QUELQUES SURNOMS DE JEHOUDDA : JOSEPH, JOANNÈS, ZACHURI
On n'était rien en Judée sans un manifeste prophétique. Jehoudda écrivit ce qu'il avait appris à l'école de Joshua ben Peraïa, T Apocalypse des Apocalypses, VHoroscope des Juifs^ le Livre des destinées du monde.
C'est de lui que parle le satirique Lucien comme ayant été le « premier législateur » des christiens (1). Et ses lois, ce sont les fameuses Paroles du Rabbi qui devinrent le code de l'apostolat jusqu'à la chute de Jérusalem et au-delà.
Jehoudda est le maître de tous les personnages qu'on appelle disciples dans TÉvangile. C'est la grande figure christienne de la Judée. Qu'il ait annoncé, prêché le
(1) PérégrintLM» Lucien est le seul païen qui fasse cette distinction.
Christ, cela se déduit et de l'histoire juive et de l'histoire dite sacrée et de l'histoire romaine ; cela se déduit et de Josèphe et de Tacite et de Suétone, quand ils explorent les dessous prophétiques des révoltes juives ; cela résulte des Actes des Apôtres quand Gamalielr embrassant d'un large coup d'oeil le mouvement qui sous Claude amène les christiens devant le Sanhédrin, met à la base Jehoudda et au sommet Theudas (1) ; cela résulte surtout de ce qui va suivre.
Jehoudda n'est pas seulement le père du christianisme, il est le père de l'horrible petit Juif que l'humaine imposture a mué en Jésus-Christ et que trois cent soixante-cinq millions d'hommes civilisés adorent comme étant le Fils de Dieu.
Les Révélations de Jehoudda lui ont valu toutes sortes de surnoms, qui tous rentrent dans le caractère de son système et de ses prophéties. C'est lui que certains Evangiles appellent Joseph, d'autres le Charpentier, d'autres ZibdeoSy d'autres Jours ou JoannèSy d'autres Zachûri, jamais Jehoudda, on verra pourquoi.
Le nom de Joseph s'explique tout naturellement. Joseph était fils de Jacob dans la Genèse^ Jehoudda est fils de Jacob dans sa généalogie. Joseph avait fait le grand songe astrologique des onze signes qui en adorent un douzième ; Jehoudda le refit : il vit le soleil, la lune et les onze étoiles qui, avec la Vierge, forment les douze signes du Zodiaque, adorant d'en haut l'enfant oint par lahvé pour la délivrance d'Israël. Joseph, à
(1) Le texte actuel des Actes renverse intentionnellement cette chronologie. Nous mettrons en lumière cette fraude et ses causes.
le bien prendre, n'avait été qu'un Mage : « Ignorezvous, dit-il (1), qu'il n*y a personne qui m*égale dans la science de deviner les choses cachées? » Jehoudda disait : « Je veux vous révéler des choses cachées depuis le commencement du monde (2). »
Le nom de Jonas ou Joannès lui est donné quatre fois par les Evangiles, une fois dans Mathieu, trois fois dans le Quatrième Évangile (3). Joannès est un équivalent de Joseph.
A l'origine des choses, tous les êtres animés étaient nés de l'eau. Le premier être capable de révéler les secrets de la pensée créatrice était donc en forme de poisson et s'appelait chez les Chaldéens Oannès ou loannès. Jonas dans son poisson est un de ces loannès. Oannès apparut dès la première année du monde. C'était un confident, un disciple du Soleil, lequel savait tout en sa qualité de lumière universelle. 11 se levait dans les flots de l'Orient, comme le Soleil son maître, et s'enfonçait dans ceux de l'Occident pour ne reparaître que le lendemain. Néanmoins on Tavait vu d'assez près pour fixer sa figure, celle d'un homme encastré dans un poisson. Il avait écrit sur les destinées du monde une Apocalypse qu'il remit aux Chaldéens (4). Entendez qu'il avait mis la Genèse chaldéenne sous le nom du premier homme, tel qu'on se le figurait, c'est-à-dire tenant du poisson par ses attaches avec la mer d'où la
(1) Genèse, xliv, 15.
(2) Mathieu, xiii, 35.
(3) Dans les écrits juifs où Maria est représentée comme ayant eu Jésus de ses amours avec le soldat Panther — calomnie imbécile dont TEglise est la seule cause — son mari est dit Joannès.
(4) Bérose, dans Eusèbe, Chron, armen,^ p. 9, éd. Mai. Syncelle, p. 28, fragment 1" dans l'édition Lenormant.
terre était issue. Le premier homme né chez nous, disent les Assyriens, c'est lannès Tichthyophage. L'Oannès des Chaldéens ne mange jamais de choses terrestres, le lannès des Assyriens ne vit que de poissons. Très vieux mythe, vieux comme le monde. Hygin le connaît parfaitement. « Euahanès, que Ton dit être sorti de la mer en Chaldée, a révélé les interprétations astrologiques » (1). Helladios de Bésa rapporte ce même mythe : « Oannès ou Oès a révélé l'astronomie (2). » Le sage Chérémon conte que le quatorzième auteur de l'astronomie chez les Égyptiens fut loannès qui arrivait de la zone équatoriale, couvert d'une peau de poisson, et s'avouait fils d*Hermès et d'Apollon (3), en quoi il disait vrai. Au pied de la croix où l'on attache le Joannès de l'Évangile, Jésus, Verbe juif, le déclare nettement fils de Mercure ou Hermès (4). Après loannès, quantité d'hommes-poissons, pareils à lui, avaient paru en Assyrie qui, sortant chaque matin de la mer Erythrée et y rentrant chaque soir, avaient expliqué en détail l'enseignement du premier. Bérose, Alexandre Polyhistor, ApoUodore ainsi qu'Abydène parlent de cette dynastie pisciforme. C'est assez dire que la cosmogonie et l'astronomie chaldéennes étaient Tœuvre de Révélateurs joanniques, dont l'origine se perd dans la nuit des temps où la terre, soulevée au-dessus de l'abîme marin, avait enfin contemplé la face du soleil.
