JEHOUDDA TUÉ DANS LE TEMPLE
Puisqu'on a supprimé l'histoire, voyons si la vérité ne percerait pas dans les Ecritures canoniques, même refaites et maquillées comme elles sont toutes.
Jehoudda et Zadoc finirent la torche à la main. Coponius, procurateur de Judée, suppléa Quirinius dans la répression des troubles. Il fit donner sa cavalerie, nettoya le pays, enveloppa les partis de Zélotes qui tenaient la campagne. Jehoudda fut tué par les prêtres dans le Temple dont il s'était emparé. 11 tomba dans le héhal, immédiatement derrière le voile qui selon l'Evangile se déchire à la mort du jésus, devant T Autel des parfums, près de la table où étaient les Douze pains de proposition et le Chandelier à Sept branches.
Zadoc mourut avec lui, tomba à ses côtés. Morts et ressuscites ils sont comparés par VApocalypse aux deux oliviers, aux deux candélabres qui se tiennent devant Dieu dans le ciel et dont les deux chérubins qui gardaient Tentrée du sanctuaire dans le Temple, tout au moins dans Tancien Temple, sont la représentation sur terre.
« Quand ils auront achevé leur témoignage, la Bète qui monte de TAbîme (Rome stylée par Satan), leur fera la guerre et triomphante les tuera. Leurs cadavres seront gisants sur la place de la Grande Cité (ils furent exposés publiquement), laquelle est nommée spirituelle-
ment Sodome et Egypte. (On n'est pas aimable pour Jérusalem quand elle est au pouvoir des païens). Et d'entre les peuples, les tribus, les langues et les nations (rassemblement qui indique une pâque), il y en aura qui verront pendant trois jours et demi leurs cadavres et ne permettront point qu'ils soient mis au sépulchre (injure pire que la mort, la loi voulait qu'ils fussent enterrés le soir même). Les habitants de la terre, à cause d'eux se réjouiront, pleins de gaieté, et s'enverront des présents les uns aux autres, parce que ces deux prophètes ont tourmenté ceux qui résident sur la terre (tétrarques, chiliarques, pharisiens, publicains et juifs non xénophobes) (1) )>.
Les disciples, enfin autorisés à enlever les corps, les emportèrent en Samarie et les déposèrent dans les rochers de Macheron (2), le Migron d'Isaïe, où vingthuit ans plus tard Salomé, Shehimon la Pierre, Maria Gléopas et le mari de celle-ci ont enterré le corps de Bar-Jehoudda crucifié par Pilatus.
Jehoudda laisse à tous les siens un fardeau que la haine religieuse rend facile à porter : l'héritage de la vengeance. Pendant trois jours et demi, son âme a erré criant justice sur la grande place de Jérusalem, autour de son corps sans sépulture. Pendant quatre générations, Ilanan et tous les siens sont les victimes expiatoires qu'il réclame du fond de son tombeau. Ils sont sous le coup de la gheouUah du sang. Le vengeur du sang, le goel-ha-dam, c'est Jehoudda, l'aîné des fils.
(1) Apocalypse^ xi, 7-12.
(2; Un passage de Clément le Romain me le fait croire, mais surtout le rapprochement topographique avec la sépulture de Bar-Jehuudda en 789.
