II. — LE MENSONGE IMPROVISÉ
Comme on pourrait allonger cette liste indéfiniment, il en résulte que les événements compris dans l’extension du mensonge, comme il a été défini, sont beaucoup trop divers pour être d’abord confondus. Dans l’incertitude où elle se maintient en passant de crise en crise, la psychologie n’a pas besoin de thèses générales et ambiguës, mais de résultats précis et assurés. C’est pourquoi cette recherche commencera par l’étude du mensonge improvisé chez les sujets qui ne sont pas retenus par les psychiâtres comme malades.
Trois caractères signalent le mensonge improvisé :
19 Celui qui lui donne son nom est l’extemporanéité. Un mensonge prémédité est inséré dans le présent où il s’actualise par une action du moi, qui est transcendante aux conditions objectives définissant ce présent. Il y est apporté. Son exécution est séparée de sa conception par un temps qui peut être très long. Dans le mensonge improvisé, au contraire, il y a surprise. Le sujet se trouve pris dans un concours inattendu de conditions, où la satisfaction d’une tendance forte sera menacéé, - s’il ne se décide pas à mentir. Le mensonge en naît. La conception se mue, avec l’aveu du moi, en exécution. Il faudrait que celui-ci consentît à une honte, à un échec, à une déception ; il renvoie par un mensonge ce mal loin de lui. Le mensonge improvisé est un geste. Le menteur opte pour la ligne de moindre résistance.
20 Il doit en suivre que le mensonge improvisé est une systématisation moins complexe que le mensonge élaboré, dont l'application se poursuit par une progression d’actes concertés. Dans le mensonge élaboré et prémédité, l'intention de mentir engendre, non seulement le mensonge, mais l’occasion du mensonge ; la systématisation déborde considérablement l’acte même du mensonge. La mystification est le premier moment de cette imitation de la vérité par le mensonge, le second est l’hypocrisie. Le troisième se confondrait avec la vérité même, puisque la systématisation, qui atteint à ce degré d'amplitude où nul homme ne peut plus y reconnaître de contradiction, est la vérité comme nous la connaissons. Le mensonge improvisé s'oppose
au mensonge systématique comme une opération tactique à une opération stratégique.
39 De cette observation il résulte que le mensonge improvisé s’isole facilement dans la vie de l'individu. Certes celui-ci peut mentir souvent ; mais chacun de ces mensonges sera une création nouvelle. Il ne sera pas continûment, mais fréquemment menteur. Sa mendacité sera toujours la même, son mensonge toujours autre. On confond souvent dèux persévérances, celle d’une idée, comme un projet, imposant sa direction à une personne, et celle d’une nature conditionnant identiquement à travers le temps une action par ailleurs incohérente. Chez un sujet éthologiquement déterminé, c’est-à-dire prédisposé au mensonge improvisé, la mendacité sera une persévérance de nature, non d'idée.
Voici quelques échantillons de mensonge improvisé :
Ogservarion IV.— « Dans les premiers temps du théâtre Sanders à Harvard, on m'avait un jour confié la garde d’un cœur, sur la physiologie duquel le Prof. Newell Martin donnait une conférence populaire. Ce cœur, qui appartenait à une tortue, portait un index en paille dont l'ombre, considérablement amplifiée, se déplaçait sur l’écran tant que le cœur battait. Quand on excite certains nerfs, disait le conférencier, le cœur présente certains mouvements ; et 1l les décrivait. Mais le pauvre cœur était bien trop malade et lorsqu'il s'arrêta, comme il fallait, à l’excitation du nerf d’arrêt, ce fut bel et bien la fin de sa carrière. Présidant à la démonstration, j'étais terrifié du fiasco, quand tout à coup je me vis en train d’agir comme un de ces génies militaires qui, sur le champ de bataille, changent un désastre en victoire. Il n’y avait pas de temps pour la délibération : aussi, glissant mon doigt sous la partie de la paille qui ne portait pas d’ ombre, j je me mis à imiter, par un mouvement impulsif et ne les mouvements rythmiques que mon collègue avait prédits. » (1).
OBservATION V. — Paul P... (cf. obs. I), doit arriver régulièrement au lycée à 2 heures. Il est 1 h. 45. Paul, craignant d’arriver en retard car il est ponctuel (la ponctualité des colériques, 68,5, n’est dépassée que par celle des AS (2)), est impatient de partir ( impulsivité des colériques, 73,2, est presque aussi forte que celle des nerveux,
(1) W. James, Études et réflexions d’un psychiste (trad. Durandeaud), Paris, Payot, 1924, p. 320.
(2) Sur ces valeurs et ces symboles, cf. ci-dessous, chap. 11.
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78,2), mais il sait que la bonne doit l'accompagner ; il l'appelle ; elle répond en lui demandant l’heure, il réplique qu’il est 2 heures moins dix, ce qui est l’heure où elle brusque le départ, quand elle a attendu. L’enfant que j’observais, un peu à l’écart, était devant la pendule même, l'avait regardée et avait nécessairement vu qu’elle ne marquait que deux heures moins le quart. L’altération intentionnelle et improvisée était donc patente. Ponctualité plus forte contre véracité moins forte, le moi s’abstenant de chercher leur conciliation, la véracité cède.
Osservarion VI. — Un enfant de Châlons-sur-Marne, Georges P..., dérobe un jour une pèlerine à l’un de ses camarades. Il commence par nier le larcin; puis il semble se décider à être sincère ; 1l dit avoir vu la pèlerine à terre sous le préau de l’école, prétend l’avoir ramassée et remise en place et ensuite l’avoir emportée chez lui, mais parce qu’elle s’était salie en tombant et qu'il désirait la faire laver par sa mère (1). |
OgservarTion VII. — Lasègue cite le cas d’une petite paresseuse qui, ayant fait l’école buissonnière, accuse un négociant du quartier d’avoir commis sur elle un attentat à la pudeur (2).
Si, dans l’étude du mensonge improvisé, nous devons nous limiter aux faits de la conscience normale, ce n’est pas qu’elle soit sans parenté avec la conscience pathologique. Il est sans doute aussi important de maintenir l’idée de leur ressemblance que celle de leur différence. La correspondance entre les résultats de l’éthologie et ceux de la psychopathologie a déjà été marquée entre autres cas par Wiersma pour la classification des caractères de l’école de Groningue (3), et par F. Achille-Delmas,
(1) G.-L. Duprat, Le Mensonge, Paris, Alcan, 1903, p. 69. On peut être tenté de contesier l’extemporanéité de ce mensonge; et, en effet, l'enfant peut utiliser, quand il est accusé, des raisons imaginées antérieurement, Mais d’abord, l’utilisation d'idées antérieures dans une conjoncture pressante ne va jamais sans remaniements ; en outre inversement, aucune réaction improvisée ne peut se faire sans utiliser des associations montées. Nous ne prétendons établir, entre le mensonge préparé et le mensonge improvisé, qu’une différence de degré. $
(2) Cité dans Gorphe, La critique du témoignage, Paris, Dalloz, 1924, p. 120. Ce mensonge est extrêmement riche. Il satisfait plusieurs intentions directes : le besoin d’ « embellissement » pervers, sans doute un besoin de mystifier; et plusieurs intentions indirectes : le besoin d’atténuer la pression des parents, le besoin de se disculper de l’école buissonnière, peut-être un besoin de vengeance. ?
