ENCORE LE SONGE DE JOSEPH
Tout en proclamant dans la Généalogie que le jésus est fils de Joseph — sinon il n'eût pu l'être de David, et c'est à quoi les Juifs tenaient le plus — Mathieu, dans la Nativité proprement dite, se refuse à appeler Joseph « père » de l'enfant. Luc fera de même. Pour Mathieu, Joseph est simplement le mari selon le monde. Pour Luc, moins encore, le fiancé. L'Epoux, c'est un autre et qu'on ne voit pas.
On ne pouvait rendre un hommage plus direct au grand-père de Mathias, au grand Jehoudda qui avait dit:
Ne vous faites point appeler maîtres, car vous n'avez qu'un seul Maître, et vous êtes tous frères.
Aussi n'' appelez personne sur la terre votre père, parce que vous n'avez qu'un Père qui est dans les deux (1).
Jehoudda ne se singularisait pas. Il répétait ce que disaient toutes les Écritures. lahvé ne disait-il pas dans Isaïe : « Je suis dans le ventre des mères d'Israël lorsqu'elles conçoivent? » Et Jésus ne dit-il pas des Juifs, après avoir défendu aux apôtres d'aller chez les goym : « Il est écrit : Vous êtes dieux ? »
Or la génération du christ était celle-ci : Maria, sa mère, après avoir été fiancée à Joseph, se trouva grosse avant qu'ils eussent été ensemble, ayant conçu de l'Esprit-Saint.
Elle était grosse parce que, comme dit plus explicitement Luc, le Verbe Jésus l'avait regardée et qu'un regard du Verbe, c'est la fécondité immédiate. Désignée par les prophéties comme devant être la servante du Seigneur, il lui a suffi d'être fiancée à un homme du même sang qu'elle pour être par avance grosse des œuvres du Verbe. Joseph n'a fait que le geste.
Or, Joseph, son mari, étant juste, [c'est-à-dire fidèle observateur de la Loi] et ne voulant pas la diffamer, résolut de la renvoyer sans éclat.
Joseph connaît son Deutéronomé sur le bout du doigt, et plus il est juste, plus le scandale est grand, car il est écrit : « Si un homme ayant épousé une femme... et cherchant un prétexte pour la répudier, lui impute un crime honteux en disant : J'ai épousé cette femme, mais m'étant approché d'elle j'ai reconnu qu'elle n'était point vierge... son père et sa mère la prendront,
(1) Mathieu, xxiii, 8 et ^.
et ils représenteront aux anciens de la ville qui seront au siège de la justice les preuves de la virginité de leur fille... et les anciens de la ville prenant cet homme lui feront subir la peine du fouet... parce qu*il a déshonoré par une accusation infâme une vierge d'Israël... Et si ce qu'il objecte est véritable, s'il se trouve que la fille quand elle Tépousa n'était pas vierge, on la chassera hors de la partie de la maison de son père, et les habitants de cette ville la lapideront et elle mourra, parce qu'elle a commis un crime détestable dans Israël, étant tombée en fornication dans la maison de son père, et vous ôterez le mal du milieu de vous (1). » Voilà donc à quoi s'expose Joseph : ou recevoir le fouet et payer l'amende, s'il diffame Maria; ou la livrer à la mort s'il dit vrai. Mathieu le place entre la thèse de Jehoudda sur la filiation divine des juifs et la terrible disposition de la Loi.
Comment comprendre que, le Lévitique lui ayant imposé l'obligation de n'épouser qu'une vierge, Joseph ait eu l'impudence de faire nazir dès le ventre, de consacrer à Dieu le fruit avéré du déshonneur de sa femme î Il y a là un faisceau d'illégalités sacrilèges comme il ne s en est jamais rencontré dans la vie d'un juste. Joseph prend le parti le plus modeste qu'on puisse prendre quand on se moque des goym avec cette désinvolture, il se tait.
Mais comme il réfléchissait à ces choses, voilà qu'un ange du Seigneur lui apparut en songe, [le songe de Joseph] et lui dit : « Joseph, fils de David, ne craignez point de pren-
(1) Deutéronome^ xxii, 13-22.
dre Maria votre épouse, car ce qui est né dans elle est du Saint-Esprit.
