‹ Le Mensonge et le CaractèreChapitre 51 sur 80 · L’'INJURE · texte numérisé non relu

L’'INJURE

La jalousie d’une personne très émotive envers une autre produit l’injure ;

90 La dernière est la primarité. L’injure est la dégradation de la vengeance. Toute dégradation est favorisée par la primarité. Chez un sujet très secondaire, très inactif et assez émotif, l’injure, qui est exceptionnelle, se présente sous la forme d’un verdict : quand, par des expériences accumulées ou des actions graves, une personne dont il ne peut tirer vengeance, provoque de sa part une injure, celle-ci prend la forme d’un jugement solennel. Ce verdict s’accompagne de réticences ou d’une préparation, qui manifestent la répugnance du secondaire pour l’injure : € Il n’y a qu'un mot qui peut le qualifier, c’est une canaille», ou : « Je regrette d’avoir à le dire ; mais c’est un malhonnête homme. » La répugnance à employer des injures paraît liée au sens de la dignité, caractéristique des ES et peut-être plus encore des EnAS. Vraisemblablement, l’étroitesse de conscience le favorise de même qu'elle favorise la raideur,

Au contraire, chez le primaire, l’injure est aisée, fréquente. en relation avec les puissants mouvements de sentiment. Est-elle plus fréquente chez le nerveux, ou chez le colérique ? Je pencherais à croire qu’elle est plus familière au nerveux : d’après l'enquête biographique, ce serait chez lui que le superlativisme domine ; en outre, un superlativisme dépréciatif convient au dyscolisme des inactifs. Enfin, c’est plutôt une action dégradée qu’une action réduite. On injurie plutôt pour ne pas se battre que pour se battre. Le colérique préfère bousculer, donner des coups de poing : vengeance immédiate, improvisée et en même temps diminuée. Tout de même, il faut tenir compte de ce que les obstacles croissent avec l’ambition. Avec eux se multiplient les occasions d’injures.

$ VI. — La PROMESSE DÉCEVANTE De l’injure ou de la bourrade, qui est quelquefois verbale et aussi quelquefois mensongère, on peut rapprocher, comme mensonge par réduction, la promesse décevante. Nous venons de voir que les colériques se rendent fréquemment coupables

d’exagération et, si on rapproche cette conclusion de ce qui la ol d’exagération optimiste. Une promesse est justement l'affirmation, comme devant être réel d’un futur contingent et bon, en tant que ce futur dépend du sujet qui l’affirme. Mais une promesse valable est celle qui ne dépasse pas ce que les conditions objectives rendront possible. L’intention de la tenir est une de ces conditions, mais, suivant le caractère du sujet, une condition importante ou non : notamment la primarité et l’inactivité qui sont défavorables à la persévérance et à la considération de lavenir lointain, lui enlèvent les trois quarts de sa valeur. Or, le colérique qui exagère, doit exagérer ce qu’il peut faire dans l’avenir, et comme, en outre, son émotivité active lui donne confiance en lui, 1l est exposé à décevoir de bonne foi. Beaucoup de promesses électorales d'EAP doivent être sincères.

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