(3) Sur la connexion entre la classification des caractères de l’école de Groningue et les troubles mentaux, les travaux de Wiersma comparant quantitativement la fonction secondaire des mélancoliques et des paranoïaques avec celle des maniaques. Cf, Heymans, Résultats ei avenir de la psychologie spéciale in Archives néerlandaises des sciences exactes et naturelles, série III B, t. II, p. 479-495 ; 1915, p. 5-6 de l'extrait.
pour la classification Boll-Delmas (1). En tant que des troubles mentaux sont endogènes, ils révèlent des constitutions névropathiques qui sont comparables aux constitutions éthologiques. Nous ne recourrons pourtant qu’exceptionnellement à cette comparaison (2). Dans un domaine où les résultats acquis sont si peu nombreux, mieux vaut que les diverses méthodes s’appliquent d’une manière autonome et indépendante. Quand elles convergeront sur des résultats identiques, on ne sera pas tenté de croire qu’une complaisance arbitraire les ait infléchies pour les ajuster l’une à l’autre, et leur accord sera probant.
Il est important de souligner que le mensonge improvisé doit être ce que le sens commun appelle le plus souvent mensonge. D'abord, le langage contient un autre vocabulaire pour les cas où la complication du mensonge atteint à la systématicité d’une théorie ou d’une technique. On dit éventuellement dissimulation, ruse, fourberie, escroquerie, diplomatie, machiavélisme, perfidie. En outre, pour qu’un enfant ou un homme reçoive dans un milieu social l’épithète de menteur, il faut que ses mensonges soient assez simples pour apparaître à tous, et que ces mensonges soient fréquents. Un plan s’étendant sur une période de temps assez longue, impliquant une construction multiple, n’apparaîtra qu’à ceux qui seront en situation de le saisir dans son ensemble ; et les autres le traverseront, sans le connaître, comme une fourmi ignore, en tant que tout, la
(1) Cf. in F. Achille-Delmas et Marcel Boll, La personnalité humaine, Paris, Flammarion, 1925, p. 48 sqq.surles cinq constitutions névropathiques (paranoïaque, perverse, mythomaniaque, cyclothymique et hyperémotive) ; p. 54, les auteurs leur font correspondre cinq dispositions affectives qui sont dans le même ordre, l’avidité, la bonté, la sociabilité, l’activité, l’'émotivité. Les constitutions psychopathiques naîtraient par hypertrophie ou atrophie (par ex. pour la bonté) de ces dispositions. — Il est remarquable que les quatre premières correspondent à quatre des caractères de la classification. de Groningue : la paranoïaque aux EAS, la perverse aux nEnAP, la mythomaniaque aux EAP, la cyclothymique aux EnAP. Si l’on y ajoute les mélancoliques, voisins des EnAS, il n’y a que les actifs froids pour rompre la correspondance. Mais justement, l’enquête statistique que nous allons utiliser (question 90), indique que les troubles mentaux atteignent environ 25 pour 100 des émotifs (ce qui vérifie la constitution hyperémotive) et seulement 4 pour 100 des non-émotifs.
(2) Il ne nous semble pas qu’il faille négliger, malgré toutesles correspondances, la différence entre la conscience pathologique qui semble être telle parce que les aptitudes s’exercent anarchiquement, indépendamment les unes des autres, et la conscience normale où veille un contrôle. Or, l'intérêt de l’éthologie, c'est justement de saisir l’interdépendance des aptitudes où la personnalité trouve l'instrument de son unité. C’est donc le normal qui doit d’abord l’intéresser et elle n’utilisera le pathologique que de façon subordonnée.
LE MENSONGE IMPROVISÉ dé
maison où elle circule. Si, de plus, le mensonge improvisé est, chez celui qui l’a émis, exceptionnel, l'observateur exprimera son expérience en disant qu’il « a menti », et peut-être en s’en étonnant ; mais non en jugeant : « Il est menteur. » Il est donc probable que les statistiques de la mendacité porteront surtout sur les sujets chez qui le mensonge improvisé est usuel, chez, qui mentir paraît une réaction si ordinaire, si facile, si tentante qu’il n’y a pas besoin de la délibérer, ni surtout de la préparer. Dans toutes circonstances, sans y avoir préalablement réfléchi, le menteur résoudra spontanément son problème de minimum, comme une goutte d'huile dans l’eau prend la forme sphérique ou comme une pierre tombe suivant la verticale du lieu.
$ III. — DocumEenTATIoN
C’est à dessein que la masse principale des documents, utilisés dans cette étude, a été empruntée à l’enquête sur l’hérédité psychologique faite par G. Heymans et E. Wiersma, et systématisée par eux d’après les principes de leur classification des caractères (1). En dehors d’eux, beaucoup d’observations et d'analyses ont été publiées en contribution à l’éthologie et à la psychologie individuelle ; mais la science a moins besoin d'originalité que de continuité, de descriptions que de quantité. Non qu'il s'agisse de nier la complexité et la fugacité de tout ce qui est psychologique : nulle part elles n’apparaissent mieux que dans les jeux de l'esprit aux prises avec le vrai et le faux ; non qu'il s'agisse encore de réduire la conscience à la
(1) Les résultats de cette enquête ont été publiés par G. Heymans et E. Wiersma; Beitrage zur speziellen Psychologie auf Grund einer Massenuntersuchung in Zeitschrift für Psychologie und Physiologie der Sinnesorgane, 6° art., $ 7-8, vol. 51, 1909, p. 1-72. Le $ 7 contient les corrélations de l’activité, de l’émotivité et de la fonction secondaire ; le $ 8 l’esquisse des caractères. — Il faut rapprocher ces résultats de ceux de l'enquête biographique : Ueber einige psychische Korrelationen in Zeüschrift für angewandie Psychologie, vol. 1, 1908, p. 313-81. En langue française, cf. G. Heymans, La Classification des Caractères in Revue du Mois, 10 mars 1911 ; et la préface de la traduction française de G. Heymans, La Psychologie des Femmes, Paris, Alcan, 1925. On trouvera, à la fin de ce dernier livre, le questionnaire auquel ont dû répondre les médecins qui ont participé à l'enquête statistique.
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quantité : l’entreprise a échoué. Mais la science, qu'il ne faut pas confondre avec la métaphysique, a sa vocation. Elle doit procéder par systématisation de mesures. Par les matériaux quantitatifs qu’elle a rassemblés, l'enquête d’Heymans et de Wiersma fournit des éléments que la recherche doit tenter de relier entre eux et avec les faits de l’expérience concrète.
a) Sur la valeur de l’enquête elle-même, des critiques ont été présentées, Schuster et Elderton ont mis en évidence l’irrégularité des résultats obtenus par elle (1). Mais d’abord sur la question à laquelle elle devait collaborer, qui est celle de l’hérédité psychologique, il est remarquable, comme l’observe Poyer, « que les chiffres de Heymans, traduits selon la méthode biométrique, sont assez voisins, en moyenne, du chiffre théorique » (2). De plus, la valeur d’une partie au moins des nombres de l’enquête se vérifie par la cohérence des conclusions auxquelles ils conduisent. Si tout était noyé dans l’irrégularité, il serait inexplicable que ses auteurs aient pu en tirer des résultats réguliers, dont quelques-uns, rapprochés de données fournies par des documents biographiques ou de faits de l’expérience quotidienne, sont frappants. Enfin et surtout, de cette enquête, nous ne retiendrons essentiellement que les chiffres relatifs à la véracité; et les relations, auxquelles ces chiffres pourront conduire, ne mériteront de crédibilité qu’à raison de l’intelligi-
{1) Schuster et Elderton, The inheritance of mental charakters. Biometrika, 1906-1907. Il est certain que les chiffres contenus dans l'enquête statistique sont d’inégale valeur. Trois causes notamment doivent être intervenues pour corrompre certains d’entre eux :
19 La confusion entre caractères voisins. Par exemple, nous aurons l’occasion de supposer que des amorphes ont été pris pour des apathiques ;
29 L'ambiguïté de certaines propriétés. Par exemple, la ponctualité qui assure la coïncidence entre une action nouvelle et un instant du temps ne me paraît pas à confondre avec la ponctualité complète des hommes qui ne vivent que pour appliquer un emploi du temps. Cf. aussi p. 301 ;
39 Des préjugés de certains groupes d’observateurs attribuant aux sujets observés telle ou telle propriété, non parce que ceux-ci les présenteraient à l’observation, mais parce que les observateurs auraient admis a priori la connexion entre elles et d’autres propriétés observées.
