‹ Le mensonge chrétienChapitre 43 sur 55 · PRÉDICATION ET REVOLTE DE JEHOUDDA · texte numérisé non relu

PRÉDICATION ET REVOLTE DE JEHOUDDA

Zadoc, zélateur de la Loi, offrit son concours à Jehoudda, C'était un élève de Shammaï, maître connu par la rigidité de ses principes. Qu'était-il à Jehoudda et à Salomé? Nul ne le saura jamais. Le frère de Jehoudda, celui que certaines Ecritures nomment ou plutôt surnomment Aggée (1)? Je le crois. A voir Jehoudda et Zadoc on eût dit de Zacharie et d'Aggée, inséparables déjà dans l'histoire des prophètes (2).

La tête rasée, c'était avec le sac de cendre, le signe du deuil et du tremblement (3). Jehoudda et Zadoc se rasèrent la tête et se vêtirent du sac (4).

Et la prédication commença.

Pour que lahvé fût chez lui en Judée, il fallait que les païens n'y fussent pas. L'ennemi, ce n'est pas seulement le Romain, c'est tout Juif non xénophobe.

Si lahvé abandonne ses enfants^ c'est qu'on l'abandonne lui-même. Au contraire, « si vous observez et. pratiquez les commandements que je vous fais d'aimer

(1) Un frère de Joseph (Jehoudda) est dit Aggaï, Aggée, par Hippolyte <1e Thèbes (déjà cité, p. 44, note 4).

(2) Presque toutes les images qui les concernent dans V Apocalypse viennent de Zacharie. J'ai toujours pensé que Zadoc répondait à TAlphée de l'Évangile, Alphée, Thomme du commencement, père d'un apôtre nommé Lévi dans Marc, ii, 14, et Jacob dans Mathieu, x, 3, et dans les Actes des apôtres, i, 13.

(3) Ezéchiel, vi.

(4) Apocalypse : « Je commettrai deux prophètes vêtus de sacs, etc. »

le Seigneur, votre Dieu, de marcher dans toutes ses voies et de demeurer très étroitement unis à lui, le Seigneur exterminera devant votre face toutes les nations qui sont plus grandes et plus puissantes que vous, et vous posséderez leurs terres. » Quoi ! même Rome et rOccident? Oui, par le moyen du Christ. Tout ce qui dépendait d'eux pour hâter l'œuvre du Christ, les Zélotes le tentèrent. Ils aimèrent Dieu avec furie. Le Christ viendrait plus joyeux, la Jérusalem céleste se poserait plus aisément sur Sion purifié, si le Temple d'Hérode, à peine achevé, brûlait en holocauste. Le Christ n'aurait pas la peine de détruire ce bâtiment de Sodome, si ses serviteurs lui préparaient les voies et faisaient place nette ù la cité qu'il amènerait des cieux. Le Temple était cause de tout. Oui, tout ce qui arrivait venait de ce que le Temple abandonnait lahvé. « Fils de magicien, race d'un homme adultère et d'une fille prostituée, enfants perfides, rejetons bâtards, je vous forai moi-même la guerre, j'étendrai la main sur vous pour vous perdre avec un bras fort et dans toute TefFusion de ma fureur, de mon indignation et de ma colère, je vous ferai périr par le glaive, par la dent des bêtes féroces, par la peste, par la famine! Engeance de vipères ! ;> Voilà comment lahvé parle aux traîtres par ses prophètes. Les Ilérodes et les Romains, Quirinius, Coponius, le tribut, tout cela c'était la faute du Temple et de la nation. « Tout Israël a violé votre Loi, avait dit David priant le Seigneur... Cette malédiction et cette exécration qui est décrite dans la Loi de Moïse, serviteur de Dieu, est tombée sur nous, parce que nous avions péché contre vous. Le Seigneur a accompli ses oracles contre nous et contre nos princes pour faire

fondre sur nous ces grands maux qui ont accablé Jérusalem, auxquels on n'a jamais rien vu de semblable sous le ciel I »

Quelle abomination, en effet I Des grands-prêtresdésignés, révoqués par les Romains ! Des païens, maîtres du choix dans le Temple de Dieu ! Et ces Juifsqui acceptent ! Deux souverains sacrificateurs par an^ quelquefois trois, sur un signe du proconsul !

Auguste enrichissant le Très-Haut de ses dons, lui offrant des victimes entières et des holocaustes (1)1 Auguste célébrant la pâque juive par procurateur !