Après lui, vient Shehimon, puis Jacob, et ainsi de suite, jusqu'à Ménahem, le dernier-né. Pendant soixante ans, de 7(J1 à la chute de Jérusalem, toute la pensée de ces hommes et toute leur chair s'épuise dans la poursuite aveugle de la réparation. On ne respire plus, on ne vit plus, on ne prie plus que pour les représailles. Le sang de Jehoudda ayant été versé dans le Temple, c'est, toutes les fois qu'on pourra, dans le Temple que sera versé le sang des meurtriers, de leurs descendants, de leurs alliés, de leurs complices, de leurs témoins même. Ce n'est plus rougir le saint lieu, c'est laver la tache. Dieu le veut, la Loi l'ordonne, « Œil pour œil, dent pour dent, main pour main, pied pour pied, brûlure pour brûlure, coup pour coup (1). »
Le meurtre de son « homme de lumière », voilà ce que Salomé ne pardonna jamais au Temple. Le père tué pour avoir défendu la Loi, voilà le crime dont les sept déiiion.s de Maria réclamèrent inexorablement la gheouUah. Leur haine contre les pharisiens a trouvé dans les scribus évangéliques des interprètes d'une éloquence à la hauteur de son objet. On passait plutôt sur les supplices iniligés aux iils, et même sur la crucifixion (le 13ar-Jehoudda en 788, que sur le massacre du (Charpentier. Ils vengeaient leur père, on les a pris, on les a tués, c'est la guerre, mais lui, c'est le Verbe de Dieu qu'il vengeait lorsciu'ou la égorgé ! Ecoutez le Verbe lui-même, l'auteur premier de la Loi, parlant par la bouche de Jésus (2) : « Serpents, race de vipères, comment fuirez-vous le jugement du Gué-Hinnom (3)?
(1) Kj'odc. \.\i, -24, 25; Lëvitique^ ^xi\, ][), 20.
(2) Mailiicu, wiii, :J3-:)o.
{'^) L'Knler, tel que Jehoudda l'a dépeint dans VApocalypse^ c'est-à-
C'est pourquoi voici que moi-même je vous envoie des prophètes, des sages (dans le sens de savants) et des docteurs ; vous tuerez et crucifierez les uns (rien que dans la famille de Jehoudda on compte dans Tordre de leur mort, Jacob junior, Éléazar, Bar -Jehoudda le jiésus,Shehimon la Pierre, Jacob senior, Menahem, cinq fils et un gendre) et vous en fouetterez d'autres dans vos synagogues (presque tous, le jésus lui-môme, avant qu'on ne les lapidât ou qu'on ne les crucifiât) et vous les poursuivrez de ville en ville, afin que retombe sur vous tout le sang innocent qui a été versé sur la terre depuis le sang du juste Abel jusqu'au sang de Zacharie (1) que vous avez tué entre le temple et Tautel. »
dire le Gué-Hinnom d'où l'on ne sort pas et non le Gué-Hinnom de Jérusalem où fut crucifié le jésus, et d'où Ton sort quand on a des parents qui vous en enlèvent la nuit.
(1) Dans Mathieu on a ajouté : « fils de Barachie », sans doute au temps de la réfection des Evangiles par Hiéronymus alias Saint- Jérôme lia sixième environ). Ce qualificatif n'est pas dans Luc et on ne le trouve pas non plus dans le manuscrit dit du Sinaï, à cet endroit de Mathieu.
Voiiù le motif de cette interpolation :
On a vu que, dans la Nativité de Bar-Jehoudda sous le nom du Joannès «Luc, i), son père apparaît sous les traits de Zacharie qui fut le dernier des prophètes et qui était fils de Barachie. C'est une façon de (lire qu'il a renoué la tradition prophétique interrompue depuis Zacharie. Mais ce n'est pas pour marquer davantage cette intention comparalive (luc l'interpolateur le faitiilsde Barachie, c'est pour créer une difficulté au fâcheux païen et au déplorable juif talmudiste instruits de l'identité du Zacharie évangélique et de Jehoudda, si peu fils (le liaracliie !
Toute l'ancienne Écriture, sauf Hiéronymus, le saint Jén^me de IK^Mise, ti(^nt (jue, nonobstant ce qualificatif insoutenable de fils de Haiacliic, le Zacharie en question ici est bien le père du Joannès. Ori- *ii-nc ou pour mieux dire l'auteur du traité XXVI in Matthœum, ch. 23, dit formellement que le Zacharie père de Joannès a péri par Tépée. (iré>:oire de Xysse également (Homélie de chnsti Nativilate), C'est d'ailleurs l'évidence môme.
Sept mille é noms d'hommes » ont péri pour le grand Nom, sept mille chefs de famille sont morts pour la Im pendant l'assaut du Temple. Tous par conséquent feront partie du Royaume de Jésus, ear, an oiel où ils occupent devant Dieu la position qu'ils avaient devant le sanctuaire quand ils sont tombés, Jehoudda et Zadoc peuvent encore plus pour les amis que contre les ennemis. Désormais les « hommes de lumière » *^ dans les Sagesses valentiniennes, Salomé n'appelle jamais son mari que son homme de lumière — se chargent de rappeler chaque jour à Dieu la promesse qu'il a faite à tous.