Il en résulte que nous n’admettrons les chiffres de l’enquête qu’à raison, soit de leur systématicité (c'est le cas des chiffres de la question 63), soit de leur accord avec des données qualitatives ou quantitatives extérieures à l'enquête. En d’autres termes, les données de l’enquête ne sont ni à prendre comme un tout, c’est-à-dire sans critique, ni à rejeter en totalité, parce qu’il faudrait alors expliquer qu’elle conduise si souvent à des résultats si cohérents ou si saisissants de vérité.
ee G. Poyer. Les problèmes généraux de l’hérédité psychologique, Paris, Alcan, 1921, p. 254.
bilité, qu’elles recevront d’une matière extrinsèque de faits concrets ou qu'elles y apporteront.
Sans doute sera-t-on tenté d'expliquer, soit certaines régularités de la classification des caractères, par exemple la fréquence du « vagabondage » chez les nerveux, le goût de l’analyse de soi chez les sentimentaux, la prépondérance du sens pratique chez les sanguins, soit les résultats auxquels nous serons conduit, en supposant que les données empiriques reçues des répondants de l'enquête ne font qu’exprimer l'influence systématique de préjugés communs. Nous aurons à examiner cette objection sous une forme plus déterminée. Ici, observons seulement que des préjugés systématiques sont encore des conditions constantes. Pour un physicien, qui recherche des conditions matérielles, ce sont des influences à écarter ; pour un psychologue, qui cherche des conditions psychologiques, un préjugé systématique en est une. Des hommes, accusés d’être menteurs sans l'être, devraient posséder un caractère commun qui provoque l’accusation. Il y aurait là un fait général à faire rentrer dans la théorie générale.
Ajoutons que l’éthologie dispose de bien peu de documents quantitatifs. Quels que soient ceux dont une science à ses débuts. peut faire usage, ce sont des documents sujets à caution, car il n’y a pas d’autre signe de la valeur scientifique d’un fait que la possibilité de l'intégrer dans un système théorique. C’est la recherche seule qui peut vérifier si des données sont utilisables ou non pour la science. Il est certain que les rapports qui les systématiseront devront progressivement être retouchés à mesure que d’autres données s’y ajouteront ; mais, et ceci nous paraît l’essentiel, les données intéressantes ne seront ultérieurement recueillies que si les hypothèses suggérées par l’examen des premiers faits conduisent à leur constatation. Le savoir ne part pas de la vérité, il y va ; et quand l’histoire des sciences maintenant développées nous ramène vers les raisons fallacieuses et les mesures grossières qui ont conditionné leurs premiers progrès, celles-ci nous apparaissent moins comme des preuves que comme des raisons d'affirmer. Nous utiliserons donc les chiffres de l’enquête d'Heymans et de Wiersma, en les discutant quand il y aura lieu, en les accompagnant toujours
20 L'INTENTION DE MENTIR de la réserve explicite ou implicite qu’ils réclament confirmation (1).
b) Les réponses de l’enquête sur l’hérédité ont été réparties par les dirigeants de l'enquête en huit classes, déterminées suivant trois propriétés fondamentales, dont la combinaison forme 8 caractères (2). Sans vouloir discuter ici toute la question qui est importante et délicate, j'écarterai rapidement les objections qui ont été présentées contre la possibilité même de caractères. Ce sera le moyen de préciser en quel sens nous pren-. drons cette notion :
19 À qui d’abord entend les caractères comme des espèces entre lesquelles il y aurait discontinuité, il est possible d’objecter, comme le fait G. Poyer dans son examen critique des Problèmes généraux de l’hérédité psychologique (3), que les propriétés psychologiques, sinon toutes, du moins pour la plupart, varient continûment d’une personne à l’autre. — Mais justement la classification de l’école de Groningue suppose que les hommes coïncident par les mêmes dispositions, mais diffèrent par le degré suivant lequel ils les possèdent ; et nul ne peut le nier, puisque cette gradation peut comprendre jusqu’au zéro (4). Si, de plus, il n’est pas invraisemblable que leur conjonction dans une même nature produise des effets différents, mais déterminés, suivant que chacune d’elles est prise au plus haut ou au plus bas degré ou entre les deux, on pourra définir des caractères qui, pour ne fixer que des niveaux de fluctuation, n’en seront pas moins importants à connaître.
(1) En d’autres termes, quiconque a le sentiment que la morale restera vague, tant qu’elle ne s’adaptera pas à l'individu auquel elle se propose, recourra à l’éthologie. Faut-il attendre que celle-ci soit constituée définitivement ? Elle ne le sera jamais, car la réalité nous apparaît comme d’autant plus compliquée que nous la connaissons mieux. En outre, elle ne le serait jamais au point où elle peut l’être, puisque son progrès ne peut résulter que de l’utilisation et de la critique de ce qu’elle est maintenant. Il faut donc commencer la morale positive tout de suite, en partant des documents qu’on a, quoi qu'ils vaillent. Après plusieurs années d'expérience, les documents de l’école de Groningue me paraissent sérieux.
(2) G. Heymans et E. Wiersma. Beiträge zur speziellen Psychologie auf Grund einer Massenuntersuchung in Zeitschrift für Psychologie und Physiologie der Sinnesorgane, 1909, 1t8 Abt., vol. 51, p. 45 sqq.
(3) G. Poyer. Les problèmes généraux de l'hérédité psychologique, Paris, Alcan, 1921, p. 168 : « On peut bien décrire certains groupements particuliers des traits psychiques, mais entre ces groupements et les voisins, il n’existe pas de délimitation nettement marquée. On trouve au contraire de nombreux intermédiaires. »
(£) G. Heymans. La Psychologie des Femmes, Paris, Alcan, 1995, trad. franç., p. 3.
20 G. Poyer s'élève contre l’erreur « d'établir une analogie quelconque entre la classification des espèces et la classification des esprits (1) ». Ou les espèces ne se croisent pas, ou elles ne se croisent que très rarement ; au contraire, l’espèce humaine est mêlée. — L’avertissement est justifié. Il faut séparer parenté biologique et ressemblance éthologique. Cela ne supprime pas la question : est-il possible de reconnaître entre des individus humains, indépendamment de tout rapport de filiation et de toute préoccupation d’hérédité, des traits communs tels que par eux-mêmes ou par leur conjonction ils entraîneraient des ressemblances de comportement ? Quiconque cherche à connaître les hommes le suppose. À chaque instant, nous réglons notre action envers les autres et envers nous-même en impliquant la croyance qu’une nature durable, capable de résister au moins Jusqu'à un certain point aux actions externes, les ou nous dispose à réagir, sinon par tel acte singulièrement déterminé, du moins de telle manière plus ou moins générale, Avant de le nier, 1l faut bien penser à ce qu’on va nier; car st les faits, qu’observe la psychologie analytique, fonctionnelle, sont attachés à des personnalités dont l’hétérogénéité serait radicale, la mobilité incessante et complète, nous devrions abandonner l’espoir de toute psychologie scientifique. Nous admettrons donc qu'il y a des « espèces psychologiques », mais dans l’emploi de cette expression, nous ne prendrons jamais € espèce » au sens que ce mot reçoit dans « espèces végétales et animales ». Elle ne signifiera que « classe logique, homogène », comme dans « espèces chimiques ».