O Christ Jésus, descends avec ton grand fouet^ brandis-le au-dessus des tôtes, fais-le siffler dans Tair, chasse de la Cour du Temple, livrée aux gentils, ces marchands et ces changeurs qui touchent à la monnaie des païens, — l'image de la Bête! — pour les animaux de sacrifice, les agneaux d'alliance et les colombes de purification ! Enfonce tes lanières dans la chair adultère des lévites qui sacrifient, sous les regards de ton Père^ au nom d'un souverain étranger (2) I

C'est donc la Guerre Sainte que prêchèrent Jehoudda et Zadoc, mais la Guerre Sainte telle que pouvaient l'entendre des hommes dans lesquels Jésus avait à défendre sa plus belle création : le Juif. Ils prêchèrent

(1 Ces sacrilèges durèrent jusqu'au jour où les christiens de Ména- Leiii. dernier fils de Jehoudda, entrèrent dans le Temple en 819. On t(Uél) l'ait l'ncore ces sacrifices au temps de la légation de Philon à Gal]j:iila : « Et ils resteront, dit Philon. comme un monument éternel (l«'s vertus de l'Empereur». Philon n était pas bon prophète.

(2) Tel est, et non autre, le sens de rallégorie où Jésus chasse les vendeurs du Temple dans l'Évangile. A toutes les pâques où ils se trouvèrent en nombre, les christiens préparèrent dans la mesure des moyens humains le travail d'extermination qu'ils attendaient de Jésus.

deux Guerres saintes à la fois, dont lahvé était le principe et le but. Le Christ tournait sa face irritée, ici contre les Romains qui asservissaient ses enfants, là contre les prêtres qui trahissaient leur Dieu.

Pendant douze cent soixante jours, soit trois ans et demi, Jehoudda et Zadoc parcoururent les bourgs et les villages, fomentant la révolte.

Sur la révolte elle-même, sur les troubles que Jehoudda et Zadoc excitèrent, on ne trouve presque plus rien dans Josèphe, sinon un résumé embrassant en deux ou trois phrases une succession de faits qui n'a pas duré moins de trois ans (1). Résurrection, apothéose pour tous ceux qui tomberaient dans la bataille. S'ils étaient tués, après tout, ce ne serait que pour trente ans (2). Pour tous ceux qui abaisseraient la Loi juive devant la Bête, point de résurrection, point de Millenium, point de part à l'héritage d'Israël, à ce royaume de Dieu dont la vision tournait toutes les tétos. Et pour commencer, point de pain. L'année sabbatique 760 ayant coïncidé avec le soulèvement, ils empêchèrent qu'on fit les semailles, et, cette année-là ayant été précédée de sécheresse, le peuple fut réduit à la famine. Ils dirent qu'ils avaient demandé à Dieu cette sécheresse, qu'ils l'avaient obtenue pour punir les Juifs de leur nonchalance, et qu'elle était une preuve de leur

A) ,Iosèi>li(.', Guerre (/es Juifs, livie XVIII, ch. m. Version un peu di 11 ère II te de celle des Anti'/nifi's, vX ijiii semble la meilleure, car il résulte de VApocah/pse i\\w. Jeliondda et Zadoc ont prêché la Guerre sainte j)eiH]ant pins de trois ans. Aucun doute que les passages de J(»sè{)tH' relatifs à Jehoudda «d à Zadoc n'aient été remaniés par ri{glise eoiiiiiie tous ceux qui, de près ou de loin, touchent à Thistoire de Bar-Jehoudda.

{'2i Va\ un ni(.t jusqu'à ce qu'ils soient parvenus à leur terme, Y Agneau de 781), comme le dit très bien VApocah/pse.

accord avec le ciel (1). Le passage des Antiquités judaïques où il est question des excès commis par Zadoc et Jehoudda vise une « grande famine dont ils furent cause et qui ne put les empêcher de forcer les villes et de porter le feu de la guerre civile jusque dans le Temple de Dieu ».

Il y a plusieurs façons de causer une famine, il n'y en a guère qu'une d'y échapper, c'est de piller les greniers publics. Lâchés à travers la Judée, le ventre vide et les dents longues, Jehoudda et Zadoc pillèrent consciencieusement, et dans les champs saccagèrent les moissons sur pied. Ce sont eux qu'on voit dans TÉvangile, ou plutôt qu'on revoit en 788, à travers les blés des pharisiens. Tannée du sabbat et qui, pressés par la faim, arrachent les épis pour les manger.

En outre le Christ Jésus permit que, « sous prétexte de défendre la liberté publique, Jehoudda et Zadoc pillassent indifféremment amis et ennemis, tuassent par soif du gain les personnes de la plus grande condition,

(1) Ils ont le pouvoir d'empêcher les pluies, dit V Apocalypse^ et de fermer le ciel.