Leur pouvoir est illimité. « Si qudqu'on veut leur nuire, leur bouche vomit un feu qui dévore leurs ennemis. Contre qui veut leur nuire ils ont le pouvoir de fermer le ciel afin qu'il ne pleuve pas pendant leur prophétie (d'où sécheresse et a famine dont * ils ^ren^ cause », dit Josèphe) ; ils ont sur les eaux le pouvoir de les tourner en sang (comme Moïse ; ceci doit être pris allégoriquement et pour le baptême qui a la vertu de changer l'eau vive en sang de la vie éternelle) et de frapper la terre de toutes sortes de plaies autant qu'ils le voudront. (Ce qui se vérifia chaque jour, hélas I Frères, n'irritons pas les fils de cet olivier et les neveux de ce candélabre, vous voyez ce dont ils sont capables, quand Tolivier refuse son huile, d'une part, et que d'autre part le candélabre se change en torche incendiaire !) »
Tous les moyens ont été bons pour couper les liens qui unissent les Zélotes aux Ghristiens et le jésus à son père. Jehoudda mort, « tous ceux qui se sont laissé séduire par lui ont été dispersés », disent les Actes des
Apôtres. (1) Vraiment? Vous êtes sûr ? Pas une exception ? Vous êtes sûr que la secte de Jehoudda est morte avec lui, qu'elle ne s'est pas continuée dans ses fils et dans ses neveux, cela jusqu'à la révolte finale, jusqu'à la destruction du Temple qu'il avait prédite et un peu commencée? Vous êtes sûr, qu'après lui, il n'est pas resté la moindre église dans les bourgs de Gamala, de Bethsaïda, de Giscala, de Béthara, de Bathanea, de Cana, de Kapharnahum, dans les tétrarchies de Philippe et de Lysanias, au Jourdain, sous l'Hermon et aux flancs du Liban ? Vous êtes sûr de tout cela ? Les partisans de Jehoudda furent dispersés, dites-vous ? Oui, en effet, dispersés ; mais pas loin.
L'Ég.lise a enlevé de partout Jehoudda. Elle a fait sur lui Toubli le plus profitable, le silence le plus lucratif. Joî^eph, le Charpentier, le Zibdeos, Jonas, Joannès, Zacharie, Panthora, le nouveau Moïse, on lui donne tous les noms sauf le sien.
Arrosée de son sang, la famille de Jehoudda poussa des rejetons vigoureux par toute la TransJordanie. C'est sous des noms supposés, avec toutes les déformations nécessaires, l'histoire de cette famille que nous retrouvons, comme à travers un brouillard, dans l'Evangile.
Aux précautions qu'on a prises pour dissimuler la commune origine des apôtres, on peut juger de l'intérêt qu'il y avait à ne la point confesser.
(1) Actes, V, 37.
ASCENSION SUR lA PLAGE PUBUQUE DE JÉBUSALBM
Jehoudda et Zadoc dorment dans la terre où les dieeiples les ont mis, mais lenrs doubles sont remontés an eiel, leur origine, d'où ils reyiendront le 15 nisan 789, redonner le souffle et le monvement à leurs corps. Et si TOUS voulez bien y réfléohir une minute, roum ▼erres que s'il en eût pu être autrementi les RérélationB dn Charpentier eussent été sans objet.
