V. — LE MENSONGE PAR EMBELLISSEMENT
De ce groupe de faits émerge la disposition éminente des nerveux à embellir la réalité. Le mensonge par embellissement doit donc être étudié particulièrement chez les nerveux. Peuton préciser ce terme d’embellir ? J. Lemaître nous semble le faire assez exactement quand il dit de Chateaubriand : « Il altère la vérité pour produire plus d'effet : ce qu’il a d’ailleurs fait toute sa vie. » Embellir, c’est rendre la réalité plus expressive, plus émouvante (1). Il en suit une confusion ordinaire de la vérité et de la fiction. L’exemple même de Chateaubriand illustre cette confusion. À cause de son extrême vanité, il ne parle que de lui et de sa vie ; mais comme il embellit, ce qu’il en ditnes’applique plus à lui (2). Tantôt l’embellissement n’altère pas la réalité du fait, mais il en souligne le trait expressif. Dans cette partialité, on reconnaît la partialité d’une conscience
(1) Il va de soi, d’après cette définition, que l’embellissement peut être positif ou négatif. Il y a des beautés tristes où l’âme éprouvera en les mêlant le sentiment du beau et la satisfaction de ce besoin du triste qui satisfait le dyscolisme si facile aux émotifs inactifs. C’est le cas de cette enfant de neuf ans, citée par Duprat, Le Mensonge, Paris, Alcan, 1903, p. 68, qui «imagina la mort d’une petite sœur {qui n’existait pas) pour avoir le plaisir d’être consolée ».
(2) La conclusion de J. Bédier sur Chateaubriand, c’est qu’il ne pouvait créer d'images que par transposition à partir d’une matière, en brodant (Études critiques, Paris, Colin, 1903, p. 291).