L'ÉMOTIVITÉ
auquel la vie courante nous ramène toujours, toute affirmation dépend d’un si grand nombre de conditions, qu’il est toujours plus ou moins aisé à la tendance de l’attaquer par quelqu'un de ses principes : on dégage des postulats et on les nie; on conteste que les faits allégués rentrent dans l'extension des idées posées ; on critique les observateurs qui les ont exprimés; on change les définitions des notions utilisées, etc. Il n’est donc pas étonnant que dans ce conflit entre le dynamisme intellectuel, qui contraint l'esprit à passer de telle idée à telle autre, et le dynamisme affectif qui le contraint à modifier la conclusion pour donner satisfaction au désir, le succès de l’émotivité soit d’autant plus probable qu’elle sera plus forte (1), et, nous ajouterons, la secondarité plus faible.
$ V. — VÉRIFICATION (suite). LA FONCTION SECONDAIRE DES REPRÉSENTATIONS
Il convient, en effet, que nous passions maintenant à celle de toutes les conditions de la véracité qui, d’après les chiffres obtenus, paraît la plus importante : le retentissement des représentations. Peut-on comprendre que la primarité favorise l’altération intentionnelle de la vérité, le mensonge improvisé ; que la secondarité soit au contraire extrêmement favorable à la véracité ? Assez aisément, 1l nous semble.
Réfléchissons d’abord sur ce qui doit se passer dans lesprit d’un enfant seul et désirant vivement un objet, par exemple, un fruit. Il le voit; par suite de cette connexion entre l’objet
(1) A l’appui de cette conclusion, on peut rappeler le tableau établi par G. Heymans, à propos de la psychologie féminine (Psychologie des Femmes, trad. franç., p. 258, tableau XXX) :
Hommes FEMMES Co nn RE , E ; nE E nE Digne de-foit-Sens-eeee 57.9 68.1 58.8 76.9 Exagérmt li rer rue 27.7 16.1 28.1 42ÈT Embellissant. .......... 18.4 11.3 11.6 5.6 Menteur. ..... isa on St) 910 k.6 22 La concordance de ces chiffres contre les émotifs est nette.
de cette vision et une tendance, qui s’appelle action idéomotrice, quand on la rapporte par abstraction au représenté, et puissance des mobiles ou dynamisme affectif, quand au contraire on la met en rapport avec la tendance, l'enfant désire le fruit ; en vertu des connexions, instinctives ou acquises, entre le sentiment et le mouvement, il n’a qu’à étendre le bras pour le prendre, il le prend. Ce qui pourra l’en empêcher, c’est qu'il ait été puni telle fois ou toutes les fois qu’il a pris un fruit. S'il en est ainsi, en vertu de la mémoire associative ou loi de transfert, l’association sensorimotrice, poir le fruit-le prendre, entrera en conflit avec l'association idéomotrice, se rappeler la punition-reculer. L’influence inhibitrice de celle-ci sera la résultante des conditions qui déterminent la fonction secondaire de cette représentation. La première est la secondarité générale du sujet, qui est la condition permanente pour qu'aucune de ses représentations ait un retentissement. Si elle est trop faible, il est à craindre que l’enfant ne prenne le fruit. Première raison pour qu’il mente quand ses parents s’en apercevront, puisque, s’il n'avait pas pris le fruit, il ne se serait pas même exposé à cette occasion de mentir.
Voilà les parents rentrés, ils l’interrogent. L'association se rappeler avoir pris-avouer, sera combattue par l'association se rappeler avoir pris-mentir. Entre les deux, la secondarité se partage. Pour l’aveu, plaident toutes les expériences passées qui attachent une punition au mensonge ; pour celui-ci, toutes les expériences passées qui attachent une punition au vol et particulièrement au vol avoué. Mais c’est le vol qui est l’objet de l’enquête actuelle des parents. Il provoque une pression présente des parents, leurs paroles sont violentes, leurs menaces concrètes. Plus l’enfant sera primaire, plus y il a de chances qu’il se détermine sous l'influence dominante du présent ; et comme c’est le vol et non le mensonge qui attire son attention, plus il est probable qu’il cherche à éviter la seule punition qu’il redoute actuellement, celle du vol, en le dissimulant par un mensonge. Il y a en outre de la logique dans le sentiment. Si en mentant il supprime chez les autres la croyance qu’il a volé, il y supprime aussi le soupçon qu’il ait menti.
Pour rendre plus clair le rôle de la secondarité, il faut le dédoubler. Si nous nous observons quand la tentation de mentir se pré-