LA ( PAPILLONNE
3° Dans l’activité professionnelle. La question 23, 10 et 20, indique avec quelle fréquence les sujets de divers caractères ont changé de profession de façon répétée ou une fois. Les deux séries de nombres sont intéressantes à considérer.
a 8 El ds ÿ 2] & al 3|S|S le) ele 4 br A 5 un = S & Question 23.
19 de façon répétée.....129,6| 4,3118,4| 3,5111,6| 1,1| 7,8! 1,7 PACS CT PNA 4,1) 6,4]10,3] 9,7114,7| 9,8| 4,7| 7,0
Figurons les courbes pour rendre plus facile leur examen comparé.
(y 7 ue Amorphes Apathiques Nerveux Sentimentaux Sanquins Flegmatiques Colériques Passionnés
Il est très net qu’un seul changement de profession ne signifie rien sur le caractère de celui qui change : s’il fallait en tirer une indication, ce serait plutôt une preuve de sens pratique, puisque ce sont les sanguins qui présentent ici le maximum.
En effet, notre première profession peut avoir été choisie légèrement ou, mieux, nous avoir été imposée par les circonstances. Tout autrement doit être jugé le changement répété de profession pour lequel amorphes et nerveux l’emportent nettement. Il est remarquable que l’émotivité (sans doute par la
peur que provoque une décision grave qui n’est plus ici du domaine de la fiction) a plutôt une influence stabilisante, puisque les amorphes l’emportent dans l'instabilité professionnelle sur les nerveux et les sanguins sur les colériques.
Tous ces chiffres peuvent se résumer dans ceux que fournissent les réponses de la question 22, 10 désireux de changement et de la question 20, 20 épris d’impressions nouvelles :
Question 22,10 Question 20,20 Primaires. Amorphes....... 71,4 | à 66,3 Nerveux........ 71,8 63,2 Sanguins........ 62,1(MP—69,3 63,9 {Mr — 64,1 Colériques..:.... 720 \ 63,8 Secondaires. Apathiques...... 194 10,6 Sentimentaux... 15,1 3,9 Flegmatiques.……. 14,4(MS—16,9 80 (Ms = 7,15 Passionnés...... 191 6,5
Ils manifestent l’influence dominante de la primarité sur le besoin de nouveauté. Mais sans doute, une analyse plus précise permettra ultérieurement de mieux discerner la nouveauté passive, subie, de la nouveauté active, pratique.
Je n’ai pas utilisé la question 77 : recherche de nouveautés, parce que les pourcentages ne portent que sur des chiffres trop faibles ; tels qu’ils sont, ils confirment avec assez de netteté l’influence prédominante de la primarité.
Il n’est pas nécessaire d’insister pour marquer combien la « papillonne » doit à la fois favoriser la mendacité et la rendre plus apparente. On ne peut penser et dire le lendemain le contradictoire de la veille, sentir, aimer le lendemain en opposition avec la veille, sans que les assistants moins primaires s ’en étonnent, et sans qu’on s'expose soi-même à trahir le nouveau pour l’ancien ou l’ancien pour le nouveau. Le besoin d'unité, qui constitue l'essence de l'esprit et sans lequel la vérité lui serait inintellhgible, se retourne ici contre elle. La véracité sera trahie pour la véracité ; car le papillon, pour mettre dans sa conduite une unité qui n’y est pas, sera entraîné, soit à nier ce qu’il sentait ou pensait tout à l'heure, soit à trahir ses sentiments et ses idées actuels.