Elle enfantera un fils, et vous appellerez son nom jésus^ car il sauvera son peuple de ses péchés. »
Et, en effet, le nom de Bar-Jehoudda fut appelé jésuSy en d'autres termes il fut surnommé Jésus j parce qu'à partir de 782, il remit les péchés dans l'eau du baptême.
Observons que l'Annonciation est à Joseph et non à Maria, comme dans Luc, parce que dans Mathieu la généalogie de Bar-Jehoudda est par Joseph. L'ange (Gabriel) fait à Joseph l'application de son propre système génésique. C'est une flatterie qui n'a pas été comprise. Le seul tort de Mathieu, c'est d'avoir présenté son allégorie sous des dehors si grossiers que le bon renom de Maria, épouse irréprochable, s'en est trouvé terni. Mais si Ton réfléchit que Mathias, sous le nom de qui on a mis cette Nativité, était le petit-fils de Saloméjtout soupçon d'irrespect s'évanouit. Tout soupçon d'imposture aussi, car, fils de Jehoudda dit Thomas, jamais Mathias n'aurait prétendu dire que son oncle, le Nazir, se fût appelé Jésus de son nom de circoncision, ni que son grand-père se fût appelé Joseph. Jésus est une simple épithète, Mathieu l'indique bien. Chez un juste comme Jehoudda, le premier-né, le békôr, s'appelait toujours comme son père, et si celui-ci se fût appelé Joseph son premier-né se fût appelé Joseph. L'ancienne Loi était formelle, à ce point que, si quelqu'un venait à épouser la veuve de son frère, il était obligé de donner le nom du mort au premier fils qu'il avait d'elle.
Or, tout cela s*est fait pour accomplir ce que le Seigneur avait dit par le prophète, en ces termes : Une Vierge concevra, et elle enfantera un fils, à qui on donnera le nom d'Emmanouël, c'est-à-dire Dieu avec nous.
Les scribes, avec leurs feintes habituelles, nous disent qu'ils tiennent d'Isaïe l'idée de la Vierge-Mère (1). Ils se moquent agréablement de nous. Ils la tiennent de V Apocalypse qui la tient du Thème de Jehoudda. Mais comme Tx^pocalypse a avorté misérablement, il faut donner à îa Vierge un sens autre que le sens millénariste, afin d'égarer les recherches du goy. Isaïe, comme bien on pense, n'a jamais voulu parler de Maria et de son békôr, mais bien de sa propre femme et de son propre fils : il est formel sur ce point.
Au moment où Isaïe fit cette prophétie, Achaz, roi de Juda, pour qui il la faisait, était assailli par de puissants ennemis et sur le point de perdre la couronne. Isaïe, pour consoler le roi, annonce la naissance d'un Enfant miraculeux qui naîtra d'une vierge et qui donnera la victoire aux Juifs. Ce signe ne se réalisant ni chez Achaz ni ailleurs, Isaïe se décide, pour conserver son crédit, à s'approcher de sa propre femme, dont la virginité n*était sans doute pas contestée, et à lui faire un enfant : « J'ai pris, dit-il, de fidèles témoins (Isaïe ne recule devant aucune preuve) et me suis approché de la prophétesse (comme qui dirait de la bourgeoise), laquelle a conçu et enfanté un fils. » A peine est-il besoin de dire qu'Achaz, une des pires canailles qui aient jamais régné, fut en fin de compte abominable-
(1) Isaïe, VII, 14. Je ne reproduis pas les interprétations que les docteurs ont ajoutées de leur propre mouvement au texte des Évangiles. Elles ne sont point de mon sujet» et plusieiu's confinent à la folie.
ment rossé. Bar-Jehoudda ayant fini comme Achaz et plus mal encore, Mathieu lui applique la prédiction que Jehoudda et Salomé, en cela semblables à Isaîe et à sa femme, n'avaient pu réaliser que dans la même mesure.
