LE NAZIRÉAT DU PREMIER-NE
Conséquents avec la Loi et les Apocalypses dont ils se réclamaient, Jehoudda et Salomé avaient voué d'avance leur premier-né au Christ, ils l'avaient fait Nazir (1).
« Tout békôr est à moi », dit lahvé. Et : « Consacre» moi ton premier-né, tout ce qui naît le premier parmi les enfants d'Israël, tant des hommes que des bêtes, car tout cela est à moi. » (2) Le roi Achaz passe son fils au feu pour apitoyer le ciel. Mescha, roi de Moab, sacrifie son fils aîné à Kémosch, frère d'Iahvé, lequel est frère de Moloch, lequel est frère de Melkart, lequel est frère de Melkom, car ils sont nombreux les Dieux- Soleils ! Ce n'est pas brûler les gens, c'est les « faire passer », les envoyer à Dieu. Est-ce qu'Abraham avait hésité à sacrifier Isaac, et Jephté sa fille ? Michée dit : a Offrirai-je mon premier-né pour expier mon crime -rle fruit de mes entrailles pour le péché de mon âme (3) ? »
(1) Suidas conte bien des folies, mais c*est en lui qu'est la bonne leçon : Naziréen et non Nazaréen. Dans le Talmud le radical est « Nazir ».
(2) Exodct xin, 2; xxn, 29. Nombres, m, 13.
(3; Michée, vi, 7.
Dans les temps obscurs où les hommes se confondent avec les dieux, Kronos avait donné l'exemple en immolant au ciel son fils unique.
11 y avait des degrés dans le naziréat. Les nazirs, voués par la volonté paternelle ne pouvaient se reprendre. Tout en eux est à lahvé, le corps et l'âme. Après avoir consacré à Dieu les prémices et les décimes (1), on pouvait se consacrer soi-même. Cela s'appelait le Grand Vœu, car quoi de plus précieux que la personne ? Bar-Jehoudda était plus complet, il avait été consacré dès le ventre. Un tel nazir, quand il était de la maison de Lévi, pouvait se croire supérieur au grand prêtre. Mais ici il y avait plus. Bar-Jehoudda était voué à la virginité pour pouvoir servir de médiateur entre Dieu et son peuple : le Grand Jour venu, Jésus retrouverait dans le Nazir le premier homme sinon tel qu'il Tavait fait, du moins tel qu'il Tavait voulu, ignorant la souillure de la femme.
L'institution des Nazirs remontait aux temps où les Hébreux adoraient le Soleil. Ils existaient avant que Moïse promulguât la Loi. La solarité des Nazirs n'est pas douteuse. Ils ont en eux la force et la pérennité du Soleil. Samson, comme son nom l'indique — c'est une corruption de Sliamasch — a du soleil jusqu'au bout des cheveux. Divisés en sept touffes, ils sont sabbatiques, et par la multiplication jubilaires. Samuel garda ses cheveux tous les jours de sa vie. Le Joannès-jésus, comme le dit son père sous la figure de Zacharie (2), est
(1) Philon, De Sacrificiis,
(2) Luc, I, 78.
un Soleil levant dont les premiers rayons sont les cheveux qui pousseront sur la tête héliaque du nouveau-né. Le petit Jehoudda sera plus grand que Samson, qui connut la souillure de la femme, voire de la femme étrangère, plus grand que Samuel qui eut des enfants. Il est le Nazir par qui Dieu reconnaîtra les siens, le Nazir jésus.
Les nazirs devaient laisser pousser leurs cheveux d*absalonienne façon jusqu'à ce qu'ils se présentassent eux-mêmes devant le Tabernacle, et ne boire ni vin ni aucune autre boisson fermentée, ces boissons conseillant des actions contraires à la pureté de Tâme et du corps. Point de vinaigre, point de raisins, ni frais ni secs, point de boisson fermentée, quelle qu'elle soit. Consacré à Dieu selon les rites, Bar-Jehoudda les a respectés. Il s'est séparé du monde jusqu'à ce que vienne le Christ. Pour satisfaire à son naziréat, il s'est astreint à une discipline rigoureuse, à une alimentation spéciale, à des jeûnes répétés. D'où sa puissance spirituelle.
Sur les rites du jeûne, Jehoudda voulut que son fils aîné rompit avec les pharisiens. Le Nazir observa les jeûnes à des jours qui ne sont ni le second jour de la semaine (lundi) ni le cinquième (jeudi), mais le quatrième (mercredi) et le sixième (vendredi, veille du sabbat). Cela n'a Tair de rien. Mais s*il n'avait pas jeûné le mercredi, quatrième jour (création du Seigneur Soleil dans la Genèse) et le sixième (préparation au jour du Père), jamais Jésus n aurait consenti à le ressusciter le premier jour de la semaine, jamais, jamais (1) ! Jeûneur de la stricte observance, Bar-Je-
(1) Dès le moment que Jésus ressuscite la ûlle de Jaïr, le fils de la
houdda traite les pharisiens d'hypocrites. Il aurait pu les traiter d'imbéciles, puisqu'ils passaient volontairement, deux fois par semaine, à vingt-quatre heures de la résurrection !
