‹ Le mensonge chrétienChapitre 9 sur 55 · SALOMÉ, FEMME DE JEHOUDDA, ET SON GRAND SURNOM DE MARIA LA MAGDALEENNE · texte numérisé non relu

SALOMÉ, FEMME DE JEHOUDDA, ET SON GRAND SURNOM DE MARIA LA MAGDALEENNE

Vers 739, Jehoudda épousa une jeune fille, comme lui de sang royal et sacerdotal, parvenue à Tâge nubile, soit environ quinze ans. Elle était donc née vers 725. Elle se disait fille de David et du même sang qu'Aaron. Cumul semblable à celui de son mari. Elle s'appelait Salomé, nom davidique par excellence. Jehoudda, son oncle sans doute, fut conduit à la prendre pour femme, parce qu'elle était la seule fille de la maison (1). Mais elle avait deux frères.

La Loi voulait que les filles se mariassent dans leur tribu et, autant que possible, dans leur famille. A neuf cent cinquante ans de leur souche, les deux branches de la postérité de David se nouaient par le mariage. Mais ce qui faisait la grandeur de cette union, c'est son

(1) La tradition la plus ancienne est d'accord sur ce point. Pour les preuves, voyez dom Calmet ( Vie de Jésus, dissertation sur la Généalogie). L'Église voudrait môme qu'elle eût été fille unique. On verra pourquoi.

caractère exceptionnel au point de vue légal et religieux : Jehoudda était du même sang qu'Abia, fils de Samuel, Salomé de la même mère que Moïse. Ce n'est pas seulement la tribu, c'est Tarbre même de Lévi qui refleurissait en eux.

Et comme les enfants d'Aaron étaient morts sans postérité (1), jamais mariage plus significatif n'avait eu lieu depuis la sortie d'Egypte.

On conçoit qu'un tel couple ait eu qualité pour incarner la Loi dans toute sa rigueur xénophobe, dans toutes ses passions jalouses, dans tous ses rites sanglants, sans tenir compte des atténuations que les docteurs y avaient apportées.

L'Église a fait des efforts qui n'ont rien de surhumain pour lui enlever la marque de la tribu sacrée et pour le rattacher uniquement à Juda. Elle y a réussi dans trois Evangiles sur quatre, et à part Luc où Lévi revendique hautement les deux époux (2) il est devenu difficile d'apercevoir la supercherie.

Le premier enfant de Jehoudda et de Salomé fut un garçon auquel ils donnèrent, selon une coutume invariable (3), le nom de son père. Nous l'appellerons Bar- Jehoudda, c'est-à-dire fils de Jehoudda, toutes les fois

(1) Abiu et Nadab. (Lévilique, x, 2; xxi, 1. Nombres, m. 4; xxvi, 61.) Ce n'est pas Abiu qu'il faut lire dans Luc (i, 5), mais Abia. Abiu n'a pas laissé d'enfants.

(2) Cf. aussi V Assomption de Moïse où Jehoudda, sous le nom du Nouveau Moïse, est donné comme étant de la maison de Lévi, sans quoi on n'eût pu lui donner le nom du législateur des Juifs. D'ailleurs nous allons le voir dans Luc monter à l'autel comme feu Aaron. Le doute n'est donc pas permis.

(3) Tout au moins chez les zélateurs de l'ancienne Loi.

que la mystification évangélique ne nous forcera pas à sortir de l'histoire.

C'est le Joannès de VApocalypsCj celui que l'Église appelle Jean-Baptiste , lequel ne fut pas décapité à la demande d'Hérodiade, comme le veut l'Évangile refait au quatrième siècle, mais crucifié par Pontius Pilatus comme Jésus le constate en termes formels. C'est lui qui figure dans l'Évangile sous les pseudonymes de Joannès et du jésus, et qui, sacré roi des Juifs au-delà du Jourdain en 788, est devenu dieu par une invraisemblable suite de fourberies ecclésiastiques. Nous l'appellerons le Joannès-jésus, le jésus, le christ avec la petite lettre ou le Nazir, par opposition au Verbe- Jésus ou Christ céleste, que les scribes ont incarné en lui par droit d'allégorie et qui circule dans la fable juive comme Zeus dans Homère, Apollon dans Virgile, et les autres dieux de l'Olympe dans les fictions païennes.