COMMENT ON DISSIMULE A LA FOIS LE NOM DE CIRCON- CISION ET LE NAZIRÉAT DU NOUVEAU-NÉ
Pendant qu'ils chercheront dans Isaïe, les goym ne seront pas tentés d'identifier l'individu qu'on surnomme ici Jésus avec l'auteur de V Apocalypse. C'est une identité qu'on laisse à deviner, mais qu'on n'avoue plus au moment où on écrit, elle mène trop loin. Mais que celui qui a des oreilles entende !
Joseph s'étant donc éveillé fit ce que l'ange du Seigneur lui avait ordonné, et prit sa femme.
Et il ne l'avait point connue, quand elle enfanta son fils premier-né, à qui il donna le nom de Jésus (i).
Ce dernier membre de phrase est un faux caractérisé, dont aucun disciple de Jehoudda et de ses fils n'a pu être dupe. Pour le reste le scribe s'est rigoureusement conformé à la loi formulée par le Rabbi. Il ne pouvait pas appeler père du jésus un homme qui avait dit : « N'appelez personne sur la terre votre père ». Et voilà pourquoi le scribe passe sous silence la circoncision qui fut pratiquée sur le nouveau-né au huitième
(1) Contradiction flagrante avec le verset, où il est dit : t Vous le surnommerez Jésus ».
jour, car c'est dans cette cérémonie qu'on choisissait le nom de Tenfant; en l'espèce Jehoudda et nul autre.
Pour la même raison on cache aux goym cette chose essentielle que, dans cette famille où la Loi régnait despotiquement, le Jésus, en sa qualité de békor^ avait été naziréé avant sa naissance, c'est-à-dire voué au dieu des Juifs par anticipation.
Cela se comprend, il existe des écrits, notamment celui que Luc a arrangé, où le Nazir (dont on a fait Naziréen) est nommément Joannès :
Il (Joannès) sera grand devant le Seigneur ; il ne boira point de vin ni de ce qui peut enivrer ; et il sera rempli du saint-esprit dès le ventre de sa mère (1).
Et alors c'est l'identité avouée ! Car il n'y a pas deux enfants Nazirs dans l'Evangile, mais un seul alternativement appelé le Joannès ou le jésus. Or on se réserve d'inventer le bourg de Nazareth pour expliquer autrement que par la vocation religieuse un des surnoms ordinaires du Joannès-jésus. De plus l'état de Naziréen n'entraîne pas qu'un régime alimentaire particulier, il engage étroitement dans les liens et dans les cérémonies de la Loi ; tous les sentiments s'en ressentent, ils s'exaltent jusqu'à la passion. Chez un Nazir qui a conscience de son état le vœu couvre le crime. Or les temps viennent, et ils sont venus, où transfiguré en Jésus, Bar-Jehoudda cesse d'avoir été un criminel.
Aux termes de la Loi, le premier-né devait être présenté au Seigneur dans la première année, afin que les lévites homologuassent pour ainsi dire son naziréat»
(1) Luc, I, 15.
Donc Ben-Jehoudda fut apporté au Temple quelque temps après sa circoncision. Les Nativités anciennes •contenaient cette Présentation, Valentin en a eu connaissance, ainsi que des allégories de Siméon et Anna^ témoins mythologiques de Tacte (1).
l'étoile des mages
La date de la naissance est fixée mathématiquement par les Mages :
Jésus étant donc né à Betléhem de Juda (2), aux jours du roi Hérode, voici que des mages vinrent d'Orient à Jérusalem.
Et ils demandèrent : « Où est celui qui vient de naître Roi des Juifs? Car nous avons vu son étoile en Orient, et nous sommes venus l'adorer. »
Ce que le roi Hérode ayant appris, il en fut troublé, et toute la ville de Jérusalem avec lui.
Hérode étant mort en mars 750, c'est en deçà que se place la naissance du roi-né que le Dieu des Juifs oppose à Antipas Théritier présomptif. Mais le règne
(1) Cet épisode a été conservé par l^uc. L'Église s'est bornée à le transporter après la fausse Nativité de Jésus qu'on place au Recensement de 760, pour des raisons de haute diplomatie ecclésiastique sur lesquelles nous nous expliquerons en temps voulu.
