‹ Le mensonge chrétienChapitre 53 sur 55 · LA PROCURATURE DE PONTIUS PILATUS · texte numérisé non relu

LA PROCURATURE DE PONTIUS PILATUS

Religieusement les Juifs, depuis le Gens, étaient gouvernés par la famille saducéenne de Hanan. Nommé par Quirinius, conservé par Goponius, Marcus Ambivius et Annius Rufus, Hanan fut l'homme d'Auguste, et, sauf deux années d'interrègne sacerdotal sous Valérius Gratus, c'est sa famille (Eléazar, son fils, pendant un an, et Joseph, son gendre, surnommé Kaïaphas) qui jusqu'à la fin retint les Juifs sous le joug de Tibère. Kaïaphas était en fonction depuis plusieurs années quand Pilatus arriva en 780 et il fut l'homme de Pilatus pendant les dix années que celui-ci gouverna la Samarie et la Judée. On peut dire que le César avait deux lieute-

nants en Palestine : le procurateur et le Grand-Prêtre* Jérusalem n'est plus la Ville de David : « spirituellement^ disait Bar-Jehoudda, c'est Sodome et Gomorrhe » (1).

Pontius Pilatus appartenait à Tarmée et à l'administration romaines depuis assez longtemps. Il avait servi en Espagne, et il existe des monnaies de Tibère^ frappées à Turiaso, dans la province actuelle de Tarragone, avec son nom sur les revers (2). S'il avait pu prévoir le cas qu'on ferait un jour du signe de lacroix^ il l'y aurait fait mettre afin de pouvoir en revendiquer la priorité sur Bar-Jehoudda. Mais on ne songe pas atouts Peut-être avait-il été surnommé Pilatus, parce que, l'un des premiers parmi les centurions primipilaires, il avait porté le javelot surmonté de la pila par laquelle Auguste signifiait qu'il était le maître de Vorbi& terrarum.

La forme ronde était un attentat au Christ. Ce qui est rond peut tourner, et dans ce mouvement l'axe du. monde risque de se déplacer aux dépens de Jérusalem-

Je ne sais où j'ai lu que Pilatus était une créature de Séjan. C'est une fantaisie d'historien. Une fois à Caprée,. dans ce qu'on appelle « son île », bien que le goût lui en eût été légué par Auguste, Tibère laissa les choses aller, ne changeant plus les commandants de province et confiant dans l'étoile de l'Empire. Pendant plusieurs années il laissa la Syrie, comme l'Espagne, sans lieutenant consulaire. Quand il en nomma un, ce fut un Pison, Cnéius, qui d'ailleurs fut fidèle et refusa d'ac-

(1) Apocalypse, xi, 8.

(2y Cohen, Monnaies romaines (Coloniales de Tibère). Turiaso, aujourd'hui Tarazona.

^oueillir dans ses légions les enseignes de Séjan. Pilatus suivit cet exemple et jusqu'à la fin de sa procurature il :se maintint en crédit.

Il était en fonctions depuis deux ans lorsque Dieu adressa la parole à Bar-Jehoudda. Antipas était tétr arque de la Galilée et Pérée, Philippe, de la Gaulanitide, Trachonitide et Bathanée, Lysanias, de TÂbilène (1).

On a contesté ce dernier renseignement, fourni par Luc, sous le prétexte que Lysanias Tancien, celui d'Auguste, était mort depuis cinquante ans» Ce n'est pas de lui qu'il s'agit mais d'Hérode Lysanias, fils d^H^rode le Grand et de Gléopâtre. Cet Hérode, dit le tétrarque dans les ActeSj était demi-frère de Ménahem senior et de Salomé. C'est le premier mari d'Hérodiade (2) dont il eut une fille, Salomé — la danseuse de l'Evangile — qu'il a donnée à son frère Philippe.

Il y avait dans Josèphe sur ce Lysanias, tétrarque de TAbilène, une mention qui a disparu, avec beaucoup d'autres. On y lisait qu'après la mort d'Hérode « Archélaûs, tant pour obéir au testament de son père qu'à la volonté d'Auguste, avait seul régné sur la Judée, et qu'après dix ans de règne il avait cédé la place à ses trois frères, Philippe, Hérode junior (Antipas) et Lysanias » (3). Eusèbe dit que cela est dans Josèphe et

(1) Luc, m, 1.