Une seule fois, Salomé figure sous son vrai nom dans la mystification évangélique (1), une autre fois sous le nom de « la mère des enfants de Zibdeos » (2), et toute rÉglise, la moderne comme la primitive, reconnaît que la femme de Zibdeos — un des pseudonymes de Jehoudda, nous le verrons bientôt — s'appelait Salomé. Dans les Paroles duRabbi elle s'appelait Salomé, nom que lui ont conservé les Évangiles originaux dits des Naziréens, des Ébionites, des Hébreux ou des Égyptiens, rudiment des Évangiles actuels. Un écrivain ecclésiastique. Clément le Romain, dont on a fait un

(1) Marc, XV, 40.

(2) Mathieu, xx, 20.

pape, — le propre successeur de Pierre ! — et dont on produit deux Épîtres apocryphes mais anciennes, ce Clément savait et disait que la mère de Bar-Jehoudda s'appelait Salomé (1). Julius Cassianus, auteur du second siècle, la nomme (2) ; Clément d'Alexandrie également en deux passages que nous reproduisons plus loin (3). L'Église s'est bornée à supprimer le nom de Salomé dans démentie Romain, le lien de parenté dans Cassianus et dans Clément d'Alexandrie, mais si maladroitement qu'on la reconnaît aussitôt. La mère du Jésus s'appelle Salomé dans Hippolyte de Thèbes (4) et dans VHistoire ecclésiastique de Nicéphore (5).

On la trouve deux fois sous le nom composé d'Eloïschabed, (double jeu de mots qui signifie Promesse de Dieu, Serment d*Eli) une fois dans l'Evangile, une fois dans les Sagesses valentiniennes (6)/ Mais son pseudonyme le plus fréquent est Maria la Magdaléenne ou Maria tout court, car ces deux Maria, que l'Eglise fait distinctes dans l'intérêt de son industrie, sont une seule et même personne. Rien de comique comme l'embarras de l'écrivain ecclésiastique Josephus, citant Hippolyte de Thèbes, lequel disait que Maria s'appelait Salomé. « 11 veut parler de la sage-femme, insinue Josephus, de celle qui a accouché la Vierge ! » Les deux Sagesses valentiniennes, qui sont de la fin du second

(1) Épître II, 12, dfiuis la Patrologie grecque.

(2) Cité par Clément d'Alexandrie, Stvomala^ 1. III.

(3) Clément d'Alexandrie, Stromata, III.

(4) Cité, avec toutes les sophistications nécessaires, par Josephus Christianus (Patrologie grecque de Migne, t. GVI, p. 142).

(5) Nicéphore, Histoire ecclésiastique^ II, 3.

(6) Dans Luc, i, 5, et dans la /" Sagesse de Valentin (Pistis Sophia, édit. Amélineau).

siècle, rappellent Salomé, toutes les fois qu'elles ne la désignent pas sous son pseudonyme de Maria Magdaléenne. Agapius, qui dénonça le mensonge constitutif de TEvangile, dit qu'elle ne s'appelait pas Maria ; mais Pbotius, patriarche de Constantinople, par qui nous connaissons Âgapius, se garde bien de nous dire quel nom elle avait dans cet auteur (1). Le rabbin cité par Celse le platonicien et qui avait protesté par un écrit public contre cette même fourberie, nommait certainement de son «rrai nom la femme de Jehoudda, car l'écrivain ecclésiastique qui lui répond la désigne encore par cette épithète expressive : la Fanatique (2), et c'est précisément cette qualité de passion qui vaut à Salomé le pseudonyme de Maria la Magdaléenne dans l'Evangile.