Nous avons deux versions de cette Ascension, Tune dans V Apocalypse de 782 et la plus précieiuie^ puisqu'elle émane du fils même de Tassumé, l'autre, postérieure de plusieurs années et dans laquelle l'Ascension est remplacée par une Assomption, V Assomption de Moïse. On lit dans V Apocalypse :
« Au bout de ces trois jours et demi^ l'esprit de vie qui procède de Dieu les pénétra, et ils se tinrent sur leurs pieds, tandis qu'une grande terreur tomba sur ceux qui les virent. Après cela on entendit une forte voix du ciel, leur disant : Montez ici (l'abbé Edgeworth est un plagiaire), et ils montèrent au ciel en la nuée, à la vue de leurs ennemis • Et à cette heure-là il y eut un grand tremblement de terre... » Voilà donc deux prophètes qui, à rinstar d'Ëlie et d'Enoch, montent au ciel pour avoir témoigné du Christ Jésus pendant trois ans et demi. Malgré toutes les injures faites à leur corps, au bout de trois jours et demi, sous Auguste, après une exposition publique devant une foule énorme
sur la place de Jérusalem, ces deux enfants de Dieu S'enlèvent de terre à la face de leurs adversaires.
Tout TEvangile est là. Quand les scribes le voudront, ils feront — comme de cire, dit Janotus de Bragmardo — la résurrection du jésus sous Tibère. Ils trouveront dans le cas de Jehoudda et de Zadoc jusqu'au tremblement de terre qui l'accompagne.
J'aurais voulu pouvoir vous conter cette doubla ascension d'une manière plus conforme à la dignité du sujet.
Mais je me sens inférieur à ma tâche. L'art de conter les ascensions s'est perdu. L'art des ascensions luimême a été tué par un effet rétroactif du machinisme moderne. Pour rendre à souhait l'éclat de ces deux ascensions, il faudrait une plume plus experte que la nôtre. La résurrection du jésus ne peut lutter avantageusement avec ces deux-là : d'abord c'est une résurrection simple, et l'autre est double, ce qui naturellement augmente la difficulté.
Ensuite, malgré l'autorité qui s'attache aux douze Juifs que l'Evangile donne pour témoins à Bar-Jehoudda, (1) l'impartialité païenne nous oblige à préférer le témoignage des « peuples, tribus, langues et nations », dont les représentants ont vu Jehoudda et Zadoc se tenir sur leurs pieds trois jours et demi après leur mort et monter au ciel devant tous leurs ennemis. Devant tous leurs ennemis, vous entendez ? Aucun compérage. Il s'agit ici d'une ascension publique avec admission de» étrangers, voire des ennemis. Cette circonstance, qui
(1) El parmi lesquels figure Bar-Jehoudda lui-môme, sous le nom; de Juannès, (ils de Zibdeos I
ne se rencontre malheureusement pas dans la résurrection de Bar-Jehoudda, donne au récit de l'Apocalypse la valeur d'un procès-yerbal.
La résurrection géminée de Zadoc et de Jehoudda se présente dans des conditions de yrai^emblanoe et d'authenticité qui font manifestement défaut à celle du Jésus. L'humanité a-t-elle le drmt de biffer vne page historique et ancestrale au bénéfice d'un éTénement qui n'a cessé, en dépit de FEglise, de demeurer hypothétique et obscur ?
Je ne pense pas. Nous ayons ici un double ndraclei constaté par des témoins nombreux, les nus désintéressés dans la question, les autres hostiles aux intéressés; nous possédons toutes les garanties de la preuve philosophique, et nous ne pouvons admettre que Jehoudda et Zadoc soient dépossédés d'une gloire qui l«s fait non seulement les égaux de Bar^Jehoudda mais ses supérieurs, car on ne peut sans une injustice criante leur refuser le mérite d'avoir essuyé les plâtres résurrectionnels. Et quels plâtres ! II semble donc bien que si une Résurrection suivie d'Ascension est une preuve incontestable de divinité, le nom de Christ et de Fils de Dieu convient tout d'abord à Jehoudda et à Zadoc. Dieu a donc avoué trois fils en Judée, deux en 761, le troisième en 789. Voilà qui ébranle toutes les bases de la religion et le dogme de la Trinité lui-même, car la qualité de Premier-né de Dieu doit être refusée au Jésus, tandis qu'elle ne peut l'être à ses deux prédécesseurs. Il ne reste plus qu'à déterminer lequel de Jehoudda ou de Zadoc était l'alné. C'était incontestablement Jehoudda.
Il y a plus, et nous sommes obligés d'insister sur un
nouveau point dont la gravité ne saurait échapper à personne.