(2) Observons que le scribe connaît parfaitement la géographie, car il ne confond pas Betléhem de Juda avec Betléhem de Galilée citée dans Joaué (xx, lo) comme étant l'une des douze villes attribuées à la trilm de Zabulon. C'est auprès de cette Betléhem qu'a été bâti le village de Nazareth au huitième siècle.
d^Hérode ayant été long de trente-sept années, oom» ment trouver celle de la Nativité? Rapprochée des indications de V Apocalypse, l'intervention des Chaldéens — car ce sont bien des Chaldéens, des calculateurs de périodes astronomiques — va nous permettre de fixer la date. La naissance de l'enfant a coïncidé avec une mesure de temps connue de ces mathématiciens. Ce n'est pas à cause de son étoile qu'ils ont entrepris ce voyage, — ils étaient blasés sur l'étoile, elle était annuelle — c'est à cause de Tannée, et cette année a la même signification pour les Chaldéens que pour les Juifs. Hérode en est troublé et tout Jérusalem avec lui. Quelle est donc cette année exceptionnelle ?
Et ayant assemblé tous les princes des prêtres et les scribes du peuple, il s'enquit d'eux où devait naître le christ?
Ils lui dirent : « Dans Betiéhem de Juda », selon ce qui avait été écrit par le prophète (Michée) :
« Et toi, Betiéhem, terre de Juda, tu n'es pas la moindre d'entre les principales villes de Juda, car de toi sortira celui qui doit conduire mon peuple d'Israël. »
Sur la maison d'où le messie doit sortir, aucun désaccord entre les Juifs, voire talmudiques, c'est la maison de David. On a cité Michée, on aurait pu citer tous les prophètes. Hérode n'avait à consulter personne.
Alors, ayant fait venir les mages en secret (c'est assez dire que personne ne les a vus), Hérode s'enquit donc avec grand soin du temps auquel Vétoile leur était apparue.
Et les envoyant à Betiéhem, il leur dit : « Allez, informezvous exactement de cet enfant et lorsque vous Taurez
trouvé, faites-le moi savoir, afin que moi aussi, j'aille l'adorer. »
Hérode ne conteste pas les prophéties, ce n'est pour lui ni une question de principe, ni une question de lieu : c'est une question de période, et ce que les Chaldéens lui ont dit du a temps auquel l'étoile leur est apparue » l'a fortifié dans le sentiment général.
Le signe est apparu dans un temps marqué sur leurs tables, ils ont marché à l'étoile, parce que la pénultième année jubilaire est venue. Ils ne se sont pas trompés dans leurs calculs, et quand ils arrivent le christ est né.
Ayant entendu ces paroles du roi, ils partirent. Et en même temps Tétoile qu'ils avaient vue en Orient allait devant eux, jusqu'à ce qu'étant arrivée sur le lieu où était Fenfant, elle s'y arrêta.
Lorsqu'ils virent Tétoile, ils furent transportés d'une joie extrême. Et entrant dans la maison, ils trouvèrent l'enfant avec Maria, sa mère, et se prosternant, ils l'adorèrent ; puis, ayant ouvert leurs trésors, ils lui offrirent des présents : de l'or, de l'encens et de la myrrhe. Et ayant reçu, pendant qu'ils dormaient, un avertissement de ne point aller retrouver Hérode, ils s'en retpurnèrent dans leur pays par un autre chemin.
Ceci pour la bonne marche de l'allégorie, et afin qu'Hérode, apprenant d'eux en quelle maison de Betléhem était l'enfant, ne pût le faire périr au lieu d'aller l'adorer comme il l'avait dit tout d'abord.
Cette étoile, qui marque la Nativité d'un sceau astrologique indélébile, a fort embarrassé l'ancienne Eglise. D'autant plus que, dans le texte primitif, elle ne guidait
pas de Mages vers Betléhem, mais des Chaldéens. Les scribes avaient donc été médiocrement inspirés en introduisant un signe zodiacal dans leur thème et en lui faisant accomplir des cascades telles qu'aucun observatoire n'en avait enregistrées dans les temps les plus troublés de Thistoire babylonienne.