$ VIII. — L’'HoNNEUR ET LA MODE
Tout esprit possède à quelque degré la tendance analytique qui dégage, par élimination des différences, une loi susceptible de devenir une règle conditionnant l’action ultérieure. Toute action humaine est morale en tant que de semblables règles s'imposent à notre conduite. Mais deux cas sont tout de suite à distinguer :
19 Ces règles peuvent avoir été dégagées, reconnues explicitement ; elles forment des principes, des devoirs ;
20 Ou ces règles peuvent rester implicites, engagées dans le concret.
Dans le premier cas, ces règles sont abstraites ; elles se formulent d’une manière comparable aux lois du code. Dans le deuxième, elles sont concrètes, se présentent comme des coutumes, des manières de vivre. Parmi les règles de cette deuxième espèce, se trouvent la mode et l’honneur. Tous deux ont ce caractère d’être, dans un groupe social bien déterminé, parfaitement définis. Ils ont même sur les morales abstraites, théoriques, cette supériorité que les actes qu’ils ordonnent ou interdisent, sont des actes exprimés, précis, connus avant toute déduction et indépendamment de toute déduction consciente. Comme toute loi extraite ou à extraire par analyse du concret, comme toute morale, distincte par ce caractère de la moralité qui est et doit être l’adaptation de l’action à des conditions singulières, la mode et l’honneur assimilent. La tendance à s’y conformer fait partie de ces Gemeintriebe qu'Adler oppose aux Jchtriebe.
L’honneur, sous sa forme générale, doit être la morale sociale des émotifs. L’égoïsme social, ou la tendance à chercher le succès social, peut prendre deux formes : il peut chercher à se satisfaire en opposition avec les règles du groupe social auquel l’individu se considère comme lié, ou au contraire le pousser à les appliquer mieux que les autres. On peut devenir, par égoïsme, un révolté ou un chef. C’est le premier cas qui se produit vraisemblablement quand ces règles heurtent des tendances fortes de l'individu ; le second, dans le cas contraire. Il est naturel
que l’honneur se spécifie diversement suivant qu’il se rencontre avec tel ou tel caractère. L’honneur du joueur qui paie ses dettes de jeu, au besoin en volant, n’est pas concrètement le même que l'honneur du soldat qui est de n’avoir pas peur, ou que celui du vaniteux qui lui fait désirer une décoration ; il se distingue fortement de l'esprit de corps, de l’honneur de rester fidèle à une discipline sociale ou de la fidélité à la religion qui fait reculer devant le reproche d’apostasie. Peel, s’excusant à la Chambre des Communes de voter contre son parti, manifestait une forme de cet honneur. L’une des plus puissantes est l’honneur natioral, mais il n’y a pas de groupe social où ne puisse naître une semblable forme de cet honneur, ou plutôt, c’est en se formant qu’il constitue le groupe social.
Comme nous n’avons pas ici à étudier cet honneur en luimême, mais seulement dans son rapport avec la véracité et le mensonge, nous n’avons pas à en scruter longuement la genèse psychologique. On peut présumer qu’il naît de la multiplicité des associations, fortifiées par l’émotivité, grâce auxquelles un individu dépend de certains autres possédant un caractère commun. Cette dépendance n’est qu’une application de la mémoire associative, complétée par la loi déjà mentionnée suivant laquelle toute fonction devient l’objet d’un besoin plus ou moins fort. Un sujet B devient, pour un autre sujet A, l’occasion de réagir par une réaction R ; ultérieurement, A désire l’excitation due à la présence ou à l’action de B pour satisfaire la tendance à réagir à B par R. Que d’autres sujets B;,B;, et À Jui-même coïncident avec B par cette aptitude à satisfaire la tendance BR, il naît un groupe A, B, B;, etc., et la tendance BR devient un élément d’honneur. Le soldat, fier d’être soldat, aime saluer son chef. Mais encore une fois, il faut que la tendance concrète au salut spécifie le plus possible de tendances composées et profondes et en contrarie le moins possible. Nous vérifions ce fait général dans notre attitude à l’égard d'autrui. Nous sommes différents à l’égard de plusieurs personnes, suivant les excitations que chacune nous offre; mais avec des degrés qui dépendent de notre secondarité, plus ou moins semblables à nous-mêmes dans notre attitude à l’égard de chacune d'elles. Pour autant que ces personnes ont des
caractères communs, et par suite, que notre comportement à leur égard comprend des éléments communs, naît une tendance à fixer ces éléments communs, qui est l’honneur.
