IT. — VÉRIFICATION. LA LARGEUR DU CHAMP DE CONSCIENCE
Voilà définie l'hypothèse que les faits nous paraissent suggérer, et précisés les éléments généraux qui interviennent dans sa constitution. Voyons maintenant si les documents et l’expérience la vérifient et confirment leur intervention.
Pour apprécier l'influence de la largeur du champ de conscience sur la véracité, nous ne disposons pas de documents expressément fournis par l’enquête qui nous a déjà servi, car aucune question n’était directement inspirée par le souci de déterminer l’étendue du champ de conscience chez les sujets observés par les répondants, et par suite les sujets ne sont pas classés suivant ce critère par les auteurs. Néanmoins, indirectement elle contribue à nous renseigner sur elle et sur son influence.
D'abord, il serait extrêmement paradoxal que le rétrécissement du champ de conscience ne favorisât pas la mendacité, puisque l’émotivité qui contribue si puissamment à rétrécir la conscience claire nous a paru la favoriser. Sans doute, il est possible que l’émotivité exerce sur la mendacité une double action, directe et indirecte, qu’elle la favorise directement avec beaucoup plus de force que le rétrécissement de conscience provoqué par elle ne la défavoriserait, de sorte que le coefficient de l’émotivité exprimerait la différence entre un coefficient très fort mesurant l’influence directe et spéciale de l’émotivité et un autre, moindre, qui indiquerait de combien le rétrécissement affectif de la conscience agirait en sens opposé. Mais cette hypothèse compliquée paraît peu vraisemblable : d’abord, l’action de l’émotivité sur la largeur de conscience n’est pas faible, mais à en juger par la manière dont un homme, pris de panique ou de colère, est livré à l’objet de son sentiment et devient insensible à toute autre sollicitation, extrêmement brutale ; en outre, il paraît très arbitraire de distinguer l’action de l’émotivité de l’un des effets qui l’accompagnent le plus fidèlement et le plus nettement au point qu’on pourrait y trouver toute la finalité du sentiment. Aussi ne faudra-t-il pas s'étonner que, dans les considérations suivantes, les faits confondent l’influence du rétrécissement mental et de l’émotivité.