‹ Le mensonge chrétienChapitre 51 sur 55 · LE JOANNÈS-JÉSUS · texte numérisé non relu

LE JOANNÈS-JÉSUS

ANNÉES d'apprentissage

Du Recensement, qui est de 760, à Pontius Pilatus qui arrive en 780, Josèphe ne trouve rien à dire sur la secte de Jehoudda. D'où vient qu'il glisse aujourd'hui sur ces vingt ans, comme s'ils ne contenaient pas la première croisade des christiens à Rome en 772 : fait d'une importance exceptionnelle, en ce que les Pierre et les Paul de l'imposture ecclésiastique y sont devancés par des apôtres dont la prédication n'a nullement pour objet la Résurrection de Jésus de Nazareth ? Nous avons expliqué la cause de cette anormale discrétion.

Pendant le Recensement, où était Bar-Jehoudda ? Après le Recensement, qu'est-il devenu? Mystère, Il semble difficile qu'il soit resté en Judée depuis 761 jusqu'en 782, date de son Apocalypse. A-t-il fait des voyages à Gyrène, dans l'île de Chypre, à Rome même ? Nous ne le pensons pas, mais rien ne s'y oppose. Un

seul déplacement est certain, celui d'Egypte, et Tunique question qui se pose à ce sujet est de savoir si le voyageur est revenu pour tout de bon après la mort d'Hérode en 750 ou s'il y est retourné après celle de son père en 7G1.

Selon le Talmud, c'est bien en Egypte qu'il a étudié la magie. Et d'après son Apocalypse, un temps s'écoule composé d*une période, de deux périodes et d'une demipériode, soit vingt-quatre ans et demi, pendant lequel il est nourri au désert loin des persécuteurs, sans qu'on puisse savoir s'il fait partir la première période de sa Nativité (739), du massacre des Innocents (747) ou du Recensement (760), ou bien s'il a séjourné en Judée entre la première période et les suivantes.

La carrière de Bar-Jehoudda, en tant que Joannès et christ jésus, commence en la quinzième année de Tibère, par conséquent en 781, année sabbatique selon le compte juif. Et comme il n'a été mis en croix que le 14 nisan 788, jour de la préparation à la pâque de 789, sa prédication a duré sept ans bien pleins. Qu'a-t-il fait pendant ces sept ans ?

Rien d'édifiant sans doute, car les scribes se taisent modestement sur ce septennat. En insistant sur ces choses on éveillera l'esprit critique, et il se trouvera des gens mal intentionnés pour identifier jusqu'à la fin Bar-Jehoudda avec le Joannès de VApocalypse, le Joannès de V Apocalypse avec le Joannès baptiseur et le Joannès baptiseur avec celui que l'Eglise appelle Jésus. Quod est vitandum.

Sur quatre Evangiles, un seul, Mathieu, avoue le séjour de Bar-Jehoudda en Egypte, Encore le place-t-il à Tâge d'innocence où l'on ne peut étudier les sciences

occultes qu'entre deux tétées. De parti pris les trois autres évangélistes font le silence : l'un d'eux, Luc, par la Nativité de Jésus au Recensement de 160 et sa présence à Jérusalem pendant la pàque de 772, s'est carrément proposé de rendre impossibles et Tidentification de Joseph avec Jehoudda, et celle du Joannès-jésus avec Bar-Jehoudda, et le long séjour de cet imposteur hors de Judée, et la part qu'il a pu prendre comme héritier de la doctrine paternelle au mouvement de 772 à Rome. Les Evangiles synoptisés (1), lorsqu'ils ramassent toute la carrière de Bar-Jehoudda en une seule année, pour ainsi dire en une seule Pâque, ont eu pour but de nous cacher ce qu'on peut appeler sa vie criminelle, son fanatisme sanguinaire, ses vagabondages, ses extorsions d'argent, ses emprisonnements, ses fustigations, ses pillages, ses incendies et surtout cette cynique exploitation du nom de Dieu que recèle la Rémission des péchés par le baptême. 11 semble que cet homme, mort cinquantenaire, n'ait vécu publiquement que cette année-là et pour cette Pâque-là. Ce raccourci était fort utile à sa mémoire et à l'intérêt de l'Eglise. A la vérité on voyait bien la prison obscurcir l'existence de l'inventeur de la Rémission — l'Eglise en fut quitte pour rejeter le mal sur les Ântipas et les Hérodiade — mais on n'en pouvait conclure que sa crucifixion eût été précédée de deux emprisonnements dont l'un avec fouet. Le Quatrième Évangile, en décuplant l'étendue que les Synoptisés attribuent à sa vie publique, nous ouvre des horizons plus vastes, striés fâcheusement de grilles et de lanières.