Par Luc, par le Quatrième Evangile en deux endroits, par les Actes des ApôtreSj tous textes qui sont l'œuvre de Dieu, nous avons la preuve incontestable que le crucifié de Pilatus n'a été qu'assumé, c'està-dire enlevé par une tierce puissance à une époque très éloignée de sa mort. 11 a fallu l'intervention de Jésus pour le tirer du sein de la terre. Au contraire, nous voyons par VApocalypsey également ouvrage de Dieu, que Jehoudda et Zadoc se sont enlevés d'euxmêmes au ciel. Il y a dans cette auto-ascension la preuve d'un organisme individuel beaucoup plus puissant.
Bar- Jehoudda n a eu qu'à se laisser porter, à se laisser faire, — par où il est inférieur à Elie — mais Jehoudda et Zadoc ont spontanément développé en eux une force ascensionnelle qui les met sur le même plan que Jésus, lorsqu'après sa tournée résurrectionnelle parmi les héros de l'Evangile, il s'enlève du Mont des Oliviers pour regagner le ciel dont il descendu. Nous ne pouvons donc pas, sans blesser profondément l'ordre divin, mettre au-dessous du Jésus deux personnes qui pour les moyens auto-ascensionnels sont sur le même pied que le Verbe Créateur. Le Saint-Siège n'a pas le droit de nous demander cela. II ne nous sera pas difficile non plus de démontrer, textes canoniques en main, que la résurrection du jésus au Guol-golta, à supposer qu'elle ait eu lieu à la date indiquée, soit le 17 nisan 789, n'est que la septième dans l'ordre chronologique. Deux résurrections en 761, les résurrections de la fille de
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Ja!r, d'un des fils (Jacob junior) de la veuve de Kapharnahum (Salomé) et d'Eléazar, gendre de celle-ci, au •cours de Tannée 788, voilà bien six cas de' résurrection avant celle du Jésus. Encore passé-jesous silence celles •qui se sont produites au vu et au su de tout Jérusalem, lorsque, sortant du tombeau la veille de la septième résurrection, divers morts importants entrèrent dans la ville. Admettons qu'il y ait là quelque illusion d'optique, -quoique après tout ce soit douter de la parole de Dieu, il n'en reste pas moins que Bar-Jehoudda vient avec le numéro 7 seulement sur la liste des ressuscites. Si la Tésurrection est une preuve de divinité, pourquoi ne point adorer sept Juifs, les deux premiers surtout, au lieu d'un qui vient chronologiquement le dernier ? Nous aurions un culte qui serait fondé sur l'esprit démo- •cratique, ce qui se rapprocherait de nos institutions, et sur un chiffre sabbatique, ce qui concorderait avec les secrets desseins de la Providence.
Si, malgré tout, la théologie persiste dans ses errements, nous aurons au moins flétri son iniquité, car il résulte bien de V Apocalypse que Jehoudda et Zadoc «donnèrent naissance à une résurrection dont celle du Jésus n'est qu'un surmoulage. En un temps qu'on peut dater assez exactement de Tan 761, quand un chef •christien mourait de mort violente loin du pays natal, on racontait qu'il était allé au-devant du Christ Jésus, et les disciples le croyaient. Varus qui périt en Germanie avec les légions que vous savez, vers les années correspondant à la résurrection de Jehoudda et de Zadoc, s'il s'était fait christien quand il ravageait la Galilée, eh bien ! il aurait pu, quoique mort, aller lui-même arendre à Auguste les légions tant pleurées 1
l'assomption de moïse
La vérité, à laquelle nous sacrifions tout, nous oblige à reconnaître qu'à côté de V Apocalypse, si formelle sur l'auto-ascension de Jehoudda et de Zadoc, il existe un document où Jehoudda n'est qu'assumé. Laissons Zadoc sur qui le document est muet. Comment se fait-il qu'à la pâque de 761 Jehoudda se soit enlevé de luimême au ciel et qu'à une date bien postérieure, sous Trajan peut-être, le Seigneur Jésus ait été obligé de venir le chercher sur terre pour l'assumer ? N'y a-t-il pas entre ces deux actes une contradiction qui les ruine l'un et l'autre ? Nullement. L'ascension de Jehoudda est conforme à l'état de la doctrine de 761 ; son Assomption, à Tétat de la doctrine après 788. Jusqu'au 15 nisan, premier jour de l'année 789, son « double » attend au ciel que Jésus descende ressusciter les corps à cette date. N'étant point venu publiquement à cause de l'incrédulité des Juifs, il faudra que Jésus opère en tapinois et dans des écrits qui sentent l'huile araméenne toute la série de résurrections et d'assomptions dont on nous rebat les oreilles depuis la fabrication de l'Evangile. Sinon les corps des martyrs resteraient indéfiniment en terre où, selon le langage des Psaumes, ils goûteraient la corruption comme ceux des incirconcis, par exemple, ce qui serait contraire à la promesse. La première de toutes ces apothéoses fut naturellement celle de Jehoudda.
