‹ Le mensonge chrétienChapitre 47 sur 55 · LA. PREMIÈRE AFFAIRE DES MARCHANDS BK GHMIST · texte numérisé non relu

LA. PREMIÈRE AFFAIRE DES MARCHANDS BK GHMIST

Devant Teffet produit sur les Juifs par Vj^pocalypse de Jehoudda, on songea qu'on pourrait pent-Mre l'essayer sur les goym» Et on Fessayiiy qiioiq[ae eelafiitt défendu.

Si le caractère évident du judaïsme est de former partout, en tout pays, en toute ville, comme une lie fortifiée dont Israël veut être le maître, le caractère non moins évident du christianisme fut de sortir de <;ette île pour empiéter sur la foi des habitants et pour leur contester jusqu'à leur statut personnel (2), A part Caligula, qui d'ailleurs n'insista point, tous les Empereurs souffrirent que, seule entre toutes les races soumises, les Juifs n eussent point chez eux de statues à l'image du César : trait de modération et de tolérance que Josèphe constate encore sous Domitien. Ils savent que la Loi de Moïse le défend, qu'elle n'a pas été faite

(1) Les boulangers christiens ne Tont point inventé. Gliezles Romains un pauvre se présentait-il? On lui donnait soit la moitié de ce pain soit un quart, selon qu'on était plus ou moins généreux. Pythagore recommande de ne point le rompre, de le donner tout entier, et Salomon dit dans YEcclésiaste : c Jetez votre pain sur l'eau qui court », (soit : Donnez-le à tout venant.) Vous verrez dans l'Évangile, par Tépisode de la Syro-phénicienne, que Jésus n'est point de cet avis.

(2) Je parle ici du mercantilisme baptismal, seconde étap&du christianisme zélote rigoureusement fermé aux goym.

contre Rome à laquelle Moïse n'a pu penser ; ils n'exigent point pour eux un genre d'hommages qu'elle interdit d'adresser à Dieu lui-même, et ils ont la sagesse de se contenter des sacrifices que le Temple de Jérusalem offre chaque jour pour le salut de l'Empire. Mais voilà des Juifs qui exportent en Occident, jusque dans Rome, leur affolante superstition du Christ, de la mission juive, du privilège divin attaché au Juif. A l'indifférence des Romains pour les religions étrangères ils répondent par le prosélytisme judaïque.

Dans le système de Jehoudda et de ses fils le salut n'est pas à vendre, il va aux Juifs. C'est beaucoup plus tard qu'il passe marchandise, lorsque les équipes du second siècle lancent cette proposition : « Le salut vient des Juifs ! » Signé : Tauteur du Quatrième Évangile et celui des Lettres de Paul. Pourtant voici dès 772, dix ans avant que Bar-Jehoudda ne baptise au Jourdain, quatre apôtres qui disent : « Nous vendons le paradis terrestre, combien en donnez-vous? » Vente forcée : si on n'achète pas, c'est l'enfer, (car, dit Tacite, ils croient à l'enfer, comme les Egyptiens). C'est de la contrebande.

Les païens sont comme il vous plaira, mais point malades. Avant la peste christienne (1), malgré leur penchant pour les mystères et leur inquiétude de l'autre vie, ils regardent la résurrection des corps comme un dogme absurde. L'enfer,. « conte de vieilles femmes, divagation puérile. » Anilis fabula, dit Pline, puérile deliramentum (2). « Les enfants mômes ne croient point à Tenfer, » dit Juvénal. Félix, procurateur de Judée sous

(1) La lèpre, dit l'Empereur Julien.

(2) Livre II, ch. vu, et liv. VII, ch. lv.

•Claude, n'est ni un sot ni on penranz : fl traite Pad d'insensé (1). Ce contemporain de Gallion et de Sénèque parle du jugement futur et de la réaurreetîon, comme Pline parle de Tenfer. Le sentiment des Grecs s'exprime de la même façon lorsque, dans une scène inTentée à plaisir comme celle de Félix à Césarée, Paul prèehe la résurrection devant rAréopage ; les uns se moquent de lui ouvertement, ceux qui n'ont pas de temps à perdre s^en vont : « Assez pour aujourd'hui, A une autre fois, » disent-ils. Et cette autre fois ne se produit pas (1).