Durant la consécration, sa tête ne connaîtra le froid des ciseaux que si elle vient à être souillée. Il ne s'approchera pas d'un mort, ce mort fût-il son père ou sa mère, son frère ou sa sœur, il ne suivra pas ses funérailles, il ne s'appartient pas, il est à Dieu, Dieu est sur sa tête. De là sa parole cruelle, révoltante même — il y en a plus d une dans l'Evangile — au disciple qui veut le quitter un instant pour aller rendre les derniers devoirs à son père : « Laisse les morts enterrer leurs morts. » (En d'autres termes : « Laisse ces pratiques à ceux qui n'ont pas la vie éternelle en eux. ») Si quelqu'un vient à mourir subitement devant lui, il se purifiera immédiatement, car il sera souillé : le jour même, il se rasera les cheveux et il recommencera le septième ; le huitième (1), il offrira deux tourterelles ou
Veuve, et Eléazar dans l'Évangile, c'est qu'ils sont en règle de ce côté. Les Laptistes de la Didachè sont sur ce point disciples du Nazir, ils jeûnent aux mômes jours que lui, et appellent, eux aussi, les pharisiens des hypocrites. Gomme lui, ils méprisent d'avance renseignement évangélique où Ton voit Jésus se moquer du régime, du jeûne et des jeûneurs. (Voir la parabole du pharisien et du péager dans Luc, XVIII, 12, le péager plein de Dieu et le pharisien plein de lui-même et disant d'un ton satisfait : « Je jeûne deux fois la semaine. »} Ce pharisien jeûne deux fois la semaine, mais aux mauvais jours. Les pharisiens jeûnaient le jeudi, parce que ce jour-là, disaient-ils, Moïse était monté sur la montagne pour y recevoir les tables de la Loi, et le lundi, parce qu*il en était redescendu.
Dans Mathieu (vi, 16-18) Jésus semble admettre le jeûne, mais c'est par simple tolérance et pour ne pas s'aliéner les sectes où l'on jeûne, les disciples du Nazir par exemple. D'autres sectes ne jeûnent point (Mathieu, ix, 14), cela est positif.
(1) Lendemain du sabbat.
deux tourtereaux au prêtre dans l'entrée du Témoignage de l'Alliance, Tun qui sera sacrifié pour le péché — car malgré lui le nazir aura péché par les yeux, — l'autre en holocauste : le prêtre priera pour lui et consacrera de nouveau sa tête à Dieu. Les premiers jours ne compteront point, car il y a deux fautes à laver, celle du mort pour s'être permis de mourir devant un nazir, et celle du nazir pour avoir vu cette honte. Le nazir tient quelque chose de l'immortalité tant que personne n'a eu l'audace de mourir devant lui.
Ne croyez pas que les nazirs eussent tous une chevelure en forme de comète ou semblable à la queue d'un de ces moutons de Syrie à qui Ton est forcé de mettre des roulettes ; les nazirs qu'aucun accident n'avait souillés présentaient seuls ce spectacle agréable à Dieu. Ne croyez pas non plus que Bar-Jehoudda se soit abstenu toute sa vie de viandes, car à ce compte il se serait abstenu de TAgneau et il aurait rompu Talliance avec Dieu. Ce qui lui est défendu sous peine de mort, c'est de manger des viandes consacrées aux dieux étrangers ou provenant soit de bêtes mortes d'ellesmêmes, soit d'animaux immondes.
C'est bien longtemps après Tère apostolique que Jésus lève l'interdiction sur certaines viandes et autorise les christiens à manger indifféremment de « ce qui sera mis devant eux ». Cela ne peut s'adresser qu'à des églises dans lesquelles les étrangers se sont progressivement substitués aux Juifs. Des christiens juifs, sous Auguste, autorisés à manger du porc, c'est l'abomination de la désolation chronologique ! Il se peut que, dans ses retraites forcées au désert, — ce sont des
fuites, — Bar-Jehoudda n'ait vécu que de miel et de sauterelles. Mais il a pris sa part de toutes les viandes sacrifiées dans les grandes fêtes de l'année auxquelles il a assisté.
Jehoudda et ses fils tiennent résolument pour le sacrifice d'Abel, le sacrifice sanglant. Il est possible qu'à la fin du quatrième siècle, leur secte (1) ne sacrifiât plus d'animaux — en quel Temple aurait-elle pu le faire ? — mais la Loi de Moïse et par conséquent celle de Jehoudda exigeait qu'au jour de Taccomplissement d'un vœu on offrit trois victimes votives, un agneau pour rholocauste, une brebis pour le péché, un bélier pour le salut. La « corne de salut » vient de là. Axiome : tant qu'il y eut un Temple à Jérusalem, tous les apôtres, y compris Ménahem, ont sacrifié. C'est ennuyeux pour rÉglise et pour la Réforme, mais c'est comme cela.
CLÉOPATRE, FEMME d'hÉRODE, ET BETHSABEE^ FEMME DE DAVID
Il est impossible de lire l'Évangile sans y trouver gravée en traits de feu la marque non seulement de la
(1) Celle des Naziréens, ainsi nommée de ce qu'elle suivait étroitement les préceptes du grand Jehoudda, notamment en ce qui touche les jeûnes. Epiphane [Contra /tœreses) dit (lue, de son temps, elle ne tuait plus de victimes et ne se nourrissait pas d'animaux. En tout cas, ces disciples des Nazirs tenaient Jésus pour ce (}u il est, une pure Ghristoplianie. Gomment d'ailleurs eussent-ils pu être dupes de la mystification évangélique? Elle partait de chez eux, ils habitaient la Gaulanitide et la Bathanée.
lutte politique engagée par la famille de David contre Tusurpateur Iduméen, mais encore d'une haine spéciale et terrible contre certains membres de cette fa- -.'^i mille entrés en adultère avec celle d'Hérode. Et telle v) est dans la fable l'inquiétude de Jehoudda et de Salomé, lors de la naissance de leur fils aîné, que pour le soustraire au fer ou au poison ils s*enfaient en Egypte où ils demeurent jusqu'à ce que la mort d'Hérode réduise ' J^i ces maudits à Timpuissance.
