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LE SENTIMENTALISME ET LE RÉALISME DANS LART

l'art extra-humain. Cela dépend une fois de plus de la façon dont on les prend. On peut y jouir d'une harmonie supérieure, y voir réalisée une vie extra-humaine, on peut aussi se complaire, en les regardant, dans le plaisir compliqué de l'œil, admirer les ressources du peintre, ses procédés, les effets originaux qu'il obtient. Enfin le sujet lui-même n^'est pas d'importance nulle et vient aussi éveiller certains sentiments plus adaptés à la vie ordinaire, qui enrichissent encore l'œuvre perçue et dont Timporlance varie avec le spectateur. Si l'on a vu une symphonie dans l'entrée des croisés, on a pu aussi en faire un commentaire psychologique, parler de la lassitude farouche des vainqueurs.

La musique varie aussi ses moyens pour créer le monde de l'art. Il y a une musique « dramatique » ou Imaginative. C'est, en dehors du drame lyrique dont j'ai déjà parlé, d'abord la musique de quelques opéras, de quelques opéras-comiques, plus vive, plus brillante, plus élégante, qu'expressive, la musique des opérr.s d'Auber, par exemple, moins « dramatique » au sens ordinaire du mot, mais plus musicalement active, si je puis dire, que celle de Meyerbeer, par exemple. C'est encore la musique à programme, la musique descriptive. Elle peut partir d'assez haut. Il y a des orages justement célèbres. Mais, on ne sait pas jusqu'où elle peut descendre. J'ai entendu imiter par un orchestre le départ d'un train de chemin de fer.

Les œuvres musicales se prêtent comme les autres à diverses interprétations et selon leurs auditeurs, elles réaliseront un monde extra-humain ou humain, plus

sentimental, plus intellectuel ou plus sensoriel. La différence principale entre ces cas divers, c'est que dans les uns l'œuvre d'art pénètre bien plus profondément l'esprit, le prend presque tout entier, chez les autres elle reste plus près de la surface, n'intéresse que quelques sentiments ou quelques idées. Au reste, ce retentissement intérieur de l'œuvre qui en fait la valeur artistique, il est difficile de l'analyser un peu minutieusement et même de le décrire avec exactitude, et il varie considérablement avec l'œuvre et avec l'esprit qui s'en imprègne.

L'art sensoriel se rattacbe à l'art Imaginatif. C'est celui où ce qui est recherché, c'est surtout le plaisir de l'œil et de l'oreille, toujours plus ou moins mêlé de plaisir intellectuel et aff'ectif, car il y a, en tout ceci, des nuances fort variables. Il est des assemblages de sons ou de couleurs qui font sur les sens l'etVet d'une caresse. C'est là encore un monde fictif et réel à la fois qui se substitue au monde réel, et quoique assez borné et restreint par sa nature, il peut cependant envahir l'esprit assez loin, tant est prolongé parfois le retentissement de la sensation.

On pourrait croire que l'art fantastique serait, par sa nature essentielle, extra-humain. Ce n'est pas, il me semble, sa principale qualité.

Il doit quelques-uns de ses elfets à des combinaisons extraordinaires, et se rapproche par là de l'art drama-

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