Gomment l'Eglise s'est-elle tirée de là ? En soutenant quMl ne s'agit pas d'une étoile classée qui s'est levée normalement et mathématiquement : « Ce fut, dit l'Eglise, un phénomène lumineux du genre des comètes ei des météores, comme ceux qui précèdent les événements dont la face du monde est bouleversée. Ce ne fut donc pas, guidés par une constellation déjà existante, mais émus par un prodige inconnu d'eux-mêmes que les Chaldéens ou les Mages, il n'importe, sont venus à Betléhem. adorer le Sauveur du monde ! (1) » En un mot, il n'est pas question d'un de ces vulgaires signes dont se servent les astrologues dans leurs thèmes de géniture, mais d'un phénomène exceptionnel et pressant qui a fait capituler toute l'astrologie devant le Jésus !
Mais pensez-vous vraiment qu'au mois de septembre^ date astrologique de leur départ pour Betléhem, les Mages aient pu voir au ciel une autre étoile que celle qui y était de par V Apocalypse? Si vous le croyez, c'est que vous n'avez pas le sens de Tallégorie. Le signe céleste qui monte sur l'horizon ces nuits-là n'était et ne pouvait être que la Vierge^ cette Vierge que les plus vieilles traditions sidérales nous montrent prési-
(1) C'est la défaite qu'a trouvée VAnticelse, D'où Ton peut conclure hardiment que le vrai sens de l'allégorie évangélique n'avait point échappé à Gelse et à Julien.
dant à la naissance du soleil, et les plus vieilles sphères, allaitant un jeune enfant nommé par quelques-uns Jésus et par les Grecs Christos (1).
Pour les christiens, tout au moins pour ceux qui ont composé TEvangile, le monde postadamique ayant commencé en automne, le Christ Jésus avait remis entre les mains de la Vierge comme une synthèse des œuvres de vie qu'il contenait en lui. On la concevait à la fois comme le plus virginal et le plus fécond de tous les signes, puisque^ d'une part, elle appartient aux six Mille de Dieu, et que d'autre part, après la révolution de Tannée, elle avait reparu pleine de tous les fruits de la récolte. Telle avait été Salomé, la plus pure assurément de toutes les filles de Judée quand elle avait épousé Jehoudda, et par son mariage la plus féconde de toutes les femmes de la maison de David.
Mathieu, très rudement, dit que Maria « porta dans le ventre » : lourde expression mais juste, si Ton songe que dans un canon astrologique fort répandu, la Vierge, placée sur le Zodiaque déroulé, occupait la région du ventre et par conséquent y présidait. Le ventre de la Vierge est célèbre. Elle est représentée assise sur un trône, signe de sa majesté, et tenant entre les mains deux épis et des raisins, signe de la fécondité dont en son vivant la mère des apôtres avait donné neuf preuves solidement constituées. L'étoile des Mages, c'est donc la Vierge qui se lève à l'équinoxe d'automne avec son camarade le Bouvier, Les scribes ont incarné le Bouvier dans Joseph. Maria et Joseph ne sont point un faux ménage, comme les méchants l'ont insinué, ils
^i) L'arabe Albumazar décrivant la sphère des Mages, sans aucune ate d'excommunication.
sont mariés en justes noces — en équinoxes, si vous^ aimez mieux. C'est un ménage où il n'y a ni époux ni épouse, mais une constellation-femme et une constellation-homme en relations familières. Le Bouvier s'appelait communément FHomme de la Vierge — son Homme, dit fort bien Mathieu. Or, l'Homme de la. Vierge n'est point assez fat pour s'imaginer qu'il puissa contribuer à la géniture de Jésus, il est trop au-dessusdu cercle zodiacal qui traverse la Vierge en ce moment. En revanche, il est assez naturel que l'Ange avertissele Bouvier avant la Vierge : le Bouvier est toujourslevé avant elle.
Il ne faut pas faire porter à Joseph la peine de notreignorance. Ce n'est pas sa faute si on n'a pas reconnu immédiatement en lui le Bouvier, dans le Bouvier Janus^ l'antique et vénérable constellation qui, se levant à minuit — l'heure de l'arrivée des Mages à Betléhem — lors du solstice d'hiver, lève son bâton pour fermer Tannée qui finit et pour ouvrir Tannée qui commence.. Peut-être aurions-nous compris tout de suite si les experts en Dieu ne s'en étaient mêlés. Bon portier de lumière, tous les hommes te vénèrent, et sans TEglisejamais tu ne leur aurais semblé ridicule!
