‹ Le mensonge chrétienChapitre 45 sur 55 · LE CHRIST A ROME EN · texte numérisé non relu

LE CHRIST A ROME EN

Rien de plus favorable qu'une bonne catastrophe à la fortune du Christ Jésus, il ne vit que d'hommes. La base du christianisme, ce sont les malheurs publics.

En 771 le Christ annonça officiellement sa venue prochaine par un tremblement de terre qui renversa douze villes d'Asie en une seule nuit. Magnifique prologue du Renouvellement de la terre et tout à fait dans la donnée de Jehoudda : pas une seule ville de touchée parmi les Juifs ! Le Christ rôda la nuit comme un voleur : Sardes, Magnésie de Sipyle, Temnos, Philadelphie, Eges, ApoUonide, Mostène, Hyrcanie la Macédonienne, Hiérocésarée, Myrine, Cymé, Tmole croulèrent : le sol s'entr'ouvrit sous elles, la campagne même n'offrit que des abîmes. De hautes montagnes s'affaissèrent, d^autres surgirent des plaines, et les flammes s'élevèrent dans les ruines. Le prestige de Jehoudda s'en trouva

fort augmenté. On raconta certÎBdnement qne la catastrophe était de lui. On ne pouvait nier qu'il ne fikt le verbe du Christ, le Christ lui avait parlé dans doiue villes à la fois ! Douze villes, autant de signes qu'il y en avait dans le Zodiaque! La carte de visite des Douze Ap6tres en attendant le grand jour ! Eusèbe, le ndsérable Eusèbe, comme dit l'empereur Julien, ne veat point qu'on puisse exploiter cette rencontre; il met treize villes là où Pline et Tacite en ont mis douze. Strabon parle aussi de ce bouleversement dont le souvenir ne fut pas effacé par la grande éruption du Vésuve.

Sur les nouvelles d'Asie, Rome, la superstitieuse Rome, trembla comme si le Grand Juge était à ses portes. Le Sénat s'assembla, Tibère s'émut et quant aux secours ils furent dignes de Rome : les douse villes d'Asie furent comblées de ses bienfaits (1). Poussée par le vent de la peur» Vidée christienne souffla sur le Capitule. Il y eut comme un bruit sourd dans le vieil édifice urbain. La sape comme toujours attaquait le mur pardessous. « C'est le commencement, dirent les Juifs de Séphoris et ceux de Jérusalem dont la peau brûlait encore des marques de la Bête. Circoncision ! Circoncision ! Croix du salut ! Croix du salut ! Maran atha, le Seigneur vient. » Des Juifs d'Egypte appuyèrent : « Le Joannès Ta dit ! le phénix va paraître ! d

Il y a quatre textes sur cette affaire : deux latins, Tacite et Suétone, deux juifs hellènes, Philon et Josèphe. Tous les quatre ont été remaniés par suppressions ou

(1) Sous le consulat de Julius Silanus et de Norbanus Flaccus. (Tacite, Annales^ liv. II, ch« lxxxvi.)

additions, et les choses aujourd'hui sont telles que, n'était celui de Josèphe, formel sur la nationalité des manifestants, on pourrait croire qu'il s'agit de Romains aj'^ant versé dans deux superstitions distinctes, égyptienne, d'une part, judaïque, de l'autre. Or il s'agit d'une seule superstitioriy revêtant des formes à la fois égyptiennes et judaïques, d'une seule catégorie d'hommes, tous Juifs, et d'une secte assez tranchée par rapport à la religion du Temple pour que Rome avise à punir les mauvais et à rassurer les bons. Quatre mille individus infectés d'une même superstition sont relégués en Sardaigne par décret du Sénat, pour être employés contre les brigands de File, « et s'ils venaient à périr par l'insalubrité de l'air, on était consolé d'avance, ajoute Tacite. On fixa un terme aux autres pour quitter ou l'Italie ou leurs rites profanes. » Qu'est-ce à dire, et quels sont ces gens dont Tacite nous apprend la destruction lente en se passant la langue sur les lèvres?

