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CHAPITRE II

LE SENTIMENTALISME ET LE REALISME DANS L ARj

Les aptitudes artistiques des individus sont très diverses. Do cette diversité sont nés les différents arts, les différentes écoles, les diff'érents goûts, les différentes modes, les diff'érentes appréciations et même les interprétations différentes puisque chacun comprend et sent, en somme, à la fois à la façon des autres et selon sa propre nature. Ils sont nés aussi de la diversité des aptitudes d'un seul individu. Des facultés diverses, des tendances opposées coexistent en chacun de nous, ou bien se succèdent et se remplacent. Et souvent des arts différents viennent leur donner tour à tour leur pâture imaginaire.

Parmi les différences ainsi produites, je m'occuperai à présent de celle (lui me parait importer le plus à une conception générale de l'art. Les formes extra-humaines

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de l'art semblent destinées surtout à satisfaire un besoin général d'harmonie, un désir que je dirai presque inconsciemment métaphysique (1). Celles qui s'offrent à nous à présent s'adressent au contraire, à des tendances plus spécialisées, et à celles qui doivent s'exercer dans le courant de la vie. Si Tart n'a pas absolument pour but, dans les plus élevées de ces formes, leur satisfaction, il les met en jeu, du moins, pour arrivera construire son monde idéal et imaginaire. Ces formes empruntent plus à la vie, elles sont, en cela, moins pures, moins absolument artistiques. Cela ne signifie point qu'elles restent tout à fait inférieures aux premières. Elles ont des avantages qui manquent à celles-ci, et leur valeur varie avec les effets de ces avantages et de ces inconvénients qui changent avec chaque œuvre.

Pour que l'art vive, il faut que son monde idéal puisse naître et se fixer en nous. Il est trop naturel que la peinture ne puisse le suggérer à des aveugles. Mais chacun est plus ou moins aveugle ou sourd à sa façon. Et, sans que nous puissions toujours en distinguer les causes — encore que Ton puisse noter, par exemple, quelques-unes des imperfections psychologiques qui empêchent un

(i; Est-il bepoih de faire des réserves sur certains cas parUculiers? Il est bien évident que le goût de la musique, en tant que plaisir sensoriel, peut (Hr<e surtout une simple tendance concrète, comme le goût des gâteaux ou le désir de sensations lumineuses îigréables.

homme de sentir la musique — nous sommes très diversement sensibles aux différents arts.

Pour bien des personnes, Part extra-humain, l'art idéaliste reste sans résonnance. 11 ne peut éveiller en elles l'ensemble d'images et d'idées, d'impressions, de sentiments divers, d'émotions et de mouvements qui constitue le monde artistique. De même certaines personnes ne peuvent entendre et enchaîner les idées abstraites. L'art idéaliste en évoquant des impressions générales ou tout au moins des émotions qui ne sont pas celles de la vie se prive lui-même d'une grande force et rend bien plus difficile la réalisation de ses créations dans un nombre d'esprits assez considérable

Tout le monde au contraire est capable, sinon de s'intéresser artistement à la vie, au moins de vivre, de se représenter des objets, des scènes, des combinaisons d'actions et le faits, d'éprouver certains sentiments. Aussi la vie lui maine et les divers objets de l'expérience, nos sentiments, les péripéties de vies semblables à la nôtre sont une matière d'art fort commode. Elle s'impose pour ainsi dire à l'artiste. Elle soutient déjà quelque peu les conceptions de l'art extra-humain, elle s'affirme bien plus dans l'art sentimental et dans l'art réaliste. Dans certaines formes inférieures de l'art, elle est presque seule admise, et ces formes arrivent à ditterer très peu de la vie même, et à se perdre en elles.

Ce sont en effet les sentiments semblables à ceux que

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