LA MORALITÉ INDIRECTE DE LART
douteuse. Cependant, si elle ne s'exerce pas bien visiblement sur la forme fondamentale du corps, du moins peut-elle s'exercer sur cette partie de la forme et de l'expression qui dépend plus directement de nos états d'âme, sur la grâce, l'harmonie, les gestes et les attitudes, la convenance des mouvements. De plus, une ressemblance factice de l'homme et de la femme à l'œuvre d'art s'établit par une imitation voulue. Une statue, un tableau, un roman peuvent contribuer à créer, à transformer des modes, à faire revivre des types anciens. Sans doute ici c'est un art qui influence un autre art, mais celui-ci est si intimement mêlé à la vie réelle qu'il ne peut guère en être séparé.
Une autre action indirecte de l'art sur le physique peut résulter de l'influence de certains sentiments créés ou répandus par l'art; de l'expression habituelle ou voulue de certaines émotions mises à la mode, et qui déterminent d'ailleurs des modes d'allure et de costume. Je rappellerai le type « fatal » répandu par le romantisme.
L'art peut ainsi influer, en bien ou en mal, sur le développement du corps. Peut-être, si la littérature avait moins vanté la finesse de la taille, les femmes auraient-elles moins souffert du corset. 11 y a une telle complication des actions et des réactions réciproques de l'art et de ia réalité qu'on ne peut toujours discerner la responsabilité de chacun. L'art agit encore en l'épandant des idées plus ou moins justes sur l'hygiène, ou sur la beauté en tant qu'elle peut être en rapport avec elle. Mais tout ceci n'a pas besoin d'être développé.
Paulhan. — Mensonge de l'art.