Hérode eut neuf femmes, ce qui n'est pas pour surprendre un observateur, même superficiel, des mœurs^ royales en Judée. L'une d'elles s'appelait Gléopâtre^ elle était de Jérusalem et nous avons toutes raisons de croire que Salomé en était aussi. Il fallait qu'elle fût de grande maison pour qu' Hérode, au comble de la puissance, l'eût prise pour femme. N'était-elle pas de la famille de David? Hérode en eut deux fils, Hérode Lysanias, tétrarque de TAbilène, et Philippe, tétrarque de Bathanée, Trachonite et Gaulanitide, pays natal de Jehoudda (1).
Le père de Salomé s'appelait Héli (2), mais sa mère comment s'appelait-elle ? Voilà ce qui nous intéresse davantage. N'était-ce pas une Cléopas ? Ou plutôt Gléopâtre elle-même qu'Hérode aurait épousée à la mort
(1) Josèphe, De bello judaico^ 1. XXVIII, chap. iv. Tout cela est fort confus, mais une revision sévère des divers textes de Josèphe où il. est question des généalogies hérodiennes si compliquées, — il manque un Guide à travers les différents ménages d'Hérode — m'a mis sur la bonne voie.
(2) Luc (Généalogie) ; le Talmud au Traité du Sanhédrin, (Celui de Babylone alors? car je nai rien trouvé de pareil dans celui de Jénisalem.) Cette note provient de dom Galmet. Dans d'autres écrits on dit que le père de Salomé s'appelait Joachim.
d'Héli? Un fait certain, c'est que Salomé avait un frère nommé Cléopas (1), et que sa fille aînée nommée Maria dans l'Évangile, devint une Cléopas par un mariage avec un membre de cette famille (2), son cousin sans doute, qui était de Jérusalem et y habitait encore en 788, lors de la proclamation de Bar-Jehoudda comme roi des Juifs.
Notons la rareté de ce nom parmi les Juifs : on n'en trouve qu'un cas dans leur histoire, celui de Gléopâtre, femme d'Hérode ; on le retrouve, au contraire, et avec une persistance remarquable, dans la davidique famille de Salomé. Les combinaisons ecclésiastiques faites pour échapper à Tétreinte de la vérité disent Cléopas senior frère de Jehoudda, alors qu'il était celui de Salomé, et on lui donne Maria C léop as pour fille alors qu'elle était sa bru.
Mais Salomé n'eut pas qu'un frère, elle en eut deux. L'un d'eux s'appelait Ménahem, comme son septième fils dont il fut certainement le parrain. Or ce Ménahem, est dit à la lettre dans les Actes des Apôtres (3) « frère de lait du tétrarque Hérode » et cet Hérode ne peut être que Lysanias, tétrarque de l'Abilène. L'Eglise a tota-
(1) GéJiéalogie de Jésus dans Jean Damascône souvent citée par dom Galmet.
(2 Luc et le Quatrième £vanf/ile.
(3) yicles des ApOlres, xiii, 1. Il y a deux Ménahem dans l'histoire christienne et il est impossible de les confondre. Le premier est né en même temps ([u'Hérode Lysanias, soit environ 730. Le second, dernier des six frères de Bar-Jchoudda et roi des Juifs en 819, est né un peu avant le Recensement, vers 759.
De Mariamne, llUe du grand sacrificateur Simon, le roi de Judée eut un autre Hérode, de sorte ([u il est impossible de savoir positivement lequel, du lils de Mariamne ou de celui de Gléopâtre, eut TAbilèiie et fut surnommé Lysanias. Ce fut très vraisemblablement le fils de Gléopâtre, et c'est l'explication de l'accueil relativement favorable que Bar-Jehoudda trouvera en Abilènc et chez Philippe.
lement supprimé Ménahem senior de ses combinaisons et c'est en vain que vous chercheriez son nom dans les encyclopédies religieuses (1). Il ne nous en est que plus cher. Frère de lait, cela veut dire frère du côté de la mère. Si Ménahem est fils de Cléopâtre, comme il ne l'est point d'Hérode, c'est que Cléopâtre a été mariée une première fois. N'était-elle pas veuve d'Héli, père de Cléopas, de Ménahem et de Salomé ?
Pour que le lien qui unit les Hérodes aux Gléopas ait été relevé si longtemps après leur disparition, il faut qu'on en ait été tout enveloppé dans la famille, les facultés galactogènes de sa mère ne suffisant point par elles-mêmes à faire entrer Ménahem dans la postérité.