Malgré tout leur manège, les apdtres ne firent aucune conquête dans la société romaine. L'acide christien ne mordit point. La seule affaire des Marchands de Christ •— le mot est de Justin et j^y reviens souvent, il contient tout — fut la conversion par hébétement de la malheureuse Fulvie, femme de Saturninus. Peut-être Satur^ ninus était-il absent lorsqu'ils firent le sièg^ de la maison. N'osant s'attaquer aux hommes, ils parvinrent, de couloir en couloir, jusqu'à Fulvie qui, comme beaucoup de matrones, était la proie des astrologues du genre de Thrasylle et lisait couramment son Pétosiris. Aussi pauvre d'esprit que son mari était riche de sesterces, Fulvie écoutait de toutes ses oreilles. Au bout de quelques séances, elle eut la conviction qu'elle serait prochainement au plus profond de Tablme intérieur et du lac de soufre, si elle ne dépouillait son mari au béné-

(1) Actes des Apôtres^ xxiii, 24. Scène fabriquée pour mettre en présence, sous le nom de Paul, la folie christienne et la doctrine romaine. La conversion de Saûl, ennemi acharné des fils de Jehoudda, en apôtre Paul, est une dès mystifications les plus extraordinaires du jésuchristianisme.

(2) Actes des Apôtres^ xvu, 19-33.

fice des quatre apôtres. « Car, dit Josèphe^ elle les tenait pour gens de bien. » Ils lui persuadèrent qu'en envoyant de l'or à Jérusalem, en un lieu qu'ils savaient, elle participerait aux béatitudes du Millenium du Zib. Le Christ Jésus, à son avènement, aurait peut-êtr& besoin d'argent de poche pour les frais de premier établissement. Quelques vêtements de pourpre ne messiéraient pas non plus au fils de David en exercice, et il y serait d'autant plus sensible que ce trousseau lui viendrait d'une sujette de Tibère, femme proconsulaire^ hier encore égarée dans le culte des dieux qui ne voient, n'entendent, ni ne cheminent. Remplie d'enthousiasme prophétique, elle donna l'or, elle donna la pourpre, elle eût circoncis Saturninus avec ses ciseaux de toilette, si les apôtres l'eussent exigé. Le soir, pour célébrer ce succès, il y eut fête au quartier des Juifs ; on alluma quelques lampes supplémentaires sur le rebord de la fenêtre, et le thon d'Antibes, macéré dans une huile abondante, eut les honneurs de la table. En attendant qu'on pinçât de la harpe céleste, on fit tinter l'or de Fulvie dans les balances du changeur. Quant à la. pourpre que l'âme candide de la dame avait destinée à celui qui devait paître les nations avec une verge de fer, elle avait, malgré son éclat, de la peine à lutter avec les joues enflammées des consommateurs. Bonne^ très bonne, excellente affaire, la première que les Marchands de Christ aient faite hors du monde juif.

L*OMBBX DB JIXHOIÎDDA

S'ils s'étaient bornés aux cérémonies que les Romains toléraient chez les Juifs et dans lesquelles aQoane autorité ne s'immisçait, ceux de la secte ohristieiuie anraiod eu de longs jours et de tranquilles nuits. Si on aTiit enfermé le Fils de l'homme entre quatre murailles, nul ne serait venu le chercher là, il y était inviolable» Mab on eut de l'ambition pour lui* On lui demanda de chasser les démons qui habitaient les sept eoUines, et comme il n'était pas citoyen romaiUi il dépendit dnpré« teur des étrangers. Il y eut des scènes ohes le oenseur, lorsque le patron vint donner le petit soufflet amical sur la joue de l'affranchi et le coiffer du pileum. Quoi 1 deB Juifs qui acceptent la tutelle des dieux de Rome, oppresseurs de la patrie mourante! On les hua. II y eut des rixes, des tumultes, du sang versé, les uns tenant que c'était de la politesse de saluer les idoles et les statues, les autres protestant que c^était de l'adultère.

Séjan était alors préfet du prétoire, jeune, ardent et d'un tempérament tout impérial. C'est lui qui, avec Saturninus, provoqua le sénatus-consulte contre les Juifs. Il avait la garde du camp, le commandement des cohortes, le contrôle des légions. Peu enclin pour luimême aux démonstrations extérieures de la puissance, Tibère souffrait que les images de son favori fussent révérées au théâtre, au forum et à la tète des armées (1).

(1) Tacite, en propres termes {Annales, Uv. V, ch. n).