Il ne connaît que la consigne. Pour épouser la Vierga il veut être sûr qu'elle est grosse — il sait de quellesœuvres. Concierge et accoucheur à la fois, il ne veut lui tirer le cordon qu'après le lui avoir ombilicalement noué! Au besoin il emploierait les grands moyens, car l'instrument qu'il tient à la main sur les sphères ressemble tout aussi bien à un forceps.
Le Bouvier a fait lit à part dès le premier jour. Levé
à minuit, tout à ses portes, pendant que la Vierge donne un nouveau Soleil au monde, comment pourrait-il ôtre « son homme » autrement qu'en allégorie ?
Grâce à de patientes recherches dans les archives de l'état civil du firmament, je pourrais vous dire très exactement quel jour et à quelle heure il s'est astrologiquement marié, quels furent ses témoins et ses invités. La cérémonie fut célébrée un 24 décembre, à 23 heures 59 secondes — heure de l'Europe centrale — si le Bouvier a été exact, et à minuit tout était terminé. Les étoiles ne furent nullement étonnées devoir accoucher la fiancée au bout d'une seconde de présentation, elles clignèrent de l'œil d'un petit air qui ne cachait aucun sousentendu. 11 en était venu de plusieurs milliers de lieues à la ronde, parées de leurs plus beaux diamants, avec des robes dont la queue filait en comète. L'échoppe de Joseph brillait de plus de feux qu'un parterre de rois. Telles furent, si la nuit du 25 décembre était claire, les noces de Joseph et de Maria. Pour éviter les disputes et les coups on n'avait pas invité detliéologiens.
Mathieu n'a donc fait que son devoir de reporter sidéral et un peu sèchement, lorsqu'il a dit dans la note envoyée à la Gazette de Gamaldi : « Comme Maria sa mère eut été fiancée à Joseph, avant qu'ils fussent venus ensemble (la voilà bien la joyeuse conjonction I), il advint qu'elle porta dans le ventre de par VEsprit Saint, » 11 n'y a rien à reprendre dans ce compte rendu, il est parfait, et même il rappelle Tacite, sauf que, la concision ne lui paraissant pas une vertu juive, Jehoudda l'a remplacée par la circoncision.
La Vierge ne devant Jésus qu'aux œuvres de Dieu, il • n'est point nécessaire que le Bouvier l'épouse pour qu'elle
engendre. Elle est enceinte quand Joseph la prend, et malgré ses feux il « ne la connut point jusqu'à ce qu'elle eût enfanté son Fils. » Il ne la connut pas davantage (dans le sens où l'entend Mathieu) après la naissance de Jésus. Il n'en est pas moins fort honoré de la voir en cet état, comme ces seigneurs de l'ancien régime qui n'épousaient les filles qu enceintes des œuvres du roi. Il fait bien un peu la grimace, au début, et même il rumine, pour ménager le préjugé humain, le projet de quitter cette pauvre Vierge dont la grossesse n'éclate pas moins que la virginité, mais un examen superficiel de la sphère céleste le ramène au sentiment de ses devoirs. Il se garde donc bien de lever sur elle la massue dont il est armé. On le représente toujours avec cette massue qui, je vous prie de me croire, ne fut oncques fabriquée par un charpentier galiléen et qui est, si j'ose m'exprimer ainsi, du bois dont on fait les astres. Et non seulement il ne s'en servira pas contre la Vierge, mais s'il le pouvait, il descendrait du ciel pour assommer tous les théologiens qui se permettent de discuter la nonuple maternité de Salomé.