On ne peut s'arrêter un seul instant à l'hypothèse de Ménahem nourri dans le palais d'Hérode en même temps que Lysanias par une nourrice commune aux deux enfants. Il faudrait pour cela que Cléopâtre fût entrée dans le lit d'Hérode, enceinte des œuvres de son premier mari; qu'elle eût accouché d'abord de Ménahem, puis neuf mois après de Lysanias, et que sans désemparer elle eût confié les deux enfants à la même nourrice, ou bien qu'ayant déjà Ménahem elle se fût bornée à emmener la nourrice de celui-ci chez Hérode pour lui confier à son tour Lysanias. On ne peut davantage admettre que la mère de Ménahem — une fille de David ! — ait été simple nourrice chez Hérode. Non, les Actes visent un lien plus étroit : il s'agit d'une commune mère, après un intervalle de parturition plus ou moins long. Ce qu'ils veulent dire ou plu-
(Ij Celle de Lichtenberger notamment. Suppression complète également de Ménahem, septième fils de Salomé, mais quoi ! n'a-t-on pas supprimé Salomé elle-même?
tôt cacher, c'est que Ménahem était le demi-frère des tétrarques Lysanias et Philippe et que Salomé était leur demi-sœur. Elle avait chez eux un autre parent très rapproché : Chusaï, intendant du tétrarque Hérode (Lysanias), et dont la veuve, car on ne voit point ■Chusaï, aide de son argent Bar-Jehoudda en 788. Et .n'est-il pas curieux qu'elle l'aide au moment où il se dit roi-christ ? Voilà les membres épars d'un clan davidique que Cléopâtre a profondément divisé, désho- :noré même par son mariage avec Tlduméen Hérode. Lorsque dans un élan d'orgueil ou dans un calcul d'intérêt Cléopâtre s'unit à Hérode, ne vit-on pas sa famille se couper en deux, les uns se pendant à la robe de la nouvelle reine, les autres, au contraire, restant avec la Loi qui leur parut plus belle ? N'est-ce point à cette occasion que la fille commença d'être contre le père, le gendre contre le beau-père, et le frère contre la sœur et la sœur contre le frère, comme il est dit dans TEvangiie, et que Cléopas, Ménahem et Salomé se dressèrent contre ceux de la famille qui avec Cléopâtre avaient accepté l'alliance hérodienne?
Nous ferons une observation capitale aux deux extrémités de la vie de Bar-Jehoudda. Lorsqu'il naît, c'est à cause d' Hérode Antipas, plus tard tétrarque de Galilée, qu'Hérode le fait rechercher pour le tuer. Lorsqu'il se lève comme prétendant au trône, c'est à ce même Antipas qu'il en a tout d'abord, c'est contre lui qu'il opère dans les plaines de Gamala, c'est à sa poursuite et diligence qu'il sera condamné par le Sanhédrin avant que, révolté contre l'Empire romain, il ne tombe sous le coup de la loi Julia. Au contraire, il trouve
un refuge, presque un appui chez les deux fils de Cléopâtre qui occupent les tétrarchies transjordaniques. Son père et sa mère se sentent assez à l'aise auprès d'eux pour s'installer dans Bethsaïda qui est de la tétrarchie de Philippe ; c'est aux sources du Jourdain qu'il baptisera, et jusqu'en Abilène qui est du gouvernement de Lysanias.
D'où vient donc cette haine d'Antipas enfant contre Bar-Jehoudda ? Cette rancune de Bar-Jehoudda quinquagénaire contre Antipas? De ceci qu'Antipas, fils de Malthacé la Samaritaine — pouah (1) ! — avait les bonnes grâces d'Hérode au moment où naquit Bar- Jehoudda et que son père lui léguait par testament le trône de Judée. Le roi de Judée désigné par Hérode, c'est Antipas ; le roi des Juifs désigné par les prophéties, c'est Bar-Jehoudda.
Il n'appartenait qu'à lahvé de faire des rois sur Israël. « Si vous venez à dire : Je choisirai un roi pour me commander, comme en ont toutes les nations qui nous environnent, vous établirez celui que le Seigneur aura choisi d'entre vos frères ; vous ne pourrez prendre pour roi un homme d'un autre pays, et qui ne soit point votre frère. » Hérode n'était point frère d'Israël. Celui-là était roi qui était oint de Dieu, christ, et ce christ était tout, prêtre, juge et roi en l'absence du Prêtre des Prêtres, du Juge des Juges et du Roi des Rois. Jadis Samuel avait demandé que le christ du Christ fût
(1) Les Juifs et les Samaritains s'étaient voue une exécration inextinguible. Personne du côté des Juifs ne la porte plus loin que Bar-Jehoudda. Outre Antipas, Hérode eut de Malthacé Archélaûs qui fut ethnarque de Judée et que les davidistes fuiront comme ils ont fui son père.
désigné par le sort dans la tribu qui tomberait ellemême au sort parmi les tribus, mais Dieu avait prononcé son arrêt depuis bientôt mille ans : il avait nommé David. Même élu par le peuple, un roi pris hors de la famille de David n'était point légitime dans la théorie de Jehoudda. Dieu est au-dessus du peuple et son choix est fait. Samuel avait dit : « Vous crierez contre le roi que vous vous serez élu, et le Seigneur ne vous exaucera point, parce que c'est vous-mêmes qui avez demandé d'avoir un roi. » Depuis Moïse jusqu'au Nazir Samuel les princes d'Israël ont été les Juges, mais à partir de David, les fils de David sont oints, et seul en Judée, Bar-Jehoudda Test doublement. De plus il est Nazir, voué à Dieu jubilairement ; Dieu consulté n'en choisirait pas d'autre.
