LORS DE SA CRUCIFIXION
Quand on lit l'Evangile sans savoir que la personne /^
humaine de Jésus est autre que sa personne divine, en - y
un mot quand on est dupe de la fable, on en emporte .^,
cette impression que le crucifié de Pilatus mourut très .^^
jeune : le plus qu'on puisse lui donner sur la croix, c'est 'Ji
trente-trois ans. Or il en avait cinquante. Là-dessus le "^^
Quatrième Evangile^ la tradition d'Asie et Irénée, ^
évêque millénariste de Lyon, sont unanimes. L'histoire . ;
confirme : le mariage d'Antipas avec Hérodiade étant :î;
de 787, la prédication du Grand jour ne pouvant être f?
que de 788, et Pilatus n'étant plus en Judée à la pâque ; de 790, date de la mort de Tibère, Bar-Jehoudda n'a pu
être crucifié qu'à la pâque de 789, car il n'a point paru Ui à celle de 788. Le propos que le Quatrième Evangile
prête aux Juifs de Jérusalem : a Tu n'as pas encore cin- ^i quante ans », ne pouvant appartenir qu'à Tune des
dernières fêtes de 787, Bar-Jehoudda avait atteint lors :l
de son supplice les cinquante ans que tout le monde lui ' donnait avant l'irruption de l'Eglise dans la chronologie.
A la fin du second siècle, Irénée, en termes qui ne laissent aucune place à l'équivoque, professait que la
prédication du Rabbi avait duré jusqu'aux environs de sa ': «inquantième année (1). Il professait cela conformément
(1) Contra hsereses.
à Polycarpe, évêque de Smyrne, et Polycarpe le tenait de Jochanan le Presbytre, lequel le tenait de l'Evangile^ c'est-à-dire ici des Paroles du Rabbi (1). Telle est la tradition qu'on appelle à tort la tradition d'Asie, car elle est avant tout celle de Judée. Il n'y en a pas d'autre, et elle est fondée sur les écrits de Philippe, de Thomas et de Mathias, les deux premiers, frères du crucifié, le dernier^ son neveu. « Tous les anciens qui avaient vécu avec Jochanan en Asie confirment qu'il enseignait cela, poursuit Irénée (2)... Plusieurs même d'entre eux avaient vu non pas seulement Jochanan, mais d'autres apôtres aussi, et c'est là ce qu'ils ont entendu d'eux, et ils attestent que c'était là leur enseignement. »
Il ne faut point mépriser le faux quand il sert à connaître le vrai. A propos des Lettres, combien fausses I d'Abgar, roi d'Edesse, à Jésus, et deJésusàAbgar(3), Eusèbe donne 340 des Grecs comme date de la crucifixion, ce qui fait 789 de Rome.
(1) Philippe, pour les avoir le premier transmises, était dit l'Evangéliste {Actes des Apôtres y xxi, 8).
(2) Il s*agit de Jochanan dit Marcos dont on a fait Tévangéliste Marc.
(3) Honnêtement et savamment avoué par M. L.-J. Tixeront, prêtre de Saint-Sulpice [les Origines de VEglise d'Edesse et la légende d'Abgar, Paris, 1886, in-8o).
NâTIVITÉ SELON MATHIEU
CALQUÉE SUR CELLE DE l'aPOCALYPSE
Remaniée et contée à la troisième personne, la Nativité du Joannès dans V Apocalypse est devenue la iVativité du Jésus dans TEvangile. Nous l'examinerons d'abord dans Mathieu où elle a le mérite de fixer la date avec une précision qui manque à Luc. Vivant, le jésua avait exploité la coïncidence astrologique de sa naissance avec celle du Soleil. C'est cette rencontre que les Evangélistes ont à leur tour exploitée dans leur fable où on le voit suivre mathématiquement la même carrière que le flambeau du Verbe, calculée sur un semestre depuis la Vierge Conceptrice jusqu'à V Agneau Résurrecteur (1). D'autres scribes sont venus, qui ont complété, créant des épisodes, mais sans s'écarter un seul instant de Vsirgument mathématique. En dépit de tout ce qui
(1) On sait que les trois Synoptisés seuls ont suivi ce plan dont Gérinthe s'est écarté dans le Quatrième Evangile,
a été ajouté à TEvangile et de tout ce qui a été retranché, la trame astrologique subsiste intacte jusque dans les détails. L'inexistence de Jésus, déjà supposée par le silence de Thistoire, est établie par toutes les Ecritures. Les autres preuves viendront, tirées du témoignage des hommes — et elles sont accablantes pour l'Eglise.
Inspirée, si l'on veut, mais pour des besoins hermétiquement juifs, mystification pure jusque sur la croix, la fable évangélique n'est qu'une mythologie pour cheflieu de Ccinton.
Rien de grand dans la cause : un intérêt de secte, moins encore, un intérêt de famille. Maria accouchant d'une mcirionnette dont TEglise tire les fils depuis seize cents ans. Car c'est l'Eglise seule qui a fait de Bar- Jehoudda Jésus, et de ce juif le Fils de Dieu. Jamais il n'a émis pareille prétention, ni pour lui les premiers évangélistes. C'était un de ces fils de Dieu comme lahvé en faisait tous les jours parmi les Juifs. Il se disait fils de Dieu, et non le Fils de Dieu, fils d'homme et non le Fils de l'homme, christ selon David et non le Christ (1), sauveur par le baptême et non le Sauveur. <c Si tu dis que tout homme qui naît selon l'ordre de la Providence est fils de Dieu, lui objecte le rabbin de Celse, quel avantage as-tu sur les autres (2) ? » Aucun.
La présence de Dieu dans cette région n'a point été signalée : grave lacune dans la fable évangélique, car il s'agit évidemment du Dieu des Juifs et on avouera
c Je ne suis pas le Christ », dit-il aux pharisiens {Quatrième ile, I, 20). Cela se voyait bien ! Cela se vit encore mieux lorsle descendit de la croix.
bien que les Juifs étaient seuls compétents pour voir Dieu, puisque depuis la création il ne s'était montré qu'à eux. Si Dieu s'était de nouveau montré et dans la tribu de Zabulon, cet événement n'eût point passé inaperçu, étant donné les rivalités qu'il y avait entre les douze tribus d'Israël. Si Dieu s'était tout à coup prononcé pour Zabulon, il y aurait eu mouvement au moins dans Juda, Benjamin et Ephraïm. Le seul Dieu qui apparut vraiment en Judée, c'est Jupiter Gapitolin, . raflant de sa dextre puissante les deniers du tribut, tandis que le lahvé du Temple, de sa senestre vigoureuse, empoignait les didrachmes !