30 G. Poyer reprend contre la possibilité d’une morphologie et d’une systématique en éthologie, l’argument tiré de la doctrine et des succès du mendélisme (2). Il faut avouer que si toute personnalité n’est qu’une juxtaposition de propriétés indépendantes extrêmement nombreuses, toute classification des caractères doit être vaine. — Mais, d’abord et encore une fois, l’atomisme absolu, associé à la multiplication des natures d’atome, nierait toutes lois plus ou moins profondes de liaison et par suite,
(1) G. Poyer, op. cit., p. 168 bas.
(2) G. Poyer, op. cit., p. 169.
toute psychophysiologie. Ce n’est pas possible, car ne serait-ce qu'à cause de la grossièreté de nos moyens d’appréhension, beaucoup de ces atomes doivent se confondre pour nous dans l'apparence d’une même nature et les caractères qu'ils déterminent identifier relativement les individus qui les possèdent. En outre, des déterminants isolés, même soumis aux lois mendéliennes, peuvent se manifester de plusieurs manières, comme une maladie par plusieurs symptômes. Cela suffit pour qu’une classification soit autorisée (1). Supposons qu’un type humain soit défini par 8 de ces propriétés indépendantes et comme telles fondamentales : elles composeront, suivant qu’un individu les possédera à un degré supérieur ou inférieur à la moyenne, 2°— 256 sous-types de repère, par rapport auxquels se situeraient des milliers d'hommes. L’essentiel est de reconnaître ces éléments, de préciser leurs symptômes, de rechercher, avec les ressources de la méthode expérimentale, quels modes synthétiques de comportement résultent de chacun d’eux et de leur groupement à deux, à trois... à n. Certes, cette classification sera toujours sujette à revision et à amélioration, en compréhension puisque les propriétés fondamentales se préciseront avec la recherche, en extension puisque leur nombre pourra s’accroître. Même d’autres propriétés tout à fait différentes serviraient à définir de nouveaux types ; mais ces types seraientils encore des types humains ?
4° Beaucoup d’opposition diffuse à l’éthologie procède d’une inspiration contraire, on peut dire bergsonienne. L’atomisme mendélien est un mécanisme ; on insiste au contraire sur la mobilité et l’individualité de la réalité psychologique, on craint qu’une classification des caractères ne soit possible que par un durcissement de la conception de la vie mentale. — Cette crainte est légitime : il ne faut pas traiter les principes du caractère comme des choses dont un mécanisme, où ne serait plus la vie
(1) Nous céderons d’ailleurs à la valeur relative de l’objection en distinguant en toute occasion une aptitude pure et le surcroît positif et négatif qu’elle reçoit de sa rencontre avec les autres aptitudes. La véracité pure pourra par exemple être si grande chez tel horame qu’elle l'emporte sur les dispositions les plus défavorables du reste de son caractère ; mais à ce taux elle devra être exceptionnelle. Ce que nous étudierons, ce ne seront donc pas les variations individuelles de la véracité pure, maïs l'influence que les autres dispositions exercent généralement sur elle pour l’atténuer ou la renforcer.
ou la volonté, suffirait à déterminer les déplacements (1). Mais on peut les tenir pour des lois de réaction, ouvrant des directions devant l'individu, conditionnant ses actions, mais sans se substituer au vouloir, qui choisirait comment les appliquer. La psychologie apprendra, comme la physique, à user suivant l'opportunité de principes antithétiques. Il y a assez peu de temps, l’atomisme paraissait destiné dans la science de la matière à s’efflacer devant l’énergétisme, le dynamisme, le continuisme, le relativisime. On sait avec quelle reprise de vigueur il a renouvelé son efficacité dans la physique contemporaine. Les doctrines abstraites ne sont que les aspects d’une réalité qui les déborde toutes. Cela ne peut pas être moins vrai en psychologie qu'ailleurs. Comme en toute science, 1l y faut tantôt céder, tantôt résister à l’individuel. A ne jamais résister, la caractérologie se dissoudrait en monographies et en portraits ; à ne jamais céder, elle appauvrirait ses schémas, au lieu de les compliquer et de les multiplier (2).
(1) L. Brunschvicg, in Le Progrès de la conscience dans la Philosophie occidentale, Paris, Alcan, 1927, t. II, p. 474, y réfute définitivement la conception de la psychologie synthétique, qui lui proposerait pour objet un déterminisme fermé. Par des lois éthologiques comme par toutes autres, on ne peut légitimement entendre que les moyens d’un développement de conscience, qui choisit entre elles et les combine d’une manière toujours originale. :
(2) On pourrait nous demander pourquoi nous avons préféré comme cadre de cette étude la classification éthologique d’Heymans et de Wiersma à toute autre. Voici les quatre raisons :
49 Aucune ne fournit d'indications aussi nombreuses sur les divers caractères qu’elle. Ces indications quantitatives ne seraient-elles pas toujours exactes, elles sont précises. Il n’y a que ce qui est précis qui puisse être scientifiquement vérifié ou démenti. Dans la psychologie concrète de l'Allemagne contemporaine, dans les travaux de Freud, Adler, Klages, d’autres, on trouve des systèmes qui cherchent à comprendre la psychologie humaine à partir d’un ou de plusieurs mouvements essentiels de l'esprit (le refoulement, la compensation, etc.). Tous sont vrais en tant que tel mouvement est réel, faux en tant qu’ils exagèrent sa portée. De toutes ces vies « romancées », la série pourra s’allonger indéfiniment. Précieuses en tant qu’elles renouvellent la réflexion des psychologues, elles font aussi désirer des points d’appui de nature quantitative comme ceux que fournissent Heymans et Wiersma à l’éthologie;
20 C’est la seule qui, depuis une dizaine d’années, m’ait rendu des services souvent répétés, dans la connaissance des personnes avec qui je vis et notamment de mes élèves ;
3° Elle intègre ce qu'il y a de meilleur dans les autres classifications. Nous le vérifierons à l’occasion. Heymans a montré lui-même sa coïncidence avec la doctrine des quatre constitutions humorales (mélancoliques : ES, flegmatiques : nES, colériques : EP, sanguins : nEP). La plus récente, celle de Delmas-Boll (A. Delmas et M. Boll. La personnalité humaine, Paris, Flammarion, 1925, p. 54), coïncide avec elle par l’activité et l’émotivité ; ce qu’elle y ajoute y est ajouté également par H. et W. en tant qu'ils
Nous ne prolongerons pas ces observations de méthode. Elles étaient indispensables, elles ne peuvent être suffisantes, La possibilité d’un savoir se prouve à ses succès.
considèrent la nature des tendances. Mais elle n’est guère appuyée de vérifications statistiques ou biographiques";
49 En ne retenant que des dispositions susceptibles de degré, elle respecte la continuité qui relie les caractères.
La question 63 de l'enquête sur l’hérédité porte sur la véracité (1). Elle se subdivise en quatre parties, dont on peut rapprocher plusieurs autres questions de l’enquête. Les réponses qui se rapportent à la première de ces quatre parties : Est-il parfaitement digne de foi ? ont été classées suivant les 8 caractères. Voici pour chacun d’eux le pourcentage des sujets considérés par les répondants comme « parfaitement dignes de foi » :
Pour 100
Non-émotifs inactifs à fonction primaire (nEnAP : amorphes).…. 49.
Non-émotifs actifs à fonction primaire (nEAP : sanguins)... 53,7. Non-émotifs actifs à fonction secondaire (nEAS : flegmatiques). 85.
Émotifs inactifs à fonction primaire (EnAP : nerveux)... 32,8. Émotifs inactifs à fonction secondaire (EnAS : sentimentaux). 61,1 Émotifs actifs à fonction primaire (EAP : colériques)..……. 40,5 Émotifs actifs à fonction secondaire (EAS : passionnés)... 713,4.