« Si vous obéissez au commandement que je vous fais aujourd'hui d'aimer le Seigneur votre Dieu, et de le servir de tout votre cœur et do toute votre âme, il donnera à votre terre les premières et les dernières pluies, celles qui font germer le blé et gonfler Tépi. i (Deulé^ ronome, xi, J3 et 14.) Raisonnement des deux prophètes : « Vous n'aimez pas suffisamment le Seigneur votre Dieu, et c'est pourquoi nous ne vous avons pas donné d'eau. Quant à cette année, c'est l'année de rcin)s pour la terre, la Loi vous défend de semer, i Grâce à la connaissance que nous avons du système de Jehoudda, nous avons pu «lator cotte année sabbatique : c'est 760. En effet, par ce système dont ia prédication de lîar-Jehoudda dans TÉvangile n'est que la stricte application, nous savons que 788 est une année jubilaire, c'est-à-dire une année sabbatique survenant après sept périodes de sept ans, soit quarante-neuf ans. Nous obtenons par soustraction successive les années sabbatiques 781, 774, 767 et 760.

forçassent les villes depuis celles de la Galilée jusqu'à Jérusalem, et tentassent de réduire en cendres le Temple où Dieu avait son pied-à-terre. » Les Juifs de TransJordanie étaient restés à la porte de la Terre cananéenne, ruisselante de lait, de miel et de vin. D'autres, mieux partagés sans plus de mérite, étaient entrés, et le Jourdain coulait devant eux comme pour défendre la meilleure part de l'héritage contre les hommes de la rive orientale. Le rêve de ceux-ci était de rentrer n'importe comment en Galilée et, sous ce rapport, la partie, qui semblait mal engagée, s'égalisait, car les Galiléens n'avaient pas grand'chose à piller du mauvais côté du Jourdain, tandis que du bon les Gaulonites et les Bathanéens avaient tout à prendre. Ce point de vue ne fut pas indifférent à ceux qui suivirent Jehoudda. Il m'explique le mot de Josèphe que je n'avais pas compris tout d'abord et que j'attribuais à la malveillance : « la soif du gain » les guidait encore plus que les principes. Joso[)he qui se lamente sur les excès commis par la secte naissante et lui attribue tous ceux qui, se succédant de procurateur en procurateur jusqu'à Gessius Florus, amenèrent les Romains à raser le Temple, Josèphe ne dit plus comment lînirent la révolte et les deux hommes qui l'avaient prùchée (1) !

Tout .losèplie a été bouleversé par l'Eglise. Josèphe, qui suit d'une génération le Jésus, Josèphe, témoin du sieariat de Ménahem, dernier fils de Jehoudda, Josèphe savait tout, disait tout. 11 distingue les sectes entre elles avec une clarté parfaite, les Pharisiens croyant à

(i;. C'esl iino preuve indiru-ote de riutervention ecclésiastique dans le texte de Josèphe, mais nous en donnons de directes et de matérielles ,

l'immortalité de Tâme, et les Saducéens qui ne fondaient que peu d'espoir sur la vie future, et encore moins sur la résurrection. Et les disciples de Jehoudda, que croyaient-ils, ô Josèphe ? Cette secte était, dis-tu, entièrement différente des trois autres : en quoi, sinon en ceci qu'à la doctrine pharisienne Jehoudda ajoutait la croyance au Royaume de Dieu par son Christ, dans les conditions millénaires déterminées par son Apocalypse ? Si ce n'est pas cela, qu'est-ce donc ? Jehoudda ne se proclamait-il pas, lui et ses partisans, prêtres et sujets de ce Roi des Rois, de ce Seigneur des Seigneurs que Dieu avait oint pour la défense d'Israël et qui, invisible pour les profanes, était le souverain effectif de tous les christiens ? Et refuser le tribut aux hommes, n'était-ce point le payer d'avance à ce Roi dans le monde qu'il allait renouveler? D'où vient donc que Josèphe ne dit plus en quoi la secte de Jehoudda différait des trois autres -^ après nous avoir dit ailleurs qu'elle convenait entièrement à celle des Pharisiens? Pourquoi la définition n'est-elle plus là? Venez ici, Eusèbe, Rufîn d'Aquilée (1), montrez vos muins, relevez vos manches, qu'on voie si vous n'avez pas caché la définition I

(I) Imposteurs célèbres à qui l'on prête toutes sortes d'Histoires ecclésiasfiqiies^ remaniées de siècle en siècle pour les besoins de

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