Plus cet honneur sera puissant et spécialisé, plus il doit être, d’après la théorie esquissée, dangereux pour la véracité. On peut ici distinguer trois cas dans la mécanique de ces tendances :
a) On peut concevoir d’abord qu’il y ait un honneur de la véracité. Des ligues d'honneur ont été instituées pour combattre le mensonge, et sans doute ce procédé technique se présentera toujours à l'esprit de secondaires voulant utiliser l’émotivité au profit de la véracité. Il va de soi qu’on ne renforce pas la véracité pure de cette manière et qu’elle ne peut servir que la véracité objective, puisque la véracité pure exige que le sujet dise la vérité, parce que c’est la vérité sans considération supplémentaire. Mais sans doute, ces ligues d’honneur doivent réussir assez mal et ne grouper que des sujets qui sont déjà de véracité supérieure à la moyenne, à cause du caractère très abstrait de la véracité.
b) Quand l'honneur porte sur un autre objet que la véracité, deux cas peuvent se présenter. Quand il y a convergence entre les deux tendances, la véracité est multipliée par un coefficient qui peut être très fort. Il suffit, pour le constater, de voir le soin avec lequel des savants font leurs mesures, des historiens indiquent leurs références bibliographiques, et, comme eux, des champions notent leurs performances, des joueurs le détail de leurs coups ;
c) Mais à cause de l'intensité de la tendance mise en jeu, il y a toujours danger que les deux tendances viennent à diverger et que l’honneur, qui renforçait la véracité, se tourne contre elle. On en arrive à ce résultat paradoxal et fréquent qu’un homme se déshonore par un mensonge pour sauver son honneur ou celui d'autrui. Le faux Henry, dans l’affaire Dreyfus, a été un exemple historique de ce paradoxe. Nous appellerons mensonge par honneur tout fait de cette nature.
Du mensonge par honneur, nous pourrions chercher diverses formes, relatives aux divers caractères : nous n’en considérerons ici que les variétés propres aux nerveux. En cette question, les chiffres de l'enquête ne permettent pas une analyse précise du
fait. Aussi utiliserons-nous d’abord les indications fournies par quelques observations :
Ogservation XIII — Un nerveux, Fernand S., très primaire, du type saccadé, vole sa mère en mentant pour se procurer des vêtements, cravates, souliers élégants ou des objets capables de lui attirer l’admiration de ses camarades, fusil, revolver. Toute sa vie, il a marqué un goût vif pour les armes à feu, qui fournissent satisfaction à son besoin d'émotion, car, par ailleurs, il manque de courage.
Ogservarion XIV. — Vol d’argent dans les mêmes conditions et toujours aggravé de mensonge, chez Herbert L., mi-nerveux mondain, très primaire, tirant vers les amorphes. Toute la vie de ce sujet tend vers la vie mondaine, comme le papillon vers la lumière. Généralement doux, ne devient violent et haineux qu’envers ceux qui contrarient cette tendance. Ment avec une extrême facilité.
De ces deux faits, que je choisis entre d’autres à cause de la fréquence avec laquelle ils se répètent chez les sujets considérés, on peut dégager la loi que des nerveux sont prêts à sacrifier à la satisfaction de l'honneur toutes les formes objectives d’honorabilité, et par conséquent de véracité.
De cette indication, la comparaison des questions 48 et 49 fournit une relative confirmation. La question 49 porte directement sur l’objet de la recherche actuelle.