Si Jehoudda n'accorde le titre de Roi qu'au Christ, ce n'est pas qu'il refuse de le prendre pour lui-même ou pour son fils, à la condition qu'on l'élargisse encore^ qu'on l'élève au degré supérieur, le sacerdoce et la judicature suprêmes. Prince, mais de droit divin, voilà l'idéal. Qu'est l'Empereur sans l'armée et sans le Sénat ? Rien. Il n'y a pas de nom qui convienne au despotisme christien : Jehoudda, Bar-Jehoudda son premier-né, Ménahem son dernier-né, furent des vicedieux. On s'emporte ou on s'esclaffe quand on lit dans les Clément de Rome ou dans les Ignace d'Antioche : « L'Eglise est Dieu sur terre. » Cette impudence révolte ou fait rire. Au moins qu'elle n'étonne pas ! Elle est tout le dogme de Jehoudda et de ses fils. Ignace et Clément n'ont pu dire mieux. Voyez la conséquence» Quand un christ commande, c'est à Dieu qu'on obéit. Quand on résiste à un apôtre, on se soulève contre
Dieu. Quand uu apôtre frappe, c*est Dieu qui se venge.
Accusés d'adultère envers la Loi, les gens du Temple hérodien trouvaient une réplique écrasante contre Jehoudda dans sa généalogie même. S'il descendait de David — et Tépithète qu'on lui asséna montre qu'on ne le contestait pas — c'était précisément par l'adultère de Bethsabée, femme d'Urie, le chef hittite, volé de sa femme et privé de la vie par le grand roi dans des circonstances également abominables. Ceux à qui il prétendait donner des leçons de légalité lui reprochaient aigrement et péremptoirement de ne pouvoir fonder ses prétentions au trône que sur cette éclatante violation de la loi mosaïque et du droit conjugal par son ancêtre, « Toi qui prodigues à toute la Judée Tépithète d'adultère, qu*es-tu toi-même, sinon un fils de l'adultère, un Sotada ? »
C'est même une chose remarquable qu'on ne lui tient aucunement rigueur pour les trois autres femmes dont il se réclamait, Ruth qui était Moabite avant d'entrer par effraction dans le lit de Booz, Thamar, bru de Juda, qui avait eu deux jumeaux de son inceste avec son beau-père, et Rahab qui ne serait célèbre que par sa prostitution si elle n'y avait ajouté la trahison envers sa ville natale pour servir Josué. C'est contre Bethsabée que se réunissent tous les efforts, l'adultère paraissant à lui seul pire que la prostitution de Rahab, l'inceste de Thamar et l'indécent assaut de Ruth. Mathieu a rayé son nom de la Généalogie, laissant au mari trompé et assassiné le soin de défendre sa mémoire. Il n'est plus question que de « celle qui fut femme d'Urie».
On voit tout de suite le parti que les Hérodiens en tiraient « Vous nous contestez nos droits au trône parce que nous ne sommes pas de Juda, mais vous n'en êtes, de votre côté, que par sotadisme » et ils en faisaient remonter rindignité à David qui en était le complice comme à Salomon qui en était le fruit.
ZÉLOTES ET SIGAIRES
Politiquement Jehoudda est le produit des assemblées ou églises^ des banquets ou agapes que le patriotisme juif avait renouvelés sous Hérode. Comme rançon des travaux qu'il dédiait partout à la gloire de Rome, — la construction des temples à Auguste, particulièrement celui de Panéas qui souillait tout le Jourdain à sa source — Ilérode avait remis au peuple un tiers de ses impôts. Par ce moyen il avait obtenu une paix de surface, mais la rébellion grondait parmi les purs. En vain avait-il interdit par un décret sévère les églises et les agapes. En vain avait-il mis sur pied une police secrète qu'il apostait à Jérusalem et sur les grands chemins pour arrêter et châtier ceux qui contrevenaient à ses ordres. Jehoudda excita toute cette masse contre l'usurpateur. Fils de David, il voulait un roi davidique, réduction terrestre du Christ qu'il annonçait.
Sous la pression des éléments contraires, le parti vieux-juif s'était replié sur les articles de la Loi tombés en désuétude à cause de leur outrance, sur les coutumes abandonnées pour leur rudesse. C'était l'arsenal de
Dieu : on y trouvait des armes contre l'esprit nouveau, l'esprit de capitulation qui perçait dans les basses flatteries d'Hérode. Observés par les Grecs et par les Romains, divisés par les faux frères de Samarie et d'Idumée, ces Zélateurs rétablirent dans les bourgs la table commune du peuple juif, cherchèrent des symboles dans la religion du désert, un exemple dans les jalouses passions des Juges. On se reconnut dans les assemblées longtemps négligées, on s'exalta dans les repas publics longtemps abandonnés. Tous les coups qu'on porta contre les Hérodes et leur Temple — on disait : leur Temple I — partirent de là. Varus, quand il débouche en Judée par la Galilée, sait qu'il met le pied sur la tête des révoltes. Les assemblées devinrent des jurandes religieuses et politiques ; le pain rompu dans les repas contient un symbole d'unité, la croix. On fit des vœux plus forts que le serment. Le naziréat, état de vœu, offrait des formules toutes prêtes : on les prit. On recula vers les temps où le peuple juif vivait agressivement séparé d'avec les nations, formait camp dans le monde.
