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L'EFFET D'UN GROUPEMENT SUR LA VÉRACITÉ

dicteur, on devine, chez le sujet qui l’affirme, un effort de défense pour la maintenir envers et contre tout, comme s’il pressentait qu’à regarder les objections en face, il ne pourrait leur échapper: Dans cette réaction, joue la tendance, une de celles qui sont les plus importantes dans la vie humaine et dont aucune étude n’a encore été faite, à maintenir le genre et le rythme de vie qui correspond à l’éthologie du sujet ;

40 Ce qui pourrait corriger l’unilatéralité de l’opinion inspirée par la partialité d’un sentiment et permise par l’étroitesse de la conscience, c’est le souvenir des autres opinions qui pourraient contre-balancer la première. C’est pourquoi en général la secondarité favorise la justesse de l'intelligence, comme le montrent encore les nombres des questions 27, 20 et 28, 10, rangés, non plus en fonction de l’émotivité, mais en fonction

de la secondarité.

Q. 272 Q. 284 Q.27-2 Q. 284 Pi nerv.. 557. 21:9002254 Sesente Léo 40,7",89;8 COR Pa 35,4 29,2 | CCC CNE 718049 AM Ras 24,5%-90,0 ADecerieee . 46,8 48,9 RARE. se 43,2 49,5 festin... 108,070 L)T

La croissance d’un chiffre des colonnes de gauche au chiffre correspondant des colonnes de droite est sans exception.

Comment donc peut-il se faire que l’entêtement, qui ne peut aller sans compromettre l’objectivité de l'intelligence, se trouve favorisé par la secondarité ? C’est quand elle est unie à l’inactivité, comme le vérifient les réponses à la question 6, 30 (1). On comprend en effet que l’inertie de l’esprit, que l’inactivité favorise, entraîne le maintien des associations formées, surtout quand l'aptitude à l’analyse n’est pas assez forte pour en permettre la critique et la dissolution par la réflexion.

De ces faits, 1l paraît donc légitime de conclure que le centre de diffusion éthologique de l’ «esprit faux » est chez les EnASnL ; mais, si nous avons présenté cette affirmation comme une conséquence générale de la théorie, c’est que les catégories

voisines n’en peuvent pas être indemnes. Des EnAS aux EnAP, la fausseté d’esprit se primarisera : les affirmations passionnelles et unilatérales, de permanentes, deviendront successives ; mais cette fausseté à facettes sera moins irritante qu’une faus- . seté cristallisée, dont l’expression répétée dans les mêmes circonstances ne pourra pas ne pas frapper les assistants. Des EnAS aux secondaires actifs, la fausseté d’esprit pourra devenir plus dangereuse pour autrui à cause de ce que l’activité lui prêtera d'influence ; mais d’abord, en raison de ce qui a été dit, celle-ci tuent: en outre, elle irappera moins en raison de sa moindre se

Il va de soi que l’esprit faux, entendu comme l’adhésion, sinon définitive, du moins extrêmement sohde, du sujet à un jugement évidemment ‘partial pour l'esprit moyen n’est qu’un des défauts qui peuvent attemdre l'intelligence dans les divers caractères.

Dans cette étude rapide du défaut de véracité par partialité consolidée, c’est l’importance objective des jugements qui venait en considération. N’est pas moins intéressante l’importance subjective d’un jugement, son intérêt pour nous, son rapport avec nos tendances, c’est-à-dire ce fait qu’il rentre ou ne rentre pas dans l’extension des objets de nos aversions ou de nos attraits principaux. Aura plus de retentissement en nous, proportionnellement à notre émotivité et à notre secondarité, un événement intéressant qu'un autre. Ces événements, qui s’étalent entre le traumatisme affectif et la bagatelle que l’attention aussitôt éveillée déserte, peuvent se classer en deux groupes, les échecs et les succès aussi divers et nombreux d’ailleurs que peuvent l’être les tendances intéressées. Certaines personnes gardent beaucoup plus fortement le souvenir de ce qu’elles ont manqué ou souffert ; d’autres de tout ce qu’elles ont reçu d’agréable et de ce qu’elles ont réussi. Que la première disposition favorise le pessimisme, la seconde l’optimisme, on le voit tout de suite ; quelles conditions produisent le retentis-

sement des échecs, lesquelles celui des succès, c’est plus difficile à dire. Nous tâcherons de le déterminer sommairement.

