LES A€TRES AMIS
ROSSIGNOL , déposant tes provisions sur la table. Soigné , les comestibles.
MADAME GIRACD , cachée»
Je suis furieuse... [Tout le monde se place.)
FORTtlNÉ.
Un instant, je ne quitte pas mon élève... Adolphe, en face de moi.
ROSSIGNOL
Ça y est... la main aux dames.
Si ma charmante veuve voyait ça, je serais brftla vif. .= heureusement, elle est eu train d'hériter.
MiDAME GALIVET.
Eh bien ! monsieur Calvados , est-ce que vous ne venez pas prendre une place ?
FORTtJlsÉ.
J'y vas, j'y vas. {à part sur le devant, ) Air : Patrie-Honneur.
Mon embarras est vraiment singulier...
Mon devoir veut que j'fasse résistance , Allons , allons! faut-il m'fair' tant prier Pour prendre un' plac' qui gêii' ma conscience ; Que de brav's gens au temps où nous voilà , Qui n'se font pas tirer l'oreill' pour ça...
TOUS, appelant- Monsieur Calvados !... monsieur Calvados! ..
FORTUNÉ
J'y suis... j'y suis!... mais je vous avertis que j'ai promis d'être sage...
MADAME GIRAUD , Cacflée.
Il tient bien sa promesse.
ROSSIGNOL
Ah! çà, tu es donc bien amoureux de ta petite veuve?...
FORTUNÉ
De madame Giraud ! ... je suis amoureux comme un lion.
ROSSIGNOL
Eh bien ! à sa santé !
TOUS
Oui, oui... à sa santé !
FORTUNÉ, à Rossignol f qui vapeur lui verser d boire. Un instant ; je ne boirai pas de v in.
ROSSIGNOL
Comment, pas de, vin ?...
FORTUNÉ
Du tout... donnez-moi de l'eau... je veux garder ma dignité. [Tous rient en se moquant.)
TOUS , riant.
Ah! ah! ah! ah!... A la santé de madame Giraud!... {Ils boivent. Adolphe ta pour boire.)
FORTUNÉ , l'arrêtant.
\}\\ iiistanS ; je dois veiller sur toi... C'est du vin pur!...
Ai)(ï:.rnE. voulant boirr.
Je l'espère bien...
loaxi'NÉ, l'arrêtant encore.
Jeune homme!... je ne le souffrirai pas... je me saciiûe... (// boit te verre de vin et lui passe son verre qui est plein d'eau. ) Buvez!...
ADOLPHE
Mais je n'en veux pas; je ne suis pas un canard.
FORTUNÉ
Silence!... Allons, mes amis, puisque vous partez demain, mettons le temps à profit.
TOCS, buvant.
Bravo\.
ADOLPHE , emplissant son assiette,
A moi, les comestibles...
FoaTrNÉ.
Doucement, mon pupille !... ne mange pas de ça; c'est trop lourd ! ( // lui passe une assiette de crème. ) Prends ceci , c'est bon pour la jeunesse. Allons, attention au refrain...
Air de Vallace.
Des ennuis de l'absence Je prétends m'affranchir ; Chers amis, du plaisir Invoquons la puissance!
Sachons nous divertir, Buvons j faisons bombance.
Amis, fêtons toujours Bacchus, le plaisir, les amours I...
Tra, la, la, la, la , etc.
ENSEMBLE
MADAME GiHArD , cachée , et regardant la scène qui se passe. Dieu quel scandale, quelle horreur!
Vraiment , j'étouffe de fureur.
ToxJTEs , à madame Giraud.
Voyez donc, voyez quelle horreur!
Compromettre ainsi mon honneur !
FORTUNÉ
Je veux loin d'ma maîtresse Jouir en liberté !
Et près de la beauté {bis. ) M'endormirdans l'ivresse, {bis. ) Amis, chantons, fêlons toujours Bacchus , les plaisirs , les amours ! . . • Tra , la , la , la , la , etc.
ENSEMBLE
MADAME 6IBAUD , CUchée.
Dieu ! quel scandale affreux , etc.
TOUTES , à madame Giraud.
Voyez donc, voyez , etc.
TOUS
Vive Fortuné 1...
FORTUNÉ
Vive Fortuné! vivent les amisl vive le vin! vivent les femmes!... Eh! les femmes!... sexe éclatant et pittoresque... à boire!...
ROSSIGNOL
C'est ça... à boire... à ces dames!...
FORTUNÉ , après avoir bu.
Et à leur sexe contemporain. (// voit Adolphe qui va vider son verre.) N'touche pas à ça, mioche!... je veille sur toi... Ah! c'est que je suis un gaillard...