Il importe de remarquer :
19 Que les répondants, des médecins, ont répondu indépen-
damment les uns des autres ; 20 Qu’ignorant la classification d'Heymans et de Wiersma, faite sur leurs réponses, ils ne pouvaient en subir la suggestion ;
(1) G. Heymans et E. Wiersma, Beitr. z. sp. Psy. Z. f. Psy. u. Phys. d. S., vol. 51, p. 18 (nous renverrons désormais à cet article par les lettres B.s.P.). On trouvera en appendice le tableau des pourcentages aux questions 60-63 qui se rapportent plus ou moins directement à la véracité (Ann. I, pp. 336-7).
30 Que la question 63 n’est pas intervenue dans la répartition des 2.523 psychographies entre les huit classes.
Le premier chiffre qui frappe dans ce tableau, c’est l’attribution nette du minimum aux EnAP. Un tiers seulement d’entre eux (précisément 32,8 pour 100) sont jugés véraces par des observateurs cultivés, habitués au diagnostic. Ce résultat est appuyé par un autre. La quatrième partie de la question 63 portait : « Est-il menteur ? » Les témoins ont répondu avec précaution en estimant que la question était grave, car la catégorie la plus désavantagée n’atteint qu’à 11,5 %,. C’est encore la catégorie des EnAP. Après elle, la catégorie qui compte le plus de menteurs, la catégorie voisine des amorphes, n’atteint qu’à 7,1 %, : la dénivellation est sensible.
Pour préparer l'intelligence de ce fait, rappelons ce que signifient E, A, P ous.
E (1), l’émotivité est l'intensité de l’ébranlement produit chez un sujet par une excitation et connu par l'intensité de sa réaction, Des mesures physiologiques permettraient d'apprécier certaines formes de cette réaction ; mais si l’éthologie ne se confond pas avec la physiologie, elle doit tâcher de saisir un fait central, global et primitif, dont les réactions, manifestées ici ou là dans l’organisme, ne sont que des dérivations déjà localisées. C’est à ce fait que se rapporte le jugement du témoin qui désigne celui qu’il observe comme émotif. L’intensité d’une perturbation affective chez un sujet dépend de circonstances externes et internes ; mais on peut distinguer une aptitude générale, des spécifications qui l’orienteront vers telle
(1) H. et W., B.s. P., p. 40. Cf. G. H. Psy. des F., préf., p. x.
Abréviations et terminologie : E : émotif ; nE : non émotif; de même À : actif; nA : non actif ; R : retentissement ; P : primaire ; S : secondaire ; L : à conscience large ; nL : à conscience étroite. Pour représenter grossièrement les divers caractères, on peut coter de 1 à 9 chacune des aptitudes, en donnant 5 à l’aptitude moyenne. Par exemple, l’homme parfaitement moyen est un 555. Pour plus de précision, nous distinguerons, quand ce sera indispensable et possible, les caractères pour lesquels les diverses aptitudes se tiendront en deçà ou au delà de la moyenne sans s’abaisser en deçà de 2,5 ct sans s'élever au delà de 7,5, par le préfixe sous. Ceux au contraire pour lesquels les aptitudes sont extrêmes, par exemple si inactifs que l’activité est inférieure à 2,5 ou si actifs qu’elle est supérieure à 7,5, seront dits sur, ici surinactifs, ou suractifs. Un sentimental surémotif, surinactif, sous-secondaire, aura donc pour symbole, par exemple 816. Dans ces symboles, l’ordre des lettres et des chiffres sera toujours émotivité, activité, retentissement, puis, éventuellement, largeur du champ de conscience (L), tendance analytique (An), sexualité (Er), égoïsme (Eg). ë
ou telle fin spéciale, Il en résulte que deux hommes peuvent réagir également à une même excitation, bien que leur émotivité générale soit inégale. Supposons par exemple que l’émotivité générale d’un sujet puisse être exprimée par la valeur 3; d’après les tendances spéciales qui la déterminent, cette valeur 3 sera multipliée par un coefficient de spécialité qui l’accroîtra ou la diminuera suivant qu’il sera supérieur ou inférieur à 1. Pour fixer les idées, supposons qu’à cause d’une tendance T, l’émotivité générale E soit, dans telles circonstances concrètes qui promettent satisfaction à la tendance T ou la menacent de déception, multipliée par le coefficient 1,25, l’émotivité deviendra 3,75. Elle prendrait la même valeur chez un autre sujet, pour lequel E égalerait 3,75 et T égalerait 1.
Le difficile sera donc de dissocier les composantes de l’émotivité manifestiée et d’y reconnaître précisément ou grossièrement l’'émotivité générale. Ce doit être possible, puisque, dans la vie courante, nous ne nous comportons pas de la même manière envers les gens que nous jugeons excitables et ceux que nous jugeons froids. Dans l’intuition, il y a des raisons : la science n’a qu’à les dégager. Nous usons de trois critères :
19 Le premier, c’est la constance de l’émotivité. Quelqu'un qui réagit plus vivement que la moyenne des hommes à tous les événements, quelle que soit leur nature, qu’ils soient graves ou, souvent de l’aveu même de celui qui réagit, insignifiants, est considéré par nous comme généralement émotif. Il y a donc avantage à se porter vers une fonction ordinaire de la vie psychologique pour y reconnaître les signes de l’émotivité générale. L’une des plus commodes à étudier est le langage parlé ou écrit. On peut distinguer abstraitement deux langages. Par le langage émotionnel, le sujet parle pour satisfaire des tendances, par le langage intellectuel, pour produire des effets objectifs. Si je dis : « Hélas ! », langage émotionnel; si je dis : « Le livre est là-bas » à quelqu'un qui le cherche, langage intellectuel. Les deux ont leur finalité, mais directe dans le langage émotionnel, indirecte dans le langage intellectuel. Chacun de nous emploie les deux langages, mais suivant des degrés inégaux, et il reste que le style de Pascal est chargé d’une émotivité qui manque à celui de Kant. Une stylométrie éthologique en étudiera les composantes.
28 LA LOI ÉTHOLOGIQUE DÜU MENSONGE
20 Pour reconnaître l’émotivité générale, le mieux est d'éviter les circonstances où une excitation intéresse une ‘tendance profonde. L’incendie émeut tout le monde. Il y a donc avantage à étudier la réactivité d’une personne dans des circonstances sans gravité (1). C’est la question 9 qui a principalement servi à Heymans et Wiersma pour départager les émotifs des autres. Il y faut sans doute quelque précaution. Car tout le monde définit l’insignifiant en fonction de ses propres tendances. Il y a donc avantage à confronter ce que nous pensons de lémotivité générale d’un sujet avec la détermination de ses intérêts importants. La confrontation est délicate ; mais, ici comme dans toute autre science, la convergence de plusieurs résultats accroît leur probabilité. Cette convergence est d'autant plus précieuse à obtenir que l’éthologiste, qui cherche à reconnaître une propriété fondamentale, est exactement dans la situation du médecin qui cherche à diagnostiquer une maladie
Do ne ER TT nn
M par l’analyse de ses symptômes, MAB, CM, DMEF, etc. Le symptôme MAB peut manquer, puisqu'il faut que À et B s’ajoutent à M pour le constituer. Son diagnostic résultera donc d’une intuition synthétique, où quelques faits CM, DMEF seront présents à sa conscience claire, mais elle les débordera en impliquant les conclusions subconscientes qui proviennent d’une familiarité très grande avec beaucoup de cas de la même maladie.