Écartons d’abord la primarité. Que le primaire soit insouclant, d'humeur légère,

Question 16, 20 insouciant :

Moyenne secondaire, 26,5; moyenne générale, 44; moyenne primaire, 61,6 ;

Qu'il soit content de lui :

Question 47, 19 content de soi :

Moyenne secondaire, 30,5 ; moyenne générale, 39,7; moyenne primaire 48,8 ;

Rien d'étonnant, puisque l'avantage principal de la primarité est cette aptitude à l’oubli, cette renaissance perpétuelle qui, lorsqu'elle est associée à l’activité, elle-même renforcée par l’émotivité, devient un rebondissement, où la conscience garde toujours la souplesse d’une aisance non inhibée. Le groupement EAP équivaut à une fontaine de Jouvence.

Mais ici, où il s’agit du fort retentissement d’expériences heureuses et malheureuses, ce ne peut être que de secondaires qu'il s’agit. Pourquoi certains sont-ils pessimistes, d’autres optimistes ? Je crois que leur distribution, quand elle n’est pas faussée par l'expérience de malheurs objectifs supérieurs à la moyenne, dépend de trois facteurs :

19 L'activité. — Plus elle est forte, plus elle facilite la réaction aux événements au moyen d'idées.

Question 16, 19 anxieux et inquiet :

Moyenne nA, 32,75; moyenne générale, 30,75; moyenne A, 28,75.

Il y a au contraire dans la forte inactivité, une inertie qui livre aux événements, comme le prouve la supériorité de l’indécision chez les inactifs :

Question 8, 20 : indécision: M,, 50,65 ; Me 36,5 ; Ma 22,95. Si on objecte qu’elle livre aussi pu aux Fou heureux, je ferai observer que des événements deviennent ordinairement heureux où plus heureux, quand nous contribuons à les faire, puisque la finalité est le caractère essentiel de toute action consciente, et que, pour cette raison, les plus actifs doivent obtenir plus de succès que les moins actifs. Le travail ne serait pas si fortement recommandé par les moralistes s’il en était autrement,

LE SENNE., — MENSONGE. Fe

20 Le degré de l’émotivité. — S'il est vrai que le sentiment est une tendance, il doit toujours sortir de la conscience d’un manque et doit toujours par conséquent impliquer quelque douleur ou, si on veut limiter cette expression aux douleurs proprement nerveuses, quelque « désagrément ». Léger quand le sentiment sera faible, par exemple, dans la faim légère, il sera orave quand la faim deviendra forte. L’affaiblissement de l’émotivité doit rendre les besoins moins impérieux et atténuer l'inquiétude, comme le vérifient les réponses de la question 16.

Question 16, 19 anxieux et inquiet :

nE FRS Amorphes..:..... 13,3 Nervenx tire 28,7 Apathiques........ 34 Sentimentaux..... 54,9 SEnpuins.e..,. 1 12,6 Colériques......... 24,9 F legmatiques. RAS 0 Passionnés........ 47,7

L'augmentation est régulière d’une colonne à l’autre.

39 Il faut ajouter, je crois, à ce que l’enquête permet de saisir, l'importance de l'esprit analytique. En effet, celui-c1 est déjà favorisé par l’activité et la réduction de l’émotivité en général. Mais en outre, il est probable qu’à égalité d'activité, de secondarité et d’émotivité, celui de deux hommes pour qui la vie est le plus triste, est celui chez qui l'esprit d’analyse est le moins fort. Le pessimisme d’un philosophe doit être déjà moins douloureux que celui d’un homme qui ne l’est pas, puisqu'il doit trouver quelque consolation dans l’exercice de la pensée philosophique. Pour Lucrèce la philosophie épicurienne donne le bonheur ; et on a pu intituler un livre « l’Optimisme de Schopenhauer ».

