dire que Maria, incontestablement vierge lors de son mariage (Mathieu et Luc), le fût demeurée après son accouche-
{].] Nouveau Testament de MM. les abbés J.-B. Glaire et F. Vigoureux. Seule édition approuvée par le Saint-Siège, Appendice, p. 781.
ment, car Marc et Mathieu, petits-fils de Maria, Luc et l'auteur de la Lettre aux Galates citent en les nommant six de ses fils et ses deux filles. Nous avons vu également dans la Lettre de Paul aux Romains, fausse évidemment et pour cette raison appartenant à Tantiquité christienne, que le jésus était Taîné de plusieurs frères.
J'en conclus que, parmi les contemporains de Maria et les christiens qui se sont succédé pendant plusieurs siècles, aucun n'a pensé qu'elle eût conservé sa virginité après avoir eu du même homme sept fils et deux filles.
Les évangélistes n'ont jamais voulu pousser leur allégorie jusqu'à l'absurde. Joseph est dit le père en cinq ou six endroits. « Son père et sa mère allaient tous les ans à la pâque, dit Luc... L'enfant demeura dans Jérusalem sans que son père ni sa mère s'en aperçussent... Sa mère lui dit : Mon fils, voilà votre père et moi qui vous cherchions (1). N'est-ce pas là le jésus, fils de Joseph, dont nous connaissons le père et la mère (2) ? »
L'expression de «premier-né » n'arrête point l'Église. Qu'est-ce qui arrête l'Eglise ? Dieu n'a jamais pu. « Le terme hébreu békôr rendu dans le texte grec par prôtotokos et dans la Vulgate par primogenitus, signifie proprement, comme phéter réhem (ou simplement phéter qui lui sert souvent d'explicatif), fente^ ouverturey et ce qui fend^ ce qui ouvre un sein (quod aperit vulvam). Or il n*y a rien là qui prouve que la très sainte Vierge ait eu d'autres enfants après Jésus- Christ (3). » C'est là une erreur grave, car lorsque
(1) Luc, m, 41, 43, 48.
(2) Quatrième Évangile^ vi, 42.
(3) Nouveau Testament, Appendice, p. 785.
longtemps après la mort d'une femme on dit que tel de ses enfants était le premier-né, c'est qu'elle en a eu d'autres. Lorsqu'elle n'en a eu qu'un, on dit de lui qu'il est unique, surtout lorsqu'on veut démontrer que sa mère est restée vierge après l'accouchement comme pendant la grossesse. Enfin lorsqu'on veut prouver qu'une femme est vierge, on commence par ne pas poser en principe qu'elle a eu la vulve ouverte par un enfantement. Salomé avait-elle neuf vulves ? Si nous admettons que Salomé ait conservé sa virginité après la rupture de la première, nous ne pouvons nous faire à l'idée que les huit autres aient résisté.
Après la naissance de son aîné comme après celle de ses six autres fils, Salomé fut dans le cas d'impureté majeure pendant sept jours, et dans le cas d'impureté mineure pendant trente-trois jours, elle demeura séparée des choses saintes et n'entra point dans le Temple que les quarante jours de sa purification ne fussent accomplis (1). Après quoi elle porta à l'entrée du tabernacle a un agneau d'un an pour être offert en holocauste, et pour le péché le petit d'une colombe ou une tourterelle » qu'elle donna au prêtre qui les offrit à lahvé et pria pour elle. Quand une femme n'avait pas le moyen d'offrir un agneau, elle donnait deux tourterelles ou deux petits de colombe (2). Dans Luc qui seul rapporte la cérémonie de la purification l'agneau a disparu, parce qu'à l'époque où cette écriture a été faite on avait déjà
(1) Après la naissance de Thamar et de Salomé, impureté majeure pendant quatorze jours, impureté mineure pendant soixante-six jours, soit quatre-vingts jours pour chacune, le double de la durée impartie pour la purification après Tenfantement d'un mâle.
(2) Lévitique, xii, i-8.
enlevé la généalogie davidique de Salomé pour la donner à son mari et que sous le nom de Maria — on lui avait ôté aussi Tépithète honorifique de Magdaléenne — la pauvre femme du charpentier Joseph était censée n'avoir pu faire la dépense de Tagneau.