(1) Fables, 274.
(2) Bibliothèque de Photius, Codex 279.
(3) Dans Michel Psellos, cité par M. Lenonnant, Origines de Vhisloire, p. 383.
(4) Quatrième Evangile, Jésus s'adressant à Maria le mercredi, jour de Mercure : « Femme, voilà ton liis ! >
Les Joannès ne différaient entre eux que par les conclusions, et ces conclusions variaient selon les latitudes. Celui de Chaldée promettait l'empire du monde aux Chaldéens, celui d'Egypte aux Egyptiens, Joseph et le leou-annès aux Juifs. Indifférents aux systèmes qu'ils ne comprenaient pas, les peuples n'en retenaient que raffolante moralité. A ce jeu les Joannès gagnaient parfois des couronnes; celui d'Egypte en eut une ; Jehoudda doit à ses facultés joanniques d'avoir eu deux fils rois des Juifs pendant une cinquantaine de jours. De toutes les . prophéties qui concernaient Israël, une seule était en train de se réaliser, celle deBalaam. Prophétie affligeante : tous les enfants de Seth détruits (1), les chefs d'Italie venant dans leurs vaisseaux, défaisant les Assyriens et ruinant les Hébreux (2). Balaam annonçait bien qu'à la fin ces Italiotes périraient eux-mêmes (3), mais Israël succombait le premier. Balaam ne pouvait donc être qu'un faux prophète : les Ecritures christiennes sont pleines d'amertume contre l'erreur de Balaam, l'impudence aveugle de Balaam (4). h* Apocalypse du Joannès gaulonite, c'est la réponse à Balaam au nom de tous les prophètes d'Israël. C'est Balaam retourné, l'Orient vainqueur de l'Occident par le Messie davidique : « La Loi et les prophètes jusqu'au Joannès (5) », toute la Parole de Dieu est là.
De même que Joannès est un équivalent de Joseph, Z'achùri est un équivalent de Joannès.
(1) Nombres^ xxiv, 17. Or, circonstance aggravante pour lui, Jehoudda fais£dt sa Généalogie par Seth. (Mathieu.) (2, 3J Nombres, xxiv, 24.
(4) Lettre de Judéj H, Seconde Lettre de Pierre, m, 13.
(5) Evangile selon Mathieu, xi, 13.
Le nom de Zachûri, qu'on donne à Jehoudda dans la Nativité selon Luc et dans d'autres passages de TÉvangile (1), est tiré du Cycle auquel il appartient et de la situation qu'il occupe sur le Zodiaque millénariste par la nature de ses Révélations. Le radical est Zac/iû, le Verseau des sphères chaldéennes et le précurseur des Poissons f signe du baptême.
De Zachùri on en est venu à Zacharie. De tous les prophètes Zacharie est le seul qui annonçât en termes exprès la mission baptismale du christ davidique : « En ce jour-là il y aura une fontaine ouverte à la maison de David et aux habitants de Jérusalem, pour y laver les souillures du pécheur et de la femme impure » (2), et c'est ce qui explique l'affluence des paillardes au Jourdain. Il y a d'autres raisons encore et topiques, notamment celle-ci que nous retrouverons dans V Apocalypse : Zacharie est le seul qui annonçât la destruction de la terre par tiers, le parti du milieu demeurant seul, sauvé par le baptême du feu. « Je ferai passer ces derniers par le feu, où je les épurerai comme on épure l'argent et je les éprouverai comme on éprouve l'or. Ils m'appelleront par mon nom et je les exaucerai. Je leur dirai : Vous êtes mon peuple, et chacun d'eux me dira : Vous êtes le Seigneur, mon Dieu (3). »
Avec un zèle égal, quoi qu'avec moins d'autorité, son frère Aggée (Aggaï) prêcha le même christianisme (4). S'appelait-il Aggée de son nom de circoncision ? Est-ce
(1) Luc, I, 7, Mathieu, xxiii, 35.
(2) Zacharie, xiii, 1.
(3) Zacharie, xiii, 8, 9. Et sur la rupture du Mont des Oliviers, xiv, 4.
(4) Hippolyte de Thèbes, cité par Josephus Ghristianus {Patrologie f/recque de Migne, t. GVI), dit positivement que Joseph (Jehoudda) avait xm frère nommé Aggée.
parce qu'il s'appelait Aggée qu'on a surnommé Jehoudda Zacharie ? Est-ce au contraire parce qu'on a surnommé Jehoudda Zacharie qu^on a surnommé son frère Aggée? On ne sait rien, sinon que Tétroite collaboration des deux frères a semblé comparable à celle des deux derniers prophètes d'Israël, transportés du même enthousiasme et associés à la même œuvre.