A propos, ne vous faites pas trop d'illusions sur la jeunesse des conjoints. Certes ils sont beaux, même à présent qu'ils ont deux mille ans de plus, ils le seront longtemps et d'une beauté qui ne passera point, mais ils ne sont plus de la première fraîcheur : îa Vierge et le Bouvier ont le même âge, celui qu'on donnait au monde dans Técole de Jehoudda — cinq mille ans, je pense. Quoiqu'ils ne soient jamais en conjonction franche, ils se voient depuis la Genèse ; il ne s'agit donc pas d'un mariage de fiancés, mais d'une vieille habitude. Des gens qu'on n'a jamais vus l'un sans l'autre... vous compre-
nez... l'opinion publique... autant régulariser, etchaque année, le 25 décembre, on régularise ! Il n'y a de nouveau, chaque fois, que le nouveau-né. C'est lui, chose curieuse, qui fait le voyage de noces à la place des parents, et pour son coup d'essai il visite la Judée : il s^ trouve si bien qu'il n'en sort plus. Il est là parmi les siens, dans l'élément qu'il a créé, dans son peuple, chez lui, dit le Quatrième Evangile. Tous les Juifs sont les fils du Christ Jésus, il les a faits jadis dans son premier voyage. Ce peuple est son chef-d'œuvre. Je m'arrête, ne voulant pas que le Soleil m'accuse de flagornerie.
La Vierge n'est pas le seul signe auquel les Chaldéens aient eu affaire. Ils sont arrivés sous le Capricorne y dont Hérode est le correspondant en Judée. C'est la Vierge, capricornée comme dans l'Apocalypse, qui les conduit à Bethléem. La fausse Nativité de Jésus qu*on a superposée dans Luc à celle du jésus décrit avec beaucoup de soin la situation respective des principales constellations appelées à former le signe. Et c'est une chose curieuse de voir que dans leur travail de mensonge les faussaires ont respecté pieusement la donnée astrologique de la Nativité selon l'Apocalypse.
La Nativité de Jésus est en harmonie avec le signe agreste, le Capricorne^ sous lequel elle se produit. La Vierge y demeure avec tous ses attributs et tous ceux du Bouvier. Les bergers de Bethléem qui sont surtout de Chaldée en savent tout autant là-dessus que les anges descendus pour leur apprendre la grande nouvelle. « Voyez le Sigçie ! » c'est tout ce que peuvent dire les anges. « Nous le connaissons bien, pourraient répondre les bergers, il y a assez longtemps que nous gardons
les troupeaux du Capricorne ! » C'est sur de la paille arrachée à son brillant Epi que la Vierge dépose le céleste nourrisson, mais comme elle a dû sortir de sa propre « maison x avec le Bouvier pour mettre Jésus au monde, il n'y a plus de place pour eux dans celle où Tévangéliste les amène. C'est d'ailleurs pour son Fils un simple lieu de passage — on dit le mot : une hôtellerie. Ce n'est pas Jésus qui n'a pas de place dans cette hôtellerie — Jésus a douze maisons plutôt qu'une ! — ce sont eux, les pauvres I Lisez vos textes, messieurs les exégètes, lisez vos textes.
C'est tout naturellement que l'âne et le bœuf sont venus dans la suite des temps se grouper autour de la crèche et réchauffer le petit enfant de leur haleine. Ce bœuf était en puissance dans le Bouvier, et l'âne — nous le verrons bientôt — avait des titres non moins célestes à la vénération des Juifs (1).
Bar-Jehoudda n'est pas né à Betléhem. Est-ce qu'il y naît dans l'Apocalypse ? Il n'avait point à y naître ; par son père et par sa mère il en est depuis bientôt mille ans. C'est si peu une condition qu'avant de conférer avec les scribes et les docteurs, les Chaldéens accourus
(1) Dès le cinquième siècle TEglise a commencé son travail contre tous ceux qui, ayant percé à jour les fourberies évangéliques, niaient que Jésus fût venu en chair et que la prophétie de Miellée suliît à démontrer qu'il était né à Bethléem. « Que celui-là songe, s'écrie rj^/^îcelse, qu'on montre à Betléhem la .çro^^e où il est né (plus d'hôtellerie) et dans cette grotte la crèche où il fut enveloppé de langes (les langes eux-mômes peut-être?) Tous les récits de la naissance qui sont dans VEvangile sont d'accord là-dessus. » {Aiiticelse, I, iil.) Mais celui qui est dans V Apocalypse ?
Quant à la grotte de Betléhem, elle existait bien. C'est celle où, à la fin du quatrième siècle, les femmes du pays continuaient à adorer Tammouz, lequel était le nom syriaque d'Adonis.
au signe ignorent complètement en quel endroit le roi des Juifs doit prendre naissance.