Personne, étant donné l'esprit hiérarchique de la
famille juive, n'admettra que le fils aîné de Jehoudda ait été enlevé au ciel sous le nom du jésvs, et que pendant ce temps le corps de son père, le ncmvean Moïse, se soit décomposé dans les grottes de Macheron. L'A88omptton dajésiLS fut donc précédée de celle da grand Jehoudda sous le nom de Moïse. Il était bien permis d'appeler Moïse un homme qui avait appliqué la Loi assez rigoureusement pour mériter le nom de Panthora.
Cette Assomption existe, mais dans quel état, grands dieux ! Elle nous est arrivée en lambeau; (l). De Taraméen elle est passée dans le greo, du grée dans le latin et du latin dans les langues modernes, laissant à chacune de ses transformations le qoart de sa substance. Mais l'original était araméen comme les Paroles du Rabbi, et qui sait si elle ne provient pas de cet écrit fameux ? C'est un produit fabriqué dans la famille de Jehoudda, car de toute l'antiquité juive un seul homme l'a citée, le scribe qui a mis une Lettre sous le nom de Jehoudda junior, autrement dit Thomas. (2)
Jehoudda n'y est pas nommé, bien entendu. Mais nomme-t-on Jehoudda dans l'Evangile ? C'est pourtant
(1) Voyez-en l'analyse dans VHistoire des idées messianiques^ de M. Yemes. La critique se divise au sujet de la date de composition. Les uns proposent Hadrien (M. Yemes, Histoire des idées messictniques)^ les autres Claude. Il y a plus de cent ans entre les deux termes proposés. Je ne sais d'ailleurs s'il est possible de dater avec quelque. chance de précision un écrit qui nous est arrivé après tant de manœuvres destinées à le rendre méconnaissable. Ce qui nous frappe ici, c'est que les faits visés dans Y Assomption de Moïse s'arrêtent juste au Recensement.
(2) Connue dans le Canon sous le titre de Lettre de Jude,
sa veuve et lui qui mènent tout Tapostolat. Qui fut surnommé Panthora? Qui peut prendre le nom de Moïse, sinon celui qui avait épousé Maria Magdaléenne, sœur de Moïse, et qui, par une conséquence logique de son propre système, n'était devant Dieu que le frère de sa femme ? Il ne saurait être un instant question du premier Moïse qui, de l'aveu de tous les évangélistes sérieux (1), était au ciel depuis des siècles avec Élie, Hénoch et autres. De toute évidence, c'est le nouveau Moïse qui converse ici avec Jésus, (2) qui passe en revue l'histoire de la Judée depuis les Macchabées, et qui s'arrête juste au moment où Rome, par Quirinius vainqueur, attache le joug au cou de la Judée. C'est ce Moïse-là qu'il s'agit d'assumer, d'arracher à la terre qui retient encore son corps glorieux, et c'est Jésus qui l'assume.
L'homme assumé a particulièrement souffert de ce monstrueux Hérode qui faisait périr par le glaive les principaux Enfants de Dieu, ou les étranglait « dans des endroits cachés pour qu'on ne pût retrouver leurs corps » et les honorer comme martyrs (3). De là les invectives de l'Evangile contre les Juifs hérodiens : n'ont-ils pas supporté, ne supportent-ils pas encore, comme rois et comme tétrarques, des Iduméens qui commandent au Temple sans appartenir à la race des lévites?