30 À ces critères, on peut ajouter certains traits qualitatifs, qui, dans l’expérience quotidienne, révèlent à coup sûr un surémotif. À titre d'exemples, citons la traîne, par laquelle un grand chagrin, une forte colère prolongent leur expression au delà de l'événement qui la rend objectivement inutile ; le ricochet, par lequel cette émotion, une fois que l’objet qui l’a excitée cesse d’agir et de la justifier, se cherche un autre objet pour y trouver une nouvelle occasion d’expression ; les bavures, par lesquelles l'expression d’une émotion forte déborde l’objet même auquel elle se rapporte pour se répandre sur des objets annexes plus ou moins directement associés à l’objet principal,
(1) Maurice de Guérin, Journal, p. 124, «intensité de mes souffrances pour de petits sujets ».
comme s'il y avait impuissance du sujet à maintenir toute l'énergie libérée et dépensée sur la voie convenable à cause de la puissance de son émission (1).
Pour l’activité (2) dont nous ne rappellerons ici qu’un trait, il est important de ne pas confondre l’activité manifestée avec activité éthologique. Pour un objet également désirable, deux sujets également émotifs peuvent dépenser des quantités inégales d’action, parce que l’émotivité se gaspille, par suite de linactivité, dans plus de frottements, chez l’un que chez l'autre. Pour une quantité d’activité manifestée Q, À est en raison inverse de E. Les grands actifs seront des EA. Puisque la vitesse d’une locomotive dépend de sa puissance et de la pente de la voie, à puissance égale deux locomotives progressent inégalement vite sur des pentes inégales. Pour séparer l’activité de l’émotivité, il faudra observer un sujet en dehors des perturbations affectives.
La notion de retentissement (3) est définie comme l’a fait
(1) C£. H. et W. B.s. P., p. 40 ; H. Psyc. d. Femmes, préf., p. xvi.
(2) Pour éviter tout malentendu, il convient de ne pas confondre l’émotivité, qui n’est rien d’autre que la libération d’une énergie jusque-là accumulée dans le corps sous une forme aisément mobilisable, avec les aspects de l'émotion et de la tendance, qu'elle reçoit suivant qu’elle se rencontre avec l’inactivité ou l’activité. C’est un lieu commun de la psychologie affective depuis Kant que l’émotion est en raison inverse de la tendance. La théorie dite de la dérivation, de P. Janet, permet de le comprendre (cf. p. ex. in Traité de Psychologie de G. Dumas, Paris, Alcan, 1923, t. I, le chap. de P. Janet sur la tension psychologique, notamment p. 945). Quand l'activation d’une tendance ne peut se faire sans adaptation et que l'individu n’en est pas capable, les réactions désordonnées qui se produisent dans et par l’organisme constituent le contenu de l'émotion. Mais on voit ce que l’éthologie y ajoute. L'activité, en facilitant l’adaptation, contribue à changer l’émotivité en tendance. Elle travaillera sans être sentie, comme la soif chez celui qui va boire sans qu'aucun obstacle le gêne. Au contraire, l’inactivité, en contrariant l’action, amène le rebroussement du sentiment en émotion. Elle n’agit plus, elle est ressentie. Les EA font de leur émotivité une puissance motrice, les EnA une contemplation intérieure (cf. Malapert, Les éléments du caractère et les lois de leur combinaison, Paris, Alcan, 1897, p. 42 : l’opposition des émotionnels ct des passionnés). C’est ce qu’exprime le mot de l’EnAS Maine de Biran : « Il n’y a guère que les gens malsains qui se sentent exister. »
(3) O. Gross. Die cerebrale Sekundürfunktion, Leipzig, 1902. Cf. in Heymans, Psychologie des Femmes (trad. franc.), p. 288-290: les questions relatives à la fonction secondaire; p. 53: la définition de la f. sec. On trouvera les corrélations de la fonction secondaire dans l’art. H. et W.B. s. Psy., p. 40 sqq. S’il fallait prouver la valeur de la notion de retentissement pour la caractérologie, 1l n’y aurait qu’à citer le fait que cette notion,indépendamment, semble-t-il, de O. Gross et de l’école de Groningue, s’estimposée à l’esprit de M. Paulhan, à l’occasion des faits qu’il a groupés sous le nom de « présentisme », puisque le présentisme est chez lui à peu près l’équivalent de « primarité ». Il y a dans l’éthologie contemporaine assez de ces rencontres pour autoriser la foi dans son objectivité.
son inventeur, O. Gross. La fonction primaire d’une représentation est l’ensemble des effets physiologiques et psychologiques de cette représentation pendant qu’elle occupe le champ de la conscience claire. Ceux qu’elle produit, quand elle est tombée dans la subconscience, constituent sa fonction secondaire. L’'inégale prépondérance de l’une des deux fonctions sur l’autre permet de répartir les hommes en primaires et en secondaires. Il ne faut pas confondre la secondarité avec la mémoire, qui suppose en outre une analyse clairement consciente. Si l’on veut croire que la subconscience conserve toutes les expériences passées, tout se passe comme si elle les conservait à différents niveaux ou, si l’on préfère, à différentes distances du foyer de la conscience, d’où leur efficacité se ferait inégalement sentir. De même que l'efficacité chimique d’une illumination est directement proportionnelle à l'intensité de la source lumineuse et inversement proportionnelle au carré de l'éloignement, l’efficacité d’une représentation dépend de la nature et des circonstances de la représentation même, mais aussi de la secondarité générale du sujet chez qui elle se produit. Des impressions, douloureuses ou joyeuses, chez un émotif secondaire, constitueront des événements d’une importance capitale pour lui, par l'influence qu’elles exerceront sur toute sa vie.
D’après ces indications, le premier fait que nous propose la documentation recueillie par G. Heymans et E. Wiersma, c’est que la véracité est le moins fréquente chez les nerveux, c’est-à-dire chez les gens à secondarité inférieure à la moyenne, à émotivité supérieure à la moyenne et à activité inférieure à la moyenne. On peut appeler les nerveux, des hommes du type byronien, à condition qu’il soit bien entendu que, pour la définition de ce type, nous faisons abstraction de toutes les propriétés, fondamentales ou dérivées, qui se sont ajoutées aux éléments de la définition du nerveux, pour spécifier le type byronien dans l'individu Byron.
Aucun fait n’est scientifique tant qu’il reste isolé. Voyons donc : 19 Sr celui-ci peut être relié à d’autres ; 2° dans ce cas, s’il est possible d'extraire analytiquement des rapports qui les unissent des rapports plus généraux qui leur confèrent l’intelligibulité. Nous pouvons d’abord renverser la formule EnAP :
nous obtenons nEAS, Si la relation, que le premier fait suggère entre le groupement EnAP et la mendacité, n’est pas qu’une coïncidence, le renversement de la formule doit engendrer le renversement des propriétés dérivées et par conséquent de la mendacité.
Revenons donc aux chiffres. Les nEAS, ou Les flegmatiques, comptent 85 % de gens « parfaitement dignes de foi». C’est nettement le maximum, puisque la catégorie la plus avantagée après eux n’atteint qu'à 73,4 %. La vérification est donc aussi nette qu’il est souhaitable.
Jusqu'ici, nous avons traité le groupement EnAP comme un tout. — Il est en effet vraisemblable que certaines propriétés dépendent des éléments d’un groupement psychologique ;. d’autres, du groupement entier. Dans la chimie organique, dont l’analogie avec ces recherches s’impose à l'esprit, certaines propriétés varient d’un corps à l’autre, suivant le nombre de fois que leur formule compte un élément donné, simple ou complexe, mais d’autres propriétés sont spéciales à tel corps. Il peut en être de même en éthologie.
Ici nous ignorons encore si toutes les composantes de EnAP influent sur la véracité. Faisons-les donc varier successivement. Si les résultats de l'enquête sur l’hérédité ne sont pas arbitraires et si chacune des composantes de EnAP défavorise la véracité, la véracité doit devenir plus fréquente toutes les fois que nous passons de la classe définie par le groupement EnAP à une autre classe, dont la dénomination ne diffère de EnAP que par un élément.
