‹ Le Mensonge et le CaractèreChapitre 71 sur 80 · L. — IMPÉRATIFS GÉNÉRAUX · texte numérisé non relu

L. — IMPÉRATIFS GÉNÉRAUX

A. Puisque la secondarité favorise au plus haut degré la véracité, tout ce qui accroît la fonction secondaire des représentations en général sert la véracité. Si, comme nous l’avous

vu, c’est par la contagion d’un caractère donné, que s’élève le taux d’une aptitude éthologique, il faudra assurer l’influence de la secondarité et le renforcement de la véracité dans une société, en confiant aux gens de caractère le plus vérace la fonction sociale, chargée d’apprendre à tous la conformité des actes et des règles. Dans toute société, c’est la fonction judiciaire, soit sous sa forme pure, soit mêlée à d’autres (les conseils de justice militaire, les examens universitaires, par exemple), qui ne prononce pas sur la moralité inaccessible à tout jugement humain, mais juge de l’adéquation entre un acte et une loi. Elle sera mieux assurée par les gens de caractère flegmatique, qui sont comme les gardiens du sens de l’ordre. Généralement, il convient, dans les institutions sociales, qu’une discipline, nettement définie et précisément sanctionnée, enlève les conditions de l’action et de la parole utiles au caprice individuel, cultive en tous l'habitude de l’inhibition. Mais, si la véracité ne doit pas être obtenue au détriment d’autres vertus, cette discipline doit se limiter à l’ordre matériel, strictement requis pour permettre la collaboration des personnes, empêcher la désintégration sans rechercher la surintégration. Elle deviendrait mensongère en devenant indiscrète.

B. Comme l’excès d’émotivité et l’étroitesse normale ou éventuelle du champ de conscience viennent immédiatement après la primarité pour produire le mensonge, il faut éviter les actions qui provoquent trop brutalement l'émotion, si l’on ne veut pas contribuer à des mensonges, dont la responsabilité appartiendrait moins à leurs auteurs, qui ne se sont pas donné leur caractère, qu'à ceux qui en useraient mal. Cette précaution aboutira à maintenir même des surémotifs dans une disposition de sang-froid, qui est la plus favorable à la véracité. Cette règle est la contre-partie de la précédente : elle limite l'autorité que la première fonde.

Elle peut la fortifier, si l’on prend soin, comme le fait l’institution délibérée d’une sanction, d’intéresser l’émotivité à la véracité, partout où la lésion de la véracité a des effets redoutables. Peu de peines, mais sévères et strictement appliquées, cela doit rester la meilleure précaution contre le crime : le mensonge en est un.

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