Les provinces étaient pleines de Séjan et de ses clients. Son latinisme fut blessé lorsqu'il vit des Juifs, des affranchis, qui faisaient des façons pour saluer les enseignes portant les images de la Bète, ou se détournaient avec des simagrées dans le genre du signe de la croix, quand elles passaient. Pontius Pilatus est plus scandaleux pour avoir le premier promené dans Jérusalem cette image brodée sur les drapeaux, que pour avoir crucifié Bar-Jehoudda et ses complices.

On voit déjà poindre la même distinction qu^en Judée : deux Judées dans Rome, celle de la Bête et celle de la Loi. Un fossé que le temps élargira se dessine entre deux espèces de Juifs, ceux du Dieu vague que les uns conçoivent uniquement par l'esprit, et ceux du Fils de l'homme que, de leurs yeux fixes, les disciples de Jehoudda voient distinctement dans les cieux. Mais quelqu'un troubla le sabbat christien. Saturninus s'aperçut du désarroi où le Fils de Phomme, rival dangereux, avait jeté sa femme et sa maison. Il porta ses plaintes jusqu'au pied du trône. Or telle était son influence que, dans un transport de légitime indignation, Tibère commanda qu'on chassât tous les Juifs de IdL ville. « Ainsi, dit Josèphe, la malice de quatre scélérats fut cause qu'il ne resta pas un seul Juif dans Rome. » Quoi ! la cause ? la seule cause ? Quatre mille déportés pour quatre scélérats et tous les autres juifs expulsés ou frappés de peines sévères ? Brusquement, sur un fait divers banal, le Sénat de Tibère expulse, châtie, déporte toute la masse juive de Rome tant libre qu'esclave ou affranchie ? Josèphe, mon garçon, tu n'as pas pu dire cela, on a touché à ton texte !

II est bien vrai toutefois qu'un germe de divisioii entre peuples a été semé dans le Champ de Mars. « Il <n'y a qu'un Roi, le Christ juif, un peuple-roi, les Juifs I » Axiome d'une digestion difficile pour un Romain. •Cette souveraineté, cette élection du Juif, base de tout Je christianisme^ c'est la cause profonde du sentiment nouveau qui tout à coup pénètre l'esprit latin et qm •dans Tacite monte au niveau d'une passion : la haine •du Juif. Onze ans seulement se sont écoulés depuis la prédication de Jehoudda, et voilà le Sénat obligé de défendre la loi romaine, non point contre tous les Juifs, comme on le fait dire à Josèphe, mais contre une ^satégorie de Juifs fanatisés par quatre apdtres interprètes de la Loi de Moïse. Quelle foÛe pousse ces hommes -à refuser la liberté païenne contraire à leur Loi ? Qui donc s'est levé entre les Juifs d'Auguste si calmes et <^eux de Tibère si agités ? Le Christ. Que s'est-il donc passé qui modiûât si profondément l'attitude du Sénat naguère si tolérante ? Le Recensement.

Ce refus de reconnaître les autres nations, d'admettre à côté d'eux un autre peuple égal en droit, de s'incliner devant les signes extérieurs de sa puissance, est la cause secrète, la vraie cause par conséquent, de l'inexplicable haine que Tacite a vouée aux Juifs. Jusqu'à la venue des christiens les Juifs ne sont que bruyants et importuns. Dans Gicéron, dans Horace, ils ne sont encore que ridicules ; à partir des christiens, ils deviennent odieux. Un abîme se creuse entre la pensée latine et Tinstinct juif : il se creuse de main d'homme, c'est le travail de Jehoudda et de ses fils qui commence. Avant l'arrivée des quatre apôtres, les Juifs de Rome n'ont point bougé. Pas le moindre

trouble sous Auguste : les hommes libres ont vécu libres, les esclaves sont devenus affranchis, et s'ils ne se mêlent pas au sang latin, du moins ne le versent-ils pas. La Judée réduite en province après Archélaûs, le Recensement de Quirinius, toutes ces atteintes à leur indépendance les ont laissés paisibles à la surface. Les apôtres du Christ débouchent, s'élèvent contre ceux de leurs frères qui ont accepté l'affranchissement, contre ' ceux-là même qui les ont affranchis, font trembler la ville de leurs Apocalypses et exploitent les matrones. Un mouvement d'un genre nouveau se déclare : « Sortons d'Egypte, et volons Babylone ! » On veut même que, quarante ans plus tard, ils l'aient incendiée (1).

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