TOUS
C'est vrai! c'est vrai!
FORTUNÉ
Et aimable au sein de la beauté. (Il embrasse madame Pichon.)
MADAME PICHON
Monsieur Calvados... c'est malgré moi...
FORTUNÉ
Laissez donc. (Il embrasse m,adame Galivet.)
C'est trop fort... .
FORTUNÉ , se frottant les mains.
C'est trop doux.
ADOLPHE, se mettant entre Fortuné et les femmes. A-t-on VU, ce vieux loup-là. ..
FORTUNÉ
Qui est-ce que tu appelles vieux loup ? Apprends , blanc-bec, que les vieux loups ça pince les jeunes brebis !...
ADOLPHE
Ah! ouiche!..
FORTUNÉ
Ah! ouiche!... et la tienne , encore.
ADOLPHE
La mienne ?
FORTUNÉ
Ton Amanda !
ADOLPHE
Amaada?
FOBTCNÉ.
Ce matin , ;e l'ai subjuguée.
ADOLPHE , avec calme.
Subjuguée, Amanda!... vous?...
Moi!...
ADOLPHE
Je n'y tiens plus!... en garde! en garde ! en garde!.,. (Use
met en position. )
TOUS , effrayes et se levant.
Ah ! mon Dieu !
FORTUNÉ
Il a trop bu.
ADOLPHE
Rioi!... par exemple... (// prend son verre d'eau et le lai jette à la figure.)
FORTUNÉ
ïu lèves la main sur ton beau-père!... sur ton mentor!... vas donc, bambin. (// lui fait faire une pirouette. Adolphe chancelle et tombe sur Rossignol. Celui-ci pousse Vergeotqui tombe sur Fortuné. La jnêlée devient générale } et les femmes courent vers le fond en criant. )
TOUTES, criant.
A la garde ! à la garde ! . . .
FORTUNÉ, grande gattè.
C'est ça! c'est ça!... orgie joyeuse, copieuse, gracieuse et furieuse... n'est-ce pas, voisine .^.. délicieuse! [I l prend la main de madame Giraud qui s' est avancée, et la reconnaissant il s'écrie : ) Ah !. .. madame Giraud !
MADAME GIRAUD
Ah! monsieur le mentor, vous ne m'attendiez pas?
FORTl'NÉ.
Je vous donne ma parole d'honneur que non.
MADAME GALIVET, à part.
Le v'ià pincé!
MADAME PiCHON , de même.
Quel bonheur!
ADOLPHE , de même.
Fameux!... il va la gober, le cafard!
MADAME GIRAUD, à Fortunè.
Répondez-nous, monsieur.
FORTUNÉ
Je suis à vous dans l'instant, {d part.) Voilà qui me dégrise complètement.
MADAME GIBA€D.
Voyons, parlez, monsieur; je veux connaître l'auteur d'une pareille scène.
FORTUNÉ , à part.
Que faire, je suis perdu !... c'est-à-dire , non... je suis sauvé. (haut.) C'est moi, femme irréprochable.
Tors.
Que dit-il ?
FORTUNÉ
Permettez... (d Adolphe.) Approchez, jeune écervelé, regardez autour de vous, voyez ces honteux débris, cette foule assemblée. Regardea-moi, maintenant; vousm'avezvu les yeux, la figure animés, privé de cette raison qui fait tout mon orgueil, et qui m'a mérité l'estime de votre mère ; j'ai voulu vous donner une leçon et vous faire voir que l'ivresse était un crime ! Dans l'ivresse, on se livre à toutes les passions, on détruit la vaisselle...
ADOLPHE
Tant mieux! je suis faïencier.
FORTUNÉ
Silence; on frappe ses amis , et on dérange tout un quartier. Rougis, jeune malheureux, tremble pour l'avenir... mais non, tu m'as compris, et les larmes qui baignent ta paupière m'annoncent que tu seras vertueux; embrasse tes parens, tes amis, embrasse tout le quartier, et qu'à l'avenir, pour te sauver, je ne sois pas forcé de me livrer à des excès qui répugnent à mon cœur, et dont mon ame est indignée.
MADAME GIRACD.
Ah! monsieur Calvados! c'est un trait admirable, c'est moral, c'est...
FORTUNÉ
C'est tout bonnement une leçon de famille, ainsi n'en parlons plus.
ADOLPHE, à part.
Ah! çà, c'est-il pas une une horreur! Maman qui donne làdedans; quel jésuite que cet homme-là!
MADAME GIRAVD.
Et moi , qui l'accusais!
FORTCNÉ , tendrement.
Vous m'accusiez?