Tandis que les Hérodes, Antipas, Philippe lui-même, sont envoyés à Rome où on les élève presque sous l'œil d'Auguste, les Cléopas restent au pays avec les pharisiens davidistes. Salomé, par son mariage avec Jehoudda, s'est engagée plus étroitement encore dans les liens de la Loi. Voilà toute une maison qui conspire dans l'ombre, en attendant qu'après la mort du roi et la répartition de ses Etats par Auguste, nous la retrouvions dans l'Evangile, les hérodiens d'un côté, les davidistes de l'autre : deux partis irréconciliables qui vont se disputer les pharisiens lesquels presque tous
finiront par aller avec les Hérodes parce que les Hérodes sont les maîtres de par Rome.
Dès ce moment on peut dire que les deux Bètes de ï Apocalypse étaient fixées dans la rétine de Jehoudda : Hérode, dans la peau de la Bête qui monte de la terre ; César Auguste, dans la peau de la Bête qui vient de la mer. On peut dire aussi qu'il y eut deux sortes de Juifs, les politiques du Temple qui inclinaient la Loi devant TEmpire et les jehouddistes qui la relevaient contre tous. Ces exaltés furent dits Kannaïtes, Zélateurs delà Loi, ensuite Sicaires, plus tard Millénaristes quand on voulut les distinguer d'avec les sectes gnostiques. Kannaïtes, Zélotes, Sicaires, on peut employer indifféremment tous ces mots pour désigner les Christiens : ce sont des équivalents. Les Zélotes de Thistoire ne sont pas tous christiens, mais tous les christiens furent et Zélotes et Sicaires.
Le premier article du programme, c'était naturellement de « sortir d'Egypte », autrement dit se libérer des Hérodes et des Romains leurs protecteurs. La révolte contre l'Hérode et le César en fonctions est toujours au premier plan de l'histoire cliristienne, et celle-ci, considérée à ce point de vue, n'est nullement antipathique. L'exercice d'un droit naturel est toujours respectable. Il ne paraît pas que les Juifs fussent créés et mis au monde pour être esclaves des Romains et leur payer tribut. On ne peut leur demander non plus un enthousiasme incoercible pour les Gaulois de la garde d'Hérode qui participaient à la répression des troubles. Toutefois, j'ai cherché en quoi les rébellions christiennes pouvaient intéresser plus spécialement la civilisation et je n'ai pas trouvé. Je ne vois pas que
Jehoudda et ses fils soient des héros d'une trempe plus forte que Tacfarinas en Mauritanie, Florus ou Sacrovir dans les Gaules. En revanche, ils sont supérieurs à tous les révoltés du globe pour la profonde scélératesse de leurs sentiments et pour la stupéfiante imbécillité de leurs prophéties.
CONDITIONS SEXUELLES DE l'eNTRÉE DANS LE ROYAUME DU CHRIST JESUS
Nonobstant la tare de Bethsabée, Jehoudda faisait école. Un premier vent de folie messianique souffla sur les pharisiens qui prêchaient le salut par la Loi. L'année 746 était sabbatique, circonstance toujours favorable à la propagande, le travail de la terre chômant et les esclaves rendus à la liberté devenant une matière aisément excitable. Les Apocalypses firent rage, particulièrement celle de Jehoudda. La nouvelle se répandit partout qu'Hérode mourrait bientôt — il régnait depuis trente-trois ans — et que le Messie, Roi des rois prédit par tous les prophètes, se levait à l'Orient. L'historien Josèphe distingue fort nettement entre ce pharisaïsme ombrageux et le pharisaïsme indolent dont était fait le commun du peuple. Ambitieux des charges, et ennemis de tous ceux qui les occupaient, habiles à jouer des textes et des astres, à comploter et à nuire, les pharisiens de Tespèce jehouddique essayèrent leur pouvoir sur les esprits faibles. Tout le monde des
femmes fut avec eux (1), comme plus tard au Jourdain pendant la prédication de Bar-Jehoudda. Depuis son aventure avec le Serpent, Eve avait trop à craindre du Christ Jésus pour faire la sourde oreillle : il allait falloir rentrer dans Adam, et ce ne serait peut-être pas si facile qu'on croyait.
Le grand problème à résoudre pour l'homme et la femme, tous deux condamnés à la mort éternelle par leur péché, c'est de revenir à la conformation génésique d'Adam-Eve, c'est-à-dire de ne faire qu'un comme avant le Serpent. Le Christ, c'était le retour à ce principe physique (2).
Vous vous rappelez ce que dit la Genèse : Dieu profite du sommeil d'Adam pour lui arracher une cote ou mieux un côté avec lequel il façonne la femme. Toute la tradition juive jusqu'à Maïmonide admet qu'Adam était à la fois mâle et femelle, et que c'est son côté femelle qui a été séparé de lui pendant qu'il dormait. Et c'est ce côté femelle, cette moitié — le mot est resté — que Dieu lui a présenté ensuite comme un être nouveau. Il en résulte que le véritable auteur du péché originel, c'est Dieu qui, au lieu de laisser Adam tel qu'il était, lui a donne, en le séparant, l'éternelle tentation de se rejoindre. L'Évangile, si profondément imprégné des Paroles du liabbi, s'est bien gardé de les contredire sur la conformation physique du premier homme.