S'il était né à Betléhem, dans une maison qui devait être classée parmi les monuments historiques, un enfant descendant de David par son père et par sa mère, circoncis le huitième jour devant témoins, présenté au Temple le quarantième et désigné à l'attention publique par une ambassade venue du fond de la Chaldée, Hérode n'aurait pas eu besoin du rapport des Mages pour trouver son adresse et assouvir la jalousie de rhéritier présomptif Antipas. Il va sans dire également que si le seul fait de naître à Betléhem avait été une cause de mort pour l'enfant, Jehoudda n aurait pas attendu Taccouchement de Salomé pour fuir les hérodiens.
Bar-Jehoudda ne naît à Betléhem que juridiquement. A chaque jubilé le bien patrimonial fait retour à son premier maître (1). Dépossédé par la force, le fils de David rentre dans sa maison par la loi dereintégrande. La postérité d'Hérode doit céder la place, Dieu le veut. Ce n'est pas à ce jubilé-ci, parce que le pouvoir est encore aux hommes, ce sera pour l'autre, le jubilé du Rétablissement de toutes choses, la dernière des réintégrandes, celle d'Eve dans Adam. Ce jour-là, ce n'est pas seulement la ville d'où David est sorti que Dieu restituera, c'est tout son royaume.
Si les scribes n'étaient pas libres de changer la date à laquelle Bar-Jehoudda était né — V Apocalypse les liait à 739 — au moins dépendait-il d'eux de le faire naître
(1) Lévitigue, xxv, 10, 13, 28. Les Evangiles ont été faits par des Juifs qui connaissaient à fond le droit mosaïque, ils sont le plus souvent examinés par des gens qui l'ignorent absolument.
ailleurs qu'à Gamala. Etant donné ce parti, Betléhem était tout indiqué, et même ils ne pouvaient élire un autre lieu, les prophéties le leur défendaient. Betléhem, berceau de David et en même temps de Bar-Jehoudda, c'est une figure comme tout. le reste, mais une figure qui en dit long sur l'esprit qui préside à ce choix. Le Jésus nait dans la maison d'Israël la plus heureuse en conquêtes, la plus glorieuse que le peuple juif ait connue. La première chose qu'il dût faire, c est de sauter sur Tépée de David, arme faible en comparaison de celles du Christ de VApocalypsey mais la terre d'Israël ne lui en fournissait pas d*autres. Si quelque Français, prophétisant sur la Revanche, annonçait que le Libérateur doit naître dans la maison de Napoléon!®'', en concluriez-vous que c'est un homme pacifique ? Point ne le crois. Il est donc insensé de dire que dans l'Évangile original le jésus était un christ de paix. Betléhem est une belliqueuse image. Et pour compléter la pensée de Mathieu, prenez-moi dans Luc la prophétie de Zacharie, après l'avoir mise au futur comme toute prophétie doit être et comme tout christien l'entendait : <c Béni soit le Seigneur, le Dieu d'Israël, de ce qu'il visitera son peuple et le délivrera, de ce qu'il nous suscitera, dans la maison de David, son serviteur, un sauveur qui nous délivrera d'entre nos ennemis et des maux de nos haïsseurs, pour témoigner sa faveur à nos pères et nous rappeler sa sainte alliance, le ser^ ment qu'il a fait à notre père Abraham, en nous permettant à nouSy arrachés à la main de nos ennemis j de le servir sans crainte » (1) ; et dites-moi s'il a paru
(1) Luc, Prologue.
sous Auguste et sous Tibère un homme qui commandait aux Juifs de tendre la joue gauche après la joue droite !
Pour le reste, Tévangéliste n'a jamais prétendu dire que des Mages Perses fussent venus à Betléhem adorer le Roi des Juifs. C'est comme s'il eût représenté M. Edouard Drumont répandant Tor, l'encens et la myrrhe aux pieds d'un petit Rothschild nouvellement né. Ce serait d'une exécution difficile, même si, contre toute attente, M. Drumont se laissait tenter par l'appât d'une récompense.