‹ Le mensonge de l'artChapitre 14 sur 37 · LES ARTS INDUSTRIELS ET LORNEMENTATION · texte numérisé non relu

LES ARTS INDUSTRIELS ET LORNEMENTATION

que je l'ai suppose. Chez bien des gens le costume traduit surtout le hasard des magasins de confections où ils se sont adressés, bien plus qu'un goût personnel et des convenances anatomiques, encore que celles-ci ne puissent être entièrement sacrifiées et que le vêtement reste toujours aussi en rapport avec une civilisation donnée.

Mais il n'en reste pas moins que le costume peut éveiller pour les raisons que j'ai énumérées une grande quantité d'idées, de sentiments, d'impressions souvent à peine sensibles, et très peu analysées, car le goiit de la toilette n'est point forcément en raison directe de la faculté d'analyse, et qui se résument dans une impression synthétique, rapide et prompte. Cette inipression-Ià se rencontre plus aisément, Je crois, plus décidée, plus aiguisée et plus juste chez une jeune tille, même sans réflexion et d'esprit assez ordinaire, que chez un philosophe expérimenté ou même chez un esthéticien. Mais le philosophe peut tâcher au moins de la comprendre. Et nous voyons en toutes contrées la toilette se prêter à la contemplation esthétique, tant pour le système qu'elle constitue ou qu'elle suscite, que parce qu'elle tend à introduire d'irréel dans le monde. Elle s'y prête encore par le déguisement, par le rappel ou la restitution de costumes anciens ou étrangers. Il n'est pas de mode même ridicule — et nous ne sommes jamais bien sijrs que les nôtres ne le sont pas — qui ne puisse évoquer un temps, une époque, un ensemble de sentiments spéciaux et, par là, prendre une valeur d'art. Ce n'est pas à d'wo, que toutes les impressions nue doimc la

toile lie soient d'ordre esthétique. Le contraire est trop évident, mais ces sentiments inartistiques eux-mêmes peuvent entrer, par l'attitude artiste, dans un monde d'art.

L'art culinaire mérite qu'on dise quelques mots de lui, et les esthéticiens le méprisent trop. Assurément ce n'est pas un art comparable à la peinture ou à la musique. Pourtant l'homme a singulièrement transformé le besoin de se repaître, et il est arrivé à créer une œuvre d'art véritable, d'une réelle valeur esthétique en certains cas.

Tout d'abord et pour commencer parles faits les plus bas, les sensations du goût comme toutes les autres peuvent devenir une cause de l'attitude artiste, on peut les considérer en elles-mêmes, abstraction faite de leur utilité, y prendre plaisir. Et sans doute il ne faut pas considérer comme sans importance que la gustation ait en commun avec l'art un grand nombre de termes. Nous parlons constamment de « goût » artistique, nous « savourons » une œuvre d'art, nous vantons les « douceurs» d'un accord, etc.

La sensation gustative prend une valeur esthéticpie plus relevée, par les combinaisons qui la rendent plus complexe. Si la formule du beau est « Tunité dans la diversité », elle s'applique à un mets bien fait, aussi bien qu'à un tableau. Un plat réussi comporte une combinaison d'éléments, un accord de sensations ditTérentes

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