‹ Le mensonge chrétienChapitre 27 sur 55 · NAZARETH EN ÉVANGILE ET COMMENT UN VOEU DEVIENT UNE VILLE · texte numérisé non relu

NAZARETH EN ÉVANGILE ET COMMENT UN VOEU DEVIENT UNE VILLE

Gomme vous l'avez vu dans Mathieu et dans la citation de Luc, c'est bien avant 750 que le Joannès-jésus a été fait nazir, puisqu'il Ta été dès le ventre de sa mère et que celle-ci a accouché en 739.

Or, voici ce que nous lisons dans Mathieu :

Hérode étant mort, un ange du Seigneur apparut à Joseph en Egypte, pendant qu'il dormait (c'est-à-dire en songe)

Et lui dit : « Levez-vous, prenez Tenfant et sa mère, et retournez dans le pays d'Israël ; car ceux qui cherchaient l'enfant pour lui ôter la vie sont morts.

Joseph s'étant levé, prit l'enfant et sa mère, et il se mit en chemin pour revenir dans le pays d'Israël.

Mais ayant appris qu'Archelalis régnait en Judée, en la place d'Hérode, son père, il appréhenda d'y aller ; et ayant reçu, pendant qu'il dormait, un avertissement du ciel, il se retira dans les parties de la Galilée [qui sont au-delà du Jourdain],

^'Jài^.tr-jLV-".^

En y venant, il habita dans une ville appelée Nazareth, afin que fût accompli ce qui avait été dit par les prophètes : « Jl sera appelé Nazaréen. »

L'intention de tromper est ici manifeste. Ouvrez les prophètes, vous n'y trouverez pas trace d'une telle prédiction applicable au Joannès. Eludant le motif légal pour lequel le jésus avait été naziréé, on feint qu'il tenait ce nom de la topographie ■ galiléenne. Ce qu'on veut cacher, c'est ce qu'avoue Luc, dans la Nativité du Joannès : l'identité de Joannès le Naziréen avec Jésus de Nazareth. Nazareth est une ville imaginaire que les scribes ont forgée de la qualité du Joannès et dont aucun Juif n'a entendu parler avant le huitième siècle. Et puis, ce n'est pas après la mort d'Hérode, à une date indéterminée de l'ethnarchat d'Archelaûs, que le Joannès-jésus, alors âgé d'une douzaine d'années, a été appelé Naziréen ; c est douze ans plus tôt, en 739.

Rappelons encore une fois le verset de Luc sur le Joannès : « 11 sera grand devant le Seigneur ; il ne boira pas de vin, ni rien de ce qui peut enivrer, et il sera rempli du Saint-Esprit dès le ventre de sa more (1). »

Vous voyez où TEglise veut en venir (Mathieu et Luc n*y sont pour rien). Ses scribes essaient de nous faire croire qu'à côté du Joannès-jésus, qui ne sera plus appelé Naziréen ni dans Mathieu ni dans Luc ni dans le Quatrième EvangilCy il a existé un certain Jésus, lequel était de Nazareth, à cause de quoi il a été dit Nazaréen. Encore faudrait-il dans ce système que Nazareth existât. Mais le nom seul de Naziréen dépose contre

(1) Luc, II, 15.

cette hypothèse. Si Nazireth eût existé quelque part, ses habitants n'auraient point été dits Naziréens, mais Naziréthains, et personne n'eût toléré qu'à la faveur d'un calembour offensant pour la religion les Naziréthains pussent se présenter partout comme en état de naziréat perpétuel. <c Naziréen » est très régulièrement formé, au contraire, comme dérivé de nazir. Aussi estce le nom qu'ont pris après la chute de Jérusalem les disciples de Bar-Jehoudda. Et c'est celui qu'ils ont gardé dans l'histoire des hérésies, car leur bouche s'étant licenciée à traiter Jésus de « fantoche (1) », les disciples du Nazir ont été mis au rang des hérétiques I II est bon que vous sachiez cela, et si vous ne Tadmirez point sincèrement, c'est que vous n'avez aucun sens de l'esthétique. Nous vous avons déjà montré que le surnom de Nazir ne tenait point à la topographie mais à la vocation tout individuelle du premier-né que ses parents consacraient à lahvé. Né à Betléhem, c'est à Betléhem même que Tenfant aurait été voué à lahvé, dès sa naissance ou tout au moins dès sa circoncision le huitième jour.

Puisqu'il était békôr, Joseph et Maria n'eussent point attendu sa douzième année pour le naziréer. Mais comme dans la mystification que patronne Jésus, le Joannès était dit à bon droit le Nazir, les scribes lui ont pris ce nom qu'il méritait par son régime pour le transporter à Jésus qui ne le mérite en rien.

Les scribes, gens d'Egypte ou de Syrie, qui ont fabriqué ce verset, montrent une ignorance extraordinaire des rites juifs ou plutôt un furieux mépris du public.

Impossible d'être moins naziréen que Jésus, C'est un

(1) Epiphane, Cotilra heraeseSj et mieux les Fhilosophumena, Nous en parlerons au chapitre Les Paroles du Rabbû

de ces naziréens qui passent leur vie à ne point distinguer entre les viandes pures et impures — si bien que le porc se trouve autorisé — à boire du vin avec les publicains, les douaniers et les gens de mauvaise vie, comme il le fait dans Kaphamahum, etmème à en mettre là où il en manque^ comme il le fait dans Cana : contradiction énorme, violation perpétuelle de la Loi et qui fait éclater jusque dans la lie du tonneau la supercherie des scribes ecclésiastiques.