Les disciples ne pouvaient aller contre l'autorité de
(1) Josèplie, Antiquités, 1. XVII, cli. u, 4.
(2) Sur randro«Tyiiisme originol tous les christieiis sont d'accord. Le Juif Salomon, — pour Thlglise saint Irénée — en ((ui se reflétait exaclcnienl le miliénarisme du Jourdain, dit «luc le Seigncurn'est ni mâle ni femelle, c'est-à-dire qu'il a les deux sexes.
Jehoudda, et pour eux comme pour lui, le premier homme était androgyne. Eusèbe de Gésarée interprète le texte biblique exactement comme Jehoudda : il connaissait le récit de Platon sur les androgynes primitifs, d'une création antérieure à la nôtre, et concluait que jPlaton s'accorde sur ce point avec les livres juifs (1).
A Salomé qui Tinterrogeait sur la question de savoir jusqu'à quand durerait la mort, le Rabbi répondait par la bouche de Jésus : « Tant que vous ferez des enfants , vous autres femmes (2). » Réponse conséquente avec son système. Sans blâmer en rien ni sa femme ni luimême, qui avaient largement usé de l'union des sexes, Jehoudda ne pouvait pas ne pas annoncer que la génération cesserait avec le Verseau, et les Paroles du Rabbi purent sans aucune intention restrictive du mariage enregistrer cette réplique frappée au coin du plus pur millénarisme (3). Jésus se Test appropriée dans l'Evangile (4) : « Les fils de ce Cycle se marient et sont donnés en mariage, mais ceux qui seront trouvés dignes du Cycle à venir et de la résurrection des morts ne se
(1) Voir Fr. Lenormant, les Origines de l'histoire d'après la Bible. (1880, in-12.)
Après Eusèbe {Praeparatio evangelica, XII, p. 535), plusieurs théologiens ont soutenu et développé la même interprétation, entre autres Augustin Steuco, de Gubbio, préfet de la Bibliothèque vàticane, choisi par Paul III comme un de ses théologiens au Concile de Trente (Cosmopoeia vel de mundano opificio, in-fol., Lyon, 1535, pp. lo4-lo6), et le P. Francesco Giorgi, de Tordre des Frères mineurs {In Scripturam sacram et philosophiam tria millia problemata^ 1. I, Sectio de Mundi fabricâ, probl. 29, Paris, 1522, in-4« p. 5).
(2) Clément d'Alexandrie, Stromata, III.
(3) Une fois isolée, privée de son explication millénariste, elle a provoqué de répugnantes hérésies.
(4) Celui de Luc seulement, xx, 35, 36. On invente une discussion avec les pharisiens dans laquelle le scribe s'appuie sur les Paroles du Rabbi incontestablement.
marieront pas et n'épouseront pas de femmes ; car ils ne pourront plus mourir [donc, inutile de se survivre par des enfants], parce qu'ils sont égaux aux anges et fils du Dieu de Isl résurrection (1).
(( Mon règne aura lieu, disait Jésus à Salomé dans VEvangile des Millénaristes d'Egypte, le même que celui des Naziréens et le plus ancien par conséquent (2), mon règne aura lieu quand vous aurez foulé aux pieds le vêtement de la pudeur, quand le dehors sera vers le dedans, l'homme avec la femme, deux en un, ni homme ni femme. » Est-ce à dire qu'il faille se mettre à deux par anticipation pour redevenir androgyne ? Non certes, et si beaucoup de christiens ont vu là comme une consigne (3), — laquelle n'était pas précisément de ronfler — le Rabbi ne Tentendait point ainsi. 11 entendait que le jour où Jésus les remettrait dans la gaine de peau dont il les avait revêtus avant leur division en deux sexes, ce jour-là ils redeviendraient tels qu'Adam-Eve avant le péché. Et c'était si bien le sens de la parole que, voyant Salomé elle-même placée hors du salut par la doctrine de son mari, TEglise, après lui avoir enlevé
(1) C'est l'ancien texte tel qu'il était dans les Evangiles au temps de l'auteur du Diulof/ue avec Tnjphon, (voir ch. lxxxi in fine). On lit aujourd'hui dans le Luc dn Saint-Siège : « Fils de Dieu et fils de la résurrection », ce qui a un tout autre sens : la pseudo-résurrection de Bar-Jehoudda devient la garantir' uil'erte. Le bon billet!
{'!) Cité dans Clément d'Alexandrio, Stromala, IIl. 11 est à remarquer <iue Salomé, en Iwangile Maria, a toutes les confidences de Jésus sur cette question. La femme de Jeiioudda, la mère des sept démons, mérite cette préférence.