L'Assomption de JehQudda porte la marque des deux grandes persécutions auxquelles il a été mêlé. Persécu-
(1) Voyez plutôt la scène de la Transfiguration.
(2) On a lu « Josué », mais c'est lehoschoua qu'il faut lire, (formule complète du nom de Jésus et de celui de Josué).
(3) Sur ces effroyables exécutions, voir Josèphe, Antiquités judaï"
(jues.
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tions dirigées contre le peuple et très earaetéiisées. La première est ou celle d'Hérode contre les InnooentSi on celle de VaroB. La seconde est celle de Qoirinins aidé par Hanan, lequel fit pis que tous.
Dans ces deux conjonctureSi un parti eoneidérablei au lieu de donner sa vie pour la Loi, a .pactisé ayec l'étranger : ce parti, c'est celui des Pharudens et des Saducéens, d'où la haine que les christieiis lui ont vouée et qui enflamme tout TËvangile. Le eoribe en parle dans le style d'un évangéliste : « Ea oe tempe-li, dit-il, régneront des hommes de pestilenoe et d'impiété, en révolte contre leur âme, hommes de mae qui ne cherchent que leur propre approbation, composés dans toutes leurs actions, recherchant à toate heure du jour les festins, gloutons, dévorant les biens des pauvres et prétendant agir ainsi par charité pour ëuZ| et ils disent : « Ne me touchez pas de peur de me souiller I » L'Hanan et le Kalaphas de TÉvangile sont deux de ces hommes pestilentiels : Tun a condamné Jehoudda, Tautre le Jésus. Ceux qui confesseront la circoncision seront crucifiés et torturés, d'autres seront forcés de porter publiquement les idoles souillées des païens, d'adorer des divinités étrangères, et de blasphémer le Saint nom en jurant par la fortune de TEmpereur. Mais les peines décrites par V Apocalypse sont réservées aux pervers qui attirent la colère de Dieu sur la nation et à ceux qui auront failli dans la lutte. Le Roi des Rois se lèvera et prendra les Romains euxmêmes pour ministres de sa vengeance.
Toutefois, Israël ne sera pas tombé sans honneur. Toute une famille se dévouera, fera le sacrifice d'elle-
même, s'offrira, innocente, en victime rédemptrice. Un homme de la tribu de Lévi (1), qui aura sept fils, les appellera à lui et leur dira : « Vous voyez, mes fils, que pour la seconde fois le peuple a été horriblement frappé. Voyez et sachez que je n'ai jamais tenté Dieu, non plus que nos parents ni nos ancêtres ; jamais nous n'avons transgressé ses ordres ; vous savez que c'est là notre force. Faisons donc ceci : jeûnons pendant trois jours (pour chasser les démons), et le quatrième, nous entrerons dans une caverne qui est dans un champ, et nous mourrons plutôt que de transgresser les ordres du Seigneur des Seigneurs, du Dieu de nos pères. Si nous agissons ainsi, et si nous sommes tués. Dieu vengera notre sang. » La caverne, c'est Gamala, burg de rhomme aux sept fils, ou mieux encore Bathanea. Une caverne mène à tout à la condition d'en sortir. Le père en sortit le premier, et chacun des sept fils en sortit à son tour. Et tous moururent pour la Loi à laquelle le père les avait voués, pour le Jésus auquel il les avait naziréés. (2) Et tous, entrant en campagne après trois jours de jeûne en manière de purification, se croyaient invulnérables. (3)
L'Assomption de Jehoudda ne finissait point, comme aujourd'hui, à pic sur son serment et la consécration de ses sept fils à Dieu. L'intérêt était au moins de montrer comment ce fils de Lévi avait tenu parole et ce
(1) Il est dit le Taxo : mot fort énigmatiquc, peut-ôtre parce qu*il i\ été défiguré, et qui implique, s'il est grécisé, l'idée de judicature et de commandement. N'y avait-il pas Dago (de dag, poisson)?