Le Joannès n'ayant été dit de Nazareth qu'à cause de son naziréat et Nazareth n'existant pas plus que Jésus, on ne voit pas bien comment il aurait pu y habiter. En revanche, on ne voit pas comment, étant le Verbe de Dieu dans la fable, Jésus aurait pu descendre ailleurs que dans la Gê-Nazareth, la Terre des Voués, la terre natale de Jehoudda et de ses sept fils (1).

On a dit du Nazir qu'il était de Nazareth pour lui créer un alibi hors de son état religieux. Pour le même motif on a dit de son frère Shehimon le kannaïte(2), qu'il était de Cana, avec cette différence que Cana existe. Même jeu de mots dans le fond et dans la forme. Si on eût fait Shehimon kannaïte, on aurait avoué que son frère aîné Tétait plus que lui et qu'à ce point de vue ils étaient bien fils de leur père.

Ce n'est donc point par ignorance que pèchent les scribes. Il y a chez eux parti pris de dérouter, de désorienter le lecteur, ce qui est bien différent. Il n'a pas plus été possible, malgré le zèle des intéressés, de retrou-

(1) A un degré moindre que le Nazir, tous étaient voués, v. p. 267.

(2) Le Zélote.

ver, sur la rive gauche du lac de Génézareth, remplacement d'un Kapharnahum où l'Evangile montre une synagogue, un poste commandé par un centurion, un péage et un bureau de publicains, qu'il ne Ta été de retrouver le nom de Nazareth dans aucun Talmud, Autant Bar-Jehoudda est à l'aise dans les « parties de Galilée » situées à Torient du Jourdain, autant il est à l'étroit dans la partie occidentale du lac de Génézareth. Le Kapharnahum de la rive gauche est comme Nazareth un village du pays de féerie, où Jésus prêche insaisissablement. Kapharnahum était sur la rive droite, près de Bethsaïda» et il n'a été transporté sur la gauche qui par une décision des cartographes ecclésiastiques consécutive à la construction de Nazareth.

De même que Jehoudda, Salomé, Bar-Jehoudda et ses frères, Gamala, ville natale de Jehoudda et peut-être du Nazir, tout ce pays est baptisé d'un nom qui le rend méconnaissable. La terre que baigne la rive orientale du Jourdain et du lac a pour capitale Nazareth, cela dispense de nommer le berceau de la famille.

C'est un pays d'Attendeurs, de Désireurs, de Souhaiteurs, de Cuideurs de Christ^ et aussi de jésus au petitpied, qui s'étend de Gamala aux sources du Jourdain^ en passant par Bethsaïda et Kapharnahum.

Tous les noms géographiques sont ou supposés ou changés. Une province, la Bathanée, une ville, Bathanea, sise au-delà du Jourdain (1) et qui est le lieu où Bar-Jehoudda fut sacré roi des Juifs en 788, deviendra Béthanie, village si voisin de Jérusalem que, lors de sa

(1) Nommée avec Gadara et Abila par Polyhede Mégalopolis, et par Josèphe (Antiquités judaïques, livre XII, ch. m). C'est Bathanea, vieille capitale de la Bathanée.

^nanifestaiion, il n'y eût pas tenu une demi-heure contre les gens de Pontius Pilatus et ceux du Temple.

Quant à la ville que les scribes sanctifient en y faisant habiter Jésus, des gens qui, à aucun prix, ne veulent prononcer le nom de Gamala, berceau des apôtres, ne peuvent l'appeler autrement que Nazareth. Ils ont créé ainsi dans l'esprit des dupes une Ville Sainte, une Ville immaculée, dont les Marchands de Christ (1) du huitième siècle ont donné le nom au village qu'ils ont construit à l'opposite de la Nazireth des évangélistes. Où était la Nazireth des Naziréens ? Mathieu répond : « Le temps ancien a traité comme viles la terre de Zabulon et celle de Nephtali ; mais l'avenir glorifiera les abords de la mer (de Galilée), au delà du Jourdain^ la cori' trée des nations (2). »

Ce n'est donc pas à l'occident du Jourdain qu'il fallait construire Nazareth, mais à l'orient où sont Gamala, bourg natal de Jehoudda, et Bathanea, bourg-capitale de Bar-Jehoudda. C'est une autre folie de chercher Kapharnahum sur la rive occidentale du lac, où d'ailleurs on n'a jamais pu le trouver. Kapharnahum était aux confins de Zabulon et de Nephtali. L'historien Josèphe qui y est allé, qui y a séjourné, place Kapharnahum au même endroit que Mathieu appliquant Isaïe, et non selon le bon plaisir de l'Eglise interprétant à rebours l'Evangile.

Nazareth n'en était pas moins très bien trouvé pour y loger la christophanie de Jésus. Nom céleste et qui n'avait point servi ; excellent nom pour le Verbe en visite chez les disciples du Nazir. Le Temple détruit,

(1) Chrislemporoi. Le mot est du philosoplie Justin.

(2) D'après Isaïe, viii et ix.

Sion aux Romains, où vouliez-vous qu'il descendît sur cette terre envahie? Il a Douze logis là-haut, mais en Judée, hélas ! où reposera-t-il sa tête ? Dans la maison du Seigneur, sa maison? Demandez à Titus et à Hadrien ce qu'ils en ont fait !

Page 1