Désireux d’honneurs
Hhi=:Coleriques. RUE ER EE 52,9 NERVEUX LENS ES ARS EL AE ES 47,7 HE ES DARPUINS SA RUE Mae MI AT 42 ,1 A NOrp RES NANTAIS NE Ne SERRE Sa ES Passionnés....... A AE A PP TR 31,8 Sentimentans. ee ae rat MS ne 36,3 nES: Flermatiques test enResnenReUre es 255 Apathiques "pie rm sEnest D 24,5
Dans cette liste, les colériques l’emportent sur les nerveux, mais on peut penser que ceux-ci reprendraient le premier rang, de même que les sentimentaux, chez qui l’inactivité est partiellement compensée par la secondarité, l’emportent sur les passionnés, s’ils étaient aptes à dépenser autant d’action pour les
obtenir que les colériques; et que, par conséquent, leur désir est plutôt supérieur à celui des colériques. En exprimant cette hypothèse, je pense à deux cas où des EnA ont satisfait leur égoïsme en dépréciant des honneurs qu’ils n’ont pas obtenus, mais qu'ils désiraient vivement ; ensuite, si l’on se reporte à la question 48 où il s’agit de l’honneur d’être bien vêtu, les. nerveux l’emportent de beaucoup, par 54 % sur les colériques, 34,2 % et la moyenne 27,4 Y,.
La forme de l’honneur, qui est la plus facile aux nerveux, est la mode. La mode est l'honneur se rencontrant avec la primarité et l’égoïsme relatif, par lequel l'individu ne tient à un bien que s’il y a peu de sujets, ou lui seul, à le posséder. La connexion entre la mode et la primarité est si étroite que la mode envahit les questions les plus abstraites, comme les méthodes scientifiques, quand par exemple, chez les sanguins très primaires, la tendance à la systématisation, unie à la secondarité, est affaiblie. Mais comme la primarité n’est nulle part plus sensible que chez les émotifs et particulièrement chez les inactifs, et comme l’émotivité attache au concret et que l’inactivité ramène à l’apparence, 1l est naturel que la mode ait son importance maximale chez les nerveux et minimale chez les flegmatiques. Il est rare que le souci de la mode n’enveloppe pas déjà par luimême de la mendacité, car d’abord dans la mesure où le sujet organise des moyens d’action pour donner de lui-même une image plus avantageuse que celle qui correspond à sa puissance réelle, il tend à tromper. Il en résultera bientôt que le mensonge interviendra pour élever ou maintenir cette apparence quand les moyens légitimes viendront à lui manquer, comme nous l’avons vu plus haut sur deux exemples représentatifs de beaucoup. C’est ici qu’on voit nettement comment l’inactivité doit favoriser le mensonge en diminuant les moyens dont l'individu peut disposer pour satisfaire ses tendances.
$ IX. — Les MENSONGES ( PRAGMATIQUES »
La mode nous amène à cette variété de mensonges qui ne consiste pas dans des écrits ou des paroles, mais dans des atti-
tudes ou des actes. G. Belot leur a donné le nom de pragmatiques (1). La « pose » est un mensonge pragmatique. Comme parler, écrire ou jouer sont des effets également moteurs de nos représentations, il doit y avoir parallélisme entre les mensonges pragmatiques et les autres. Pour voir si cette hypothèse est exacte, comparons les réponses qui se rapportent à la question 63, 10 (complètement dignes de foi) et celles qui sont relatives à la question 60, 30 (affecté). Afin d’en faciliter la comparaison, nous renverserons les ordonnées des deux courbes :
Question ! L Question 63,10 60,3°
30 & Flegmetiques Apathiques Passionnés Sentimentaux Sanguins Amorphes Colériques Nerveux
Il n’est pas moins curieux de trouver les apathiques (10,6) d’une affectation supérieure à la moyenne (10,2), qu’il ne l'était de les trouver, en bonne foi, inférieurs aux passionnés. Ce rapprochement suggère l’hypothèse que l'erreur supposée plus haut (p. 38), dans les chiffres empiriques qui se rapportent aux
(1) G. Belot, Etudes de morale positive, t. Il, p. 178,