‹ Le mentor faubourien; tableau-vaudeville en un acteChapitre 25 sur 26 · LES A€TRES AMIS · texte numérisé non relu

LES A€TRES AMIS

ROSSIGNOL , déposant tes provisions sur la table. Soigné , les comestibles.

MADAME GIRACD , cachée»

Je suis furieuse... [Tout le monde se place.)

FORTtlNÉ.

Un instant, je ne quitte pas mon élève... Adolphe, en face de moi.

ROSSIGNOL

Ça y est... la main aux dames.

Si ma charmante veuve voyait ça, je serais brftla vif. .= heureusement, elle est eu train d'hériter.

MiDAME GALIVET.

Eh bien ! monsieur Calvados , est-ce que vous ne venez pas prendre une place ?

FORTtJlsÉ.

J'y vas, j'y vas. {à part sur le devant, ) Air : Patrie-Honneur.

Mon embarras est vraiment singulier...

Mon devoir veut que j'fasse résistance , Allons , allons! faut-il m'fair' tant prier Pour prendre un' plac' qui gêii' ma conscience ; Que de brav's gens au temps où nous voilà , Qui n'se font pas tirer l'oreill' pour ça...

TOUS, appelant- Monsieur Calvados !... monsieur Calvados! ..

FORTUNÉ

J'y suis... j'y suis!... mais je vous avertis que j'ai promis d'être sage...

MADAME GIRAUD , Cacflée.

Il tient bien sa promesse.

ROSSIGNOL

Ah! çà, tu es donc bien amoureux de ta petite veuve?...

FORTUNÉ

De madame Giraud ! ... je suis amoureux comme un lion.

ROSSIGNOL

Eh bien ! à sa santé !

TOUS

Oui, oui... à sa santé !

FORTUNÉ, à Rossignol f qui vapeur lui verser d boire. Un instant ; je ne boirai pas de v in.

ROSSIGNOL

Comment, pas de, vin ?...

FORTUNÉ

Du tout... donnez-moi de l'eau... je veux garder ma dignité. [Tous rient en se moquant.)

TOUS , riant.

Ah! ah! ah! ah!... A la santé de madame Giraud!... {Ils boivent. Adolphe ta pour boire.)

FORTUNÉ , l'arrêtant.

\}\\ iiistanS ; je dois veiller sur toi... C'est du vin pur!...

Ai)(ï:.rnE. voulant boirr.

Je l'espère bien...

loaxi'NÉ, l'arrêtant encore.

Jeune homme!... je ne le souffrirai pas... je me saciiûe... (// boit te verre de vin et lui passe son verre qui est plein d'eau. ) Buvez!...

ADOLPHE

Mais je n'en veux pas; je ne suis pas un canard.

FORTUNÉ

Silence!... Allons, mes amis, puisque vous partez demain, mettons le temps à profit.

TOCS, buvant.

Bravo\.

ADOLPHE , emplissant son assiette,

A moi, les comestibles...

FoaTrNÉ.

Doucement, mon pupille !... ne mange pas de ça; c'est trop lourd ! ( // lui passe une assiette de crème. ) Prends ceci , c'est bon pour la jeunesse. Allons, attention au refrain...

Air de Vallace.

Des ennuis de l'absence Je prétends m'affranchir ; Chers amis, du plaisir Invoquons la puissance!

Sachons nous divertir, Buvons j faisons bombance.

Amis, fêtons toujours Bacchus, le plaisir, les amours I...

Tra, la, la, la, la , etc.

ENSEMBLE

MADAME GiHArD , cachée , et regardant la scène qui se passe. Dieu quel scandale, quelle horreur!

Vraiment , j'étouffe de fureur.

ToxJTEs , à madame Giraud.

Voyez donc, voyez quelle horreur!

Compromettre ainsi mon honneur !

FORTUNÉ

Je veux loin d'ma maîtresse Jouir en liberté !

Et près de la beauté {bis. ) M'endormirdans l'ivresse, {bis. ) Amis, chantons, fêlons toujours Bacchus , les plaisirs , les amours ! . . • Tra , la , la , la , la , etc.

ENSEMBLE

MADAME 6IBAUD , CUchée.

Dieu ! quel scandale affreux , etc.

TOUTES , à madame Giraud.

Voyez donc, voyez , etc.

TOUS

Vive Fortuné 1...

FORTUNÉ

Vive Fortuné! vivent les amisl vive le vin! vivent les femmes!... Eh! les femmes!... sexe éclatant et pittoresque... à boire!...

ROSSIGNOL

C'est ça... à boire... à ces dames!...

FORTUNÉ , après avoir bu.