(-2) Dans les écrits d'Hégésippe ils sont comparés aux Uéchabites célèbres par l'observation stricte de tout ce que leur père leur avait ordonné. [Jérémie, xxxv. Rois iv, x, 51.)
{'.]) Sauf Philippe et Thomas dont on ne connaît pas la fin.
qnll était advenu de ses naziréeas. Le bat môme était de faire voir comment, de son côté, le Christ Jésus avait répondu au serment qu'on lui avait prêté.
Moïse meurt donc dans Thomme qui a consacré» ses sept fils à Dieu, et c'est Pan-thora qui est assumé. Par qui? Par le Seigneur Jésus, celui, qui açrès le troisième jour ressuscite ses serviteurs dans PEvangile comme dans l'Apocalypse (1).
A cette Assomption il ne manque qu'une chose : l'Assomption elle-même •
Elle n'allait pas sans quelque tracas. Satan, toujours porté à calomnier les Juifs et aies accuser devant Dieu disputait le corps du nouveau Moïse à Miohaôl Parchange qui le revendiquait au nom de son Maître (2). Il y avait débat dans lequel le diable faisait valoir contre Jehoudda quelques arguments de poids, les meurtres, les incendies, les pillages. Michaêl en était bien un petit peu ébranlé, mais, opposant aux crimes que le révolté avait commis le zèle dévorant que le défenseur de la Loi avait montré, et n'osant proférer une sentence de malédiction, il s^écriait : « Que le Seigneur te re^ prenne (3)! ». Et le Seigneur le reprenait, malgré les droits de Satan.
Ce dispositif nous a été conservé par la Lettre de Jehoudda junior y autrement dit Thomas, lettre fausse comme tout le Nouveau Testament, mais ancienne, la plus ancienne peut-être des Écritures canoniques. Elle
(1) Après trois jours pour Eléazar (Lazare) et le troisième jour pour Bar-Jehoudda.
(2) Sur le rôle antisatanique de Michaël vous verrez VApocalypae^
(3) Lettre de Jehoudda junior (v. 9).
date d'un temps où la sanglante querelle entre christîens et Juifs orthodoxes durait encore, survivant à Jérusalem elle-même. Beaucoup, tout en condamnant les Juifs latinisants, s'étaient éloignés des partisans de Jehoudda tant à cause de leurs excès que de la fort médiocre figure qu'ils eurent dans la défense de la Ville Sainte. Jehoudda Is-Kérioth le premier vit clairement ce qu'il y avait au fond de leur programme, et donna un grand exemple, peut-être un peu tardif, en refusant de suivre le faux Jésus jusqu'au bout de sa folie. Mais pour un christien de bonne souche comme estl'auteur de la Lettre de Jehoudda junior, faire la moindre réserve sur le passé du père aux sept fils, c'est « blasphémer ceux qui sont dans la gloire. » Malheur à ces apostats! « Ils ont marché dans le chemin de Gain (les christiens comparaient Jehoudda à Abel) (1). Pour un salaire ils se sont jetés dans Terreur de Balaam (en se vendant à Rome Hanan a ratifié la prophétie de Balaam annonçant le triomphe de l'Italie sur la Judée) ; mais tous ont péri dans la révolte de Choré (tous ont été précipités, éventrés, égorgés par les christiens sicaires). Haïssez leur chair! Haïssez même le vêtement souillé par leur chair (2) ! » Oui, frères, fuyez, abhorrez ces maroufles <( qui dénigrent ce qu'ils ne comprennent point » ! Ils seraient capables de vous persuader que Jehoudda n'a point été enlevé au ciel et que son fils aîné, crucifié par Pilatus, n'est pas vivant parmi vous (3) !
(1) Mathieu, xxiii, 35.
(2) Lettre de Jehoudda junior,
\\\) Ses frères ont enlevé son corps déposé dans le Clamart de Jérusalem et ont répandu le bruit qu!il rCétait pas mort. Les christiens de Jordanie ont cru cela pendant un siècle, jusqu'au jour où les scribes écrivirent son Assomption, c'est-à-dire le rudiment de FÉvangile.