(3) Interprétée en ce sens par les Nicolaïtes, cette parole était dans les Paroles du Rabbi. Supprimée des Evangiles canoniques, elle a donné lieu de la part des christiens aux excès les plus honteux et de la part des docteurs aux explications les plus saugrenues. Nous y viendrons, le moment venu.
tous ses enfants, sauf le jésus, lui fait dire avec un sangfroid imperturbable dans Clément d*Aîexandrie interpolé : « Bien m'en a pris de rester vierge (l) ! » On ne peut douter qu'il s'agisse de la mère de Bar-Jehoudda, la seule femme que, soit dans VEvsingile des Naziréens soit dans les Sagesses valentiniennes, Jehoudda et ses fils admettent aux discussions sur les dogmes qui intéressent son sexe. On en peut d'autant moins douter que, dans l'interpolation ecclésiastique de Clément d'Alexandrie, on la qualifie de vierge, et que la seule vierge de cette histoire est celle dont le bilan utérin, grâce à l'énergique intervention de Jehoudda, se solde par sept fils et deux filles. La doctrine dont elle est ici le truchement explique cette épithète d'accoupieuse de femmes que certains commentaires talmudiques donnent à Maria, et qui est restée jusqu'à présent une énigme irritante le plus souvent interprétée dans le sens ignominieux.
Pour les christiens un hermaphrodite était un type sacré, puisqu'il échappait au péché dont était mort Adam-Eve.
Quel bonheur lorsqu'il en naissait un en conformité des horoscopes ! Phénomène de mauvais augure pour les païens, c'en est un de bon augure pour les christiens. Heureux auspice, gage d'un retour prochain de l'humanité à sa forme primitive, àl'édénique félicité d'avant la déchéance ! Jésus est dans l'air, il vient ! « Vénus et Mercure seront-ils en conjonction, leur demande ironi-
(1) Stvomatayl.lU,
quement Philopatris (1), et produiront-îls beaucoup d'hermaphrodites dont la naissance vous cause tant de joie? ))
Selon les fins de Dieu, l'état de nature ne comportait point la génération : c'était une invention du Diable- Serpent à qui lahvé avait eu le grand tort de donner la parole, un corps, des pieds, et peut-être d'autres membres, mais lahvé n'avait admis l'enfantement qu'à titre de pénalité : d'où cet accident avait été flétri du nom de travail. Et dans le Millenium du Zib on ne travaillait plus.
Les mères avaient commis le grand péché de génération qui faisait obstacle au Christ, car comment redevenir hermaphrodite quand on est trois et qu'on a dans l'enfant un témoin à charge ? La femme de mauvaise vie, il est vrai, a commis le petit péché de fornication, mais elle n*a point enfanté, l'herbe, comme dit Lamennais, ne poussant pas sur les grandes routes. Elle est donc plus androgynisable. On comprend qu'atteintes dans leur fonction la plus haute, blessées dans leur sentiment le plus noble, les mères aient été si peu nombreuses autour de Bar-Jehoudda, lors de ses baptêmes. Ce pseudo-sacrement ne semblait fait que pour avantager les monstres, volontaires ou non, de la nature. Les paillardes et les filles de mauvaise vie (2) ont composé tout l'entourage féminin de cet homme vierge.
(1) Dialogue faussement attribué à Lucien et dirigé contre les christiens millénaristes dont la doctrine envahissait l'Egypte.
La sainteté originelle des hermaphrodites est une opinion aussi ancienne que le chaos dont le Jéhovah et rRlohim ont tiré l'être humain. On la trouve auprès des Indiens et dos Chaldéens, dans les Védaset dans Bérose, auprès des Phéniciens, auprès des Grecs. Platon la met dans la bouche d'Aristophane.
(2) Ce sont les propres expressions du Quatrième Évangile.
Hermaphrodite à la façon de Prométhée, créateur d'un androgyne dont il a le regret d'avoir fait deux moitiés que Satan a perverties, le Verbe-chair ne consent à régner que sur des êtres semblables au type originel. Toutefois on se divisa sur cette théorie. Alors que les hommes organisés attendent un Roi qu'ils croient se concilier, les uns par des croisements répétés, les autres par des chastetés obstinées, inversement les eunuques en attendent un qui leur permettra de laisser de la famille.
Tel fut Bagoas, eunuque d'Hérode, au temps du Massacre des Innocents. Bagoas n'avait cru à Jésus que persuadé, sur la foi des Révélations, qu'il se marierait sous le régime futur et qu'il aurait des enfants.
11 n'y a qu'un Roi en état d'assurer de tels privilèges, c'est le Roi du Millenium, le roi-hermaphrodite qui, cumulant les deux sexes, en gratifie à son tour tousses sujets. Mais si c'est pour avoir des enfants qu'il se marie dans le Royaume, Bagoas s'illusionne grandement, car il rejoint une femme à qui Jésus interdit précisément d'en faire. Et puis, s'il en eût fait, il en serait mort comme Adam. Au contraire, son eunuchisme augmentait ses chances de salut. « 11 y a, dit Jésus, des eunuques qui sont nés tels dans le sein de leur mère ; il y en a que les hommes ont faits eunuques ; et il y en a qui se sont eux-mêmes rendus eunuques [tel Bar-Jehoudda par son naziréat] à cause du Royaume des cieux. Que celui qui peut comprendre comprenne (1). » Mon Dieu ! on peut y arriver, mais il faut connaître le système. Bagoas n'avait pas très bien compris, ou plutôt il avait inter-
(1) Mathdeu, xix, 12. Gloses sur les Paroles du Rabbi où elles étaient mises, comme ici, dans la bouche du Seigneur Jésus.
prêté dans le sens de ses désirs^ étant sans doute de ceux <( que les hommes ont faits eunuques ». Il fut cruellement puni de son ambition démesurée, car Hérode^ avec quelque brusquerie, le mit à mort, et le Roi qui rend féconds les eunuques ne vint pas.