Le sénatus-consulte rendu contre eux désignait leur nationalité. Tacite de môme, qui poussa la haine des Juifs aux extrêmes limites ; et comme le sénatus-consulte il s'expliquait sur les signes qui rattachaient leur superstition à l'Egypte. C'est cette définition qui a disparu de manière à faire croire que le mouvement n'intéressait pas les seuls Juifs et que par conséquent il ne pouvait être question des christiens. Or nous savons par Josèphe qu(î les quatre mille déportés dont parle Tacite étaient du nombre des Juifs qui, selon le mot de Philon, furent persécutés sous Séjan. « On s'occupa, dit Tacite d'enquérir sur les mystères égypto-judaïques... (Ici, lacune. C'est là qu'était la définition.) Par décret du Sénat, quatre mille affranchis (ou fils d'affranchis) in-

factés de cette 9U'per%\xtion furent transportés en Sardaigne. » Grâce à la suppression» lé leoteor ne sait plus ni quelle était la secte à lacpielle le Sénat mit VXL terme ni de quelle nationalité étaient les déportés. Même jeu dans Suétone. Dans Dion Cfassius plus rien. Voilà des mystères qui ressemblent vraiment trop à .«n mystère.

Suétone, lui aussi, définissait la secte d'après le sénatusHSonsulte, dans les mêmes termes qftie Tacite par conséquent (1). ce Tibère, dit-il, força ceux qm. étaient possédés de cette superstition (égyptojudaïque) à jeter au feu leurs habits saorés avec tout leur appareil. Les jeunes gens, il les répartit dans les pro- Tinoes les plus insalubres, per speciem sacramenti (ce qui ne veut pas dire : sous prétexte de service militaire, comme aucuns ont traduit, mais, au contraire pour l'exemple du serment politique, disons le mot : pour leur apprendre qu'on doit le serment à TEmpire), et ceux de cette secte, il les mit hors de Rome^ sous peine d'une servitude perpétuelle en cas de désobéissance. Il expulsa aussi les astrologues (le Thème des destinées du monde et VHoroscope des Juifs étaient cause de tout). Mais il octroya pardon à ceux-ci sur leurs quérimonies et la promesse qu'ils firent de renoncer à leurs pratiques. »

Qui a eu intérêt à déguiser la nationalité des sectaires? L'Église. Qui Ta fait? L'Église. Au premier plan <ie l'aventure, nous retrouvons le Joannès de l'Apocalypse christienne, les prophètes qui spéculaient sur les

(1) Tibère, ch. xxxvi.

signes et prédisaient la chute prochaine de la Babylone d'Occident. La Grande Année, le Grand Jour, doctrine non moins égyptienne que judaïque. N'eût-il eu en mains que Cicéron (1), le Sénat avait bien défini : le Satan du Nil, Typhon, désarmé et détruit pour jamais, la félicité reparaissait sur une terre heureuse et renouvelée (2).

Le Sénat a d'autant mieux défini que les astrologues égyptiens annonçaient de leur côté le retour du phénix, c'est-à-dire le Renouvellement ou le non-Renouvellement de leur bail avec la terre, pour Tannée quatorze cent soixante et unième laquelle expirait en 785 de Rome (3). Et ils annonçaient si bien cet oiseau, messager des périodes cycliques, que les personnes les plus considérables d'Egypte le virent très distinctement à la date indiquée, tant elles étaient suggestionnées par les mathématiciens.

Le Fils de dieu, juge et ressusciteur, idée égyptienne. Eve, la pomme et le Serpent, fable égyptienne, cent fois répétée au Louvre sur les tombeaux, à Tentyra, à Thèbes, dans le Ramesséum. Le Serpent qui dans la Nativité (4) poursuit la Vierge-mère de l'Enfantchrist, c'est Typhon qui poursuit Isis, la Vierge-mère de l'Enfant Horus. L'agneau que les Juifs immolent au printemps, à la pleine lune, pour la pâque, c'est celui qu'on immole en Egypte à la pleine lune depuis que le soleil passe sur nos têtes et, chaque année obscurci par Satan, chaque année se rallume et reprend sa course éternelle. « J'ai ramené mon Fils d'Egypte, » dit Mathieu

(1) l>e natura Deorum^ livre II, et Somnium Scipionis,

(2) Plutarquc, De Iside et Osiride.

(3) Les calculs de Jehoudda ne ditféraient pas énormément des leurs. Voyez la Nativité selon l'Apocalypse, p. 128.