Les chiffres correspondent exactement à cette hypothèse :
Fréquence de la véracité
pour 100 PAPA EAP loutre 32,8 à 40,5 PaAPras nil en TEE 32,8 à 49 EnAP”a PnAS:. ARS 32,8 à 61,1
Appliquons le même raisonnement à d’autres formules que la formule minimale EnAP (1); mais en procédant toujours de
{1) Dans ce tableau, nous n’avons laissé de côté que la formule des nEnAS dans son rapport avec celles des nEAS et des EAS, parce qu'elle appelle une discus-
la formule la plus voisine à la formule la moins voisine de
EnA P : ;
EAP'4 BAS SAT SRE 40,5 à 73,4 EAP à nEAP..... RUE = ie 40,5 à 53,7 nEnAP à nEAP:2. eue 49 à 53,7 nEnAP à nÉRASN ENST 49 à 62,8 EnAS à nEnAS..... Arr : 61,1 à 62,8 EnAS a AS Rue uen : 61,1 à 73,4 EAS à nEAS...... NUE +. 73,4 à 85
Les résultats sont encore aussi réguliers qu’on peut le souhaiter,
$ II. — L’ÉNoNCÉ DE LA Lot
Nous pouvons maintenant construire sur le fait initial comme sur un fondement solide : c’est le premier d’une théorie scientifique du mensonge. Les chiffres que nous venons de reproduire conduisent à un second. Calculons l’augmentation de la véracité relativement aux trois propriétés fondamentales qui servent à définir les EnAP : des EnAP aux EAP, aux nEnAP et aux EnAS :
Suivant l’activité, l’augmentation est de 23,5 %.
Suivant la non-émotivité, l'augmentation est de 49,4%.
Suivant la secondarité, l'augmentation est de 86,3 %.
D’après ces résultats, la croissance de l’activité est moins favorable à la véracité que la décroissance de l’émotivité qui l’est moins elle-même que la croissance de la secondarité.
Est-il possible de passer de cette hiérarchie qualitative d’influences à la détermination précise de facteurs, 1, &, p, qui permettraient de formuler une fonction
V=C+ne+aa<+epr
sion (cf. p. 35 sqq). Mais nous pouvons, jusqu’à nouvel ordre, faire abstraction du résultat de cette discussion, car en éthologie, où les circonstances qui peuvent intervenir pour compliquer un phénomène sont extrêmement nombreuses, une majorité
-de cas favorables, voisine de l’unanimité, possède un pouvoir de convaincre, qui ne peut guère être surpassé.
dans laquelle V définirait un coefficient de véracité, e l’émotivité, a l’activité, r la force de la fonction secondaire ou le retentissement des représentations ? Nous le tenterons au moyen du biais suivant. Décidons d'évaluer l’activité, l’émotivité et la secondarité moyenne, par 50, avec l’espoir que toutes les valeurs de ces propriétés prises au-dessus et au-dessous de la moyenne s’enfermeront entre 100 et 0. Les sujets dits actifs, émotifs, secondaires doivent posséder une activité, une émotivité, une secondarité supérieures à la moyenne, située entre 50 et 100, comme les inactifs, les non-émotifs, les primaires, se tiendront pour chacune des propriétés entre O0 et 50. À l’intérieur de chacune des catégories, l’individu moyen possède une activité, une émotivité, une aptitude au retentissement symétriquement égales. pour la catégorie inférieure, à 25, la catégorie supérieure, à 75. Par exemple, s’il y a parmi les EnAP, un homme identique à la moyenne, il sera, dans l’ordre des lettres du symbole, un 75 + 25 + 25.
Quant à la véracité, nous raisonnerons pour elle comme pour les aptitudes conditionnantes. Si la fréquence de la véracité est parmi les EnAP de 32,8 %, nous déciderons de dire que l’aptitude à la véracité chez le nerveux moyen est mesurée par le chiffre de 32,8. Sans doute G. Heymans observe justement qu’une moyenne n’est pas une abstraction (1). La trilatéralité du triangle est une abstraction : elle se retrouve dans tout triangle. Le taux de 32,8 est un rapport d’extension qui convient à la classe des nerveux quand on les distribue en véraces et non-véraces, ce n’est pas un élément de la compréhension du nerveux. Mais de même qu’un dé tombe en moyenne 4 fois sur 6 sur l’une de ses faces parce qu’il a 6 faces, nous croirons que le nerveux moyen réagit de façon à se faire appeler vérace 32,8 fois sur 100, parce que sa véracité est de 32,8. Toute mesure physique faite avec précision change avec les expérimentateurs ; quand on aura déterminé un chiffre au moyen du calcul des probabilités, on n’hésitera pas à l’objectiver, ce qui veut seulement dire qu’on l’affirme du concept considéré. Les faits scientifiques comme les lois sont des vérités statis-
(1) G. Heymans, La Psychologie des Femmes (trad, franç.), Paris, Alcan, 1925, p. 10.
tiques et G. Heymans, après avoir préventivement distingué entre moyenne et abstraction, objective par exemple l’émotivité de la femme moyenne.
On peut exprimer les mêmes postulats en d’autres termes. Ce qui doit être vrai, comme élément de la compréhension du concept d'homme, c’est sous réserve de sa confirmation empirique, la nécessité éthologique V = f (e, a, r). Si chez un homme, les valeurs e, a, r exprimées en fonction de l’échelle quantitative choisie ci-dessus, entraînent en vertu de cette loi une valeur de V, égale à 32,8, cet homme doit être un nerveux moyen. Ou encore, pour un homme à caractère défini et constant, c’est tout un d’avoir une véracité égale à 32,8 et de provoquer au cours d’uneinfinité de jugements, prononcés par un observateur moyen sur sa véracité, 32,8 jugements sur 100 la lui attribuant. Le jugement de véracité est une relation entre celui qui est jugé et celui qui juge ; et à condition que celui qui juge puisse s’accorder et maintenir son accord ultérieurement avec lui-même et autrui, il a le droit de transformer son jugement de relation en un jugement d’inhérence, où l’autre est sujet, comme nous faisons quand nous affirmons que le feu chaufte.
Pour éviter toute difficulté, nous admettrons que le nerveux moyen n’est qu’un être de raison, comme au reste l’ammonium ou le pendule. On peut considérer toute cette étude d’abord comme un roman logique ; elle prendra une valeur réelle, s’il est possible, après l’avoir construit, de reconnaître un certain nombre de points où il coïncide avec l'expérience pour en permettre l’utilisation et plus profondément l'intelligence. Dans l'incertitude où persiste la psychologie, toute voie susceptible d’en permettre la quantification, où elle est possible, doit être essayée. Qui ne tente rien, n’a rien. Il reste néanmoins de la distinction entre les deux énoncés indiqués, la conclusion indiscutable qu’on n’a pas le droit d'appliquer à une personne réelle ce qui aura été attribué au nerveux moyen, sans avoir emptriquement reconnu que cette personne lui correspond exactement. Cette reconnaissance faite, le transfert sera légitime.