{•1) Du moins selon toute vraisemblance. J'ai dit pourquoi il n'y avait pas de certitude.

i3) Histoire ecclésiastique, liv. [«% ch. ix. Toutefois il n'est pas exact qu'Archélaûs ait régné seul sur toute la Judée et que ses frères n'aient eu leurs tétrarchies qu'au bout de dix ans. La première affirmation a pour but de corroborer le texte de Mathieu (prologue), la seconde, celui de Luc (m, 1) : l'ensemble, de briser tout lien entre la mère de Bar- Jeboudda et celle de Philippe et de Lysanias.

qu'on ly peut voir, si Ton veut. Or cela n'y est plusv Dans le Josèpbe qui nous est parvenu nous trouvons bien Archélaûs tétrarque de Judée, avec le titre d'ethnarque, Hérode Antipas tétrarque de Galilée , et Philippe tétrarque de Bathanée et de Trachonitide (1), mais il y a quatre princes puisque chacun d'eux a un quart du gouvernement total de la Palestine. On nous a fait sauter une tétrarchie et un tétrarque. Nous allons retrouver Tune et l'autre, sinon à l'endroit où nous les '» cherchons, du moins un peu plus loin, en la première année de Caligula qui donne la tétrarchie de Lysias à Agrippa V (2) et en la douzième année de Claude qui î donne à Agrippa II « la tétrarchie qu'avait eue Philippe (la Bathanée et la Trachonitide) et Abila qui avait été de la tétrarchie de Lysias » (3). Ce Lysias est THérode dont parlent Luc,, comme ayant été tétrarque ' de TAbilène sous le nom de Lysanias, et Eusèbe sous le nom de Lysias, qui concorde avec l'indication originale de Josèpbe (4).

La haine de Bar-Jehoudda contre Antipas ne s'étend pas à Philippe et à Lysanias. Il semble qu'au contraire il ait trouvé refuge en Abilène dans les circonstances-

(1) Dans la Chronologie du même Eusèbe, même renseignement, avec un frère de plus : « Archélaûs succède à Hérode et ses [quatre] frères Hérode Antipas, Lysias (Lysanias) et Philippe. » Le chiffre c quatre » a été mis là par un scribe qui a cru qu'Hérode et Antipas' faisaient deux personnes et devaient être séparés par une virgule.

(2) En même temps que celle dont avait joui Philippe, Caligula laisse à Antipas, pour une année encore, la Galilée et la Pérée, {Antiquités ^ 1. VIII, ch. VIII.)

(3) Antiquités judaïques^ 1. XX, ch. v.

(4) Qu'on a fait disparaître, quand, pour les besoins de Timposture ecclésiastique et de la chronologie (pseudo-décapitation du Joannès antérieure à sa crucifixion), TEglise eut fait Hérodiade femme de Philippe. Nous verrons tout cela en temps utile.

•critiques. L'Abilène, pour Bar-Jehoudda, c'est Tantichambre du désert. Sa mère et ses frères habitent soit Betlisaïda soit Kapliarnahum dans la tétrarchie de Philippe, aucun dans celle d'Antipas. On vit chez des rprinces qui par leur mère au moins tiennent des Cléopas. Aussi n*y a-t-ilpasun mot contre eux dans l'Évangile.

Pourtant Philippe était dans le même cas qu'Antipas. Il avait commis les mêmes crimes de tolérance, admis •les mêmes cultes étrangers, contribué à leur éclat par de l'argent juif. Il avait été élevé dans Rome aux mêmes écoles. Toutefois, il n'avait pas donné le scandale de bâtir une ville sur un ancien cimetière et de l'appeler Tibériade. Construite par Antipas, nommée .par lui, à moitié peuplée d'étrangers, plus païenne que juive, Tibériade est en Galilée la ville de la Bote. Ville trois fois maudite par son nom, par sa population et par son origine : cette assiette sépulcrale si contraire aux lois et aux traditions juives qu'on passait pour impur pendant sept jours quand on s'était trouvé, même par devoir, en des lieux semblables ! De tous les vivants qui sont dans cette ville et en cette compagnie, Bar-Jehoudda dit qu'ils sont morts d'avance.

Les lieux où il baptise sont beaucoup plus haut, sur divers points dont les scribes ont fait Béthanie et le faux Origène Bethabara ou Hou du bac, et qui ne sont autres que Batlianea, Bethara, les sources du Jourdain et celles de Zebda eu Abilène (1). Je pense qu'il opéra toujours le plus loin possible de Bethsaïda et de Panéas

[[) Z('l)dM s'jippcllc aujourd'liui Ez-Zcbed<ini, dans une vallée qui est visiblement le bassin d'un ancien lac. De belles et fortes sources coulaient dans les environs dAbila et elles alimentent encore l'Oued Barada ■■•lui arrose la plaine.

qui, sous les noms de Juliade et de Césarée, étaient de«> venues des villes à demi païennes où Philippe tolérait toutes sortes d'idoles et de monstruosités semblables.

Page 1