Et à leur sexe contemporain. (// voit Adolphe qui va vider son verre.) N'touche pas à ça, mioche!... je veille sur toi... Ah! c'est que je suis un gaillard...

TOUS

C'est vrai! c'est vrai!

FORTUNÉ

Et aimable au sein de la beauté. (Il embrasse madame Pichon.)

MADAME PICHON

Monsieur Calvados... c'est malgré moi...

FORTUNÉ

Laissez donc. (Il embrasse m,adame Galivet.)

C'est trop fort... .

FORTUNÉ , se frottant les mains.

C'est trop doux.

ADOLPHE, se mettant entre Fortuné et les femmes. A-t-on VU, ce vieux loup-là. ..

FORTUNÉ

Qui est-ce que tu appelles vieux loup ? Apprends , blanc-bec, que les vieux loups ça pince les jeunes brebis !...

ADOLPHE

Ah! ouiche!..

FORTUNÉ

Ah! ouiche!... et la tienne , encore.

ADOLPHE

La mienne ?

FORTUNÉ

Ton Amanda !

ADOLPHE

Amaada?

FOBTCNÉ.

Ce matin , ;e l'ai subjuguée.

ADOLPHE , avec calme.

Subjuguée, Amanda!... vous?...

Moi!...

ADOLPHE

Je n'y tiens plus!... en garde! en garde ! en garde!.,. (Use

met en position. )

TOUS , effrayes et se levant.

Ah ! mon Dieu !

FORTUNÉ

Il a trop bu.

ADOLPHE

Rioi!... par exemple... (// prend son verre d'eau et le lai jette à la figure.)

FORTUNÉ

ïu lèves la main sur ton beau-père!... sur ton mentor!... vas donc, bambin. (// lui fait faire une pirouette. Adolphe chancelle et tombe sur Rossignol. Celui-ci pousse Vergeotqui tombe sur Fortuné. La jnêlée devient générale } et les femmes courent vers le fond en criant. )

TOUTES, criant.

A la garde ! à la garde ! . . .

FORTUNÉ, grande gattè.

C'est ça! c'est ça!... orgie joyeuse, copieuse, gracieuse et furieuse... n'est-ce pas, voisine .^.. délicieuse! [I l prend la main de madame Giraud qui s' est avancée, et la reconnaissant il s'écrie : ) Ah !. .. madame Giraud !

MADAME GIRAUD

Ah! monsieur le mentor, vous ne m'attendiez pas?

FORTl'NÉ.

Je vous donne ma parole d'honneur que non.

MADAME GALIVET, à part.

Le v'ià pincé!

MADAME PiCHON , de même.

Quel bonheur!

ADOLPHE , de même.

Fameux!... il va la gober, le cafard!

MADAME GIRAUD, à Fortunè.

Répondez-nous, monsieur.

FORTUNÉ

Je suis à vous dans l'instant, {d part.) Voilà qui me dégrise complètement.

MADAME GIBA€D.

Voyons, parlez, monsieur; je veux connaître l'auteur d'une pareille scène.

FORTUNÉ , à part.

Que faire, je suis perdu !... c'est-à-dire , non... je suis sauvé. (haut.) C'est moi, femme irréprochable.

Tors.

Que dit-il ?

FORTUNÉ

Permettez... (d Adolphe.) Approchez, jeune écervelé, regardez autour de vous, voyez ces honteux débris, cette foule assemblée. Regardea-moi, maintenant; vousm'avezvu les yeux, la figure animés, privé de cette raison qui fait tout mon orgueil, et qui m'a mérité l'estime de votre mère ; j'ai voulu vous donner une leçon et vous faire voir que l'ivresse était un crime ! Dans l'ivresse, on se livre à toutes les passions, on détruit la vaisselle...

ADOLPHE

Tant mieux! je suis faïencier.

FORTUNÉ

Silence; on frappe ses amis , et on dérange tout un quartier. Rougis, jeune malheureux, tremble pour l'avenir... mais non, tu m'as compris, et les larmes qui baignent ta paupière m'annoncent que tu seras vertueux; embrasse tes parens, tes amis, embrasse tout le quartier, et qu'à l'avenir, pour te sauver, je ne sois pas forcé de me livrer à des excès qui répugnent à mon cœur, et dont mon ame est indignée.

MADAME GIRACD.

Ah! monsieur Calvados! c'est un trait admirable, c'est moral, c'est...

FORTUNÉ

C'est tout bonnement une leçon de famille, ainsi n'en parlons plus.

ADOLPHE, à part.

Ah! çà, c'est-il pas une une horreur! Maman qui donne làdedans; quel jésuite que cet homme-là!

MADAME GIRAVD.

Et moi , qui l'accusais!

FORTCNÉ , tendrement.

Vous m'accusiez?

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