Il y a des raisons très fortes en faveur de cette Here thèse :

19 L'intelligence est optimiste par nature, car elle peut se proposer l’un ou l’autre de deux objets. L’un est analyser, chercher la loi dans le fait. Mais, par cette analyse, elle détruit le fait et le dépouille de ce qu’il a, comme tel, d’affectif. Toutes les méthodes qui conduisent à l’ataraxie stoïcienne consistent à reconnaître la nécessité, c’est-à-dire la loi, dans le concret,

c’est-à-dire dans le fait. L'autre est organiser, construire plusieurs faits pour en constituer un ensemble harmonieux. Par cette synthèse, elle obtient la finalité. Dans un cas comme dans l’autre, elle dépouille le fait de ce qu’il a de fragile ou de ce qu’il a de limité. Par l’analyse, elle obtient le durable sur lequel nous pouvons nous reposer ; par la synthèse, elle exclut la contradiction qui nous déchirait. Toute notre vie consiste à résoudre des conflits pour parvenir à l’ordre, Aux conflits est attachée l’affectivité ; à l’ordre tend l'intelligence.

Particulièrement le passage de la perception à l’abstraction, de la jouissance ou de la souffrance du concret à l’analyse, entraîne un assoupissement de l’émotivité, toujours douloureuse en quelque degré, puisque même la jouissance cesserait

’être si elle était la satisfaction complète du désir. A l’inquiétude, l'intelligence substitue la pensée de l’objet. Certes, l’abstraction de cet objet fait sa froideur, mais dans une loi ou dans un ordre de lois, il y a une réalité où l'intelligence trouve son but. L’optimisme absolu, celui qui nie le mal est l’œuvre de penseurs froids, comme Leibniz, pour qui l’ordre des idées est une possession certaine, que la confusion du sentiment ne peut que compromettre.

20 Cette déduction est confirmée par de nombreuses expériences, objectives ou introspectives. Spontanément noustâchons d’atténuer la douleur d’autrui en assurant la domination de sa pensée sur son cœur. Nous-mêmes, quand l’étourdissement produit par une émotion trop forte est atténué, nous collaborons avec l’action du temps en la soumettant, elle, ses causes, ses effets, à notre réflexion, et à mesure que nous la pensons devantage, nous la dominons. Tout se passe comme si une force cherchait une issue et que la réflexion lui en trouve une. Si sans doute la secondarité et l’esprit d’analyse avaient été assez forts chez Vigny, il eût fait de la philosophie plutôt que de la poésie, et sa souffrance, qui lui suggérait des vers, se fût volatilisée et transformée en idées.

30 Toute la vie psychologique est dominée par l’opposition entre le sentiment et la pensée : aucune n’est plus familière à la littérature morale de tous les temps.

4° Elle permet de résoudre une difficulté laissée indécise

par G. Heymans en psychologie féminine. Sa principale conclusion est que l’émotivité moyenne des femmes contrarie chez elles l’aptitude à l’analyse, de sorte que leur infériorité analytique serait dérivée. Je pencherais à croire, sans rien ôter à la thèse de G. Heymans, que l’aptitude à l’analyse par ellemême, ou, au sens où nous avons employé cet adjectif plus haut, cette aptitude pure est moins forte chez la femme moyenne que chez l’homme moyen. Cette hypothèse expliquerait en même temps, d’abord que l’aptitude à l’esprit soit plus forte chez les hommes que chez les femmes, bien qu’elle soit favorisée par l’émotivité (1), et deuxièmement, que l’émotivité féminine soit plus douloureuse que celle des hommes, bien qu’elles soient en moyenne plus actives qu’eux (2).

