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LA FORCE DE LA TENDANCE

SIII. — VÉRIFICATION (suite). LA FORCE DE LA TENDANCE

Avec le rétrécissement de la conscience doit collaborer, avons-nous supposé, la force de la tendance provoquée par la perception qui sert d'occasion au mensonge. Qu’en effet toute tendance forte soit susceptible de provoquer une altération de la vérité, c’est ce qui peut être établi de différentes manières. Pour autoriser cette opinion, commençons par classer les menteurs en deux groupes :

19 Les menteurs ordinaires sont ceux dont la véracité est inférieure à la moyenne. Ce sont en majorité, nous l’avons vu, des primaires et, parmi eux, des émotifs. C’est que chez eux, relativement à la véracité, toute tendance est toujours forte : en effet, elle ne se heurte pas à la secondarité qui pourrait l’affaiblir et est multiphiée par le coefficient d’émotivité générale ; L 20 Chez les menteurs par exception, la véracité ne pourra être dominée et subordonnée que par une tendance très forte. Le mensonge restera un fait exceptionnel, puisqu'il faudra non seulement qu’une tendance forte entre en conflit avec la véracité, mais qu'un concours de circonstances favorables lui assure le succès pour que le mensonge se produise. C’est faute d'intérêts concrets puissants que les flegmatiques sont si véraces, et des esprits fortement attachés à la réalité concrète par leur émotivité s’étonneront que Kant ait conçu le devoir de sacrifier la vie d’un ami au respect de la vérité due à son assassin : ils pourront même s’en indigner.

Si ces considérations sont exactes, il devra être facile de montrer que les personnes d’une véracité moyenne ou supérieure à la moyenne sont capables de mentir, quand leurs intérêts les plus puissants sont en jeu. C’est ce que vérifie d’abord l’existence de la représentation collective, qu'il y a une limite au devoir de véracité et qu’un menteur est, sinon louable, du moins excusable, quand la vérité léserait un sentiment profond. Cette excuse porte sur deux espèces de cas, sur le cas où c’est la nature congénitale ou la position propre du menteur qui lui rend la véracité difhcile, et sur celui où ce

sont les circonstances. Dans l’extension du premier cas, rentrent des faits nombreux. La justice n’attend pas des parents d’un criminel qu’ils le chargent, et une mère qui dirait la vérité en accusant son fils, ou le fils qui livrerait sa mère seraient, pour le sens commun, presque haïssables, De même, c’est le second cas, quelqu'un qui, menacé de mort, recourt à un mensonge pour se sauver, paraîtra innocent à l’homme moyen ou même à des hommes dont la véracité est supérieure à la moyenne. Des commerçants, des hommes d’affaires, non seulement honnêtes, mais persuadés de l’importance de la véracité pour le crédit, prendront leurs précautions pour que la plupart de leurs employés ne soient pas mis dans des circonstances telles qu'ils puissent être tentés d'obtenir, par un mensonge, un résultat fructueux. En effet, quand une tendance forte est solhcitée en nous, il y a une probabilité très grande qu’elle se satisfasse par un acte, si les circonstances n’attachent pas à cet acte un effet dont l’image ou l’idée écarterait sa réalisation. Un homme ne sera pas déshonoré pour mentir en guerre, à l’ennemu. Un médecin, des parents mentiront à un malade s’ils le jugent gravement malade et presque tout le monde les approuvera.

On pourrait allonger indéfiniment cette liste de faits qui témoignent du sentiment commun que le mensonge devient d'autant plus facile que la tendance sollicitée en nous par une représentation est plus forte. On peut le vérifier encore en montrant qu'à tous les intérêts puissants correspondent des exemples bien définis de mensonges (1) :

Peur relative à l'instinct de Mensonges par peur de l'enfant ;

conservation.....,......... mensonges de l’accusé.

Instinct sexuel.............. Flatteries de l’homme à la femme désirée, les promesses faciles, la dissimulation du caractère, la parure, la flatterie de la femme.

Cupidité.................... Les mensonges de la réclame,

* de la vente; les fraudes sur la marchandise vendue.

(1) Cf. une page intéressante de L. Klages sur l'intérêt de l’homme à ne pas manifester certains processus psychiques, par exemple sa peur ou son ambition, in Les Principes de la Caractérologie (trad. franç.). Paris. Alcan, 1930. p. 187.

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