Du jour où dans leur roman les évangélistes ont donné à Salomé le nom de Maria, sœur de Moïse et d'Aaron, ils n'ont pu lui refuser l'épithète de Magdaléenne. L'hommage qu'ils voulaient lui rendre n'eût pas été complet, s'ils ne l'avaient pas assimilée pour la violence de son zèle religieux à la grande prophétesse de la sortie d'Egypte et du camp de Magdala (3). La femme du nouveau Moïse rappelait la sœur de l'ancien, laquelle, debout sur les sables du désert, les cheveux au vent, le tambour à la main, l'hymne guerrier aux lèvres, avait entraîné les femmes juives et quelque peu les hommes

(i) Bibliothèque de Photius dans la Patrologie grecque, article Agaplus.

(2) Anticelscy u. Ecrit faussement attribué à Origène et placé dans ses Œuvres.

(3; Exode j XV, 20.

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au passage de la Mer Rouge. Mahomet, qui a pour le païen, pour le rourai^ la même haine que la seconde Maria Magdaléenne, s est senti, lui aussi, attiré vers •ce beau type d'énergumène (1). Il salue en elle la fille d'Amram (2) et la sœur d'Aaron (3), il connaît donc la raison d'être du pseudonyme que Salomé porte •dans les Evangiles : les Nombres disent qu'entre autres fils, Lévi eut Gaath, lequel eut Amram, « qui eut pour femme Eloï-schabed, fille de Lévi, née en Egypte. Eloïischabed eut d' Amram, son mari, deux fils, Aaron et Moïse, et Maria, leur sœur (4). »

Dans tout cela, l'effort des évangélistes ne fut pas colossal : appeler Joseph un homme qui, comme dans la Genèse, était fils d'un Jacob, c'était le désigner aussi clairement que possible : les initiés reconnaissaient immédiatement Jehoudda. Donner à sa femme le nom 4e Maria la Magdaléenne n'avait rien de particulièrement génial, puisque son objectif était de « sortir d'Egypte » (5) et qu'elle avait elle-même des Révélations, car elle fut, avec son fils aîné, le meilleur disciple de Jehoudda.

(1) Au fond, il savait l'imposture qui git au fond de l'Evangile. Nous •en fournirons plus d'une preuve, notamment par la lettre du calife de Bagdad à Nicéphore Phocas, un chef-d'œuvre d'ironique sagesse,

(2) Le Korariy ch. lxvi (La Défense^ 12).

(3) Le Koran^ ch. xix {Marie, 29).

Le commentaire Zamchascar se trompe complètement sur Aaron qu'il fait contemporain et frère de la seconde Maria. A la vérité, la seconde Maria eut un frère, et Zamchascar le reconnaît implicitement; mais il ne s'appelait pas Aaron.

(4) XXVI, 57, 58 et 3*J. Amram avait donc épousé sa sœur tout au moins de père, ce qui n'a rien d'anormal dans la descendance d'Abraham. Ëloî-schabed est aussi nommée laô-schabed, c'est la même chose. (Promesse avec serment d'iaô, laô-Schebag.)

{")) E(iuivalent de sortir de servitude.

J'ai longtemps cru sur la foi des apparences, et aussi des traductions où Maria est dite <( de Magdala')), que Salomé était née dans ce petit village, aujourd'hui Medgdel, assis en Galilée sur les bords du lac de Génézareth, en face et au-dessus de Gamala. C'est une erreur. Il faut lire : « Maria Magdaléenne. » En effet, il était dit dans le Discours de Vérité de Gelse que les païens ou les Juifs — il n'importe — ayant cherché à savoir si les gens de ce pays avaient conservé le souvenir de cette Maria, ceux qui auraient été ses voisins si elle eût habité Magdala, avaient répondu qu'ils ne la connaissaient pas du tout sous ce nom-là (1).

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