D’après cette discussion rapide où nous ne pouvons qu’effleurer une question importante et délicate, à examiner pour elle-même, la disposition au pessimisme devrait être maximale chez les En AS. En effet :

a) d’après l’enquête biographique, les EnAS sont « dyscolistes » aux taux de 57 % (après eux, les EAS n'’atteignent qu’à 38 % ; la moyenne est de 22 % ;

b) d’après l’enquête statistique :

Question 15, 20 : mélancoliques,

EnAS: 9,7 % (nEnAS : 9,6, moyenne 5,2).

Question 16, 19 anxieux et inquiets,

(1) Cf. G. Heymans, Psychologie des Femmes (trad. franç.), p. 176 sqq. Dans ce passage, la moindre aptitude des femmes à l’esprit est expliquée par le dyscolisme de l’émotivité féminine. Mais sans doute l’émotivité masculine peut être aussi dyscoliste. De même la secondarité peut, chezl’homme comme chezla femme, prolonger les émotions douloureuses. Admettons au contraire que le pouvoir analytique soit en lui-même plus grand chez l’homme moyen que chez la femme moyenne : d’abord la tendance supérieure de l’homme à associer par ressemblance au lieu d’associer par contiguïité (op. cit., p. 92, p- 176), en est fortifiée ; en outre, la femme serait moins protégée contre la douleur par le secours que l’homme trouve dans l’objectivation des causes de souffrance au moyen de la réflexion analytique, et cela doit la faire plus dyscoliste.

(2) Avec l’opinion proposée dans la note précédente sur la moindre puissance analytique des femmes, coïncide le sentiment de Gorphe, La crit. du témoign. Après avoir rappelé les résultats contradictoires, donnés par la méthode des tests sur la véracité relative des hommes et des femmes (III, p. 163-165), il conclut, comme Heymans que la véracité féminine est bonne, mais que le manque de critique de soi est « à peu près la seule infériorité testimoniale des femmes » (p. 389). Or, on voit bien comment ce défaut d'esprit critique n’est qu’une application de l’infériorité analytique. L'autorité de Gorphe est accrue par sa familiarité avec les affaires judiciaires : c’est un magistrat.

EnAS : 54,9% (EAS : 47,7; nEnAS : 34; moyenne : 30,7).

Question 47, 20 mécontents de soi,

EnAS: 51,3 % (EAS :, 44,7; moyenne : 32,4).

Il en résulte que la déformation pessimiste de la réalité doit être plus familière aux EnAS qu'aux autres.

Si l’on voulait suivre les efforts d’un EnAS pour échapper au pessimisme auquel son caractère le prédispose, l’exemple de Maine de Biran serait l'exemple le plus favorable à la caractérologie. De l’EnAS {sans doute à conscience large), il a tous les caractères : honnêteté et concience souvent défavorables à ses succès sociaux, passion de l’analyse de soi s’exprimant par une philosophie qui cherche dans « le fait primitif du sens intime x la réalité qu'il refuse aux notions, sensibilité extrême aux variations atmosphériques et aux impressions coenesthésiques dont il remplit son « Journal intime ». Pendant la première partie de sa vie jusqu’en 1812, l'analyse psychologique lui permet de se reprendre ; mais les fortes émotions de 1813-1815, l’âge aussi s’avançant, lui font ressentir plus fortement sa faiblesse envers tout ce qui relève du système sensitif simple. À ce moment éclate la différence entre l'ambition aspiratrice, qui est le trait essentiel des EnAS et l’ambition réalisatrice des EAS. Ce n’est pas le moindre effet de l’inactivité chez les EnAS, du moins chez ceux qui sont capables d'analyse, que de renverser à chaque instant la ferveur naissante en réflexion. Ils aspirent à la foi sans pouvoir y atteindre, tantôt la critiquant comme Biran à ses débuts, tantôt l’espérant en vain, comme il fit plus tard, quand il aspira vers la confiance religieuse de l'ESA Pascal, comme vers un idéal en fait rarement accessible pour lui. Quand dans cette lutte, les sentimentaux échouent, la rumination mentale et la maladie de la persécution les guette.

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