-./k) Selon l'Apocalypse, p. 128.

dans sa Nativité. Jésus est on Sérapis jaif^ avec affectation spéciale au peuple élu. Le Fils^ HomuEi; était distinct du Père, Osiris, ayant que les Ptolémées n'eussent fondu le Père et le Fils en un seul Dieu, Père et Fils à la fois, Sérapis. Que demandent les christiens juifs ? Qa^on revienne à la distinction première, que se séparant de lai pendant mille ans, le Père rende le pouvoir exécutif aa Fils qui autrefois les a si bien servis à leur sortie d'Egypte. Sérapis, c'est le Christ du Nil, avec cette différence que les Egyptiens Tadorent idole, tsuidis que les disciples de Jehoudda Tàttendent vivant et n'en retien, nent que les signes : la croix, à cause de VAgHeau équinoxial du printemps, et les Poissons, à cause du Millenium de la grâce juive. Croyez-vous que le Sénat ignorât la thèse de l'homme qui en 760 s'était levé contre Quirinius et contre Hanan ?

Les soldats de César tombés à Pharsale n*ont pas reçu de sépulture ? Que César se console ! Dans le feu qui doit embraser le monde, ils auront Punivers pour bûcher et pour tombeau (1). Livie pleure Drusus? Hélas I tout est périssable, et déjà n on annonce que le ciel, la terre et la mer vont passer » (2). Qu'entendonsnous ici ? L'Apocalypse de Jehoudda mot à mot citée. Ces prophéties jettent le trouble dans la ville : Auguste les fait rechercher et détruire. Monde nouveau remplaçant la terre et gouverné par un Dieu monarque, les sybilles connaissaient cela tout aussi bien que les christiens, c'est un vieux canon mathématique apporté par les Etrusques. Virgile et tous les poètes du temps en

(1) Ceci dans Lucain (livre VII), d'après les Apocalypses qui déjà circulaient au temps de Pompée.

(2) Cela dans Ovide, sous Auguste.

font rapplicâtion à Auguste, comme Josèphe fera rapplication de V Apocalypse à Vespasien, mais ces flatteurs, en le détournant de son sens, ne font que donner date certaine aux étapes d'une idée plus ancienne qu'eux. Cicéron, s'il n*eût été plus modeste que Bar- Jehoudda, eût pu de l'appliquer à lui-même (1). Qu'estce qu'une Sibylle ? Pas autre chose qu'une période millénaire du canon babylonien. Ovide lui donne mille ans de vie, comme Jehoudda à son fils le Nazir (2). C'est elle qui conduit les héros aux enfers et les ramène à la vie élyséenne au bout de mille ans (3). Qu'adviendra-t-il des christiens qui sont morts pour la loi au Massacre des Innocents et au Recensement? Mille ans de vie dans l'Eden, après un stage de vingt-huit ans dans le tombeau. Le peuple était la proie des devins et des oracles, mais Tibère savait très bien ce qu'était le Christ destructeur des goym et jésus des juifs. L'homme qui a fait construire les douze palais de Caprée n'ignorait rien des Douze Apôtres ; sa maison était pleine de mathématiciens d'Asie, de Grèce et d'Egypte. «Sa porte s'ouvrait à tous les colporteurs de riens, » dit Sénèque.

Les Egyptiens en tant que nation n'avaient point de part dans la superstition que le Sénat a châtiée, et personne ne les y a jamais mêlés. Si le Sénat avait eu à exiler des Egyptiens, quelle arme pour Philon lorsque, sous Caligula, il fit le voyage de Rome exprès pour les combattre au nom des Juifs ! Il n'y eut de punis que

(1) De divinatione^ livre II, et lettre à Atticus.

(2) Métamorphoses, livre XIV, 3.

(3} Virgile et Horace, d'après lesquels on peut conclure qu'une sibylle est un personnage millénariste.

fs, parce qu'il oy avait qu'eus en question' TlesT uu point cependant par où les Egyptiens conviennent avec les Juifs, c'est la ûirconcisioa. Un autre point par où la religion des cbristiâus convient avec celle des Egyptiens, c'est le culte de THonirae-SoleiL Et c'est de quoi il retourne*

Le Sénat a vu des hommes qui par leurs anûètrea étaient sortis d'Egypte et qui y revenaient par leurs pratiques, des hommes qui pour comble de ressemblance annonçaient un Roi de la terre extérieurement pareil à Sérapis dont ils portaient la croix sur la peau, iqui se vantaient d'avoir rappelé leur Jésus d'Egypte où lies Juifs du Temple avaient le tort de le laisser, et qui attendaient de lui contre les Romains le service qu'il leur avait déjà rendu contre les Egyptiens. En fallait-il ^davantage pour que les censeurs qualifiassent d'égypienne la superstition professée par les disciples de rjeboudda? La question se posait sous Tibère comme elle s'était posée sous Pharaon et sous Darius : il s'agissait encore pour les Juifs de « sortir d'Egypte et de Babylone. »

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