Conformément à ces conventions, nous pouvons calculer la fonction V:
À partir de cette formule, dans l'établissement de laquelle les chiffres empiriques ne sont intervenus que pour fournir trois coefficients, calculons la véracité des 8 caractères. Nous obtenons le tableau suivant :
Tasreau I
Chiffres Chifires théoriques empiriques
Flegmatiques........... 85,75 85 Apathiques........... ee 78,25 Pañsionnés.:....,..2. 70,75 73,4 Apathiques......,....... 62,8 Sentimentaux........... 63,25 61 ,1 SRE en nes oc 59:70 D3,7 at I DE 48,25 49 Colériques:... :......... 40,75 40,5 PRE. à 33,29 32,8
Examinons ce tableau. Si nous réservons le cas des apathiques, la concordance entre les deux séries de chiffres est aussi satisfaisante qu’on peut le désirer en une matière aussi complexe. Il l’est encore que, dans les deux colonnes, tous les primaires soient inférieurs à tous les secondaires pour la véracité. Si même c’est la théorie qui a raison contre l'observation statistique au sujet des apathiques, le parallélisme entre la hiérarchie des primaires et celle des secondaires est strict, puisque le rang qui appartient à chacune des espèces de primaires dans l’ensemble des primaires, est le même qui revient dans l’ensemble des secondaires à l’espèce ne différant de l’espèce considérée que par la secondarité :
flegmatiques - sanguins ; apathiques - amorphes ; passionnés - colériques ; sentimentaux - nerveux.
Mais le chiffre des apathiques proteste à la fois contre ce parallélisme et contre la parfaite concordance des deux séries ; il faut donc l’examiner avec soin. On pourrait résoudre cette divergence en respectant le chiffre empirique sans contester la valeur générale de V qui est au principe des chiffres théo-
riques. Il n’y aurait qu’à supposer qu’une action propre au groupement nEnAS, ignorée par la loi de V, vienne abaisser la véracité des apathiques, comme nous en avons plus haut supposé la possibilité générale. Mais il faudrait avérer par ailleurs cet effet syncrétique, et faute de le pouvoir, il est illégitime d’alléguer cette explication qui reste indéterminée. Sans doute, pour d’autres propriétés (q. 25 : viser le lointain; q. 26 : conformité de la conduite et de l’action) des anomalies comparables se présentent puisque pour ces deux propriétés les passionnés l’emportent sur les apathiques (1). Mais dans ces deux cas, les colériques l’emportent aussi sur les amorphes, et l’on est autorisé à conclure que le groupement EA collabore avec la fonction S pour renforcer ces qualités. Ici, rien de pareil. Les colériques sont à une distance sensiblement égale des nerveux et des amorphes. Nous ne voyons donc aucune raison théorique de ramener les apathiques en deçà des passionnés. J’ajouterai que les deux seuls apathiques dont j'ai eu l’occasion d’esquisser la psychographie étaient d’une véracité élevée, dont les louaient même les gens qui blâmaient en eux d’autres défauts graves.
Au contraire, il y a deux raisons de penser que le chiffre empirique doive être corrigé. La première est le fait que, parmi toutes les catégories considérées par les enquêteurs, celle des apathiques est la moins nombreuse et absolument peu nombreuse : 94 sur 2.523. C’est diminuer considérablement la probabilité du chiffre qui se rapporte à eux : les enquêteurs ont en effet calculé combien de fois il est plus probable que les chiffres indiqués expriment une corrélation de la force correspondante qu’il n’y en ait aucune. Pour cette propriété, le résultat du calcul donne :
pour les apathiques, la probabilité très faible de 1,03, tandis qu’elle atteint :
pour les nerveux, la probabilité très forte de 951 trillions (951 billions allemands) ; |
pour les passionnés, la probabilité assez forte de 248 mille ;
(1) Q. 25, viser le lointain : apath. 39,4 ; pass., 52,8 ; am., 9, 2 ; col., 17,1. — Q. 26, conformité de la conduite et de l’action : apath., 72,3 pass., 83,8 ; am., 36,7 ; col., 39,7.
pour les flegmatiques, la probabilité très forte de 2 sextillions (2 mille trillions allemands). Par conséquent, il est possible de croire que le chiffre tiré de l'enquête sur les apathiques doive être corrigé sans douter de la validité générale de l'enquête.
La seconde raison est la force même des considérations enveloppées dans la loi théorique. Tous les faits plaident en faveur de la conclusion que l’activité sert moins la véracité que l’émotivité ne la dessert ; quand on passe des flegmatiques aux passionnés, l’émotivité croît ; quand on passe des flegmatiques aux apathiques, l’activité décroît (1); des deux catégories, d’après ce qui vient d’être dit, la plus atteinte doit être la première et par suite, la véracité des passionnés doit être inférieure à celle des apathiques, ainsi que celle des colériques (40,5), à celle des amorphes (49), comme le vérifient les chiffres empiriques eux-mêmes. C’est ce que soutient l'échelle théorique qui les place à distance égale des flegmatiques et des passionnés.
On peut alléguer une autre raison, moins forte en ce qu’elle ne s’exprime pas rigoureusement, mais n’en ayant pas moins une valeur. Beaucoup de faits suggèrent la ressemblance des plus émotifs des passionnés avec les nerveux, au moins pour certaines propriétés. On peut le vérifier en s’aidant d’un tableau établi par Heymans et Wiersma (2) : ils ont réparti les émotifsactifs à fonction secondaire en deux groupes suivant que leur émotivité était signalée comme forte ou comme très forte, et ils ont déterminé la fréquence de quelques propriétés pour les deux groupes. De même qu’ils comparent les moins émotifs des EAS avec les flegmatiques, confrontons les plus émotifs avec les nerveux.
Voici les résultats fournis par le tableau ainsi complété (3) :
(1) Cf. une observation d’apathique in Malapert, Les éléments du caractère et les lois de leur combinaison, Paris, Alcan, 1897, p. 210.
(2) H. et W. B.s. P., tabloau VIII, p. 67.
(3) Des tableaux comme celui-ci, où diverses propriétés, dont l'attribution aété faite indépendamment par les répondants, varient continûment et parallèlement, nous paraissent les meilleurs arguments en faveur de la crédibilité de certains résultats de l’enquête.
Tagzeau II
EAS | EAS flegma- | moins | plus \nerveux tiques | émotifs | émotifs
question 7, impulsivité.............. 12,8 | 36,1 | 66,7 | 78,2 — Se BAUER TS MR 57,2 148,9 | 29,2 | 23,4% — 89, impatience.............. 13,4 | 21,8 | 45,8 | 40,2 — 11, susceptibilité. ........... 21,4 147,1 | 75,0 | 68,4 — 1% "tolérance... te 87,7 184,1175,01692 — 9: CISTTACHION 1... 220 de 16,2:1-48,5 | 25,0: 47,1 — 52, esprit de domination. ...| 18,7 | 20,6 | 37,5 | 35,6
Il ressort nettement de ce tableau que la forte émotion des passionnés les éloigne souvent du type des flegmatiques vers celui des nerveux. Leur véracité ne doit-elle pas en souffrir ?
En effet, considérons parmi les passionnés historiques quelques-uns de ceux dont l’émotivité a été le plus célèbre : Marat, Michelet, Napoléon, le duc de Saint-Simon ne laissent pas l’impression que la véracité ait été une de leurs vertus dominantes. Mais tout ce qu’on observe du tort, que l’émotivité cause à la véracité des passionnés, est favorable aux apathiques qui sont froids. Voilà fortifiée la présomption qu’une statistique, étendue à un plus grand nombre d’apathiques, relèverait la fréquence de la véracité chez eux au niveau indiqué par notre chiffre théorique (1).
De tous ces faits, nous paraît ressortir l'indication approximative que l'influence de la secondarité sur la véracité est à celle de la non-émotivité, puis à celle de l’activité sensiblement comme 4 à 2 et à 1.
(1) L'étude du mensonge « pragmatique » nous ramène, p. 170, à cette question : elle suggère l’idée que la véracité empirique des apathiques aurait été abaissée parce qu'il serait plus difficile de distinguer les amorphes des apathiques que d’autres catégories voisines, de sorte que les observateurs auraient, pour certaines propriétés, pris, sans le savoir, des amorphes pour des apathiques.