(1) Mathieu, Marc, Luc, qualifiés de synoptiques par TÉglise, comme si leur synoptisation ne venait pas d'elle.

Bar-Jehoudda n'est pas allé qu'une seule fois à Jérusalem, pour y mourir. Il y est allé au moins cinq fois pendant sa prédication ; chaque fois il y a fait scandale, deux fois il y a été emprisonné, une fois lapidé quelque peu, une autre fois fouetté par les gens du Temple, et s'il le fut par les soldats de Pilatus comme le disent certains évangélistes, c'est la répétition d'un châtiment qui lui avait été appliqué déjà.

Pour compléter les fourberies ecclésiastiques, Luc dira que le jésus avait environ trente ans lors de ses débuts, alors qu'il en avait cinquante lors de sa crucifixion. On a obtenu ce chiffre de trente ans en retranchant du total les vingt ans (739-759) qui séparent la nativité réelle du Recensement.

Sur le fait et l'emploi du séjour en Egypte le Talmud est d'autant plus digne de foi qu'il ne trahit aucune animosité, et que le renseignement est jeté innocemment dans un dialogue entre rabbins à propos des signes extérieurs permis ou défendus. On n'y envisage Ben- Sotada (1) que sous l'aspect charlatanesque, celui qui lui est au fond le plus favorable. « Un fou», disent les rabbins de Tibériade. Ils le ménagent : c'était un brigand, disent ceux de Babylone ; un scélérat, disent les Romains et les Grecs. Dans le livre de Celse, La Vérité (sur les christiens)^ ouvrage du quatrième siècle où se trouve citée la fort honnête Réplique d'un rabbin aux prétentions sacrilèges de l'Évangile, le séjour de Bar- Jehoudda en Egypte est une tradition qu'on ne discute pas. Laissant de côté la christophanie de Jésus, on exa-

(1) Le fils de la déviation adultérine. Nous avons donné le sens de cette expression à la page 181.

mine Tindividu qui a été crucifié par Pilatus et on ne nie pas qu'il ait rapporté du Nil quelques secrets de magie d'ailleurs connus et classés. On le considère comme un imposteur ridicule et^ le mouvement contre Pilatus ayant misérablement avorté, il n'était rien resté du Révélateur que sa retentissante faillite. Au contraire, les quelques tours qu^il avait réussis « dans les villages de Bethsaïda etde Batbanea » (1) avec son frère Shehimon, également convaincu de magisme, passaient pour avoir été appris à la grande école de Sérapis, la même que celle de Moïse. On peut admettre qu'il avait des rivaux sur les bords du Nil. Tel cet ApoUos, Juif d'Alexandrie, fort savant dans les Écritures, que nous voyons à Ephèse propager le baptême une quinzaine d'années après la mise en croix de l'inventeur (2).

Bar-Jehoudda n'eut jamais rien de la douceur des Thérapeutes (3). S'il a vu les esséniens de Judée, il n'en a rien retenu non plus. Il voyageait beaucoup, les esséniens aussi. Il apparaît même pendant sa prédication comme en état de vagabondage. S'il eût eu quoi que ce fût de commun avec eux, il eût pu loger dans leurs maisons, puisque d'une part on y faisait profession d'hospitalité et que de l'autre il seplaignait de ne savoir où reposer la tête. L'Évangile ne les nomme même pas.

(1) Gomme dit Tempereur Julien.

(2) Actes des Apôtres^ xviii, 20 et suiv.

(3j Secte héiiocole établie en Egypte et composée, semble-t-il, de moines voués à Se apis, sérapisants.

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