‹ Le Mensonge et le CaractèreChapitre 24 sur 80 · IIT. — L'INFLUENCE DE L’AGE SUR LA VÉRACITÉ · texte numérisé non relu

IIT. — L'INFLUENCE DE L’AGE SUR LA VÉRACITÉ

Comme autre facteur influant sur la véracité, il faut maintenant considérer l’âge, ou, si l’on veut, l’âge mental. En eftet, toutes choses égales d’ailleurs, la masse des expériences, dont le

retentissement constitue la secondarité, doit être d'autant plus nombreuse que le sujet a eu un passé plus long. Il doit en résulter que tout se passe comme si la secondarité générale croissait, : ou pour respecter lé postulat de l’invariabilité du caractère, qui n’est que l’application du principe d'identité à l’éthologie, comme si la secondarité générale était multipliée par un coefficient proportionnel à l’âge. Si cette hypothèse est exacte, toutes les propriétés qui dépendent de la secondarité doivent croître (ou décroître) avec lui. Or, nous avons vu que la véracité est favorisée par elle dans une mesure que le coefficient 0,6 représente. Il doit en résulter que la véracité moyenne croîtra avec l’âge.

En faveur de cette conséquence, on peut d’abord alléguer le sentiment général sur l’enfant. Celui-ci est généralement présenté comme léger, étourdi, crédule, facile à séduire et à tromper, quand son imagination est sollicitée, toujours prompt à tromper les autres (1). Sans doute cette appréciation intuitive est-elle très grossière. Jusqu'à maintenant, la psychologie traite de l'enfant, aussi bien que de l’homme, à la manière d’une zoologie qui étudierait l’animal sans le souci des différences entre les animaux. Or, il faut, pour qu’une science obtienne des résultats, que la réaction, fournie par les objets étudiés, soit la même quand les conditions qui agissent sur eux sont les mêmes. Cela n’est pas vrai des hommes si on les considère pêle-mêle. Ce qui le vérifie (la pratique est ici plus intelligente que la théorie), c’est que nous n’attendons pas dans nos relations quotidiennes avec les autres, qu’ils réagissent uniformément à nos actions, mais nous varions celles-ci pour améliorer celles-là, suivant notre connaissance plus ou moins sommaire du caractère d’autrui. Ce qui est vrai des hommes doit l’être des enfants, puisque l’enfant évolue vers tel homme comme l’embryon vers tel adulte ; et en effet, tous les enfants que J'ai étudiés d’un peu près, m'ont manifesté très tôt un caractère,

(1) Gette opinion se trouve par exemple exprimée par E. Dupré, Pathologie de l’imagination et de l’émotivité, Paris, Payot, 1925, p. 7. Elle a pour elle les exemples nombreux et classiques des mensonges d'enfants en justice. Elle est de notre temps favorisée par la tendance à prêter à l’enfant comme au primitif une «mentalité prélogique», qui s’est opposée à la conception de l’enfant « petit homme ».

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